Archive pour la catégorie ‘textes’

Une lettre d’Annie maîtresse G dans la Somme

Vendredi 12 mars 2010

Contre-Temps 2008 / BROKEN…
par Contre-Temps

Hier, avait lieu mon inspection. Souvenez-vous, il y a un an et demi, avant même que l’on parle véritablement de la suppression des RASED, mon IEN m’annonçait qu’elle m’interdisait de sortir les enfants de la classe. J’avais résisté en réaffirmant mon identité et heureusement, un enfant avait la bonne idée, très peu de temps après de faire exploser une classe, dans un secteur qui n’était même pas le mien. On me demanda donc d’intervenir en m’autorisant, lui, à le sortir de la classe. Si pour lui, j’en avais le droit, pourquoi pas les autres…. J’ai donc continué à fonctionner exactement comme j’en avais l’habitude, comme on me l’avait appris, en respectant mes convictions ” Rogeriennes “, le fait que peu importait la médiation, ce qui importait c’est ce qu’on en faisait.

Hier, victoire. Excellente note et appréciation, mon IEN a essayé de comprendre, a affirmé son attachement au RASED !  IL a indiqué qu’elle comprenait notre importance au sein de l’école. Je n’ai pas manqué de lui rappeler que je n’avais pas forcément répondu à ses demandes de la façon dont elle l’entendait mais que j’y avais toujours répondu tout en respectant mes convictions. Elle m’a répondu qu’il y avait plusieurs façons de se battre et que chacun pouvait le faire avec ses armes.

Voilà, je tenais à vous faire partager cette petite victoire. Comme je le disais à Jacques, il y a peu, nous devons continuer de nous battre sur tous les fronts. Sur le pavé, avec les autres mais aussi avec nos armes.
Je lui ai également fait parvenir avec nos projets de formation en janvier, une carte de vœux avec cette phrase :

“Il faut avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit.”

Mon IEN m’a demandé si je souhaitais intervenir dans les animations pédagogiques. Je lui ai répondu non, moi, le vilain petit canard qui longtemps avait voulu être un cygne, je ne me sens bien qu’avec mes semblables.

Annie (80)

Un texte du R.I.R.E. (Réseau Informel de Réflexion sur l’Education) sur le thème de l’individualité, réponse aux syndicats à propos du mouvement des “désobéisseurs”.

Mercredi 3 février 2010
 la consience par momo2mézy

la consience par momo2mézy

INDIVIDUALISME OU INDIVIDUALITÉ

Egoïsme ou Responsabilité

Bon nombre de syndicalistes prétendent que le mouvement des désobéisseurs serait en difficulté parce qu’il se fonderait sur une action individualiste. Ce jugement est le résultat d’une confusion, courante et entretenue, entre l’individualité responsable et l’individualisme égoïste.

En faisant l’amalgame entre l’individualité accomplie et l’ego, on sape le fondement même de la capacité à l’autonomie et à l’exercice du libre arbitre. On verrouille définitivement toute velléité à la responsabilité citoyenne, enchaînant le citoyen à des idéologies collectivistes avec les conséquences que l’on connaît : suivisme passif et dépendance aux meneurs.

Une citoyenneté responsable est-elle possible sans engagement individuel ? Peut-on dépolluer la planète sans consommation individuelle responsable ?

C’est la conscience de l’injustice, du viol de la liberté de conscience et des droits humains fondamentaux qui nous fait réagir, voire désobéir.

Tant que l’on reste sous l’emprise des clivages idéologiques qui divisent le tissu social et sans l’éveil à la dimension unitaire, impersonnelle de la conscience, aucun changement n’est possible.

Tout part de la conscience individuelle. L’individu n’est pas au service de la société, il en est la pierre de construction. En cela, il a le droit fondamental de décider en âme et conscience des règles du jeu collectif qui répondront aux besoins de liberté, de justice et de paix pour tous.

L’individualité accomplie, éveillée au plan de conscience impersonnel, unitaire et universel de l’Etre (fondement de notre Humanité) est consciente d’être une cellule d’un même corps, l’humanité.

L’engagement individuel -comme en témoigne le mouvement des enseignants en résistance- s’inscrit nécessairement dans une action collective. Nos limites  nous ouvrent au besoin des autres, à la solidarité et surtout à la complémentarité des différentes approches.

De même que la solidité d’une construction dépend de la qualité des pierres utilisées, la force d’un collectif réside dans la cohérence des individus qui le composent et qui mettent en cohésion leurs convictions, leurs paroles et leurs actes.

Si la démocratie était effective dans notre pays, ceux qui sonnent l’alerte à propos des dérives utilitaristes de l’éducation ne seraient pas sanctionnés et un débat de fond serait ouvert. Et dans ce débat, l’argument moral, éthique rejoindrait l’argument politique de l’intérêt commun, car de fait il n’y a pas de séparation entre l’individu et la société dans laquelle il vit.

En coupant la conscience individuelle de sa sphère naturelle d’action : le monde et en prônant la prééminence des idéologies collectivistes et des croyances sociales sur la liberté de conscience, on ne lutte pas contre l’individualisme, on tue l’individualité ! Et ainsi on a toute latitude de dicter pour tous ce que l’on prétend être juste et bon.

LE NON RESPECT DE LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE OUVRE LA PORTE AU TOTALITARISME IDÉOLOGIQUE.

Objection, désobéissance, résistance… sont toujours des positionnements qui viennent dénoncer l’inacceptable et l’inacceptable c’est de devoir être et agir en contradiction avec son intime conviction. Encore faut-il pouvoir et oser sortir du carcan de ses habitudes de penser et d’agir, de sa peur du qu’en-dira-t-on et des représailles possibles…

Envisager une action collective à partir de l’engagement individuel, c’est penser autrement le lien entre l’individu et le collectif pour prendre conscience que c’est en servant l’intérêt commun en tout désintéressement que l’individu réalise pleinement sa dimension universelle.

Soumis aux lois de la matière par sa condition physique et relié au plan universel de la vie par sa conscience profonde, l’homme peut accéder à une approche de la réalité respectueuse de la vie, de la nature, de l’intérêt général et de lui-même. En cultivant son sens critique, en se forgeant une éthique, en aiguisant son jugement moral, il développe son sens des responsabilités pour, de façon désintéressée, s’associer aux autres afin d’apporter avec eux la réponse adéquate aux nécessités de l’instant.

La démocratie directe prend alors toute sa valeur et toute sa pertinence.

