Pédagogie sociale développement communautaire, mode de gouvernance : Clarté versus Transparence

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La Transparence, comme notion, a longtemps été le nom de l’utopie scientiste et positiviste dans la société. Cette notion exprimait l’idéal d’un monde transparent dans lequel l’ensemble des causes et des effets serait connu; dans lequel la Science connaîtrait et déciderait pour toutes choses, ferait les meilleurs choix, imposerait la meilleure méthode, le meilleur processus.

Cet « idéal » a ,petit à petit, imprégné nos mentalités pour nous inviter à rêver d’un monde simple: sans conflits, sans hasard et incertitude; un « Meilleur des mondes », dans lequel on n’aurait qu’à se laisser porter comme purs individus sériels sans personnalité.

Mais la « Transparence » qualifie aussi tout ce que notre époque réclame et le sort de tous ceux qu’on veut contrôler. Les pauvres , les précaires se doivent d’être transparents en tout: dans leurs revenus, leurs choix de vie, l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants, leur collaboration avec les institutions. En lieu et place de cette « Transparence », les privilégiés et les plus fortunés déploient au contraire toute leur activité pour produire de l’opacité, de l’invisibilité. « Pour vivre heureux, pensent-ils, vivons cachés ».

La transparence est également requise par toutes les autorités de contrôle ou de domination comme mode de traitement pour tous les collectifs, tous les groupes humains: ici la transparence vise à s’assurer de la pleine dépendance de la dite organisation. Plus une organisation est transparente, plus elle est liée, et plus en quelque sorte sa raison d’être, sa finalité , ce qui lui donne du sens ou lui impose des objectifs… vient de l’extérieur.

La logique le LOLF par exemple qui imprègne toujours les politiques publiques en est une des illustrations: les acteurs sont ignorés, les actions doivent être transparentes. Pire encore , l’action doit épuiser l’acteur. Elle est pensée comme « exhaustive », totale, transparente.

L’idéal de transparence mène au vide. Est transparent ce qui est sans corps et sans obstacle: pas de résistance à la lumière, à l’analyse , au management, au contrôle.

A la transparence ne s’oppose pas l’opacité. Au contraire ces deux notions sont complémentaires et ont besoin l’une de l’autre pour exister. La transparence recherchée chez tel ou tel groupe ou famille, sert toujours l’opacité de quelques autres.

Nous nous devons même d’adopter une vision dynamique de la chose:

La transparence des uns sert à nourrir l’opacité des autres. Celui qui observe, contrôle , surveille doit pouvoir tout voir sans jamais être vu. Plus la classe supérieure exigera et obtiendra de l’opacité, plus, à l’inverse la transparence deviendra la norme et l’injonction en direction des classes populaires.

Au fond, ce qui s’oppose à la transparence, c’est LA CLARTE . La clarté n’est pas vide, elle produit de l’énergie qui éclaire. Elle n’est pas vue; elle permet de voir. Elle n’est pas transparente , elle est lumineuse.

Ainsi les actions en Pédagogie Sociale se veulent elles claires. Au sens propre, elles permettent de mieux voir et comprendre ce qui était près de nous et qui était dissimulé par transparence ou opacité .

La clarté baigne dans la même lumière l’observateur et l’observé, l’agent, l’auteur et l’acteur.

Du point de vue de la gouvernance de nos actions , nous avons ainsi fait le choix de la clarté. Nous développons une véritable autonomie dans nos actions, nos choix, nos décisions; mais nous rendons clairs tout ce qui nous anime, tous nos moyens, tous nos efforts, toutes nos difficultés, toutes nos observations , toutes nos réflexions.

Chez les Robinsons, tout est clair tout s’exprime et chacun peut voir sans jamais être transparent . On peut venir découvrir, entreprendre , rencontrer . Nos actions sont contées dans nos chroniques; nos comptes mêmes que tant d’organisations gardent le plus obscur possible, sont chez nous, largement communiqués, partagés, discutés.

Ce choix de la clarté fait de nous , des acteurs , des auteurs sur lesquels on peut compter; plutôt que de développer une forme d’absence sociale (ce qu’est la Transparence), nous instituons … la confiance.

Texte de Laurent Ott

Source : recherche-action-intermedes

 

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