Archive pour la catégorie ‘Non classé’

Feu dentifrice

Jeudi 1 juillet 2010

Frédéric Lefèvre déclare : « …le président de la république (…) quand il fait un voyage officiel dans un avion de la république Française, il paie lui même son dentifrice… »

Devant une telle exemplarité et un tel esprit de sacrifice, remercions le président en lui envoyant (par voie postale…) un tube de dentifrice.

Pourquoi pas le 13 juillet, à la veille de la fête nationale ?!!!!

Adresse : Monsieur le Président de la République, Palais de l’Elysée, 55, rue du faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris

Un reportage sur Sarkozy censuré en France

Mercredi 30 juin 2010

Communiqué et appel du collectif rased 62

Mardi 15 juin 2010

Parents, personnels de RASED, enseignant(e)s, élu(e)s, citoyen(ne)s :

Le Collectif RASED 62 se mobilise suite à la parution du document du MEN « schéma d’emploi 2011-2013 » qui prévoit la suppression de l’ensemble des personnels spécialisés : maîtres E maîtres G et psychologues scolaires et finalement des RASED.

D’autres « mesures » sont également prévues :

- Augmentation des effectifs dans les classes (1° degré et collèges)

- Fin de la scolarisation des 2 ans

- Réduction du nombre de remplaçants

- Suppression des intervenants extérieurs en langues vivantes

- Suppression des enseignants qui accueillent les primo-arrivants, des enseignants affectés à la scolarisation des enfants malades ou handicapés, des enseignants affectés à l’enseignement à l’extérieur des écoles, des conseillers pédagogiques, des personnels en situations diverses (MAD fonctions exceptionnelles, PACD/PALD, décharges syndicales).

Les collèges et lycées sont également menacés par les « projets » du ministère voir : http://dcalin.fr/wordpress/

C’est pourquoi, le Collectif RASED du Pas de Calais, avec le soutien des associations professionnelles des enseignants spécialisés de RASED, appelle à manifester, de manière visible et bruyante, notre colère et notre opposition à ces funestes projets,

le mercredi 23 juin 2010 à 14h00 devant l’Inspection Académique du Pas de Calais à ARRAS.

Le collectif RASED 62

entre 2 coups de vuvuzela, merci de relayer et diffuser cet appel

INTERVENTIONS n°9 mai 2010 : Anciennes et nouvelles fictions sur l’ÉCOLE de la république Une crise de l’institution sans critique de l’institution

Vendredi 7 mai 2010
 Manifestation à Paris contre des... par Neno°

Manifestation à Paris contre des... par Neno°

Une crise de l’institution sans critique de l’institution


Ce numéro d’Interventions est composé de deux parties. La première partie, plus théorique, essaie de replacer la crise de l’école dans la transformation des rapports sociaux de la société capitalisée et de son État. Pour y parvenir, on doit s’affranchir de toutes les lamentations, à contenu conservateur comme à contenu progressiste, sur la dissolution des médiations de l’État-nation. La seconde partie est constituée d’une intervention plus pratique dans les luttes menées par les enseignants, parents et lycéens ou étudiants depuis l’automne 2009.

PARTIE I

Commentaire du texte de Pierre Jourde : « On attendra après Plus belle la vie »

Lire le texte de Pierre Jourde

Que faire, à présent, pour que l’école serve à quelque chose ?

Qu’elle ne se contente pas de reproduire les inégalités sociales ?

Telle est la question que pose l’écrivain et enseignant Pierre Jourde dans un blog publié sur le site du Nouvel Obs.

Prenant appui sur une longue citation d’Hannah Arendt, Jourde affirme que « Depuis quarante ans, les différentes réformes pédagogistes, qui vont toutes dans le sens analysé par Arendt, ont produit mécaniquement ce que l’on observe aujourd’hui : la montée de l’illettrisme, la parfaite reconduction des inégalités sociales, l’arrivée massive, à l’université, d’étudiants déchiffrant difficilement un texte, parvenant difficilement à rédiger une phrase, et à peu près complètement ignorants du passé».

C’est ce que nous allons discuter et critiquer en huit points :

1. Pierre Jourde reprend effectivement les arguments d’Hanah Arendt sur les pédagogies antiautoritaires et libertaires de l’Allemagne des années vingt (les Écoles dites de Hambourg et les pédagogies du « maître-camarade ») dont elle critique l’influence néfaste sur l’éducation aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. En effet, ces pédagogies ne prenaient sens que reliées aux courants communistes et anarchistes qui n’avaient pas été liquidés par la contre-révolution social-démocrate puis le régime national-socialiste. Ces pédagogues combattaient le capitalisme, la société bourgeoise et le populisme du nazisme naissant ; ils cherchaient à former chez l’enfant une individualité en devenir qui ne sépare pas l’individu et la communauté humaine. Mais transposées dans les réalités de la société nord-américaine et de la Guerre froide, ces méthodes pédagogiques ont principalement contribué à affaiblir ou même éliminer la capacité de résistance politique des enfants des classes dominées en leur donnant l’illusion d’une grande liberté. Il y a eu inversion des objectifs et des finalités. Or on ne trouve pas trace de ce genre de mise en perspective historique dans le texte d’Arendt. Pour elle, il fallait incriminer la méthode en soi qui insinuait une possible abolition de la hiérarchie entre maître et élève. Jourde s’engouffre dans la brèche en confondant autorité liée à la connaissance et à l’expérience (ce qu’aucune pédagogie anti-autoritaire ne nie) avec hiérarchie de l’institution dans laquelle maître et élève sont tous les deux pris au piège, mais à des niveaux différents.

2. L’éducation n’est pas « par essence conservatrice » comme l’affirme Arendt. Depuis son origine dans les États despotiques, elle se veut institutrice ; elle place certains enfants dans une institution, l’école. Que cette institution de l’école soit une composante de l’État-nation (du moins, dans la modernité et pour ce qu’il en était de l’école de l’État-nation en France car cela est différent dans les pays anglo-saxons), n’implique pas qu’elle opère une éducation « conservatrice ». Les forces sociales et idéologiques de la société traversent l’école ; il en est des « progressistes », comme il en est des « traditionalistes »…

Ce n’est pas l’éducation qui protège l’enfant des dangers de son environnement, ce sont les modes d’élevage, divers selon les sociétés. C’est le groupe d’adultes dans lequel naît et grandit l’enfant qui assure sa protection. La gestation de l’enfant humain n’étant pas achevée à sa naissance, elle se poursuit dans le groupe familial proche ; ce que certains anthropologues nomment l’haptogestation. Mais comme nous l’avons déjà dit, Arendt ne tient pas compte du fait que, jusqu’à l’apparition des sociétés étatisées, d’innombrables communautés humaines ont vécu sans éducation ; avec des pratiques initiatiques, certes, mais qui n’étaient pas de l’éducation. La transmission de pratiques culturelles et de savoirs empiriques ne visait pas la séparation entre collectifs humains et non humains, contrairement à l’éducation sous toutes ses formes (celle que dispense l’État et celle du discours social bureaucratico-marchand).

3. L’enfant n’est pas « révolutionnaire » comme le prétend Hannah Arendt ; il est un être vivant qui manifeste d’abord sa naturalité. C’est la socialisation parentale et sociale qui le fait entrer dans la société.