Synthèse d’un travail collectif du R.I.R.E. (Réseau Informel de Réflexion sur l’Education)

http://reseaueducation.blogspot.com
r.i.r.e@orange.fr

Brigitte Fontaine : bon anniversaire Mr Président

Vendredi 29 janvier 2010
 brigitte par anef

brigitte par anef

Monsieur le Président,

je vous gratte le cul avec une fourchette,

je vous crache dans les yeux,

je mords jusqu’au sang vos mollets de coq,

je vous râpe le nez jusqu’à ce que vous aillez l’air d’un lépreux,

je vous pends par les couilles,

je dévore votre foie,

je vous gerbe à la gueule et je signe “Riri la crème”,

bien connue des services de police !


OUI FM: Johann Roques, l'interview: Brigitte Fontaine
envoyé par radioouifm. - L’info internationale vidéo.

Billet de (Mauvaise) humeur

Lundi 25 janvier 2010
 Mauvaise Humeur par pedrouchkai

Mauvaise Humeur par pedrouchkai

En novembre, je me souviens d’un mail dans lequel je notais que le projet de loi de finances pour 2010 « oubliait » de mentionner les options E et G  parmi les formations spécialisées proposées aux enseignants du 1° degré.

Je pensais que cela signifiait clairement et simplement la volonté de mettre définitivement fin aux RASED. Je devais me tromper puisque –malgré la mobilisation des personnels des RASED l’an dernier- cet email n’a globalement provoqué aucune réaction.

Pourtant, dans le Pas de Calais, seulement 4 enseignant-e-s pourront partir en formation option E (en 2010/2011). Même au pays de Oui-Oui, il est difficile d’y voir une volonté de développement des RASED.

Combien de départs en formation pour l’option G ?  Au niveau national, la généreuse loterie permettrait à UNE personne (dans l’Yonne semble-t-il) de partir en formation…

Même au pays de Oui-Oui…etc. etc.…

Mais bon…la mobilisation lors de la journée du 21 janvier semble indiquer qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Pourtant, j’avais la sensation que les gilets jaunes étaient devenus des gilets noirs…sauf que le noir en question n’était pas celui d’une révolte mais celui d’un enterrement. (Petite satisfaction tout de même en entendant l’Internationale qui jaillissait de la sono du fourgon Solidaires à l’arrivée de la manif!! On se console comme on peut…)

Il est vrai que l’atonie syndicale actuelle et la sous-médiatisation des luttes qui existent ne sont pas des facteurs de mobilisation.

(En 2008) dés le mois de décembre, chacun-e était informé-e, préparé-e, mobilisé-e pour la journée d’action du 29 janvier 2009. Un an plus tard, coup de froid. Combien de regards étonnés, ébahis et même agacés de la part de collègues (syndiqué-e-s ou non)  à qui…j’apprends cette journée d’action. (« pourquoi y’a grève ?… »).

A de rares exceptions près, je n’ai pas entendu beaucoup de personnalités politiques (dites d’op-position) appeler à la mobilisation pour cette journée du 21 janvier. Certains estiment même « que le lycée coûte cher », et d’autre(s ?) au sujet des retraites « qu’on doit certainement aller vers 61 ou 62 ans ». Sans doute une volonté de rassemblement…

Cerise sur le gâteau, la Une du Parisien (Aujourd’hui en province) du 20 janvier (veille de la grève) consacrée aux Profs absents !!! Traduisez : « Ces fainéant-e-s de fonctionnaires privilégiés n’en foutent pas une ramée et en plus, demain i’ font grève ». Plus c’est gros, plus ça passe. Il serait temps que l’actionnaire mette fin aux pratiques de ces journalistes irresponsables…

Mais, on doit reconnaître qu’en termes de lutte, une journée de grève, sans lendemain, sans réels objectifs de luttes, ne pouvait aboutir qu’à un flop retentissant. Objectif atteint !

(22 janvier, autre cerise sur le gâteau…Conversations avec des collègues. « Hier, la mobilisation, c’était pas terrible hein…c’est triste…Enfin moi, j’ai pas fait grève… ».)

Au soir du 21 janvier, coup de fil de ma mère (pas franchement une ultra, mais franchement française…)…elle vient « d’apprendre » par la télé d’son maître qu’il y avait grève ce jour.

« alors, t’as travaillé aujourd’hui ? ». Traduction : « fainéant, comme t’étais en grève t’as rien foutu. ». Comme beaucoup d’autres, elle reste persuadée que je serai payé.

Et, la question qui tue : « alors, vous allez être augmentés ? ». Traduction : quand les fainéants font grève, c’est uniquement parce qu’ils veulent une augmentation de salaire.

Je ne pense pas qu’elle soit la seule à s’accrocher à ces schémas de « pensée ».

Il existe cependant un autre schéma de pensée (unique) : celui qui laisse croire qu’il suffit de se battre pour des postes (ou un budget). Se battre pour des postes ne conduit qu’à une individualisation des combats et les rend forcément stériles. Se battre pour garder son / des  poste(s) revient à s’attaquer à symptôme et uniquement à un symptôme. Ignorons-nous encore que ce qui se joue –encore qu’il ne s’agisse pas d’un jeu- c’est la fin des services publics au profit d’une logique ultra-libérale ?

Petits éléments réjouissants au pays de Oui-Oui :

A la veille de l’annonce des mesures de cartes scolaires, certain-e-s directeurs & directrices se voient fermement rappeler leur devoir de réserve par leur IEN. En d’autres termes, pas de commentaires, pas de vagues, pas d’actions, pas de déclarations.  (Est-il utile de rappeler leurs tentatives d’imposer les lettres de missions pour les personnels RASED ? ça le sera peut-être en fin d’année scolaire…).

Difficile de ne pas faire le lien avec la mise à pied de Gilles Lehmann, enseignant de CM2, signataire de l’appel des 200 au sujet des « évaluations » CM2

CAPES 2010. Lors de l’épreuve orale, les futurs profs devront présenter un exposé de 10 minutes sur le thème : «Agir en fonctionnaire de l’Etat de façon éthique et responsable. »

Quelques réactions tout de même : SNES : « cet exercice n’a qu’un but : mesurer la servilité des nouveaux professeurs » ; FSU qui compare cette épreuve au « serment des fonctionnaires » à l’époque du maréchal (celui de 1940…). (Source : Marianne n° 666.)

Suite à un…accident mortel dont est victime un ouvrier dans une usine de transport d’engrais, réaction de la direction : « Vu la situation de crise, on ne peut pas faire de travaux, il faut produire dés qu’on peut. Pour le reste, on verra après. » (Source : CQFD n° 74.)

