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« Les orphelins de 16 heures » : autopsie d’un mensonge

Vendredi 3 juillet 2009

Depuis la rentrée 2008, les mobilisations dans l’Éducation nationale n’ont pas faibli et attestent de l’ampleur des attaques : réforme du lycée et de l’université, disparition des RASED… Mais qu’en est-il donc du collège, le « maillon faible » ?

Loin d’être épargné par les suppressions de postes, le collège vit une révolution silencieuse difficilement médiatisable tant les attaques se font sournoises. De petits coups de boutoir finiront par avoir raison de l’édifice actuel (certes non exempt de critiques). Le tableau des réformes s’inspire de l’enseignement supérieur. On y trouve la mise en place de la loi Fillon, sur le socle commun, prévue à la rentrée 2009, l’autonomie renforcée des établissements et son corollaire, le renforcement du pouvoir du chef d’établissement, ou encore le pilotage par des conseils pédagogiques sur fond de contractualisation des moyens. Mais le détonateur n’y est pas encore : la réforme des statuts. Gageons que son temps viendra. Des mesures à première vue anodines, voire anecdotiques menacent le collège. Regardons de plus près la mise en place de l’accompagnement éducatif qui illustre assez bien la méthode et l’idéologie du gouvernement.

La « communication » comme moyen de gouvernance

Le dispositif d’accompagnement éducatif (AE) a été mis en place en 2007 dans les collèges d’éducation prioritaire puis étendu à l’ensemble des collèges à la rentrée 2008. Pour contourner l’opposition des personnels (qui n’ont jamais été consultés sur ce sujet ni aucun autre de façon sérieuse), le ministre Darcos prend l’opinion à témoin en faisant pleurer dans les chaumières sur ces enfants livrés à eux-mêmes que l’Éducation nationale prendra désormais en charge : il s’agit de ces fameux « orphelins de seize heures ». La bataille de l’opinion étant gagnée avec l’appui des médias, il suffisait de faire adopter la mesure au Parlement, toujours avec les mêmes arguments en faveur de « l’égalité des chances ». C’est ainsi que la circulaire de rentrée 2007 a précisé la mise en œuvre de l’AE : « il est demandé aux collèges de mettre en place un accompagnement éducatif hors temps scolaire (….). D’une durée indicative de deux heures, cet accompagnement sera organisé tout au long de l’année en fin de journée après la classe, quatre jours par semaine. L’organisation de cet accompagnement éducatif répond à la fois à une forte demande sociale de prise en charge des élèves après les cours [...]. » [1]. Cette mesure a mobilisé 140 millions d’euros en 2008 et a ainsi permis aux fonctionnaires de l’Éducation nationale de « travailler plus pour gagner plus » en consacrant 43 millions à la rémunération d’heures supplémentaires, ce qui est loin d’être une mesure de revalorisation du métier comme l’avait pourtant promis Nicolas Sarkozy dans sa « Lettre aux Éducateurs » [2].

Cette mesure coûteuse a été financée par les économies faites avec les suppressions de postes (notamment les options artistiques confiées à des animateurs au plus grand mépris des élèves les plus défavorisés).

La réalité sur le terrain

L’accompagnement éducatif est difficile à mettre en place en raison de nombreuses contraintes matérielles : c’est notamment le cas pour les établissements ruraux qui accueillent des élèves soumis aux ramassages scolaires. Le ministère en est informé, mais au lieu de renoncer à une mesure inapplicable et qui gaspille l’argent public, il opère un tour de passe-passe afin de ne pas contredire une promesse présidentielle. La circulaire de rentrée 2008 décline la mise en œuvre comme suit : « d’une durée indicative de deux heures, il est organisé quatre jours par semaine tout au long de l’année, de préférence en fin de journée après la classe » [3]. Il a suffi de rajouter deux mots  de préférence  pour que « tout devienne possible ».

De fait, l’AE se déroule en cours de journée, par exemple sur des heures d’étude, surtout entre midi et deux. Les « orphelins de seize heures » le resteront, et n’auront servi qu’un temps au Ministre pour qu’il « communique ».

Pourtant, lors de l’examen du budget 2009, ce dernier persiste : « l’accompagnement éducatif après la classe fonctionne parfaitement et est à présent déployé dans tous les collèges et dans les écoles de l’éducation prioritaire. Ce dispositif innovant qui permet aux élèves de rester dans les établissements en fin de journée concerne à présent 7000 collèges et 5000 écoles…. » [4]. De deux choses l’une, soit le Ministre ignore ce qui se passe dans son ministère, soit il ment. Quoiqu’il en soit, la « com » fonctionne, tout se passe comme s’il suffisait qu’une idée soit martelée pour qu’elle soit vraie.

Le Coût et la finalité du dispositif

Les représentants de la Nation ont donc adopté, sur la base du dogme, le projet de loi des finances 2009 : 323 millions d’euros sont consacrés à l’AE. 115 millions d’euros (soit un cinquième des 503 millions économisés par les suppressions de postes) sont redistribués aux personnels enseignants sous la forme d’heures sup. Une part non négligeable, 54 millions d’euros, est attribuée aux collectivités et aux associations : leurs personnels peuvent en effet intervenir dans le cadre du dispositif.

C’est ainsi que l’on externalise peu à peu les missions de service public, remplaçant l’enseignement par de l’animation, que l’on réduit l’engagement de l’État, transféré aux collectivités et que l’on parvient à faire des économies substantielles. Le dogme de la réduction des dépenses publiques et la mise en concurrence tout azimut

Si un enseignant perçoit 36,88 € pour une heure d’accompagnement éducatif (taux de l’heure supplémentaire), les autres « personnes » (dixit le décret) ne perçoivent que 15,99€ [5] Le chef d’établissement qui a toute autorité à mettre en place des dispositifs d’AE dans son établissement aura donc tout intérêt à recourir aux « personnes » extérieures pour doubler son « offre », d’autant qu’il sera fortement sollicité par les acteurs d’un monde associatif en mal de subventions. Les UNSS ainsi talonnées par les associations se voient contraintes de se soumettre au dispositif, sous peine de disparaître. Nous touchons donc, ici à l’un des aspects de la réforme commun à tous les services publics : la mise en concurrence des établissements. Mais il s’agit aussi de la mise en concurrence des salariés : comment justifier l’écart de rémunération allant du simple au double pour un même service rendu ? Les fonctionnaires qui s’engouffrent dans la brèche doivent mesurer l’effet boomerang de cette offre alléchante : outre qu’une telle injustice est indéfendable, elle permettra la stigmatisation du fonctionnaire nanti et privilégié dont le statut ne sera plus défendable à terme. Enfin c’est aussi une mise en concurrence des enseignants. Les enseignants ont toujours animé bénévolement des clubs (ciné, journal, lecture, photo, danse, théâtre, jeux, etc.) dans les collèges au moment de la pose méridienne. L’introduction du dispositif AE crée une tension entre ceux-là et ceux qui ont accepté d’être payés pour faire quelque chose de similaire. Une logique mercantile remplace les valeurs de l’engagement et nombre de clubs animés bénévolement deviennent des dispositifs rétribués. Pour les enseignants acceptant au moins 3 heures supplémentaires par semaine, une prime de 500 euros est offerte : c’est dire combien le gouvernement met le prix fort quand il s’agit de corrompre l’esprit du service public.

Lorsque Xavier Darcos parle de « dispositifs innovants », l’innovation se résume au final à l’introduction de critères marchands. C’est ainsi que le libéralisme et ses dogmes s’imposent dans nos collèges.

Cette politique neutralise de surcroît les revendications salariales collectives, elle individualise les salaires et sape l’engagement syndical.