Arendt justifie l’autorité du savoir disciplinaire et du maître en procédant à une dialectique du jeune et du vieux, du passé et du présent ; dialectique qui, soit relève de la tautologie, soit verse dans une perspective vitaliste : la société aurait besoin de « sang neuf » et de la naturalité révolutionnaire que porterait intrinsèquement l’enfant afin de développer sa dynamique et donc garantit le futur. Mais dans le processus de socialisation, cette capacité doit être contrôlée non pas parce qu’elle est subversive, mais parce qu’elle doit se confronter à l’ensemble du passé de l’humanité. La difficulté serait donc là, dans cette dialectique de la libération de forces vives qui cherchent à prendre leur essor et donc leur autonomie, et en même temps dans la prise en compte des « nécessités » du maintien d’un ordre stable, d’où les mesures prises par la société répressive.

Les différentes réformes dans l’Education nationale depuis les années 60 peuvent (en partie) être interprétées à partir de cette contradiction qui explique les changements ponctuels de priorité, compte tenu de l’évolution des rapports de force. Mais Pierre Jourde quitte ce terrain pour aller chercher chez Arendt une autorité philosophique et politique légitimant sa nostalgie d’une école qui favorisait la « promotion sociale », alors que ce n’est pas le propos de la philosophe. Il réalise ce tour de force, en faisant du caractère obligatoirement disciplinaire et hiérarchisé de l’éducation, le présupposé de la réussite scolaire et donc d’une promotion sociale. Mais l’école n’a jamais eu cette fonction ou ce but. Certes, l’école de classe, l’école de la bourgeoisie (entre 1880 et 1958) a permis à quelques individus de changer de classe sociale, mais ces hommes (jamais de femmes) réalisaient cette « promotion » seuls, séparés définitivement de leurs familles et de leurs milieux d’origine.

Historiquement et théoriquement, la promotion sociale doit être définie comme un changement de classe sociale. Or, dans la société de classes, il était très difficile de changer de classe ! Ce n’est qu’à partir des années 60-70 que cette école de classe se transforme en école de masse à prétention démocratique sous les coups de Mai 68 et des luttes étudiantes et dans le contexte économique et social d’une société française dont la reproduction sociale se fait sur la base d’une faible mobilité alors que se fait sentir le besoin de renouvellement de la force de travail ayant assuré la prospérité relative des « Trente Glorieuses ».

C’est alors que les sociologues vont se mettre à parler effectivement de promotion sociale par l’école dans le rapport positif qui s’opère entre la nouvelle distribution des diplômes et les nouveaux types d’emplois. Politiciens et médias leur emboîteront le pas en parlant « d’ascenseur social ». Mais dès la fin des années 80 et encore plus aujourd’hui, ce phénomène est enrayé par une montée du chômage, un développement de la précarité, une dévalorisation des diplômes qui mettent l’école au centre d’une crise de reproduction des rapports sociaux, et cela d’autant plus qu’en France, dirigeants et dirigés ont fait de l’école le lieu, en grande partie illusoire, de la solution à toutes les tensions sociales (l’école est censée compenser les inégalités de départ).

Parler aujourd’hui de « promotion sociale » ou d’« ascenseur social » n’a donc plus du tout le même sens car il ne s’agit plus de possibilité de changement de classe, mais seulement d’un changement de place dans une distribution d’individus indifférenciés de plus en plus coupés d’une origine sociale de classe (ouvrière ou paysanne). Ceux pour qui cette origine reste encore prégnante (enfants de chômeurs, d’immigrés) sont justement ceux qui ne participent plus à la distribution des places (les « désaffiliés » comme dit le sociologue Castel) ou alors à partir d’une position discriminée. Mais ils ne se contentent pas forcément de cette nouvelle situation de « sans place » ou sans statut. Si leur réaction passe souvent par la débrouille individuelle et le « marquage » en guise d’identité, la tendance au repli communautariste comme reconquête de leur existence, elle s’exprime aussi dans la révolte contre leurs conditions d’existence immédiates, voire la destruction de ce qui paraît pourtant les garantir contre un total dénuement (leurs logements, les services publics). Si l’école est devenue un lieu de choix pour l’expression de cette révolte ou du refus pur et simple, c’est parce que la lente dissolution de l’institution dans la nouvelle forme de l’État-réseau s’accompagne d’une situation où l’origine sociale détermine à nouveau strictement le devenir social, où le choix du privé et des filières et des écoles d’excellence ruine tous les beaux discours des parents « de gauche ». Alors, pour certains, l’école apparaît dans sa réalité nue : elle n’est plus faite pour eux, ils n’y trouvent plus leur place, d’où tensions, refus pur et simple, débordements, conduites nihilistes.

Face à  cela, la réponse la plus simple du pouvoir est évidemment de vouloir redonner un tour de vis : restaurer l’autorité dans les classes, lutter contre l’absentéisme scolaire en supprimant les allocations familiales, ficher les élèves dès leur plus jeune âge pour déceler les hyperactifs qui seraient les révoltés ou les délinquants de demain. Ces politiques apparaissent comme des mesures propres à gagner le combat contre ce qui relèverait finalement d’une forme particulière d’insécurité.

4. La comparaison entre les États-Unis et la France paraît impropre car les systèmes éducatifs de ces deux pays sont profondément différents. Dans le cas du premier, l’école existe en dehors de toute véritable institution, dans l’autre, elle ne se développe qu’à travers l’institution. Le premier n’a donc aucun projet au sens fort et participe d’une démarche empirique et pragmatique typique du monde anglo-saxon. Le « système » (mais ce n’en est pas vraiment un) ne peut donc que s’adapter aux usagers comme l’entreprise s’adapte aux clients, et inversement si on admet qu’il y a interaction. Il n’y a donc pas non plus de véritable « Réforme ». On définit simplement des objectifs à court terme qu’on cherche à réaliser, au jour le jour, en utilisant dernières recherches en psychologie de l’enfant et en sciences humaines.

Le second repose historiquement sur un projet fort, l’école républicaine et laïque pour tous, qui ne se résume pas à un enseignement restreint à la transmission des connaissances, mais conçoit l’instruction dans un sens général qui recouvre la question politique. D’où l’importance de l’institution « Éducation nationale », arme de guerre contre la royauté et l’église. L’enseignement sera donc public, républicain, citoyen, laïc. Les « hussards de la République » en furent les soldats.

5. C’est cette ambition politique que passe sous silence l’exemple du professeur de collège et de la classe de 3e proposé dans l’article. Pourtant à l’ambition politique de la Troisième République — celle d’une école certes pour tous, mais dans laquelle chacun reste à sa place en fonction de son origine sociale — a succédé, à partir de la seconde moitié des années 60, une politique d’allongement de la durée des études, de massification de l’enseignement secondaire. Cette perspective de démocratisation de l’enseignement correspondait certes en partie aux nécessités de pourvoir le marché du travail en une main d’œuvre mieux formée pour une économie réclamant plus de cadres, plus de techniciens et de « professions intermédiaires », mais pas seulement. Ces efforts constituaient aussi une façon de « débloquer » une immobilité sociale faisant obstacle à la modernisation. La réforme Edgar Faure de 68 légitima ce mouvement à l’université, la réforme Haby l’appliqua au niveau du collège.

6. 1968, voilà une date qui n’est pas citée par notre pourfendeur des réformes et pourtant derrière tout son lamento, ce qui apparaît en filigrane, c’est bien cette haine de 68 et de tout ce qui fit qu’après, de toute façon, ce ne fut plus pareil (ce ne pouvait plus être pareil). Même si l’auteur de l’article jurait ses grands dieux qu’il figurait lui aussi parmi les contestataires à cette époque-là, cela ne changerait rien au fait qu’il reprend la critique de Finkielkraut… et de Sarkozy (énoncée en 2008) sur « la faute à 68 » dans le délabrement de l’enseignement. Mais comme il a été professeur et que ce sont des choses concrètes qui se sont présentées à lui dans sa pratique, il laisse de côté les questions théoriques et les implications politiques de la massification/démocratisation de l’enseignement pour n’en pointer qu’une conséquence technique : le développement des sciences de l’éducation et l’idéologie pédagogique. Pour Jourde, non décidément, « la didactique ne peut pas casser des briques », si l’on peut se permettre ce détournement d’un détournement ! Certes, mais est-ce une raison pour se retrouver avec ceux qui aujourd’hui veulent transformer les enseignants en répétiteurs ?