Dans un édito des Echos, M Vittori nous apprend « qu’une entreprise doit chercher à renforcer sa compétitivité avant de sauver des emplois ». (Source : Marianne n° 666.)

Et moi, qui, pauvre naïf idéaliste, imagine que les chefs d’entreprises seraient rémunérés en fonctions des emplois décents qu’ils auraient créés, que ces pédégés seraient révocables par les employés (tout comme les politiques par les électeurs. Encore faut-il qu’ils élisent…).

Dans la série enfumage émotionnel. On nous « informe » en boucle que les expulsions vers Haïti sont suspendues et qu’une trentaine d’enfants en attente d’adoption va faire le voyage vers leur famille adoptante (je résume).

En même temps, les migrants kurdes échoués en Corse sont d’abord « conduits » dans des CRA (Centre de Rétention Administratif, un doux euphémisme pour parler d’enfermement).

Parmi eux, des enfants.

Dans cette noirceur, (même si je n’ai pas totalement la fibre verte) je note tout de même la position claire d’un maire –via la gazette municipale- qui appelle à la solidarité envers les migrant-e-s. « …C’est pourquoi les vêtements, couvertures, aliments et autres produits de première nécessité susceptibles de leur servir seront les bienvenus. Ils seront transmis aux associations qui leur viennent en aide »

De même, le bois, les produits d’hygiène, les bâches, les bottes, les ustensiles de cuisine sont… Welcome. Une partie de ceux qui en ont besoin sont à quelques kilomètres de vous…

En hivers il fait froid et même il neiiiiiiige !!!! Alors, pour apaiser notre conscience à la veille de la ‘faites du libéralisme’ (Noël, galettes, soldes, reventes des K-do sur ebay…) on nous rappelle que certain-e-s dorment dehors, sans logement, pour certain-e-s sans boulot décent. Les migrants et les SDF on les voit pas, les messages des enfoirés ( !!!) on les entend…

Pourtant, quand il fait beau, dans les bureaux climatisés des écoles d’urbanisme, on planche sur le (nouveau) mobilier urbain.  Plans inclinés, bancs avec accoudoirs au milieu, cactus, herses, pierres…Bref, tout un ensemble d’éléments anodins pour ceux qui circulent dans les rues. En réalité, des armes anti-squatters, du design anti-SDF.

Après les prostitué-e-s, il s’agit de rendre invisible la pauvreté aux yeux du peuple. D’autant plus qu’il y a là un intéressant  plan business… En outre, la pauvreté, la précarité visibles, ça mettrait sacrément à mal certaines déclarations du style «  Si on n’est plus choqué quand quelqu’un n’a plus un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause »…il me semble qu’il était aussi question d’une période de 2 ans et de droit opposable au logement

J’ai parlé, plus haut, d’atonie syndicale. Pourtant :

Liberté syndicale : Plainte contre SUD Travail Affaires Sociales par le ministère du travail à la suite d’un tract considéré comme « injures publiques envers une administration ». De la ré interprétation de la liberté syndicale et de la liberté d’expression…(Cf. La Brique n° 20)

Liberté syndicale encore : SFR conteste la représentativité de SUD. Il paraît que le « socialisme autogestionnaire de SUD serait contraire au respect des lois républicaines qui constituent, depuis la loi de 2008, un des critères de la représentation syndicale ». Voir le très bon article synthétique de Pierre Concialdi dans le n° 66 de Siné Hebdo.

(Il est vrai qu’on pneu s’interroger sur ce qu’est la représentation syndicale…)

SUD porte plainte contre France Télécom (ou Orange pour la version marketing, mais c’est pourtant l’même). Voir Siné hebdo n° 67. Après un Nième suicide d’un employé de France Télécom le plan Com’ de l’entreprise dépêche un nouveau manager à Chambéry. Parole libérée, baisse du stress, entraide. Après quelques mois, fin du plan Com’ qui coûte trop cher… Circulez, y’a rien a voir. Fin de la couverture média (la grippe, Johnny, le débat machin, Copenhague, Super Seguin et Nanny c’est tout de même plus important).

Et vous, ça va ?  Moi…bof…

Laurent

Front syndical de classe : après le 21 janvier

Dimanche 24 janvier 2010
 The stock market is busted par Ackteon

The stock market is busted par Ackteon

La journée d’action dans la Fonction Publique n’est bien sûr pas l’échec proclamé par le gouvernement et les médias aux ordres.

Dans l’Éducation Nationale notamment, le nombre de grévistes dépasse, et de loin, les 15 % annoncés par le Ministère qui prend en compte dans son calcul l’ensemble des personnels (incluant les congés maladie, maternité, les profs ne travaillant pas le jeudi…).

Pour autant, la mobilisation a semblé dans certains endroits en demi-teinte face aux attaques menées contre la Fonction Publique et les services publics, sous pilotage patronal et européen, par un gouvernement Sarkozy qui n’est rien d’autre que le syndic des intérêts des grands groupes capitalistes du CAC 40 : casse de l’Éducation Nationale, de la Maternelle à l’Université, casse de l’Hôpital public, suppressions d’emplois par centaines de milliers, privatisations et démantèlement des services et entreprises publics (Poste, Edf, SNCF, équipement…), bas salaires et baisse du pouvoir d’achat, précarité et attaques contre les statuts, souffrance au travail,…

Ce n’est pourtant pas le mécontentement ou la combativité qui manquent chez les personnels de la Fonction Publique : leur présence massive aux côtés des travailleurs du privé en janvier et mars 2009, les remontées des salles des profs ou des réunions syndicales témoignent de leur conscience de la situation et de la gravité de l’attaque subie. Mais ce qui s’impose aussi progressivement, après des années de défaites de mouvements puissants mais isolés secteur par secteur (retraites FP en 2003, régimes spéciaux SNCF en 2007, mouvements des universités en 2009…), c’est le sentiment que les journées d’action, répétées 3 ou 4 fois par an, ne sont d’aucune utilité contre un pouvoir qui mène une véritable guerre de classe contre le monde du travail. Et que les nécessaires mobilisations sectorielles doivent de toute urgence s’inscrire dans le cadre de la préparation d’une mobilisation générale public/privé qui ne serait qu’une réponse logique à ce que les travailleurs subissent tous ensemble.