Tout ceci ne peut mieux illustrer les propos de Philippe Meirieu dans sa lettre ouverte à Xavier Darcos : « cette politique est dangereuse [...] parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux [...] de ses choix : [...] coût des conflits et des gaspillages provoqués par la concurrence attisée entre l’Etat et les collectivités territoriales, [...], entre les établissements et, peut-être bientôt, entre les enseignants eux-mêmes courant après les petits avantages que vous accordez aux uns et que vous refusez aux autres… C’est, d’ailleurs là, la véritable illusion du libéralisme [...]. On a vu ce que cela donnait dans le domaine économique et nous n’avons pas fini d’en payer le prix ! »  [6] On ne peut mieux dire.

En résumé, l’accompagnement éducatif n’est pas qu’anecdotique, il témoigne de la philosophie des réformes en cours, des dogmes et mensonges gouvernementaux. Il a coûté pour l’heure à la collectivité la bagatelle de plus de 300 millions d’euros financés par des suppressions de postes. Les enseignants et encore moins les élèves ne sont pas les bénéficiaires d’une mesure au fond seulement destinée à servir la « com » d’un Président sans cesse en « campagne » : « Je veux vous dire [...] que je suis décidé à faire en sorte que plus aucun enfant ne soit livré à lui-même une fois la classe terminée afin que vous puissiez achever votre journée de travail sans éprouver l’angoisse de savoir votre fils ou votre fille sans surveillance, sans encadrement »  [7].

Sud éducation Tarn

http://www.sudeducation.org/

[1] Circulaire no 2007-115 du 13 juillet 2007 – MENE0701447C

[2] Nicolas Sarkozy, Lettre aux Éducateurs, 4 septembre 2007 : « Je souhaite faire de la revalorisation du métier d’enseignant l’une des priorités de mon quinquennat [...]. Et, je m’y engage, les moyens qui seront ainsi dégagés seront réinvestis dans l’éducation et dans la revalorisation des carrières. »

[3] Circulaire no 2008-042 du 4 avril 2008 - MENE0800308C

[4] Intervention de Xavier Darcos à l’Assemblée nationale, séance du 4 novembre

[5] Arrêté du 21-1-2009 - J.O. du 23-1-2009

[6] Philippe Meirieu, [I]Lettre ouverte à Xavier Darcos [FIN I]– 27 décembre 2008 – http://www.meirieu.com

[7] Nicolas Sarkozy, Lettre aux Éducateurs, op.cit.

Un Code de la paix scolaire distribué à la rentrée dans les collèges et lycées… et des portiques…et des équipes mobiles de faux vrais flics…et 14000 suppressions de postes dans l’Education Nationale

Lundi 15 juin 2009
Après le métro, lécole

Après le métro, l'école

Xavier Darcos a réuni les recteurs pour leur présenter ses mesures pour lutter contre les violences dans les établissements scolaires…

Après Nicolas Sarkozy, Xavier Darcos l’a répété: il faut sanctuariser les établissements scolaires contre la violence. Et selon lui, un Code spécifiquement dédié à la paix scolaire peut y contribuer. Le ministre de l’Education l’a annoncé ce mardi aux recteurs réunis pour l’occasion.

La rédaction de ce Code a été confiée à Christian Philip, recteur de l’Académie de Montpellier. Il sera distribué dans les collèges et les lycées à partir de la prochaine rentrée scolaire. Cet ouvrage écrit dans «un langage clair, accessible» rappellera les règles de vie collective à respecter.

Des portiques au cas par cas

Xavier Darcos a en outre confirmé ses annonces faites le 27 mai dernier, à savoir la formation «à l’exercice de l’autorité» des personnels de directions et des CPE (Conseillers principaux d’éducation) et la poursuite des diagnostics de sécurité dans chaque établissement d’ici à la fin de l’année scolaire 2010.

Si besoin, sera alors envisagée l’installation au cas par cas de portiques de détection fixes, ou de dispositifs mobiles utilisés ponctuellement. Objectif: empêcher l’intrusion d’armes dans un établissement, un phénomène qui reste pourtant mineur dans les faits de violences répertoriés en collège-lycée. D’autres mesures pourront être envisagées comme la mise en place d’une clôture, de vidéo surveillance, et la sécurisation des abords.

Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, s’était pourtant érigée contre le principe des portiques: «On ne va pas installer des commissariats dans les écoles, ni morceler les forces de police pour créer une brigade spéciale pour chaque problème», avait-elle martelé, ajoutant qu’elle ne croyait pas à «une généralisation des portiques».

Une équipe mobile académique

Sur la question des «brigades spéciales», Xavier Darcos ne désarme pas non plus. Il a annoncé aux recteurs la création d’une équipe mobile académique, constituée de 20 à 50 personnes, aux profils et aux compétences complémentaires. Le ministre ne précise pas les modalités de leur recrutement. Ces équipes seront placées sous l’autorité directe du recteur et susceptibles d’intervenir rapidement en renfort auprès des chefs d’établissement.

Une habilitation juridique spéciale sera par ailleurs créée, afin de permettre aux personnels de direction et d’encadrement des établissements de faire ouvrir les sacs et cartables, et si l’élève détient une arme, de la confisquer définitivement.

http://www.20minutes.fr/

Catherine Fournier

La liste des lycées qui vont expérimenter des pans de la réforme Darcos

Samedi 11 avril 2009

Paris, 9 avril 2009 Source : Ministère de l’éducation

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Académie d’Aix-Marseille

Alpes de Haute Provence

Pierre-Gilles de Gennes, Digne-les-bains

Bouches-du-Rhône

Auguste et Louis Lumière, La Ciotat
Marie Curie, Marseille

Vaucluse

Jean-Henri Fabre, Carpentras
Théodore Aubanel, Avignon

Académie d’Amiens

Aisne

Condorcet, Saint-Quentin

Oise

Paul Langevin, Beauvais
Jules Uhry, Creil
André Malraux, Montataire

Somme

De l’Authie, Doullens

Académie de Besançon

Haute-Saône

Louis Aragon, Héricourt
Les Haberges, Vesoul

Académie de Bordeaux

Dordogne

Giraut de Borneil, Excideuil

Gironde

Lycée d’hôtellerie et de tourisme de Gascogne, Talence
Philippe Cousteau, Saint-André-de-Cubzac

Pyrénées-Atlantiques

Louis Barthou, Pau
Saint-Thomas d’Aquin, Saint-Jean-de-Luz

Académie de Caen

Calvados

Jean Rostand, Caen
Louis Liard, Falaise
Salvador Allende, Hérouville-Saint-Clair

Orne

Mezeray, Argentan

Académie de Clermont-Ferrand

Puy-de-Dôme

Lycée général et lycée des métiers de la restauration, Chamalières
Godefroy de Bouillon, Clermont-Ferrand

Académie de Créteil

Seine-et-Marne

Lycée, Sourdun
Gaston Bachelard, Chelles
Jean Vilar, Meaux
Henri Becquerel, Nangis

Seine-Saint-Denis

Henri Wallon, Aubervilliers
Olympe de Gouges, Noisy-le-Sec
Maurice Utrillo, Stains
Jean-Jaurès, Montreuil

Val-de-Marne

Armand Guillomin, Orly
Louise Michel, Champigny-sur-Marne
Louis Armand, Nogent-sur-Marne
D’Arsonval, Saint-Maur-des-Fossés
Maximilien Perret, Alfortville

Académie de Dijon

Nièvre

Pierre-Gilles de Gennes, Cosne-Cours-sur-Loire

Saône-et-Loire

Henri Parriat, Montceau-les-Mines
Jeanne d’Arc, Paray-le-Monial
Camille Claudel, Digoin