Les exemples abondent de ce raidissement idéologique. Ainsi, les enseignants qui n’en restent pas à des critères intemporels fixant les limites entre « bonne » et « mauvaise » littérature utilisent-ils la littérature de jeunesse et le genre du « polar » à côté et non à la place d’une littérature plus classique. Pourtant, bien des enseignants, attachés bec et ongles à la culture de classe assimilent cela à une baisse des exigences, une adaptation à des élèves déculturés, une forme à peine plus tolérable que les sempiternels exposés sur la moto, la peine de mort ou la drogue. Bien sûr qu’il y a adaptation aux élèves, mais il y a toujours eu adaptation aux élèves. Par exemple quand on enseignait à une petite élite le Latin et surtout le Grec, n’était-ce pas la manifestation d’une adaptation à un certain public ?

Nous terminerons par un dernier exemple, celui de la « pédagogie de l’autonomie », issue directement du mouvement de 1968 ou plus exactement de sa défaite et de l’englobement de certaines de ses perspectives dans la société capitalisée. Se réduit-elle à vouloir briser l’enseignement disciplinaire et la parole du maître ? Non, le travail en groupe et la prise d’initiative ne sont pas a priori contradictoires avec la définition d’une démarche construite autour d’un thème pluridisciplinaire comme ont pu l’expérimenter les professeurs avec les travaux personnels encadrés (TPE) au lycée ou les parcours de découverte en collège. Mais encore faut-il que ces enseignants soient aussi rigoureux pour ce type de travail qu’ils disent l’être durant leurs cours magistraux ! C’est cela qui ne va pas de soi car pour beaucoup d’enseignants qui étaient à l’origine opposés aux TPE « parce que ça prend sur des heures de discipline », les TPE sont devenus une bonne aubaine car ils permettent d’obtenir deux paisibles heures dédoublées

Même chose pour l’éducation civique juridique et sociale (ECJS) censée être du bourrage de crâne en direction des « sauvageons » avérés ou potentiels. Pourtant aucun Inspecteur ni Chef d’établissement n’empêchent les enseignants de les transformer en cours d’initiation aux sciences politiques. Mais la plupart des profs d’Histoire et Géographie à qui étaient majoritairement dévolues ces heures, en profitaient pour « avancer le programme », comme on dit « avancez, il n’y a rien à voir ! » On s’étonne que, dans l’article de Jourde, tout le monde soit fautif… sauf les enseignants.

7. La fin du texte de Jourde pointe ce qui a été introduit dans les années 80-95 pour en montrer les conséquences négatives sur « le niveau ». Or, durant cette période la majorité des sociologues de l’éducation ont démontré le contraire; « le niveau monte », « nos enfants lisent », « les filles progressent », « les enfants d’immigrés ont de bien meilleurs résultats que leurs parents ». Mais ces constats sociologiques sont à relativiser aujourd’hui. Il y a des écarts individuels importants dans les ZEP et « les établissements sensibles ». C’est le « groupe-classe » qui n’est plus la référence alors qu’il le reste pour Jourde. Les phénomènes de bande opèrent aussi dans les collèges au niveau du rapport au savoir.

Cette mise en évidence d’un chaos des rapports maître-élève dans l’école se fait surtout à partir d’un ressenti. Et même si les ressentis traduisent quelque chose de réel, ils n’ont pas en soi de valeur explicative car ils n’ont pas grand chose à voir avec l’analyse d’un processus. Ils vont au plus facile, c’est-à-dire à la dénonciation du fautif ou parfois du bouc-émissaire : c’est la faute des jeunes, la faute des immigrés, la faute du gouvernement, la faute des médias, la faute de la société de consommation, la faute du pédagogisme et des réformes, la faute à la démocratisation (absence de sélection qui fait que presque tout le monde a un diplôme mais que ce dernier a aujourd’hui de moins en moins de valeur), etc. Ainsi, tout paraît unilatéral. Il n’y a plus de contradiction mais un simple constat. La dynamique du capital, pour employer le vocabulaire de Temps critiques, est réduite à une sorte de rouleau compresseur capitaliste. Il n’y a plus qu’à pleurer les temps anciens.

Dans le tableau dressé par Jourde, l’élève n’est plus rien, il n’est qu’une sorte de zombi lobotomisé, mais l’enseignant, lui, est resté le même, il est toujours le savoir incarné car par on ne sait quel miracle il aurait été le seul à échapper au rouleau compresseur d’une société décervelée. Or il n’en est rien. Ce n’est pas parce que l’école a été isolée en partie du monde extérieur que ce monde n’y pénètre pas et surtout ce serait croire que l’enseignant n’est pas aussi parent et consommateur. L’enseignant ne se réduit plus à une fonction professionnelle considérée comme une mission et c’est pour cette raison que le pouvoir s’attaque à son statut et tente de réduire la durée et la qualité de sa formation devenue par trop supérieure à celle des élèves. C’est d’ailleurs là le sens réel de la fameuse formule pédagogico-réformiste « il faut adapter l’école aux élèves » que le pouvoir politique traduit en un « remettre l’élève au centre de l’école » et qu’il utilise comme arme de guerre contre l’immobilisme du « mammouth ». En un certain sens, on pourrait dire que les anti-Meirieu actuellement au pouvoir font du Meirieu… mais pour leur propre compte.

De par l’isolement qu’il subit à l’intérieur d’une école coupée du monde du salariat, l’enseignant n’est pas le mieux placé pour saisir le double mouvement de déqualification/surqualification à l’œuvre. Il n’est pas le mieux placé pour au moins deux raisons. Tout d’abord, parce qu’il lui est plus difficile qu’au salarié en prise directe avec le développement du General intellect sous forme de capital fixe ou de logiciels, de saisir et d’admettre que le savoir est aujourd’hui présent partout, sa transmission aussi, et que le maître n’est plus ni l’unique dépositaire de ce savoir ni le contrôleur de sa transmission – tout juste peut-il attirer l’attention des élèves sur les dangers d’une transmission sans contrôle (pensons concrètement aux dangers des recherches de sources sur l’internet) ; la seconde raison, c’est que dans la polarisation déqualification/surqualification, il se retrouve du côté de la déqualification sociale (le déclassement statutaire des enseignants), tout en étant la plupart du temps surqualifié individuellement (chez notre pourfendeur, cela donnera l’image du prof agrégé face à l’élève illettré, chez un ministre l’image des enseignants de maternelle à bac + 3 occupés à changer les couches et moucher les morveux).

Tout cela se traduit par une attaque contre ce que l’enseignant conçoit encore comme un métier et non pas comme une activité salariée interchangeable. Pourquoi cette illusion tenace ? Parce qu’il exerce dans un secteur particulier qui reste très en retard par rapport au processus d’ensemble de capitalisation des activités humaines. Un secteur à la limite inintégrable au processus d’ensemble, tant que l’histoire des luttes sociales propres à la France (révolutions violentes et sanglantes de 1789/93, 1848, la Commune et même Mai 68) imprègne encore suffisamment la mémoire collective, induisant toujours une priorité de l’approche politique et une résistance du modèle universaliste de l’État-nation par rapport à sa transformation en État-réseau mondialisé.