Le problème est que cette perspective ne trouve aucun point d’appui auprès de ceux qui seraient pourtant sensés la porter : tandis que B. Thibault persiste à « ne pas vouloir bloquer le pays » et que Chérèque « refuse de globaliser les luttes », personne n’a oublié la trahison de ce dernier en 2003 en plein mouvement sur les retraites, les « négociations » du premier avec le gouvernement en 2007 dans le dos des cheminots ou l’attentisme délibéré des deux lors du premier semestre 2009.

Mais la dégradation continue des conditions de travail et de vie de l’immense majorité du peuple de France va continuer d’entraîner des mobilisations et des luttes. D’ores et déjà sont annoncés :

- le 26 Janvier, grève nationale des infirmières et des personnels de soin contre les ordres professionnels,
- le 30 janvier, manifestation nationale pour l’éducation à Paris,
- le 3 février, journée nationale de grève à la SNCF,
- le 4 février, journée pour la défense de l’emploi industriel dans le Nord,

L’enjeu majeur est de faire converger toutes ces mobilisations contre le pouvoir du grand capital qui a décidé d’effacer les acquis du peuple arrachés par ses luttes, et en particulier ceux nés de la Résistance et du CNR (retraites, sécu, Fonction publique…).

Il y a dans ce programme de casse à la fois l’esprit de revanche de ceux qui ont dû faire profil bas au sortir de la Collaboration et le même mépris de classe que celui qu’on pouvait trouver à Versailles en 1789. Tandis que la noblesse d’Ancien régime conseillait aux pauvres de manger de la brioche s’ils ne trouvaient pas de pain, l’aristocratie d’aujourd’hui, celle de l’Argent comme la dénonçait déjà Robespierre, explique désormais aux salariés du privé et du public usés par l’exploitation et la souffrance au travail, à la jeunesse populaire au chômage, aux plus de 50 ans virés comme des malpropres, aux 8 millions de travailleurs pauvres qui n’ont que les restos du cœur ou le secours populaire pour se nourrir, aux millions d’ouvriers du bâtiment, des travaux publics, de la sidérurgie ou de la métallurgie qui pour l’essentiel après avoir respiré l’amiante pendant 30 ans ne touchent même pas leur première retraite, qu’il faut travailler plus longtemps !

TRAVAILLEURS ENSEIGNANTS ÉTUDIANTS PAYSANS : NE COMPTEZ QUE SUR VOUS

Les états-majors du syndicalisme rassemblé au sommet qui ont pris l’habitude d’user leurs fonds de culotte sur les fauteuils de l’Élysée et du Medef ont montré en 2009 qu’ils n’étaient pas pour livrer bataille, et leur patron à la Confédération Européenne des Syndicats, J. Monks, définit leur mot d’ordre : « sauver le capitalisme de lui-même ». Il faut l’admettre, leur mission a pour l’instant réussi tandis que les profits et les subventions coulent à flot sur la Bourse et dans les Conseils d’Administration des groupes du CAC 40.

Dans le même temps, le PS lâche une nouvelle fois les intérêts populaires et se rappelle que Jospin et Chirac signaient en se repassant le même stylo, en mars 2002 au sommet de Barcelone, les accords planifiant le recul de 5 ans de l’âge de la retraite en Europe. Il est vrai que les socialistes européens gèrent l’Europe de Lisbonne, l’OMC, le FMI…

L’HEURE EST AU COMBAT

Nous ne nous laisserons pas piller ni la France devenir un pays sous-développé.

Contre le pouvoir des grands groupes capitalistes et le syndicalisme d’accompagnement qui mène le monde du travail de défaite en défaite par le refus de construire ou même d’évoquer l’affrontement de classe, construisons la seule unité qui vaille pour les travailleurs : l’unité d’action à partir des luttes et des revendications de la base (défense des services publics et de la protection sociale (sécu, retraites), défense de l’emploi et « Produire en France », augmentation des salaires et des pensions, défense des droits syndicaux et des libertés démocratiques). Allons partout où c’est possible, dans les communes ou les départements, vers la constitution de collectifs intersyndicaux et interpro de lutte, de fronts syndicaux de classe locaux, soutenant les différentes luttes et partant d’elles pour construire à partir de la base le « tous ensemble en même temps », seul capable d’imposer le rapport de force victorieux contre ce gouvernement de casseurs. Comme en 36, en 45 ou en 68.


http://www.frontsyndical-classe.org/

Émigration, frontières : la vérité historique, première victime du nationalisme

Dimanche 24 janvier 2010
 Charles Martel, Clovis II, Isabelle... par fact244

Charles Martel, Clovis II, Isabelle... par fact244

** Ernest Renan, le grand mystificateur **

Joseph-Ernest Renan (1823-1892) était quelque peu tombé dans l’oubli. Le débat du jour le tire de l’ombre. Il redevient une référence, celle dont se revendiquent ouvertement des politiciens de haut vol comme Alain Juppé [1].

Renan, ancien séminariste devenu rapidement, après quelques frictions avec Napoléon III, l’historien pour ainsi dire officiel de l’État, a au moins un avantage : son cynisme est tel qu’il n’y va pas par quatre chemins pour « lâcher le morceau ». Dans « Qu’est-ce qu’une nation  ? », conférence prononcée en 1882, il ne se gène pas pour écrire : « L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger ». On ne saurait être plus clair…

Renan, véritable « saint » de la troisième république, s’affirme partisan, pour les besoins de la cause, de « l’erreur historique », ce pourquoi on peut lui décerner le titre de «  Père du révisionnisme historique décomplexé  ». Aujourd’hui comme hier, ce révisionnisme permet au Pouvoir de continuer de travestir la vérité historique, de la faire entrer dans le moule qui lui convient, et de justifier ainsi son idéologie et sa pratique.

Chantre du mensonge officiel, Renan fut le premier historien postérieur à la Révolution Française à remettre en selle, en tant que piliers de la « nation moderne », ceux qu’il nommait avec tendresse les « personnages du passé ». A sa suite, l’école de la troisième république intégrera toute une brochette de psychopathes royaux (et quelques uns de leurs plus célèbres laquais) dans l’imagerie héroïque de la France. Par ce coup de baguette magique, les brutes couronnées et leurs larbins devenaient, dans les livres scolaires, des héros qui auraient fondé la patrie française et se seraient sacrifiés pour elle.

Les falsifications historiques vomies par Renan ont été la source à laquelle, à la fin du XIXème siècle, s’est abreuvée avec délectation cette bourgeoisie revancharde qui venait de massacrer les Communards. Les théories de Renan lui permettaient de faire coup double, d’une part en donnant un contenu clairement chauvin et réactionnaire à une République qui venait de s’installer par défaut [2], d’autre part, en contrant l’émergence du mouvement ouvrier internationaliste grâce à l’utilisation de cette version nationaliste de l’histoire. Deux attitudes qui allaient directement conduire à la boucherie sanglante de 1914/1918.