Académie de Grenoble

Ardèche

Xavier Mallet, Le Teil

Isère

L’oiselet, Bourgoin-Jallieu
André Argouges, Grenoble

Savoie

Lycée professionnel Monge, Chambéry

Académie de Guadeloupe

Guadeloupe

Providence, Les Abymes

Académie de Guyane

Guyane

Félix Eboué, Cayenne

Académie de la Réunion

La Réunion

Georges Brassens, Saint-Denis
Amiral Pierre Bouvet, Saint-Benoît

Académie de Lille

Nord

Beaupré, Haubourdin
Des Flandres, Hazebrouck
Jean Rostand, Roubaix
Henri Wallon, Valenciennes
Notre-Dame de Grâce, Maubeuge

Académie de Limoges

Creuse

Raymond Loewy, La Souterraine

Académie de Lyon

Ain

Paul Painlevé, Oyonnax

Rhône

Frédéric Fays, Villeurbanne
Marcel Sembat, Vénissieux
Louis Armand, Villefranche-sur-Saône

Académie de Montpellier

Aude

Jules Fil (lycée des métiers), Carcassonne

Gard

Emmanuel d’Alzon, Nîmes

Hérault

Notre-Dame de la Merci, Montpellier
Georges Pompidou, Castelnau-le-Lez

Pyrénées-Orientales

Déodat de Severac, Céret

Académie de Nancy-Metz

Moselle

Antoine-de-Saint-Exupéry, Fameck
Jean-Victor Poncelet, Saint-Avold

Académie de Nantes

Loire-Atlantique

Clémenceau, Nantes
Galilée, Guérande

Vendée

Sainte-Marie du Port, Les Sables-d’Olonne

Académie de Nice

Alpes-Maritimes

Thierry Maulnier, Nice

Var

Paul Langevin, La Seyne-sur-mer

Rouvière, Toulon

Académie d’Orléans-Tours

Cher

Marguerite de Navarre, Bourges

Eure-et-Loir

Edouard Branly, Dreux

Indre

Blaise Pascal, Châteauroux

Indre-et-Loir

Léonard de Vinci, Ambroise

Loir-et-Cher

Claude de France, Romorantin-Lanthenay

Loiret

Voltaire, Orléans

Académie de Paris

Paris

Racine, Paris

Dorian, Paris

Rabelais, paramédical et social, Paris

Henri Bergson, Paris

Jacquard, Paris

Académie de Poitiers

Charente-Maritime

Léonce Vieljeux, La Rochelle

Deux-Sèvres

Joseph Desfontaines, Melle

Vienne

Lycée professionnel Edouard Branly, Châtellerault
Lycée pilote innovant international, Jaunay-Clan

Académie de Reims

Ardennes

Jean Moulin, Revin

Aube

Gaston Bachelard, Bar-sur-Aube
Chrétien de Troyes, Troyes

Marne

Franklin Roosevelt, Reims

Académie de Rennes

Côtes d’Armor

Joseph Savina, Tréguier

Ille-et-Vilaine

Jean Guehenno, Fougères

Morbihan

Notre-Dame-le-Menimur, Vannes

Académie de Rouen

Eure

André Malraux, Gaillon
Jean Moulin, Les Andelys

Seine-Maritime

Val-de-Seine, Le Grand Quevilly
Le Corbusier, Saint-Etienne-du-Rouvray

Académie de Strasbourg

Bas-Rhin

Sainte-Clotilde, Strasbourg
Marc Bloch, Bischheim

Haut-Rhin

Michel de Montaigne, Mulhouse

Académie de Toulouse

Aveyron

Louis Querbes, Rodez

Haute-Garonne

Fonsorbes, Fonsorbes

Hautes-Pyrénées

René Billeres, Argeles-Gazost

Académie de Versailles

Essonne

Robert Doisneau, Corbeil-Essonnes
Albert Einstein, Sainte-Geneviève-des-bois
Camille Claudel, Palaiseau

Hauts-de-Seine

Paul Langevin, Suresnes
Galilée, Gennevilliers

Val-d’Oise

Jean-Jaurès, Argenteuil
Van Gogh, Ermont
Jean-Jacques Rousseau, Sarcelles

Yvelines

François Villon, Les Mureaux
Jean Vilar, Plaisir
Evariste Galois, Sartrouville

Le Président de la République et son gouvernement n’aiment pas les enfants

Samedi 4 avril 2009

Y a-t-il une place pour l’enfant dans la société française ?

Alors que le monde s’apprête à célébrer le XX ème anniversaire de la Charte Internationale des Droits de l’Enfant, il est infiniment regrettable que la “société des adultes” n’accorde toujours pas aux enfants la place qui devrait leur revenir, et le respect qui devrait leur être dû. Les propos, décisions et mesures du Président de la République française et de son gouvernement en fournissent une illustration caricaturale. Malheureusement, l’opinion publique qu’ils anesthésient et brutalisent n’est pas vraiment consciente que la condition de nombreux enfants est précaire dans une jungle de pouvoirs et d’égoïsmes qui génèrent peurs, stress, blocages affectifs et inhibitions, inquiétude, anxiété et angoisse, “troubles” somatiques et psychiques. Ou alors, les enfants sont “oubliés” ou niés. Quelques exemple sont particulièrement édifiants.

* La suppression de maternités sans considération ou évaluation sérieuse des conséquences humaines et médicales, parfois graves pour la mère et son bébé.

* La remise en question larvée de la durée du congé de maternité (propos récents du Président de la République) après “le retour en fanfare” de la Garde des Sceaux aux affaires politiques quatre jours après avoir mis un bébé au monde. Ce qui met implicitement en cause la durée actuelle du congé parental à l’occasion d’une naissance. Évidemment, tant mieux pour elle si son accouchement s’est bien passé et si son bébé se porte comme un charme. Tant mieux pour elle si un ou des tiers ont pu garder le bébé à son retour dans son ministère. Mais, la garde des Sceaux paraît ignorer dans sa superbe les difficultés, contraintes, obligations et souffrances qui nécessitent pour de nombreuses mamans un arrêt de travail d’une durée de plusieurs semaines, parfois des mois, avant et après l’accouchement. Elle n’a pas eu un mot pour elles. En tout cas, on ne l’a pas entendu. En outre, de toute évidence, elle ne sait pas que, tout au long de l’après-naissance, les interactions accordées entre la mère et son bébé sont nécessaires pour qu’un attachement “sécure” s’installe entre eux. Il faut bien plus de quatre jours pour que l’attachement se consolide. Le plus souvent, plusieurs semaines sont nécessaires pour que les deux personnes puissent s’ajuster l’une à l’autre dans leurs rythmes, leurs comportements, leurs émotions et leur affectivité, et pour que le père et la fratrie puissent trouver leur place. C’est encore plus compliqué lorsque les mères vivent seules, dans la détresse ou sans attache familiale. Quel égoïsme !

* L’insuffisance qualitative et quantitative des structures d’accueil pour la petite enfance (crèches et structures apparentées), alors que la natalité en France est la plus forte d’Europe … et du monde occidental.

* L’insuffisance ou l’inexistence dans ces structures de places réservées aux enfants porteurs d’un handicap, aux enfants “border line” et aux enfants dont les parents sont issus de l’immigration, en particulier quand leurs revenus ne leur permettent pas d’envisager cette possibilité (les crèches ne sont pas gratuites).