C’est cette résistance qui explique que chaque nouveau gouvernement cherche à faire « sa » réforme dans la mesure où il cherche à combler une partie du « retard » tout en maintenant l’enjeu politique de la reproduction des rapports sociaux dans le cadre de « l’exception française ». La quadrature du cercle en quelque sorte !

8. Même s’il évoque le capitalisme et donc un système dont l’école ne serait qu’un rouage, le texte de Jourde maintient paradoxalement une perspective pédagogiste ou au moins institutionnelle, en faisant du retour aux vraies valeurs (le respect des niveaux hiérarchiques du savoir entre apprenant et enseignant, entre culture savante et culture populaire, entre culture scolaire et culture extra-scolaire), l’impossible solution à la crise de l’école. Ainsi, la question de l’institution n’est pas posée puisque la perspective reste celle qui demandait à l’école de transformer la société. Ce type de raisonnement qui, pour tout lecteur de Marx, tenait déjà de la gageure à l’époque des institutions fortes de l’État-nation gaulliste, traduit aujourd’hui la non compréhension d’un processus qui entraîne la résorption des institutions à l’intérieur même du pouvoir exécutif, comme on peut le voir avec la réforme de la justice en France. La transformation du rapport citoyen à l’institution en un rapport clientéliste participe du même processus (cf. la transformation actuelle des missions de service public).

Dans ce processus de désinstitutionnalisation de l’école dans un système plus large de « formation tout au long de la vie », le pôle républicain et étatique de l’école perdure, mais il a tendance à être englobé dans le monde cognitif global. La « réformite » (ou l’art de faire se succéder ministres et réformes) peut d’ailleurs être analysée comme la résultante d’une crise de l’institution sans remise en cause de l’institution. C’est exactement le mouvement inverse de Mai 68 qui est pourtant aussi le produit de la crise des institutions (du gaullisme comme régime politique, mais aussi de la famille patriarcale et de l’école de classe), mais le mouvement d’alors avait placé sa critique au centre de la révolte. Ce qui se jouait en 68, c’était le refus de toutes les hiérarchies et des institutions qui semblaient en être les garantes.

Or le point de vue de Jourde ne peut être porteur d’une critique de l’institution, celle de l’école ou tout autre, par le fait qu’il en exprime une vision fondamentalement fonctionnaliste : l’école sert à former des citoyens, à réduire les inégalités, etc. Or cette vision est dangereuse. On dit aussi : l’État et sa police servent à protéger les citoyens, l’économie sert à vaincre la pénurie et à satisfaire les besoins, l’argent sert à faciliter les échanges, et ainsi de suite. Derrière l’apparente candeur panglossiste de la vision fonctionnaliste (le nez est fait pour porter des lunettes, les cochons pour être mangés, disait Maître Pangloss) se cache une vision normative et, partant, répressive de l’interaction sociale : puisque l’institution a été inventée dans l’intérêt de ses usagers donc en faveur de la société, ne pas la respecter est anti-social, ce qui justifie le juste châtiment réservé aux rebelles. Dans le même ordre d’idées, puisque l’argent est essentiel aux échanges et que les échanges sont essentiels au bien-être des populations, il faut sauver les banques, etc.

Pour nous, si, aujourd’hui, l’institution n’est pas critiquée ou très insuffisamment, ce n’est pas essentiellement parce qu’elle remplit des fonctions (cela, c’est la position du pouvoir), mais parce qu’elle existe encore comme activation d’un ancien imaginaire. En l’occurrence pour la France, c’était — ça l’est encore partiellement — un imaginaire de l’égalité, mais d’une égalité ambigüe car elle est un mixte, d’un côté, de l’idéologie de l’égalité des conditions de départ théorisée par Tocqueville à partir de l’exemple de la révolution bourgeoise américaine et, de l’autre, de l’égalité révolutionnaire qui traverse certains courants de la révolution française.

Si c’est la première conception qui l’a finalement emporté sous la forme concrète de « l’égalité des chances » et de l’idéologie méritocratique, la seconde n’a pas complètement disparu et a longtemps été portée par des enseignants se réclamant des pédagogies de F. Ferrer ou de C. Freinet. Le questionnement originel et central de Jourde : «Que faire, à présent, pour que l’école serve à quelque chose ? Qu’elle ne se contente pas de reproduire les inégalités sociales ? » obéit encore à cette préoccupation mais en dehors de toute perspective de rupture avec la société du capital. C’est pourquoi il en appelle finalement à des moyens qui font consensus comme le retour à l’ordre, la fin de l’esprit-68 ou de la gabegie libérale-marchande.

Ce n’est pourtant pas le cas de tous les enseignants. Même si le contexte historique n’est plus le même que celui de la période 68, le combat actuel des enseignants désobéisseurs est exemplaire non seulement par son autonomie vis-à-vis de l’institution syndicale, mais surtout parce qu’il ranime la lutte anti-hiérarchique à un moment où justement les hiérarchies pèsent à nouveau de tout leur poids sur les relations de travail. Dans ce combat, ils ont souvent été secondés par des parents qui eux aussi ont cherché à briser le carcan des organisations particularistes de parents (FCPE et PEEP) en rejoignant les enseignants dans les occupations d’écoles, en manifestant leur soutien concret aux « désobéisseurs », en participant à des mouvements unitaires enseignants-parents-élèves comme « École en danger ».Toutefois, si ce mouvement a eu des aspects exemplaires dans l’école primaire, il n’en a pas été de même dans le secondaire ou même le supérieur. Pour le dire plus abruptement, il ne faudrait pas que les enseignants en lutte contre leur propre hiérarchie (la tendance à la transformation des chefs d’établissement en petits patrons de PME) ne la réintroduisent dans leurs rapports aux élèves en demandant plus d’autorité, la fin de l’agitation lycéenne et des blocages des établissements scolaires et des universités.

PARTIE II

Enseignants en lutte de la maternelle à l’Université, oui, mais avec les lycéens et étudiants !

L’exclusion définitive ou provisoire de plusieurs lycéens (lycée Brossolette à Villeurbanne, lycée St Charles à Marseille), ainsi que certaines prises de position d’enseignants actifs dans les luttes, en faveur d’une participation aux « États généraux » sur la violence dans l’école, m’ont poussé à intervenir afin que ces questions soient discutées de manière à éclaircir un peu des situations complexes qui demandent des prises de positions fermes afin de maintenir une cohérence d’ensemble et pour ne pas se faire agonir par les médias.

L’année dernière, la question ne s’était pas vraiment posée concrètement puisque le mouvement de 2008-2009 sur l’école a surtout concerné le premier degré, l’Université et la recherche, même s’il y a eu quelques luttes lycéennes et étudiantes. A cette occasion, la coordination nationale « École en danger » s’est rangée officiellement, mais abstraitement, du côté des lycéens en dénonçant les actes de répression que nous pouvions recenser et cette position, forte, fut inscrite dans ce qui a pu être considéré comme la Charte « École en danger » dès la première AG nationale de Lyon. Mais les lycéens restaient en fait des « acteurs » extérieurs et, même s’ils participaient aux manifestations des enseignants et parents, ils ne semblaient pas être intégrés véritablement dans le slogan qui pourtant les concernait, « De la maternelle à l’université… ». Les étudiants eux-mêmes eurent d’ailleurs du mal à y trouver leur place sauf quand leurs formations les impliquaient directement dans la lutte (les étudiants de l’IUFM ou de certains masters).

La situation est très différente aujourd’hui. A part le mouvement de résistance des désobéisseurs et un refus plus ou moins affiché et effectif de « base élève » qui perdurent, l’axe de conflictualité s’est déplacé vers le second degré (mise en place de la réforme des secondes, forte explosivité des situations dans certaines académies à cause du manque de personnel et des difficultés objectives d’enseignement, projets catastrophiques de dotation horaire globale pour les lycées comme pour les collèges). Or dans le secondaire, il n’y a plus trois catégories de protagonistes comme dans le premier degré (enseignants, parents, administration) — la quatrième catégorie (les enfants-élèves) étant censée rester passive — mais quatre avec des élèves considérés comme des personnes capables de réflexivité, d’initiative et d’autonomie et pour nombre d’entre eux civilement majeurs.