L’essentiel de la falsification historique voulue par Renan et ses successeurs porte sur la Révolution française. Tout leur travail consiste à masquer la « rupture épistémologique » que représente cette période et à la présenter comme un simple prolongement du cours antérieur de l’histoire. Ainsi en est-il de l’idée de Nation, qui apparue dès le début de la Révolution, va être vidée de son sens par nos historiens et politiciens révisionnistes et déformée jusqu’à signifier le contraire de son sens premier. En effet, quand le terme Nation fait irruption dans le débat politique en 1789, il désigne clairement la collectivité formée par tous les individus, égaux entre eux, et de ce fait, la seule instance politique légitime dans un pays. L’idée de Nation se construit en opposition totale au pouvoir d’un seul (ou d’une petite caste), en opposition donc à la tyrannie qu’ont précisément défendu les Jeanne d’Arc, les Charles Martel et autres « personnages du passé » lors des siècles d’oppression féodale et monarchique, en opposition totale à cette idéologie qui permettait à n’importe quel crétin (pourvu qu’il fusse couronné) d’affirmer : « L’État, c’est moi  ! ».

Ainsi, pendant la Révolution Française, on pouvait fort bien être étranger, être né loin du territoire français, et être immédiatement intégré dans la Nation. C’est pourquoi des hommes et des femmes de tous les pays se retrouvèrent en France, dés 1789, à délibérer, à décider et à agir pour les idéaux révolutionnaires. A partir de 1792, il y eut même des bataillons entiers formés par les nombreux étrangers désireux de combattre sous les drapeaux de la Nation. On ne parlait pas alors de « brigades internationales » mais de « Légions » : Légions Belges, Légion Franche Étrangère Batave (Hollandais), Légion des Allobroges, Légion Germanique, Légion des Américains (Antillais et habitants métis ou blanc des colonies), etc.

Ces faits sont aussi remarquables qu’il sont peu connus. Et pour cause : ils gênent les historiographes nationalistes, préoccupés d’élaborer leur mystification xénophobe. Ils gênent tout autant l’école historique marxiste qui, les oeillères du matérialisme dialectique bien rivées, n’a jamais voulu voir dans la Révolution française que son expression bourgeoise. Il est vrai que l’existence des Légions belges, germaniques ou américaines prouve que la conscience internationaliste n’a pas attendu la théorie de Marx et la pratique de Lénine pour se manifester de façon concrète !

Cette caractéristique du conflit fondateur de la Nation française est renforcée par un deuxième élément qui vient compléter clairement la signification en contrepoint : tout comme on pouvait être étranger et membre de la Nation, on pouvait tout aussi bien bien être français de souche, né sur le territoire et appartenir au parti de l’étranger.

” La frontière : fracture idéologique et non réalité territoriale”

En effet, si des esprits éclairés sont venus d’Europe et des Amériques pour défendre la Révolution, à l’inverse des membres éminents de la noblesse, de l’église et des milieux affairistes, tous « Français de souche » ont fui en masse le pays à partir de la prise de la Bastille [3] . Ceci nous montre où se situe la véritable fracture : non pas entre lieu de naissance, non pas entre territoires géographiques (d’un coté du Rhin ou de l’autre) , non pas entre « cultures » (culture française contre culture allemande…), mais bien entre intérêts économiques et de pouvoir.

La France de la Révolution n’avait donc pas de problème avec les personnes nées hors de France. Elle en avait de sérieux avec toutes celles qui, selon l’expression des sans-culottes, formaient le « parti de l’étranger », parti désigné ainsi parce qu’il se regroupait sans vergogne autour des despotes régnant à l’étranger [4]. Un parti qui reçut la participation massive de « Français de souche » : on évalue à un million, chiffre énorme pour l’époque, le nombre de nobles, de riches et de curés qui n’hésitèrent pas à déserter le territoire français pour revenir l’attaquer avec les armées royales étrangères [5].

Les nouveaux émigrés

L’histoire dit-on a tendance à se répéter. Parfois sous forme de farce. Après avoir connu l’émigration de la noblesse, revenue avec Louis XVIII dans les paquets des armées étrangères piller de nouveau le territoire dit national, voici que nous sommes menacés de l’émigration des… footballeurs. Le lien entre les deux émigrations n’est pas qu’apparent, et les théories révisionnistes des émules de Renan sont là pour masquer le scandale que constitue l’une comme l’autre.

Alors que le slogan politicien affirme -ce que beaucoup de gens croient- que « Les plus pauvres ne payent pas d’impôt », en France, même les “rmistes”, tout comme les retraités aux pensions les plus minables, les étudiants aux bourses ridicules, et les sans-papiers les mieux cachés payent des impôts tous les jours [6]… A contrario, les politiciens s’en vantent moins, ils ont voté des « niches fiscales » qui permettent aux plus riches de ne pas payer d’impôts directs (ou de n’en payer que sur une fraction de leur revenu)…

Lire la suite : http://cnt-ait.info

Notes

[1] Voir par exemple le site d; Alain Juppé : http://www.al1jup.com/?p=631

[2] A la chute de Napoléon III, la république fut instituée de façon provisoire par une assemblée monarchiste qui n’arrivait pas à se mettre d’accord entre elle. Moyennant quoi, cette Troisième république fut la plus longue de l’histoire de France

[3] Trois jours après, le 17 juillet 1789, le comte d’Artois, frère du roi (et lui même futur roi, sous le nom de Charles X), passait à l’étranger sans oublier d’emporter tout ce qu’il pouvait de sa fortune

[4] Certains lecteurs ont peut être entendu parler de Rivarol, une feuille qui se veut l’hebdomadaire de l’« opposition nationale et européenne » et soutient régulièrement le Front National. Ce périodique, adepte du slogan « La France ou on l’aime ou on la quitte » fait semblant d’oublier que le célèbre pamphlétaire royaliste dont il tire son nom … a quitté la France en 1792, comme quoi, il ne devait pas l’aimer tant que ça…

[5] Voir A. Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française. Ajoutons que c’est précisément pour avoir soutenu ce « parti de l’étranger »que Louis XVI, né français de souche, a été guillotiné en 1793.

[6] …car ils ne sont pas exonérés d’impôts indirects. Quand un rmiste achète des carottes, il verse 5,5 % du prix dans les caisses de l’État, et, s’il s’achète une chemise, 19,6 % !