* La négation de l’importance du rythme veille-sommeil dans la croissance, le développement et les équilibres de l’enfant, c’est-à-dire la succession des épisodes de sommeil au cours des 24 heures, en particulier la ou les siestes. On a en effet entendu le Ministre de l’Education Nationale s’étonner qu’il faille assurer aux professeurs  des écoles une “formation bac +5” pour qu’ils fassent “faire la sieste” aux enfants de l’école maternelle. C’est évidemment indigne. Pourquoi le Ministre ne reste-t-il pas au moins une journée dans les écoles qu’il visite plutôt que frimer devant les caméras ? Il constaterait alors que la grande majorité des enfants de la petite section et de la moyenne section ont besoin d’une sieste reconstituante à la mi-journée (avec des visites renouvelées, il pourrait enfin apprécier l’importance de l’école maternelle dans le développement corporel et cérébral de l’enfant). La méconnaissance ou le non respect de la sieste dans la famille, à la crèche, à l’école maternelle et ailleurs, ont logiquement pour conséquence une diminution de la durée du sommeil quotidien. Par ailleurs, toutes les études récentes montrent que, à tous les âges, la durée du sommeil nocturne a diminué au cours des vingt dernières années. En conséquence de la diminution de la durée du sommeil nocturne et du non respect de la sieste,  on réduit logiquement les capacités de récupération physique, physiologique, mentale et intellectuelle de l’enfant, mais aussi sa vigilance, ses capacités d’attention et de traitement de l’information. On perturbe sa croissance, ses équilibres affectifs et biologiques, ses capacités de mémorisation et la consolidation de ses apprentissages. Que fait le Ministre de l’Education Nationale pour prendre en compte cette réalité ? RIEN, sinon fustiger les enseignants d’école maternelle soucieux de respecter le rythme veille-sommeil des enfants.

* L’absence de stratégies et lieux d’accueil appropriés pour recevoir les enfants et leur famille dans les différentes structures de vie et d’éducation, parfois de soins, pour la petite enfance, notamment quand ils sont en difficulté et présentent des particularités biologiques ou psychologiques qui en font des personnes “pas comme les autres”.

* Le lancement de l’idée de créer des jardins d’éveil pour garder les jeunes enfants, sans aucune réflexion ou conceptualisation. Ce sont des coquilles vides, “justifiées” notamment par le colloque “L’école à deux ans : est-ce bon pour l’enfant ?” qui s’est tenu le 1er avril 2006 à l’Assemblée Nationale, et l’ouvrage collectif publié en août 2006 par les Éditions Odile Jacob. J’ai participé à ce colloque pour expliquer pourquoi il est nécessaire d’améliorer les structures existantes (crèches, écoles maternelles …), et non pas pour demander la suppression de l’une ou l’autre. Si on se fonde sur la recherche fondamentale, les observations cliniques et le vécu des éducateurs et enseignants, il faut rénover les structures d’accueil et en créer de nouvelles. Elles doivent avoir pour mission d’accueillir tous les enfants, sans exclusive, et donc être gratuites (il est important qu’elles soient sous la responsabilité d’une équipe pluridisciplinaire, constituée notamment de Professeurs des écoles : pour plus de précisions, voir le document “les crèches-écoles enfantines”). De toute évidence, avec les jardins d’éveil, le projet du gouvernement (et pas seulement des deux sénateurs qui l’ont rédigé), est de créer des structures privées dont la logique serait le profit : non fondées sur un accueil optimisé des enfants et de leur famille, et sur un aménagement approprié du temps et des espaces, elles auraient pour objectif et finalité de rapporter de l’argent à leurs promoteurs et constructeurs, c’est-à-dire d’obéir à une logique marchande. Le Président de la République et le gouvernement penseraient-il à des amis patrons d’entreprise ?

* L’absence de réflexion véritable sur les finalités, le fonctionnement et l’organisation de l’école maternelle pour tous les enfants, sans laisser un seul au bord de la route. Alors que tout le monde s’accorde à reconnaître son importance, les “décideurs” et les autres responsables du système éducatif la laissent volontairement dans le flou. Pauline KERGOMARD et ses amis pédagogues doivent se retourner dans leur tombe devant les menaces qui pèsent sur l’école maternelle qu’elles ont inventée au XIX ème siècle, et que de nombreux pays nous envient. L’absence de définition claire des finalités de l’école maternelle, de son organisation et de son fonctionnement, la rend vulnérable et ouverte à tous les appétits ou idéologies. Allons-nous permettre qu’elle soit démantelée et/ou bradée pour augmenter les profits de quelques-uns ?

* L’aménagement du temps scolaire à contretemps des rythmes et du développement des enfants ... de tous les enfants, mais surtout ceux qui sont en difficulté, l’organisation de la journée à l’école étant la même de la petite section de l’école maternelle (enfants de trois à quatre ans, parfois de deux à trois ans) au CM2 (écoliers de dix à onze ans). Le passage généralisé de la semaine de quatre jours et demi à la semaine de quatre jours entraîne une augmentation de la pression relationnelle et intellectuelle sur les enfants car les enseignants doivent faire en quatre jours ce qu’ils faisaient en quatre jours et demi. Sous la pression de la hiérarchie, mais aussi parce qu’ils sont convaincus de cette “nécessité”, ils privilégient “logiquement” les apprentissages des “fondamentaux” (vocabulaire, grammaire, syntaxe de la langue française ; calcul et mathématiques). Il ne reste plus de temps suffisant pour les autres apprentissages et activités (arts plastiques, musique, chant choral, biologie, histoire, géographie, découverte de l’environnement …), et aussi pour les moments de détente, soupapes absolument nécessaires, surtout lorsque les enfants sont en difficulté. Il est fréquent que le manque de temps dans la journée entraîne également une augmentation horaire de la journée scolaire la plus longue du monde parce que, faute de temps suffisant dans la journée (“on n’y arrive pas” disent-ils), un nombre non négligeable d’enseignants prolongent l’après-midi scolaire jusqu’à 16h.40, 16h.50 ou au delà. Il faut ajouter le temps consacré aux devoirs à la maison alors qu’ils sont interdits par une dizaine de circulaires ministérielles. Que deviennent en fin d’après-midi les temps d’activités ludiques, d’apaisement, de sécurité affective, de tendresse … avec les parents et les autres partenaires familiaux ou familiers ? La France a ainsi la “super journée” la plus longue du monde. Pourtant, le Ministre de l’Education Nationale qui a institué la semaine de quatre jours, aggravant ainsi les difficultés des enfants vulnérables, en souffrance … se répand maintenant dans les médias en disant qu’il est contre cette semaine. Où est la cohérence ? Faut-il rappeler que, pour imposer cette semaine, il a tenté de disqualifier les scientifiques en affirmant dans les médias que la chrono biologie est une spécificité française ! Ses propos sont non seulement diffamatoires, mais également stupides. N’importe qui peut “cliquer” chrono biologie ou rythmes biologiques sur internet, et constater la richesse de ce champ disciplinaire et pluridisciplinaire.

* L’aggravation en classe de la pression intellectuelle et relationnelle avec la forte augmentation du poids des “fondamentaux” au cours de chaque journée scolaire, combinée à la semaine de quatre jours, encore plus dévastatrice, surtout pour les enfants en difficulté. Les dégâts sont évidents : en 2008-2009, la grande majorité des enfants de l’école élémentaires sont fatigués, souvent épuisés … mais également nombre d’enseignants. On peut faire l’hypothèse forte que les consultations des parents auprès du médecin généraliste, du pédiatre ou du pédopsychiatre, ont été motivées et sont toujours motivées non par les maladies infantiles, mais par l’état de fatigue, les difficultés d’endormissement, les réveils et cauchemars nocturnes, les “troubles du comportement” (conduites auto centrées, évitements, fuites, “hyperactivité”, agressions-destructions, conduites étranges…). Avec pour corollaire la prescription accrue de béquilles chimiques par des médecins décontenancés et dépourvus “d’autres moyens thérapeutiques”. On peut pronostiquer que la France va consolider sa place de championne du monde de la consommation de tranquillisants, somnifères, psychotropes …

* Les espaces scolaires insuffisants, négligés, pauvres, fermés sur eux-mêmes, anxiogènes … non aménagés pour que les enfants puissent construire des alliances du corps et de la pensée. Les toilettes sont souvent dans un état lamentable.