Comment se présente réellement la situation dans ces établissements ? Au lycée St Charles, les enseignants et parents ont soutenu les lycéens, mais à Villeurbanne et à Villefranche s/Saône, on s’aperçoit que des enseignants (et leurs représentants) ont soutenu l’administration contre les élèves et soit ont approuvé les sanctions, soit se sont contentés d’une neutralité, en l’occurrence malveillante. De la même façon, parmi les intervenants sur la liste de discussion nationale « École en danger », certains se prononcent pour une grande concertation sur la violence dans l’école… mais à partir d’une initiative du pouvoir !

Je me pose une question. Comment les mêmes enseignants qui voient partout un véritable plan du gouvernement contre l’école publique, une cohérence de toutes les mesures et parfois dénoncent ce qui relève d’une véritable mise au pas des enseignants, peuvent-ils ne pas voir que cette mise au pas concerne aussi les élèves ? En effet, les blocages de lycées sont déclarés dangereux pour la sécurité et les réunions politiques ou pour organiser la grève sont de fait interdites à l’intérieur des établissements, ce qui amène justement les élèves à se réunir à l’extérieur où ils se font réprimer par une police qui a été appelée par la direction. On voit même des enseignants, y compris de sciences économiques et sociales ou d’histoire et géographie, ces matières censées ouvrir l’esprit, se plaindre d’être victimes d’une politique de fermeture d’esprit ou même de censure de la part du pouvoir et dire pourtant que les élèves ont le droit de manifester mais qu’ils n’ont pas le droit d’être absents pendant les cours puisqu’ils n’ont pas le droit de grève étant mineurs ou non salariés. Dans ces conditions, des enseignants estiment difficile de les soutenir. Les élèves ne seraient là que pour étudier de la même façon que, pour le pouvoir, les fonctionnaires ne sont là que pour fonctionner.

On tombe alors dans ce que j’appelle le « double discours » des enseignants, celui qui fait dire d’un côté que l’école est faite non seulement pour apprendre mais aussi pour développer la réflexion, l’initiative, les pratiques d’autonomie dans le but de former un « citoyen » au sens 1789 du terme ; et de l’autre que chacun doit rester à sa place et finalement se taire. Un double discours qui fait aussi dire que « ça va de plus en plus mal » alors que par ailleurs il s’agit aussi de défendre l’école telle qu’elle est parce que quand même elle « fonctionne » grâce à ses fonctionnaires et qu’il ne faut pas scier la branche sur laquelle on fait déjà de l’équilibrisme.

Je crois qu’il faut vraiment rompre avec ce type de discours à partir du moment où on ne veut pas rester entre fonctionnaires, entre enseignants. Par rapport aux élèves, il est bien évident qu’ils n’ont pas tous les droits, mais il ne faut pas tout confondre. Ce sont les enseignants qui, en tant que fonctionnaires, doivent respecter un certain « devoir de réserve », pas les élèves. Ceux-ci doivent avoir les moyens de s’exprimer et comment le feraient-ils sans exprimer des opinions ou avoir les possibilités matérielles de passer à l’action avec les moyens de préparation ou d’organisation que cela suppose ? Tout n’est pas acceptable mais, à partir du moment où un élève est accepté dans l’Éducation Nationale (je laisse donc de côté les questions du « voile », de la « burqua », « calotte » ou autres, dont l’interdiction relève d’un principe d’universalisme qu’École en danger fait sien), il a droit à l’expression de ses opinions, y compris politiques.

Et même si ce droit n’est pas inscrit dans les tables de la loi, il se prend dans la lutte comme le montrent toutes les luttes lycéennes depuis les CAL de 1968, en passant par la lutte contre la loi Debré (1973), le projet Devaquet (1986), les projets de CIP (1994) ou de CPE (2006). Ce qui veut dire que même quand un règlement intérieur ou l’État cherche à limiter ce droit ou à le nier, l’exercer devient légitime (c’est en quelque sorte le droit à la révolte de la constitution de 1793 qui ne fut malheureusement jamais mise en œuvre). Il n’est donc pas de notre ressort de juger du bien fondé de la sanction, mais à partir du moment où elle n’est pas fondée sur des raisons pédagogiques (y compris disciplinaires), s’opposer à toute sanction relevant de la censure, de l’empêchement à la liberté d’expression ou à l’action (appel à la police pour faire lever les blocages), me paraît être la position de principe à adopter. Ensuite, il s’agit évidemment de tenir compte des situations particulières et réagir à une sanction par rapport à une lutte menée au sein d’un établissement scolaire relève pour moi de l’évidence.

En fait, l’État (je dis l’État car au moins depuis Chevènement et ses « sauvageons », Allègre et son « mammouth », droite et gauche sont d’accord sur la méthode) impose son pouvoir de deux façons. Tout d’abord en agissant au sommet avec ses projets de loi (correspondant le plus souvent à des effets d’annonce) qui doivent prendre application tout au long de la hiérarchie de la structure d’éducation, puis aussi à la base en donnant l’impression que c’est à ce niveau que les problèmes doivent vraiment se régler et être cogérés. D’où la proposition gouvernementale d’États généraux sur la question de la violence. On assiste alors à cette chose formidable d’un État qui réduit les moyens de prévention et de surveillance de cette violence et en même temps cherche à faire participer les enseignants au maintien de la paix sociale dans l’école. C’est ce genre de fausse participation qu’il faut refuser parce que d’abord elle nous isolerait complètement des luttes lycéennes et étudiantes et ensuite parce qu’elle bloque toute possibilité d’autonomie, d’initiative et d’action par rapport aux directives de l’administration centrale et aux projets de réforme de l’École par l’État.

Dénoncer la répression vis-à-vis des enseignants ou des parents actifs n’est pas suffisant. Dénoncer aussi celle qui touche les lycéens et étudiants est la meilleure façon de rendre concrète l’unité des luttes « De la Maternelle à l’Université ».

Source : INTERVENTIONS n°9 mai 2010

Alice Miller, Alice Miller (née en 1923 en Pologne) est suisse, docteur en philosophie, psychologie et sociologie, et chercheur sur l’enfance, ses ouvrages et ses thèses sur la violence cachée qui caractériserait souvent les relations entre parents et enfants l’ont rendue célèbre. Elle nous a quittés le 14 avril 2010

Mardi 27 avril 2010

J’invite l’ensemble des directeurs d’écoles primaires…

Jeudi 4 février 2010


Le flicage Base eleve 1/2
envoyé par AtoumX2. - L’actualité du moment en vidéo.

Par la présente je tiens à informer les collectifs et citoyens de la coordination nationale des faits suivants :

Le 2 février 2010, au commissariat de police, j’ai porté plainte contre le directeur de l’école élémentaire dans laquelle sont scolarisés mes enfants. Cette plainte nominative vise sa collaboration à la collecte d’informations Base Élèves qui, selon toute vraisemblance, s’effectue dans la plus grande illégalité.

Malgré mes mises en gardes répétées à ce sujet, celui-ci préfère suivre les injonctions de sa hiérarchie plutôt que de respecter la loi. Il préfère collaborer à une collecte illégale d’informations plutôt que de prendre le risque d’une sanction disciplinaire. C’en est assez !!!

Peut-être ne sait-il pas que pour de tels faits le législateur sanctionne jusqu’à 300 000 euros d’amende et 5 ans de prison. Il convient donc de le lui rappeler.