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Tiré de Anarchosyndicalisme ! numéro 115

CNT AIT : 7, rue St Rémésy, 31000 Toulouse

A bas les chefs dans l’éducation nationale!!!!

Dimanche 24 janvier 2010

L’inspection générale de l’Instruction publique a été créée par le consulat de Napoléon Bonaparte par la loi du 11 floréal an X (1/5/1802).

La contestation de l’inspection ne date pas d’hier. En 1933, Célestin Freinet sanctionné par son inspecteur lui répond par un contre-rapport ; il sera plus tard exclu.

- Jusqu’en 1970, les manifestations de rejet de l’inspection sont isolées et ponctuelles. Elles se heurtent à un mur de silence. Les premières affaires qui ont un écho national, dans les années 70, concernent des refus individuels, d’abord dans le second degré et donnent lieu à de graves sanctions : Hurst, Henning, Papinski, Morin, Blache… En octobre 1971 Françoise Cluchague (Grenoble) est révoquée, Robert Vergnes (Paris) est suspendu pour 10 ans, Jocelyne Bensimon (Saint-Denis) est suspendue. Par contre lorsque Josette Laplace et Roger Leroy exposent les raisons de leur refus d’inspection devant le conseil de discipline académique d’Aix, deux représentants de l’administration se rangent de leur côté et il n’y aura pas de sanction (pour la première fois un comité de soutien s’est constitué).

Dès lors, le ministère décide de traduire les refuseux devant un conseil de discipline unique, réuni à Paris, et les menace de deux ans de suspension sans traitement. Pourtant des refus ont lieu dans le Gard, les Bouches-du-Rhône, en Bretagne, à Lyon, à Paris. Les sanctions sont variables, selon le rapport de forces et il arrive que l’administration ferme les yeux. Après 1976, il n’y a plus de conseil de discipline pour les professeurs qui refusent l’inspection.

Dans le premier degré, entre 1976 et 1979, des instituteurs s’organisent collectivement. à Brest et Woippy, le refus est provoqué par le non-respect par l’administration de contrats d’évaluation d’équipes. Les sanctions tombent : blâmes, suspensions avec demi-traitement, déplacements, rétrogradations. En Seine-et-Marne, en 1979, se développe le premier mouvement sur une base plus «idéologique» à l’échelon d’un département: 80 instituteurs (sgen, École Émancipée, icem) signent une pétition de refus d’inspection, organisent des réunions publiques dans les mairies, appellent à la grève… Résultat : 12 blâmes, 14 avertissements, des retraits de salaire… et 3 instits traduits en capd disciplinaire pour l’exemple à l’École normale de Melun le 5 juillet 1979. Cette affaire a un écho dans la presse nationale. Les débats durent 18 heures, 150 personnes manifestent toute la journée sous les fenêtres de l’École normale. L’administration qui demandait la radiation recule : les sanctions seront en retrait (deux affectations d’office, une rétrogradation d’échelon). à partir de cette date il n’y a plus de conseil de discipline pour refus d’inspection, y compris dans le premier degré.

- j’usqu’en 1981 la contestation se poursuit, la répression se fait plus discrète et feutrée mais existe toujours. Des collectifs de contestation se développent dans différentes régions avec des modalités pratiques d’accueil des inspecteurs. Ils rassemblent majoritairement des militants du SGEN, de l’École Émancipée et des équipes ICEM. Dans l’académie d’Orléans-Tours, des préavis de grève par établissement permettent aux enseignants de débrayer quand un inspecteur arrive : «Pas de chance monsieur l’inspecteur, aujourd’hui nous sommes en grève !»

- En 1978, dans les Bouches-du-Rhône, se constitue la Commission inspection (au sein du syndicat SGEN). Les refus sont de plus en plus nombreux, l’action s’amplifie. L’administration exige de ceux qui refusent un engagement écrit à recevoir le prochain inspecteur.

- En 1981, Alain Savary est ministre de l’Éducation nationale, il s’intéresse à l’inspection pendant que la contestation prend plus d’ampleur. Des manifestes sont signés : l’un d’entre eux comportant 1280 signatures est publié dans Le Matin de Paris du 22 mars 1983.

En liaison avec le refus d’inspection se développe la réflexion sur une autre évaluation, sur «travailler autrement et collectivement»; des propositions sont diffusées. Les inspecteurs se font plus rares dans les établissements.

- Le 13 décembre 1983, le ministre Savary signe une note de service 83512 (lire pages suivantes) définissant les nouvelles modalités de l’inspection, l’aménageant tout en maintenant l’inspection individuelle et la note. Le refus d’inspection est reconnu.

- En 1986, les collectifs s’organisent au niveau national. Une première réunion a lieu à Belfort en février 1986. Par la suite, ils se retrouvent au moins une fois par an. Après les grèves de l’hiver 87 contre le projet des maîtres-directeurs, le Collectif national décide d’élargir son champ, au-delà du refus d’inspection, à la lutte contre tous les abus de la hiérarchie dans l’Éducation et de diffuser sur abonnement un journal national Résistances.

- Depuis la fin des années 80, le nombre des refuseux a diminué (effets du plan Jospin en 89, lassitude, air du temps ?), mais d’après Bernard Toulemonde, conseiller au ministère de l’Éducation nationale puis recteur de l’académie de Montpellier, environ 200 refus sont enregistrés chaque année par le ministère. Sachant que tous les refus ne sont pas signalés et que ceux qui refusent ne revoient pas de sitôt un inspecteur, ces chiffres prouvent que la contestation n’est pas en sommeil.

- Aujourd’hui, les cas de sanction pour le motif de refus d’inspection ont a priori disparu. Le cadre légal obtenu par les luttes des collègues dans les années 70 et 80 l’a permis. Toutefois, la pratique du refus d’inspection a, elle aussi, beaucoup diminué… On peut noter tout de même quelques «victoires» juridiques supplémentaires, dont l’arrêt du conseil d’État n°115444 lecture du 18/11/1993 qui fait obligation à l’administration de l’éducation nationale de noter ses enseignants (y compris les refuseux). De façon plus mitigée, la note de service n° 94-262 du 2 novembre 1994 donne le cadre du refus dans le secondaire en laissant la possibilité à l’administration de l’établissement d’abaisser la note administrative, voire d’entamer une procédure de sanction administrative. L’arrêt du tribunal administratif de Caen n° 9616 du 27 mai 1997 empêche théoriquement la hiérarchie de sanctionner par une sale note et sans autre forme de procès un refuseux (cas individuel dans le 1er degré). Et surtout, la renaissance du Collectif anti-hiérarchie en novembre 2002 avec la première réunion d’information syndicale tenue sur ce thème. Le développement s’est fait en commençant par le refus d’inspection et les autres sujets anti-hiérarchiques sur Paris et commence à faire des petits un peu partout en Régions. Nous organisons maintenant des stages régulièrement pour se rencontrer, échanger et agir…

L’Inspecticide, journal du Collectif des enseignants de Paris refusant l’inspection et la notation (1985) : notre glorieux ancêtre !

http://www.abasleschefs.org/

Poésie : “Patismit” de Lucien Suel

Lundi 18 janvier 2010

Lucien Suel
envoyé par cheswepes.