* La programmation de la suppression des RASED alors qu’il faudrait augmenter leur nombre, ainsi que la durée et la fréquence de leurs “interventions” auprès des enfants en difficulté. Comment expliquer la “confusion” persistante du Ministère de l’Education Nationale, et du ministre lui-même, entre le soutien scolaire apporté quotidiennement aux élèves par le maître dans la classe et le soutien psychologique et de reconstruction de l’enfant par les RASED ? Sous prétexte que sur leurs 26 heures “décrétées” pour la semaine, les enseignants doivent deux heures de “service” devant des enfants “puisque” que le temps scolaire des enfants “n’est que” de 24 heures. Les patachons du Ministère planifient les moments de soutien (quel soutien ?) en dehors de la journée scolaire et aux pires moments :

- à 16h.30, les enfants sont fatigués, voire épuisés, surtout ceux qui sont en difficulté … et bâillent déjà beaucoup, s’affalent sur la table … au début de l’après-midi quand cela n’est pas à la fin de la matinée ;

-  à la mi-journée, la neurobiologie a révélé qu’il y a une dépression de la vigilance corticale (du cerveau) ;

- avant 09h.00 (souvent 09h.30), il faut aux enfants en difficulté beaucoup plus de temps qu’aux autres pour retrouver un niveau de vigilance et d’attention sélective qui leur permette de donner sens et signification au message du maître, donc de comprendre et d’apprendre. Comment pourraient-ils bénéficier d’un soutien réellement efficace avant 08h.30 ? On ne s’y prendrait pas autrement si on voulait aggraver les difficultés des enfants à comprendre et apprendre, surtout ceux qui cumulent les difficultés personnelles, familiales, scolaires, sociales et autres.

Le Président de la République et son gouvernement ont renforcé une école à deux vitesses, rejetant ainsi les plus vulnérables, démunis, en souffrance … vers l’échec et la marginalisation. Et on parle d’intégration ?

* Les fichage et bases de données scolaires qui permettent de suivre les enfants (et les familles) “à la trace”, et conduisent donc à des risques de stigmatisation et de ségrégation de ceux qui “ne sont pas comme les autres”.

* L’insuffisance dans la vie quotidienne de lieux récréatifs, sportifs, culturels et autres réservés aux enfants de tous âges. Où peuvent-ils “se poser”, s’apaiser, canaliser leur trop plein de mouvement et/ou d’agressivité ? Ainsi se trouvent favorisée l’aggravation de l’auto-exclusion de la vie sociale et de la marginalité, des conduites auto centrées, des évitements d’autrui, des fuites dans la drogue, l’alcool, le suicide … la   violence.

* Le délabrement ou la détérioration persistante des structures de prévention et de soins qui accueillent les enfants en difficultés. On peut ajouter l’absence de propositions claires, concrètes et matérielles pour améliorer les structures spécialisées (hôpitaux de jour, I.M.E., I.T.E.P…), et les ouvrir sur la société de façon intelligente.

* La disparition des intersecteurs pédo-psychiatriques, ou   leur réduction à la plus simple expression.

* L’institutionnalisation de la prison pour les enfants de treize ans (douze ans dans le projet initial).

Face à ces réalités, on comprend mieux les propos du Ministre des Affaires Étrangères qui s’interrogeait sur la pertinence du maintien d’un Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme.

Hubert MONTAGNER, Psychophysiologiste, Professeur des Universités en retraite, ancien Directeur de Recherche à l’INSERM, ancien Directeur de l’Unité 70 de l’INSERM « Enfance Inadaptée ».

Hubert MONTAGNER, Psychophysiologiste, Professeur des Universités en retraite, ancien Directeur de Recherche à l’INSERM, ancien Directeur de l’Unité 70 de l’INSERM « Enfance Inadaptée ».

SOS Éducation au service du ministre

Vendredi 6 mars 2009

Membre fondateur de l’association Les Créateurs d’écoles, qui visait à instaurer le « pluralisme » au sein de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, au moins implicitement, a pu donner à une nouvelle organisation, SOS Éducation, tout l’écho qu’elle demandait. Leurs routes se croisent ou cheminent parallèlement, comme le mentionne SOS Éducation dans sa lettre de juin 2008: «À l’évidence, Xavier Darcos est revenu dans le droit chemin. Les membres de l’association feront tout pour qu’il chemine sur la plus grande distance possible. »

L’apparition d’un nouvel acteur

Le 26 juillet 2007, l’IFOP rend public un sondage réalisé par téléphone auprès d’un échantillon de 1010 personnes, dont les questions tournent autour de « la mise en place du service minimum dansl’Éducation nationale ». Son commanditaire n’est pas, comme on aurait pu s’y attendre, une quelconque officine libérale, hostile par principe à « ces grèves incessantes qui prennent la France en otage », mais une petite association loi 1901, née en 2001, et jusque-là très discrète, pour ne pas dire quasi inconnue du grand public : SOS Éducation. Observons que, pour l’occasion, et pour des réponses somme toute sans surprise, les activistes de la jeune organisation n’ont pas regardé à la dépense : le prix moyen d’un tel sondage d’opinion est d’environ 30 000 euros. À qui peut bien profiter une telle initiative, a priori ruineuse pour une si petite structure ? La réponse ne se fait pas attendre. C’est le ministre de l’Éducation nationale lui-même, qui nous ladonne. Lors de sa conférence de presse de rentrée du 29 août 2007, il a beau jeu d’annoncer :

Enfin, je crois que les familles doivent pouvoir compter sur la continuité du service public d’éducation. Elles doivent pouvoir bénéficier d’un service minimum en cas de grève des personnels. Si chacun comprend bien qu’il n’est pas possible, ces jours-là, d’offrir les cours habituels, il me semble choquant en revanche que des parents doivent cesser de travailler parce que l’école n’est pas en mesure d’accueillir leurs enfants.
Le dispositif, assez flou, décrit par Xavier Darcos, repose sur le volontariat des communes qui ont à charge les écoles. Le 11 décembre 2007, dans le cadre de la présentation à la presse de son programme d’action et de travail pour le deuxième trimestre, le ministre déclare :

Je souhaite notamment que nous étudiions, outre les instruments de dialogue nécessaires à la prévention des conflits, de nouvelles modalités d’information des familles afin qu’elles puissent savoir, suffisamment longtemps à l’avance, si l’enseignant de leur enfant sera en grève.

Surtout, je souhaite que tout ou partie des retenues sur salaire opérées les jours de grève puissent être reversées aux communes volontaires pour mettre en place un service d’accueil minimum dans les écoles primaires.

Darcos précise que cela fera l’objet de discussions dans le courant du mois de janvier 2008. En fait de discussions, il annonce, sans concertation, le 8 janvier 2008, le lancement de l’expérimentation de ce service minimum le 24 janvier 2008 pour la grève nationale de la fonction publique, suscitant surprise et désapprobation des syndicats. Deux mille communes sur plus de 37 000 répondent à la proposition ministérielle du service minimum avec plus ou moins de succès. Un projet de loi instituant un « droit d’accueil » pendant le temps scolaire est adopté par le Parlement le 24 juillet 2008.

Mais qui est donc cette association qui commandite un sondage capable de mettre sur les rails une réforme de cette importance ?

Qui sert qui ?