Mais aussi, et surtout, il faut stopper cette machine infernale ! Afin de ne pas collaborer à la chasse aux enfants migrants, afin de protéger tous les enfants de France d’une utilisation frauduleuse et stigmatisante de leurs données, afin de leur éviter le fardeau inhumain d’un traçage permanent et informatisé - parce que nos gosses sont un trésor et non une crainte à domestiquer ! Afin de ne jamais les réduire à des objets, fussent-ils des objets d’analyses et d’essais dont les commanditaires portent le masque du progrès, afin de respecter le libre-arbitre, et parce que nos enfants incarnent la beauté et l’avenir, j’invite l’ensemble des directeurs d’écoles primaires de France à cesser immédiatement de prêter leur concours au renseignement de cette base de données.

Ceux qui le souhaitent pourront rejoindre le Collectif National de Résistance à Base Élèves qui saura les conseiller et les protéger contre les sanctions éventuelles de leur hiérarchie.

Et, si au lieu de quelques centaines, ils étaient des milliers ?


Qui songerait alors à les sanctionner ???


Cependant ils continueraient dignement, dans leurs écoles, à satisfaire à l’exigence de leurs missions.


J’encourage également les enseignants et directeurs en résistance pédagogique à se soutenir et à s’unir, de même qu’à porter plainte contre leurs supérieurs hiérarchiques lorsque ceux-ci exercent sur eux des pressions morales ou financières visiblement contraires à la loi.

Nous sommes dans un pays de droit !

N’attendons pas que l’ensemble de l’éducation nationale soit corrompu et managé comme un nouveau France Telecom !

Ne laissons pas enfants et enseignants payer cette folie de leur vie. Réagissons ! Ici et maintenant.


Le flicage Base eleve 2/2
envoyé par AtoumX2. - L’info internationale vidéo.

Billet de (Mauvaise) humeur

Lundi 25 janvier 2010
 Mauvaise Humeur par pedrouchkai

Mauvaise Humeur par pedrouchkai

En novembre, je me souviens d’un mail dans lequel je notais que le projet de loi de finances pour 2010 « oubliait » de mentionner les options E et G  parmi les formations spécialisées proposées aux enseignants du 1° degré.

Je pensais que cela signifiait clairement et simplement la volonté de mettre définitivement fin aux RASED. Je devais me tromper puisque –malgré la mobilisation des personnels des RASED l’an dernier- cet email n’a globalement provoqué aucune réaction.

Pourtant, dans le Pas de Calais, seulement 4 enseignant-e-s pourront partir en formation option E (en 2010/2011). Même au pays de Oui-Oui, il est difficile d’y voir une volonté de développement des RASED.

Combien de départs en formation pour l’option G ?  Au niveau national, la généreuse loterie permettrait à UNE personne (dans l’Yonne semble-t-il) de partir en formation…

Même au pays de Oui-Oui…etc. etc.…

Mais bon…la mobilisation lors de la journée du 21 janvier semble indiquer qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Pourtant, j’avais la sensation que les gilets jaunes étaient devenus des gilets noirs…sauf que le noir en question n’était pas celui d’une révolte mais celui d’un enterrement. (Petite satisfaction tout de même en entendant l’Internationale qui jaillissait de la sono du fourgon Solidaires à l’arrivée de la manif!! On se console comme on peut…)

Il est vrai que l’atonie syndicale actuelle et la sous-médiatisation des luttes qui existent ne sont pas des facteurs de mobilisation.

(En 2008) dés le mois de décembre, chacun-e était informé-e, préparé-e, mobilisé-e pour la journée d’action du 29 janvier 2009. Un an plus tard, coup de froid. Combien de regards étonnés, ébahis et même agacés de la part de collègues (syndiqué-e-s ou non)  à qui…j’apprends cette journée d’action. (« pourquoi y’a grève ?… »).

A de rares exceptions près, je n’ai pas entendu beaucoup de personnalités politiques (dites d’op-position) appeler à la mobilisation pour cette journée du 21 janvier. Certains estiment même « que le lycée coûte cher », et d’autre(s ?) au sujet des retraites « qu’on doit certainement aller vers 61 ou 62 ans ». Sans doute une volonté de rassemblement…

Cerise sur le gâteau, la Une du Parisien (Aujourd’hui en province) du 20 janvier (veille de la grève) consacrée aux Profs absents !!! Traduisez : « Ces fainéant-e-s de fonctionnaires privilégiés n’en foutent pas une ramée et en plus, demain i’ font grève ». Plus c’est gros, plus ça passe. Il serait temps que l’actionnaire mette fin aux pratiques de ces journalistes irresponsables…

Mais, on doit reconnaître qu’en termes de lutte, une journée de grève, sans lendemain, sans réels objectifs de luttes, ne pouvait aboutir qu’à un flop retentissant. Objectif atteint !

(22 janvier, autre cerise sur le gâteau…Conversations avec des collègues. « Hier, la mobilisation, c’était pas terrible hein…c’est triste…Enfin moi, j’ai pas fait grève… ».)

Au soir du 21 janvier, coup de fil de ma mère (pas franchement une ultra, mais franchement française…)…elle vient « d’apprendre » par la télé d’son maître qu’il y avait grève ce jour.

« alors, t’as travaillé aujourd’hui ? ». Traduction : « fainéant, comme t’étais en grève t’as rien foutu. ». Comme beaucoup d’autres, elle reste persuadée que je serai payé.

Et, la question qui tue : « alors, vous allez être augmentés ? ». Traduction : quand les fainéants font grève, c’est uniquement parce qu’ils veulent une augmentation de salaire.

Je ne pense pas qu’elle soit la seule à s’accrocher à ces schémas de « pensée ».

Il existe cependant un autre schéma de pensée (unique) : celui qui laisse croire qu’il suffit de se battre pour des postes (ou un budget). Se battre pour des postes ne conduit qu’à une individualisation des combats et les rend forcément stériles. Se battre pour garder son / des  poste(s) revient à s’attaquer à symptôme et uniquement à un symptôme. Ignorons-nous encore que ce qui se joue –encore qu’il ne s’agisse pas d’un jeu- c’est la fin des services publics au profit d’une logique ultra-libérale ?

Petits éléments réjouissants au pays de Oui-Oui :

A la veille de l’annonce des mesures de cartes scolaires, certain-e-s directeurs & directrices se voient fermement rappeler leur devoir de réserve par leur IEN. En d’autres termes, pas de commentaires, pas de vagues, pas d’actions, pas de déclarations.  (Est-il utile de rappeler leurs tentatives d’imposer les lettres de missions pour les personnels RASED ? ça le sera peut-être en fin d’année scolaire…).

Difficile de ne pas faire le lien avec la mise à pied de Gilles Lehmann, enseignant de CM2, signataire de l’appel des 200 au sujet des « évaluations » CM2

CAPES 2010. Lors de l’épreuve orale, les futurs profs devront présenter un exposé de 10 minutes sur le thème : «Agir en fonctionnaire de l’Etat de façon éthique et responsable. »

Quelques réactions tout de même : SNES : « cet exercice n’a qu’un but : mesurer la servilité des nouveaux professeurs » ; FSU qui compare cette épreuve au « serment des fonctionnaires » à l’époque du maréchal (celui de 1940…). (Source : Marianne n° 666.)

Suite à un…accident mortel dont est victime un ouvrier dans une usine de transport d’engrais, réaction de la direction : « Vu la situation de crise, on ne peut pas faire de travaux, il faut produire dés qu’on peut. Pour le reste, on verra après. » (Source : CQFD n° 74.)