Hubert MONTAGNER : AVIS SUR LES PROCÉDURES D’ÉVALUATION DES ÉLÈVES DE L’ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE EN CE1 ET EN CM2

Dimanche 17 janvier 2010
Enfants en... par philoo 14

Enfants en... par philoo 14

Professeur des Universités en retraite, ancien Directeur du Laboratoire de Psychophysiologie de la Faculté des Sciences et des Techniques de Besançon, ancien Directeur de Recherche à l’INSERM et ancien Directeur de l’Unité 70 “Enfance Inadaptée” de l’INSERM, j’ai une expérience de plus de trente cinq ans dans la conduite d’études longitudinales avec des enfants de différents âges. Dans ce cadre, mes collaborateurs et moi-même avons élaboré et mis en œuvre des démarches, méthodes, protocoles et techniques reproductibles d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre … et vérifiables par d’autres équipes de recherche. Ces études ont permis notamment d’objectiver, de quantifier et d’évaluer à différents moments de l’année, et d’une année à l’autre, les comportements, interactions, systèmes de communication, rythmes et modalités de traitement de l’information chez des enfants accueillis à la crèche, à l’école maternelle ou à l’école élémentaire, à la fois dans leurs différents lieux de vie (domicile familial, structures éducatives…-), et dans des situations contrôlées de « laboratoire ». Pour plus de précisions, on peut consulter les articles publiés dans différents périodiques internationaux à comité de lecture, et donc validés par des pairs.

Soucieux du développement de l’enfant au fil de l’âge dans ses différents lieux de vie et d’éducation (parfois de soins), y compris à l’école primaire, j’ai pris connaissance des conditions dans lesquelles les évaluations scolaires avaient été réalisées au milieu de l’année scolaire 2008-2009 dans les écoles de la FRANCE. Pour un scientifique (on peut élargir à l’ensemble de la communauté scientifique sans risquer de se tromper), il est clair que les résultats des évaluations effectuées avec des élèves de CE1 ou de CM2 n’ont pas de valeur ni de crédibilité. En effet, ils ne peuvent  conduire à des conclusions fiables qui aboutissent à une connaissance réelle du comportement, des performances et du niveau des élèves, quelle que soit la classe, à cause des biais multiples qui entachent les résultats. On peut ainsi souligner les plus évidents :

1. une évaluation-bilan au cours d’une année scolaire ne peut avoir de signification et de sens que si elle permet de comparer chaque enfant à lui-même et à ses pairs de la même classe dans des situations et environnements identiques, à deux moments au moins de l’année scolaire, séparés par un intervalle suffisant pour cerner au mieux les évolutions temporelles qui peuvent être liées à l’âge, aux processus de développement, à la dynamique des constructions cognitives, à un changement de pédagogie, à des apprentissages de différente « nature » et complexité … Si on affirme qu’elle peut être utile et porteuse d’informations, une évaluation-bilan crédible pourrait être organisée par exemple au début et à la fin de l’année scolaire. Le premier moment pourrait être la mi-octobre alors que les enfants-élèves sont bien “installés” dans leur classe depuis environ un mois, qu’ils sont désormais familiarisés au maître et à sa pédagogie, mais aussi aux pairs, et qu’ils ne sont pas encore trop fatigués par les « rythmes scolaires » qui leur sont imposés. Un deuxième moment pourrait se situer au mois de mai ou au début de juin, avant que les enfants ne soient intellectuellement « saturés » par la succession des journées scolaires les plus longues, stressantes et épuisantes du monde, et qu’ils ne soient démobilisés à l’approche des vacances d’été. On pourrait alors mieux cerner à six-sept mois d’intervalle les progressions, « désorganisations », “régressions”, “paliers”, fluctuations … des comportements et “performances” des différents enfants dans telle ou telle “matière” en fonction de l’âge, du développement individuel, des constructions cognitives, des acquisitions successives … mais aussi des événements survenus entre les évaluations (changement de maître, changement de méthode pédagogique, problèmes familiaux, maladie, facteurs climatiques et saisonniers …). Or, au cours de l’année scolaire 2008-2009, il n’y a eu qu’une seule tentative d’évaluation. Sans aucune justification ou explication sérieuse, elle a été programmée arbitrairement en plein hiver au milieu de l’année scolaire. Le choix de ce moment ne repose sur aucune hypothèse crédible, ou alors il faudrait le comparer au début et à la fin de l’année scolaire. Ce qui, bien évidemment, n’est pas souhaitable ni réalisable ;

2. Comme dans tout processus d’évaluation, une évaluation-bilan ne peut conduire à des résultats comparables selon que les « tests », « tâches », « exercices » … sont organisés à tel ou tel moment de la journée. La recherche scientifique a en effet largement démontré que, dans toutes les classes d’âges explorées de la petite enfance au CM2 de l’école élémentaire, le niveau de vigilance, les capacités d’attention, la réceptivité, la disponibilité, les comportements et les capacités de traitement de l’information varient d’un moment à l’autre de la journée. Par exemple, ils ne sont pas les mêmes à 09h00, 11h00, 14h00 et 16h00. Or, si on se fonde sur les informations transmises par les écoles, les « épreuves » ont été organisées à n’importe quelle heure … quand elle est précisée. Globaliser les résultats sans tenir compte de l’heure de « passation », est une supercherie. En outre, ils ne sont pas les mêmes au cours des différents jours de la semaine. On peut faire l’hypothèse forte que, si on avait tenu compte de cette évidence, les résultats auraient été différents si les évaluations s’étaient déroulées un lundi, un mardi, un jeudi ou un vendredi, le matin ou l’après-midi. Les enfants-élèves ne sont pas des machines également disponibles et « performantes » aux différents moments de la journée, de la semaine … et de l’année ;