SOS Éducation, dès la nomination de Xavier Darcos comme ministre délégué à l’Enseignement scolaire en 2002, diffuse un « référendum national sur l’école » dont les résultats « seront transmis aux médias, au président de la République, au Premier ministre, aux parlementaires et au ministre de l’Éducation, Luc Ferry ». La lettre d’accompagnement de ce référendum, signée par Martine Duverger, secrétaire générale de l’association, évoque « la pire catastrophe qui menace notre pays », c’est-à-dire « la façon dont l’Éducation nationale a perdu pied, mettant en péril l’avenir de millions d’enfants ». SOS Éducation envoie ses missives par mailing, grâce, notamment, à des fichiers d’adresses personnelles d’enseignants. Le texte du référendum insiste sur la nécessité d’« intervenir d’urgence sur l’école », arguant notamment du fait que « 300 000 actes de violence sont commis dans les écoles chaque trimestre ». Martine Duverger avertit: «Si vous ne rejoignez pas SOS Éducation aujourd’hui en répondant au référendum et en envoyant un don de soutien, j’ai bien peur que nous perdions cette occasion historique de sauver l’avenir des nouvelles générations. »

Le bulletin n° 3 de SOS Éducation, daté de janvier 2003, s’ouvre sur la photo de son président,Vincent Laarman, en compagnie de Xavier Darcos. Titre :

« Le ministre Xavier Darcos s’explique devant SOS Éducation ». Cette jeune association a déjà obtenu deux rencontres au ministère : le 23 novembre 2002 et le 9 janvier 2003.

La délégation de l’association a eu l’occasion d’entendre de vive voix les propositions de réforme du ministre et a pu constater avec satisfaction qu’elles reprenaient de façon évidenteles demandes formulées dans nos pétitions. Xavier Darcos a déclaré mot pour mot qu’il fallait «passer au-dessus de la tête des syndicats et théoriciens de la pédagogie, qui finalement ont peu enseigné, mais ont expliqué pendant des années comment faire » et qu’il fallait « prendre en compte l’opinion des gens de bon sens ». Enfin, il prévoit un « dégraissage des effectifs », aujourd’hui tellement nombreux que le mammouth est devenu ingérable (plus de 1 300 000 fonctionnaires à l’Éducation nationale) mais il ne s’est engagé sur aucun chiffre.

Le président de SOS Éducation, Vincent Laarman, est l’un des correspondants français d’une association américaine: Alliance for the separation of school & state. Titulaire d’une maîtrise d’économie de l’université de Berlin, c’est un ancien élève de Sup de Co, où il fut le disciple de Philippe Nemo, cofondateur en 1993, rappelons-le, de l’association « Créateurs d’écoles », alors fréquentée par Darcos.

Libération titre le 1er avril 2003: « SOS Éducation, attention danger. L’association dissimule ses liens avec les officines ultra-libérales ». Signé Emmanuel Davidenkoff, cet article revient sur l’entrevue entre Darcos et Laarman, précisant que le ministre se défend d’avoir rencontré SOS Éducation et prétend avoir croisé ses membres lors d’un petit déjeuner du club Concorde, un think tank fondé par Jérôme Monod. Le ministère reconnaît en revanche la rencontre du 14 janvier 2003, non pas avec le ministre, mais avec deux membres de son cabinet. SOS Éducation aurait menti ? Quelle association nouvellement créée n’a pas rêvé d’être reçue au ministère de l’Éducation nationale ? Xavier Darcos ne conteste toutefois pas les propos très explicites qui lui sont attribués par SOS Éducation.

De la doctrine à l’action

La doctrine de SOS Éducation est reproduite dans le numéro 1 de sa publication École et Liberté, sous la plume de Philippe Nemo en septembre 2004. Ces propositions de réforme s’intitulent : « Pour le pluralisme scolaire ».

Deux parties composent ce dossier : « Le constat » et « Le projet ». Au chapitre du constat, Nemo estime que « la situation de l’école est désastreuse en France, mais aussi dans de nombreux pays occidentaux », et que ce désastre est lié à « un problème de structures ». «La France connaît encore aujourd’hui une situation de monopole scolaire » dont « nous ne devons pas être fiers », puisqu’il relève d’un « esprit antidémocratique ». En outre, « le monopole scolaire ne garantit pas la neutralité de l’école. Au contraire, cela a toujours été un projet délibéré, de la part des socialistes révolutionnaires, de s’emparer de l’école pour combattre pied à pied l’influence éducative des familles. » Autre critique : « La politique de l’Éducation nationale est élaborée par les syndicats d’enseignants, c’est-à-dire par des groupes privés. »

Le programme est clair : « Que la collectivité finance l’enseignement, mais que la prestation d’enseignement soit assurée par des écoles indépendantes, librement créées et gérées, capables d’innover et de faire jouer l’émulation » ; il faut « découpler, en matière d’éducation, le problème du financement de celui de la prestation ».

La dotation financière prévue par les pouvoirs publics pour chaque enfant de chaque niveau estremise directement aux familles, sous forme d’un « chèque » (utilisable seulement, cela va sans dire, pour financer l’école). La famille choisit une école, lui remet son « chèque », et les responsables de l’école vont ensuite convertir ce chèque en ressource monétaire auprès des comptables du Trésor.

En juin 2007, évoquant la proposition d’assouplissement de la carte scolaire par Xavier Darcos, SOS Éducation applaudit la déclaration du ministre et semble se satisfaire du délai qu’il projette, opérant par là un revirement spectaculaire par rapport à ses positions antérieures, lorsqu’elle réclamait une suppression immédiate. SOS Éducation met là de l’eau dans son vin… pour soutenir Darcos.

Un article de Libération le 6 novembre 2006 fait observer : Dans le concert des « déclinistes » SOS Éducation est à part. Elle ne compte pas de personnalités dans ses rangs et cherche désespérément des alliés [...]. Le 24 octobre, Sauver les lettres, Sauver les maths et Reconstruire l’école ont publié une lettre au vitriol, qualifiant SOS Éducation de «groupuscule malfaisant ». Car, au-delà de constats communs, leurs buts divergent radicalement. Dans la tradition laïque et républicaine, les trois associations réclament une école plus performante. SOS Éducation vise son affaiblissement, voire sa disparition. Le 17 septembre 2005, devant le Cercle Frédéric-Bastiat qui se veut un haut lieu de la pensée, Vincent Laarman annonçait la couleur : il n’y a d’espoir que « si l’Éducation nationale se trouve menacée dans sa survie par la concurrence d’un grand secteur éducatif libre ». Et de citer les États-Unis en exemple.

Ces associations dénoncent les objectifs de SOS Éducation : SOS Éducation n’entend nullement remettre l’école publique sur les rails. En créant la confusion dans l’esprit des parents, en les dressant contre les professeurs, elle orchestre, en réalité, sa destruction dans le seul but d’imposer sa propre « solution » : le démantèlement de l’Éducation nationale au profit d’écoles privées financées par le « chèque éducation ». SOS Éducation s’inscrit ainsi dans cette nébuleuse d’associations rassemblées autour d’une prétendue « Révolution bleue » pour construire en France un pôle d’extrême droite ultralibérale. Rien ne saurait être plus éloigné de notre propre conception d’une école de qualité, publique, laïque et gratuite.

Bientôt la victoire ?

Jeudi 5 mars 2009

le canard enchaîné

Lettre ouverte d’un Enseignant Spécialisé en Rased

Samedi 14 février 2009

à Monsieur Darcos, Ministre de  l’Education Nationale

Monsieur le Ministre,

Cette lettre est celle d’un modeste fonctionnaire, enseignant spécialisé en Rased,mais aussi celle d’un citoyen  préoccupé par l’état de notre société.

Instituteur depuis 1982, j’ai fait le choix en 1999 de devenir rééducateur au sein d’un Rased. La loi de finances pour 2009 sonne le glas de ces Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté. J’ai reçu cette annonce comme un grand mépris de votre part. Décider sans concertation, sans évaluation, la mort de mon métier, c’est me dire que le travail que j’accomplis depuis dix ans auprès des enfants les plus en difficulté est inutile. Le deuxième sentiment qui prédomine est celui d’avoir été trahi par l’institution. C’est pourtant bien l’Education Nationale qui m’a formé (formation de qualité) et délivré un diplôme  pour exercer les missions de rééducateur. Je me suis efforcé d’être digne de ces missions. Or, aujourd’hui vous modifiez la règle du jeu en cours de partie. C’est exactement le contraire de cela que je travaille avec les enfants qui me sont confiés.