Dans un édito des Echos, M Vittori nous apprend « qu’une entreprise doit chercher à renforcer sa compétitivité avant de sauver des emplois ». (Source : Marianne n° 666.)

Et moi, qui, pauvre naïf idéaliste, imagine que les chefs d’entreprises seraient rémunérés en fonctions des emplois décents qu’ils auraient créés, que ces pédégés seraient révocables par les employés (tout comme les politiques par les électeurs. Encore faut-il qu’ils élisent…).

Dans la série enfumage émotionnel. On nous « informe » en boucle que les expulsions vers Haïti sont suspendues et qu’une trentaine d’enfants en attente d’adoption va faire le voyage vers leur famille adoptante (je résume).

En même temps, les migrants kurdes échoués en Corse sont d’abord « conduits » dans des CRA (Centre de Rétention Administratif, un doux euphémisme pour parler d’enfermement).

Parmi eux, des enfants.

Dans cette noirceur, (même si je n’ai pas totalement la fibre verte) je note tout de même la position claire d’un maire –via la gazette municipale- qui appelle à la solidarité envers les migrant-e-s. « …C’est pourquoi les vêtements, couvertures, aliments et autres produits de première nécessité susceptibles de leur servir seront les bienvenus. Ils seront transmis aux associations qui leur viennent en aide »

De même, le bois, les produits d’hygiène, les bâches, les bottes, les ustensiles de cuisine sont… Welcome. Une partie de ceux qui en ont besoin sont à quelques kilomètres de vous…

En hivers il fait froid et même il neiiiiiiige !!!! Alors, pour apaiser notre conscience à la veille de la ‘faites du libéralisme’ (Noël, galettes, soldes, reventes des K-do sur ebay…) on nous rappelle que certain-e-s dorment dehors, sans logement, pour certain-e-s sans boulot décent. Les migrants et les SDF on les voit pas, les messages des enfoirés ( !!!) on les entend…

Pourtant, quand il fait beau, dans les bureaux climatisés des écoles d’urbanisme, on planche sur le (nouveau) mobilier urbain.  Plans inclinés, bancs avec accoudoirs au milieu, cactus, herses, pierres…Bref, tout un ensemble d’éléments anodins pour ceux qui circulent dans les rues. En réalité, des armes anti-squatters, du design anti-SDF.

Après les prostitué-e-s, il s’agit de rendre invisible la pauvreté aux yeux du peuple. D’autant plus qu’il y a là un intéressant  plan business… En outre, la pauvreté, la précarité visibles, ça mettrait sacrément à mal certaines déclarations du style «  Si on n’est plus choqué quand quelqu’un n’a plus un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause »…il me semble qu’il était aussi question d’une période de 2 ans et de droit opposable au logement

J’ai parlé, plus haut, d’atonie syndicale. Pourtant :

Liberté syndicale : Plainte contre SUD Travail Affaires Sociales par le ministère du travail à la suite d’un tract considéré comme « injures publiques envers une administration ». De la ré interprétation de la liberté syndicale et de la liberté d’expression…(Cf. La Brique n° 20)

Liberté syndicale encore : SFR conteste la représentativité de SUD. Il paraît que le « socialisme autogestionnaire de SUD serait contraire au respect des lois républicaines qui constituent, depuis la loi de 2008, un des critères de la représentation syndicale ». Voir le très bon article synthétique de Pierre Concialdi dans le n° 66 de Siné Hebdo.

(Il est vrai qu’on pneu s’interroger sur ce qu’est la représentation syndicale…)

SUD porte plainte contre France Télécom (ou Orange pour la version marketing, mais c’est pourtant l’même). Voir Siné hebdo n° 67. Après un Nième suicide d’un employé de France Télécom le plan Com’ de l’entreprise dépêche un nouveau manager à Chambéry. Parole libérée, baisse du stress, entraide. Après quelques mois, fin du plan Com’ qui coûte trop cher… Circulez, y’a rien a voir. Fin de la couverture média (la grippe, Johnny, le débat machin, Copenhague, Super Seguin et Nanny c’est tout de même plus important).

Et vous, ça va ?  Moi…bof…

Laurent

La vidéo du dimanche

Dimanche 17 janvier 2010

Cadeau de nouvel an : Charles Pennequin

Samedi 9 janvier 2010

Week-end cArted Fanfarembert Charles Pennequin
envoyé par sandrahhh. - Découvrez plus de vidéos créatives.

Pierre Frakowiak : L’exigence de vérité à propos de l’aide personnalisée

Jeudi 7 janvier 2010
 VERité par Églantine

VERité par Églantine

Dans un entretien accordé à « L’enseignant », le journal du SE-UNSA Education, Sylvie Cèbe, professeure de sciences de l’éducation à l’université de Genève, déclare que son rêve a été réalisé. En décidant de mettre en place l’aide personnalisée, Sarkozy/Darcos ont « offert un plus aux enseignants ». Gloire leur soit donnée ! Selon elle, la mesure est « juste, équitable… Elle envoie un message fort à la société, elle reconnaît enfin les réelles compétences des enseignants, elle donne des arguments aux défenseurs des RASED ». A peine concède-t-elle du bout des doigts sur le clavier que les intentions du pouvoir n’étaient peut-être pas aussi nobles et qu’il manque un dispositif d’aide aux enseignants pour mettre en œuvre ce magnifique projet. Elle démolit en quelques lignes la pédagogie différenciée qui n’aurait pas « fait la preuve de son efficacité » malgré les moyens énormes, que « l’on ne compte plus », qui ont été accordés. Quel gâchis ! Enfin la solution, à laquelle aucun ministre n’avait pensé avant, a été trouvée.

Etonnant entretien ! On ne peut suspecter Sylvie Cèbe de complaisance, encore moins de compromission avec qui que ce soit. On connaît son intelligence et la qualité de ses travaux. Sa caution n’est donc pas négligeable. Et pourtant… elle se trompe et ses déclarations peuvent contribuer à tromper l’opinion.

Sur le plan des enjeux politiques, Sylvie Cèbe pense quand même que « le projet était plutôt sous-tendu par une volonté de faire faire à l’Etat des économies substantielles » mais relativise implicitement cet aspect. Or il s’agit bien d’abord de faire des économies… mais pas seulement, comme elle le développe, en supprimant les RASED. Cette mesure permet aussi d’économiser les crédits de la formation continue, l’animation pédagogique prévue pendant le temps libéré est considérée comme de la formation. Si elle l’est, c’est à beaucoup moindre coût. Les IEN et les conseillers pédagogiques ne sont pas des professeurs d’IUFM ou d’Université et les plannings des temps d’animation pédagogique offrent bien des surprises. On remplit des grilles puisqu’il le faut1, mais les contenus peuvent être très hétéroclites en fonction des compétences et des goûts de l’encadrement, ne susciter aucun intérêt pour les enseignants et n’avoir aucun impact sur les pratiques. Cette mesure permet également d’anticiper sur les revendications salariales légitimes des enseignants. On leur a enlevé 3 heures de travail en présence de toute une classe, on leur a accordé leur samedi matin, ils seraient quand même bien mal venus de réclamer…Nous sommes clairement dans le cadre général de la destruction programmée des services publics.