3. puisqu’il s’agit de procéder à de nouvelles évaluations nationales, comment pourrait-on comparer l’année 2008-2009 à l’année 2007-2008, alors que les consignes, conditions et environnements n’ont pas été les mêmes ? Il en sera de même pour la comparaison éventuelle entre l’année 2008-2009 et l’année 2009-2010. Dès lors, comment pourrait-on conclure à une amélioration ou une dégradation des « résultats scolaires » d’une année à l’autre, à deux ou trois années d’intervalle, tous les dix ans …? A moins qu’il n’y ait des manipulation des résultats en fonction des objectifs fixés par le Ministère de l’Education Nationale ?;

4. on m’a rapporté que les conditions des passations au cours de l’évaluation-bilan de l’année 2008-2009 (consignes, durée, mutisme du maître ou explications complémentaires, corrections des fautes par le pédagogue ou non …) ont été très variables d’une classe ou d’une école à l’autre. Au point que personne ne peut les définir avec un minimum de rigueur, notamment dans le cadre éventuel d’un document officiel du Ministère de l’Éducation Nationale qui vaudrait pour tout le territoire national. En outre, comment pourrait-on comparer les passations complètes aux passations partielles ? Comment pourrait-on comparer les « performances » des enfants « lents » à celles des enfants qui réagissent sans délai aux attentes et directives du maître, surtout dans une situation nouvelle. Il leur faut en effet plus de temps pour mobiliser leurs capacités d’attention, pour traiter l’information, pour organiser une ou plusieurs réponses, pour réaliser la « tâche» … alors que leurs mécanismes et  processus cognitifs peuvent être tout aussi fonctionnels, et que leurs constructions intellectuelles sont comparables. Enfin, à partir de quels critères et données les tests, tâches, exercices … ont-ils été choisis ou élaborés ? Tout cela n’est pas sérieux. C’est la crédibilité des évaluations organisées par la France au sein de l’école qui se trouve engagée, en particulier aux yeux des organismes européens et autres qui s’efforcent d’objectiver les résultats des écoliers à l’école élémentaire ;

5. On m’a également rapporté que des résultats ont été falsifiés ou “inventés”, parfois à la demande des Inspecteurs de circonscription, parfois par les Inspecteurs eux-mêmes … pour satisfaire les attentes de la hiérarchie, en l’occurrence l’inspecteur  d’académie, les technocrates du Ministère qui ne connaissent pas les exigences d’une évaluation vérifiable et rigoureuse, et le Ministre lui-même. Je ne peux croire que cela soit vrai.

Tout concourt à la conclusion que les évaluations-bilans sont des opérations fausses qui ne veulent “rien dire”, à moins qu’elles ne cachent des arrières pensées politiques. C’est indigne de prendre les élèves en otage, de tromper leur famille et de créer le trouble dans les familles et à l’école avec des comparaisons inévitables des résultats obtenus par les différents enfants de la même classe ou d’une autre classe. C’est indigne de dénaturer les missions des enseignants. L’Éducation Nationale se déshonore en organisant une mascarade, ou en la couvrant, et en sanctionnant les professeurs des écoles qui ne veulent pas se prêter à un jeu indigne, à la fois parce qu’ils ont leur conscience de professionnel et d’humaniste pour eux, et parce qu’ils n’ont pas besoin d’une évaluation formelle pour connaître les acquisitions ou déficits cognitifs de chaque enfant, ses capacité de mobilisation des ressources intellectuelles et les insuffisances ou freins qui l’empêchent de comprendre et d’apprendre. En outre, un nouveau fichier informatique est objectivement constitué et donc accessible à tous pour « étiqueter », « cataloguer », voire « stigmatiser » les enfants … les familles  et les écoles. Transmis à la hiérarchie de l’Éducation Nationale, il pourra être ouvert par d’autres personnes et d’autres Administrations, puis « exploité » à des fins politiques.

Avec les évaluations-bilans, l’école perd un peu plus de son âme, de sa crédibilité et de son humanité. Il est temps de refonder l’école pour qu’elle ne “marche plus sur la tête”.

Lettre d’Amérique…

Dimanche 17 janvier 2010
 Mazouté le rêve ? par Tim Deschanel

Mazouté le rêve ? par Tim Deschanel

Voilà quelques mois à présent que j’enseigne en Louisiane dans un programme d’immersion (les élèves ont la majorité de leurs cours en français), dans la “middle school” de Pierre Part.
On dit souvent que les États-Unis ont 20 ans d’avance sur nous.

J’aimerais donc vous donner un petit aperçu de ce que pourrait être notre école dans quelques années, si nous continuons comme actuellement à suivre le modèle américain. Je crois savoir qu’en ce moment l’actualité est aux évaluations nationales de CM2. Ici aussi nous avons des évaluations d’ État en fin d’année scolaire, un examen que passent tous les élèves entre la première et la huitième année de l’école (CP à la 3ème pour nous).

Voilà comment ça se passe :

Que fait l’État de Louisiane de cet examen ? Cet examen, donné chaque année, permet d’évaluer les connaissances des élèves en anglais ; maths, sciences sociales et sciences. Les résultats sont ensuite publiés par école, ce qui permet d’attribuer à chaque établissement un nombre d’étoiles (oui comme les hôtels !). Nous, à Pierre Part, nous sommes une école 3 étoiles, pas mal hein ? En tous cas, c’est en fonction de ce nombre d’étoiles que les subventions de l’État sont attribuées, donc en gros, plus on a d’étoiles (donc les meilleurs résultats aux examens), plus on a de sous. Logique ?

Comment préparons-nous cet examen ? Toute l’année scolaire est orientée vers la préparation de cet examen, et chaque notion abordée doit l’être dans la forme et dans le fond, comme elle sera présentée dans l’examen. Cela signifie aucune variété pédagogique, des leçons calibrées avec des manuels scolaires imposés et des exercices formatés. Cela signifie également une pression continue sur les élèves ainsi que sur les enseignants qui se verront très certainement montrer la porte s’ils n’amènent pas leurs élèves à un niveau suffisant pour réussir l’examen !

Et oui, ici on juge les professeurs sur la réussite de leurs élèves, je vous laisse imaginer la bataille pour avoir les meilleurs dans sa classe ! Quelle pessimiste je fais là ! Mais non ça n’arrivera pas chez nous tout ça ! Chez nous, les évaluations sont anonymes, aucun risque que les écoles se retrouvent en concurrence, que les résultats soient publiés ! Aucune chance ?

Source : SNUIPP 47