Bien entendu, je mesure combien la tâche qui vous incombe est complexe et lourde. Aussi, je cherche à comprendre votre projet pour l’école, à  trouver une cohérence aux nombreuses réformes proposées. Pour ce qui concerne les Rased, votre choix initial de les supprimer me laisse pantois. Sans eux, le travail salutaire de  remédiation auprès des enfants les plus en difficulté à l’école ne peut plus se faire. Sans eux, l’école se prive d’un précieux dialogue qui souvent, permet à chacun de mieux reprendre sa place d’élève, de parent, ou d’enseignant.

Plus généralement, comprendre votre projet est un travail difficile car votre discours et vos actes sont souvent discordants. Pourquoi persister dans l’euphémisme de mauvais aloi en parlant de « sédentarisation » alors que vous opérez de fait une « suppression » de notre métier ?

Comment comprendre vos choix budgétaires  drastiques au motif que les caisses sont  vides quand, dans le même temps, votre gouvernement trouve la somme extraordinaire  de 360 milliards d’euros pour « sauver les banques » ?
Au fond, on a le sentiment que le souci de réaliser des économies est  l’habillage dans   lequel s’installe une dérive idéologique.

Il est vrai qu’un projet pour l’école s’insère dans un projet de société lié à des valeurs. Le malentendu est peut-être là. Si je suis devenu enseignant, c’est certes comme beaucoup d’autres pour gagner ma vie, mais c’est aussi un choix relatif à des valeurs humanistes. A cet égard, l’argent n’est pas, Monsieur le Ministre, une valeur essentielle et votre idée de distribuer quelques primes à certains d’entre nous me semble bien mal  venue.
Réformer notre école est sans doute nécessaire, les enseignants ne s’y opposent pas par principe. Toutefois, ils ont un attachement fort aux idéaux républicains. Ces derniers sont malmenés, notre tissu social se désagrège.

Dès lors, apparaît un autre malentendu: si l’école peut et doit faire beaucoup pour les élèves qu’elle accueille, on ne peut en revanche lui demander de résoudre les problèmes d’un monde qui marche sur la tête. Les enseignants de l’école primaire sont souvent de bons pédagogues, mais la pédagogie ne peut pas tout.
- Comment enseigner  le respect de soi et de l’autre dans une société où règne la loi de la jungle, dans un système devenu fou où l’économique aurait pris le pas sur l’humain?

- Comment montrer que le chemin de l’effort est celui qui vaut la peine dans un monde marchand qui sollicite en permanence nos enfants, les laissant croire que le  bonheur se trouve au supermarché?  Comment trouver le temps d’enseigner dans la sérénité quand l’institution scolaire presse les maîtres d’accomplir des missions de plus en plus lourdes, en multipliant dispositifs, textes réglementaires, réunions, projets, sigles dans lesquels on finit par ne plus trouver de cohérence?
Comment retrouver l’indispensable temps d’apprendre dans une école qui, perdant confiance en elle, met bien trop souvent ses élèves en situation d’évaluation?

Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent pour vous reprocher un manque de dialogue et une communication souvent teintée de démagogie. On y devine la tentation de diviser les enseignants entre eux, d’opposer  les fonctionnaires et les travailleurs du secteur privé. Un climat de culpabilisation pèse sur ceux qui ont la chance d’avoir un emploi (qui à ce titre, doivent se garder de toute revendication) et sur les chômeurs qui devraient bien finir par comprendre qu’ils sont responsables de ce qui leur arrive.

D’autres voix encore, vous prêtent le dessein de dépouiller l’Education Nationale pour mieux offrir de nouvelles parts de marché au secteur privé.

Enfin, vous semblez négliger les travaux réalisés dans le domaine des sciences de l’éducation.

Je ne peux pas penser qu’un ministre de la République s’engage dans cette voie. A l’heure où l’exclusion sociale gagne du terrain, où la majorité de l’humanité vit dans des conditions honteuses sur une planète de plus en plus polluée, il est de votre devoir d’homme d’état de refonder votre projet.

Dans cette perspective, l’école publique doit demeurer notre bien commun. Un bien qui n’est pas à vendre et qui ne peut se confondre avec une entreprise. Les valeurs républicaines que notre école défend et transmet à ses élèves «  futurs citoyens », les savoirs qu’elle dispense, les  humains qui y travaillent ne sont pas des marchandises.

Ce sont ces valeurs de partage, de respect et de dignité retrouvée que nous devons porter ensemble. Vous devez entendre cette aspiration légitime et puissante qui monte chez les enseignants, les parents, les citoyens de notre pays.

Vous pouvez compter, Monsieur le Ministre, sur ma détermination de citoyen à défendre  ces valeurs ainsi que sur ma détermination de professionnel à offrir à nos enfants un   avenir plus  souriant.

Gilles Cunin

enseignant.citoyen@free.fr

Lettre ouverte à Xavier Darkos envoyée le 28/01/09 par le “Collectif RASED 62″

Lundi 2 février 2009

Arras, le 24 Janvier 2008

Nous, enseignants de RASED du Pas de Calais regroupés au sein du « collectif Rased 62 » vous écrivons cette lettre aujourd’hui car en conscience nous ne pouvons plus nous taire, nous ne pouvons rester sans réagir face à ce que nous considérons comme le démantèlement des fondements de l’Ecole Publique de notre pays.

Dans votre réponse du 26 /11/08 à la question d’un député de la Charente  vous stipulez que «  les élèves rencontrant des difficultés reçoivent l’aide nécessaire pour les surmonter » dans le cadre de l’aide personnalisée. Cette mesure peut s’avérer appropriée pour certains élèves ayant des difficultés passagères et ponctuelles mais c’est une réponse insuffisante voire inadaptée pour ceux qui ont des difficultés persistantes et résistantes à la différenciation pédagogique mise en place par les enseignants des classes ordinaires.
Dans les classes, les collègues apprécient à la fois le travail en petits groupes de l’aide personnalisée, mais formulent aussi leur impuissance à faire évoluer les élèves résistants.

De plus, cette aide personnalisée :

- alourdit le temps de présence des élèves les plus fragiles sans tenir compte de leur rythme
biologique.

- entrave la communication éducative entre parents, enseignants et membres du RASED.

- ne peut pas s’adresser à certains élèves trop rétifs à l’école, pour lesquels rajouter un peu plus de
scolaire ne ferait que rigidifier le blocage.

Ces constats viennent confirmer la réelle nécessité de professionnels formés au traitement de la difficulté grave et persistante.

Or, depuis la mise en place du soutien hebdomadaire, la confusion a été entretenue entre aide spécialisée et aide personnalisée, et le discrédit a été porté sur les interventions des maîtres spécialisés, sans qu’aucune évaluation qualitative sérieuse du dispositif RASED n’ait été conduite.

Les spécificités des différents membres du RASED ne sont plus reconnues aujourd’hui par votre ministère. Vous proposez d’ailleurs, dès cette année à 3000 d’entre nous de redevenir des enseignants traditionnels sans pouvoir mettre en œuvre la spécialité pour laquelle nous sommes formés. Cette « sédentarisation » en classe ou comme enseignant surnuméraire sur une école serait alors synonyme de « dé-spécialisation ».

Certains d’entre nous, ciblés par un IEN selon des critères inconnus, devront assurer une tâche irréalisable : être à la fois enseignant au cœur de la classe et enseignant référent pour les enfants en difficulté.

Cela ne permettra pas aux élèves de mettre à distance le regard du maître, des camarades, le poids de l’évaluation dans la classe qui les empêche momentanément de dépasser leurs difficultés.
Ce travail de mise à distance et d’écart avec la norme scolaire reste nécessaire à la prise en compte de la difficulté persistante : c’est le fondement même de l’aide spécialisée.