L’autre enjeu politique, voire idéologique, est de focaliser toute l’action éducative sur l’individu et sur ses carences. Pas sur ses réussites, pas sur ses talents, pas sur ses progrès… mais sur ses lacunes qu’il faudra combler. On évalue et on remédie. On tente ainsi de remédier ce qui n’a pas été correctement « médié ». On en profite pour cultiver ce travers des libéraux : transformer les victimes en coupables. On aura tout fait pour ces petits en difficulté, on leur a même « offert » du soutien gratuit. S’ils ne réussissent pas, c’est la fatalité ou c’est qu’ils ne travaillent pas assez, que les parents n’on pas fait leur travail de répétiteurs, etc… L’Etat, lui, peut parfaitement avoir bonne conscience… et il l’a. Et les sondages lui sont très favorables. Un certain nombre de cadres utilisent d’ailleurs l’argument pour justifier leur soutien à l’aide individualisée. Le raisonnement se résume parfois à un constat : les enfants sont heureux car ils ont leur maître plus proche d’eux, les parents sont contents car ils pensent que les problèmes de leurs enfants seront résolus, le ministre est content que tout le mode soit content, c’est donc que la mesure est bonne. La démonstration est quand même un peu courte. Observons que, dans le même temps, on fait une publicité énorme, indirecte, pour toutes les agences de soutien scolaire dont les chiffres d’affaires ne cessent de croître, en laissant penser que tout se joue dans l’aide individualisée.

On est très loin de la générosité et de l’image fabriquée par les médias sur le sujet.

Il faut pourtant encore pousser plus loin l’analyse, et notamment plus loin que ne le fait Sylvie Cèbe:

D’abord, cette mesure participe de la volonté affichée et confirmée par de nombreuses autres décisions, comme, par exemple, la suppression de la formation professionnelle des enseignants, de dénier la pédagogie. En deux ans, on aura réussi une superbe performance : plus personne ne parle de pédagogie. Plus un mot sur les pratiques pédagogiques durant le temps scolaire normal ! On ne change rien, on ne met surtout pas en cause le modèle pédagogique toujours dominant centré sur le maître qui explique… Peu importe d’ailleurs la pédagogie, foin de la pédagogie différenciée, il y aura l’aide individualisée ! Ici où là, des enseignants, notamment les résistants déclarés, sont inspectés en aide individualisée. Les tâches de préparation de l’aide (dossier PPRE de 5 à 10 pages parfois pour les enfants repérés) et les demandes de comptes-rendus alourdissent considérablement la charge de travail des enseignants. Les rapports destinés à prouver que tout le monde est content s’accumulent sans que personne ne soit vraiment convaincu.

D’autre part, la communication qui est faite sur la générosité apparente du pouvoir qui « offre » l’aide individualisée conduit à occulter les vrais problèmes :

alors que tous les spécialistes affirment unanimement que le vrai problème n’est pas celui du samedi ou de la semaine, mais celui de la journée scolaire déjà trop lourde en France on l’alourdit encore en ajoutant de l’école soit le matin, soit le midi, soit le soir, tout de suite avant ou après la classe quand l’agitation règne, déjà ou encore, dans les couloirs, dans la cour. Les témoignages et les observations sur le terrain le confirment, les enfants et les enseignants le confirment : tout le monde est fatigué… Il est évident que les besoins de l’enfant ne sont nullement respectés. Les choix de l’heure de l’aide individualisée sont faits en prenant en compte une quantité de considérations qui en sont très éloignées : les questions de locaux, de pause méridienne, de disponibilité des enseignants… ce que l’on peut comprendre sans pour autant l’occulter.

seuls les enfants en difficulté sont à l’école hors du temps scolaire. Le bonnet d’âne n’est pas loin. Il faudrait bien évidemment éviter cette distinction très dangereuse en organisant l’aide individualisée dans le cadre d’un projet global dans un temps où tous les enfants sont à l’école pour des activités diverses qui ne soient pas que l’aide individualisée, mais des activités sportives, artistiques ou autres, offertes à tous évidemment. Si les enfants en difficulté étaient toujours en soutien et jamais en musique ou en théâtre, le bonnet d’âne qu’il est impératif d’éviter, pourrait ressurgir.

la mesure a été prise autoritairement sans la moindre concertation et sans la moindre prise en considération des autres dispositifs existants qui se superposent, par exemple, l’aide aux devoirs organisée par les associations. La recherche de cohérence est complètement absente et très dommageable. Elle accentue encore le clivage entre l’école et son environnement.

on sait que dans les faits, l’essentiel du temps de l’aide individualisée est consacré à un renforcement des explications magistrales. Du bled et des opérations. On fait la même chose avec 5 élèves qu’avec 25, mais la proximité du professeur est évidemment plus forte, ce qui contribue naturellement à l’image positive, habilement cultivée, de la mesure. Or, le problème est bien connu des pédagogues : ce n’est pas en faisant « plus et plus près de l’élève de la même chose »… que l’on peut réussir. Il faut faire autrement, reprendre le processus de construction des savoirs et des compétences en plaçant l’enfant dans des situations différentes et en analysant finement ses démarches, ses stratégies, bien en amont de l’exercice d’application réitéré et réexpliqué. C’est au moins aussi difficile que la pédagogie différenciée. Pour transposer une observation de Sylvie Cèbe qui a été institutrice mais qui est à l’évidence fort éloignée désormais des réalités du terrain2, disons à notre tour que seule une minorité d’entre eux mettent réellement en œuvre une pédagogie spécifique, différente, d’aide aux enfants en difficulté.

Au total, l’aide individualisée peut être considérée non pas comme un cadeau des puissants mais comme une escroquerie qui ne transformera en rien l’école, cultivera le règne de l’apparence et contribuera à sa destruction. L’expression de Sylvie Cèbe, « un plus offert aux enseignants » est, à cet égard, particulièrement malheureuse. La solution aux problèmes de l’école ne saurait être une juxtaposition de mesures destinées à faire de bons sondages d’opinion et des économies. Il faut un vrai projet éducatif global, cohérent, moderne, démocratique, inscrit dans un nouveau projet de société. Avec de nouveaux programmes, avec une nouvelle organisation du temps scolaire (la journée, les vacances), avec une nouvelle définition des missions des enseignants, avec, enfin, une place, toute sa place à la pédagogie. Tout ce qui contribue à brouiller cette exigence est une mauvaise action contre l’école.

Pour détourner encore une des grandes phrases de Sylvie Cèbe dans cet entretien, affirmons sans risque d’être démenti : si l’aide individualisée sans changer l’école « avait dû faire la preuve de son efficacité, elle l’aurait fait depuis longtemps et ça se saurait ».

Et si l’aide individualisée avait été créée pour ne pas changer l’école

Faire l’école autrement pour tous, c’est beaucoup plus difficile… et beaucoup plus coûteux pour l’Etat et pour les collectivités que de succomber aux délices de la politique de l’image et la perspective du néo libéralisme qui s’installe.

Pierre Frackowiak

Co-auteur avec Philippe Meirieu de “L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société?”. Editions de l’Aube. Mai 2008. Réédition en format de poche, octobre 2009

Auteur de “Pour une école du futur. Du neuf et du courage.” Préface de Philippe Meirieu. Editions La chronique sociale. Lyon. Septembre 2009

1 Les IEN doivent rendre beaucoup de comptes. Pas sur la transformation des pratiques pendant le temps de classe normal… mais sur la mise en place de l’aide individualisée… Pas sur l’aspect qualitatif de l’aide.. mais sur le respect des obligations. Même pour les enfants en difficulté, la pédagogie n’a aucune importance pour les décideurs

2 Elle ignore à l’évidence la réalité des pratiques actuelles, la faiblesse de la formation à la pédagogie différenciée au cours des années écoulées, la persistance de modèles anciens chez les formateurs de formateurs… Elle ignore le phénomène considérable de résistance passive qui fait que la chasse aux désobéisseurs est particulièrement injuste. Ceux qui déclarent leur opposition sont gravement sanctionnés, ceux qui s’opposent sans le dire et qui travaillent aujourd’hui sans conviction et sans enthousiasme sont bien plus nombreux mais, chut ! on ne le dira pas.