De plus, nous ne pourrions pas assurer nos missions d’enseignant spécialisé dans de telles conditions. Nous serions alors confrontés comme les autres enseignants de l’école à la gestion quotidienne de la classe sans avoir les moyens de porter un regard distancié sur les élèves en difficulté et de croiser les regards avec d’autres partenaires (CMPP, médecin scolaire, SESSAD, assistantes sociales, familles) Qui assurerait le rôle de médiation et de coordination entre les différents partenaires ?

Quant à la mission floue dévolue aux personnels sédentarisés dans une école, elle nous apparaît comme une régression, un retour aux Groupement d’Aides Psycho-Pédagogiques. Ces mesures vont réduire considérablement le champ d’intervention des RASED restants, alors que 14000 enfants supplémentaires devraient être inscrits dans les écoles à la rentrée prochaine.

Nous nous permettons de vous rappeler les finalités du RASED , B.O n°19 du 9 mai 2002 :

”Le dispositif d’aides spécialisées, contribue à assurer, avec les équipes pédagogiques, d’une part, la prévention des difficultés préjudiciables à la progression dans le cursus scolaire ou à une bonne insertion dans la vie collective et, d’autre part, la remédiation quand les difficultés s’avèrent durables et se traduisent  par des écarts d’acquisition attendues ou par un défaut durable d’adaptation à l’école et à son fonctionnement particulier”.


Nous considérons que le dispositif d’aides personnalisées pour les élèves en difficulté n’est qu’un prétexte budgétaire pour supprimer les RASED.

Par qui ces élèves à besoins particuliers adressés précédemment aux RASED seront-ils alors pris en charge ?

Certaines familles feront certes la démarche de s’adresser à l’extérieur de l’école, aux orthophonistes, aux CAMPS et CMPP, mais ces professionnels sont déjà débordés, et les délais de prise en charge seront encore allongés. D’autres familles acceptent de travailler avec le RASED parce que c’est un dispositif interne à l’école, mais ne feront jamais la démarche de consulter d’autres organismes. Nombre d’enfants se retrouveront sans aide, laissés pour compte.

L’objet de notre lettre est de vous informer que nous ne serons ni acteurs ni complices de ce processus. Si aujourd’hui, nous décidons d’entrer en résistance, c’est par nécessité. Pour servir la cause de l’intérêt public, les membres du RASED signataires s’engagent devant vous :

- à ne pas leurrer les familles, qu’ils rencontrent lors de leurs différentes prises en charge et à les informer sur les lourdes conséquences de la disparition des membres du RASED pour leurs enfants.
à ne pas laisser croire que les nouveaux dispositifs proposés (aide personnalisée et stages de remise à niveau) permettront de traiter la grande difficulté et réduiront ainsi l’échec scolaire. C’est parce que les membres du RASED côtoient quotidiennement la difficulté scolaire qu’ils sont à même de déclarer ces dispositifs inadaptés. C’est pourquoi, nous demandons le gel de l’aide personnalisée et suggérons que de nouveaux dispositifs réfléchis et élaborés avec les enseignants puissent répondre de manière cohérente aux besoins de nos élèves.

- à ne pas cautionner la création des jardins d’éveil payants car comme le souligne Philippe MEIRIEU « ce sont des systèmes de garde aux ambitions éducatives bien moins grandes » entraînant à termes la disparition de l’école maternelle dont « les modèles pédagogiques sont solidement ancrés dans une tradition et étayés par la recherche » ayant pour « obsession de rétablir, par l’Ecole, un peu de justice sociale. » La scolarisation tardive de certains élèves issus des catégories socio professionnelles les plus précaires augmentera inévitablement l’échec scolaire, il en résultera un nombre plus élevé d’enfants en difficulté à gérer dans les classes. L’enseignant sera alors bien démuni et portera seul la lourde responsabilité du traitement de la difficulté.

- à ne pas postuler sur les postes fléchés, ou sédentarisés. Il nous apparaît en effet que cette mesure est trompeuse pour les parents dont les enfants sont actuellement suivis par un des membres du RASED et pour les enseignants spécialisés E ou G qui s’engageraient à accepter un poste dont le profil et les conditions qui s’y rattachent ne sont pas explicitement et clairement définis par le ministère.

Les enseignants qui ont choisi un jour de se spécialiser l’ont fait pour combattre au plus près et de manière différente la difficulté scolaire en s’engageant auprès de ces élèves qui la vivent quotidiennement.

C’est pourquoi, nous vous demandons Monsieur le Ministre, de renoncer à la sédentarisation des enseignants spécialisés. Nous demandons de surcroît la création de plusieurs milliers de postes RASED afin de ne pas laisser dire que  nos actions sont dispersées et inefficaces quand dans les faits les RASED sont le plus souvent incomplets et en nombre insuffisant.

Les enseignants des RASED restent attachés aux valeurs de l’école Républicaine, Laïque et Gratuite et continueront à promouvoir cette école de la réussite pour tous.

Nous vous assurons, Monsieur le Ministre de nos sentiments déterminés et respectueux.

Souviens-toi de l’année 82 …

Mercredi 28 janvier 2009

Xavier Darcos veut recruter 5.000 agents pour lutter contre l’absentéisme scolaire

Jeudi 22 janvier 2009

Le ministre de l’Education, Xavier Darcos, annonce dans une interview au Figaro à paraître jeudi qu’il va recruter 5.000 agents, en emplois aidés dans le cadre du plan de relance, pour prévenir les familles de l’absence de leurs enfants.

“De plus en plus d’élèves sont absents de manière régulière. Or, tout est lié. L’absentéisme mène au décrochage, qui conduit à l’échec scolaire, lequel mine l’insertion professionnelle et sociale des jeunes”, affirme-t-il.

“Et c’est lorsqu’un jeune n’est plus encadré, qu’il n’a plus de projet, qu’il peut être conduit à tous les échecs. L’absentéisme est un fléau, et les solutions actuelles pour y remédier ne fonctionnent pas”, poursuit le ministre.

“Certains établissements préviennent les parents rapidement via des SMS ou des appels téléphoniques, mais cela ne suffit pas”, estime-t-il encore.

Aussi, “avec Fadela Amara, (…) nous avons décidé de recruter 5.000 ++médiateurs de la réussite scolaire++, qui feront l’interface entre l’école et les parents”, annonce le ministre.

Selon lui il s’agira d’”emplois aidés dans le cadre du plan de relance” qui concerneront des “personnes qui connaissent les quartiers, les familles, mais qui relèveront de l’Éducation nationale”. Ils seront “opérationnels dès le mois de mars pour remplir leur mission”.

Il précise qu”‘ont été ciblés 215 quartiers en difficulté dans lesquels le médiateur aura aussi une fonction d’insertion. C’est important, car, géographiquement, les écoles, collèges et lycées de l’éducation prioritaire sont plus touchés que les autres”.

Par ailleurs, s’agissant de l’orientation scolaire, M. Darcos annonce que “dès la rentrée prochaine, les élèves et leurs parents pourront recevoir des conseils et des informations par le biais d’une plate-forme téléphonique accessible tous les jours jusqu’à 20 heures, doublée d’un service de réponses par Internet”.

“Placée sous l’égide de l’Onisep”, elle “associera des conseillers d’orientation, psychologues, mais également des acteurs économiques”.

En outre il entend favoriser les “rendez-vous en tête à tête (…) dans les établissements les plus défavorisés”.

Enfin le ministre indique que “dès le mois de juin” seront mis en ligne gratuitement sur l’internet “tous les programmes du CP à la terminale.” “Cette ++académie en ligne++. (…) reprendra tous les cours dispensés dans le cadre du Centre national d’enseignement à distance” (Cned), dit-il.