Le Monde : « Les élections chez les enseignants montrent une mobilisation de l’électorat de droite »

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À l’issue des élections professionnelles chez les enseignants, les syndicats FSU du primaire et du secondaire restent en tête, mais reculent nettement : le SNUipp-FSU, dans le premier degré, cède près de 4 points, tandis que le SNES-FSU recule d’environ 6 points, perdant la majorité absolue parmi les certifiés et les agrégés.

En revanche, FO et le SNALC réalisent une percée, deux syndicats qui « ont en commun un discours réactionnaire, hostile à tout changement pédagogique », explique Laurent Frajerman, spécialiste du syndicalisme enseignant, chercheur à l’Institut de recherche à la FSU et auteur de La grève enseignante en quête d’efficacité (éditions Syllepse, 2013).

– On n’a cessé d’agiter le spectre d’une participation très marginale des enseignants à ces élections professionnelles, alors qu’elle a progressé de 3 points. Comment analysez-vous la mobilisation ?

– Elle progresse, certes, mais l’étiage reste très faible (frôlant 42 %). Une partie des enseignants a encore du mal avec les systèmes informatiques : le vote électronique, introduit en 2011, a créé une vraie rupture. Les autres fonctionnaires n’ont pas subi ce système : c’est une véritable discrimination. Mais les obstacles techniques ne disent pas tout : l’abstention doit aussi être analysée comme l’expression de la démobilisation d’une fraction du milieu enseignant, un révélateur de l’écart qui s’est creusé entre l’ensemble des directions syndicales et leur base. Le paradoxe, c’est que les enseignants continuent à voter plus que la moyenne lors des élections politiques…

– La FSU, première force dans l’éducation nationale, n’en a pas moins enregistré un recul (35,5 % des voix, contre 40,6 % en 2011). Estimez-vous qu’elle a pu laisser des plumes dans la contestation de la réforme des rythmes scolaires ?

– Le paysage syndical se fragmente, marquant l’affaiblissement d’un système structuré autour d’un syndicat hégémonique. Il y a plus de listes et un éparpillement des scores. La FSU a souffert de sa position centrale, elle concentre le tir de toutes les autres forces – notamment dans leurs interventions médiatiques. Mais si elle est attaquée des deux côtés, elle ne perd des voix qu’en faveur du côté réactionnaire. La question des rythmes scolaires dans le premier degré, celle de la modification des décrets de 1950 dans le second degré, ont montré qu’il n’est pas simple de conserver une position constructive quand les résultats de la négociation avec le gouvernement sont en demi-teinte.

Les progrès antérieurs de la FSU provenaient d’une dynamique des mouvements sociaux, dans la foulée de 1995. Mais les dernières grèves n’ont pas été des succès, sa base est composée d’électeurs profondément déçus par le gouvernement socialiste. La FSU n’a pas réussi à éviter que cette amertume ne débouche sur du fatalisme.

– Les syndicats FO (13,58 % des voix, contre 10,09 % précédemment) et le SNALC (5,46 % de voix) sortent renforcés de ces élections. Le collectif Racine, présenté comme celui des enseignants du Front national, a appelé à voter en leur faveur. Y voyez-vous une poussée des extrêmes, une percée réactionnaire ?

– La position de l’extrême droite n’a pas, selon moi, influencé le scrutin, elle est même restée confidentielle. Elle montre simplement que l’on ne peut pas utiliser une étiquette politique de gauche pour caractériser FO, qui couvre un éventail extrêmement large.

Les gagnants sont effectivement FO et le SNALC, qui ont en commun un discours réactionnaire, hostile à tout changement pédagogique. On ne peut exclure un vote politique en leur faveur, puisqu’un tiers des enseignants vote à droite, ce qui ne se reflétait pas dans le champ syndical. FO a bénéficié de ses positions très hostiles aux mesures gouvernementales. Mais sa progression ne doit pas être exagérée, d’autant que les autres syndicats radicaux (SUD éducation et la CGT) perdent un point et demi.

Le SNALC est marqué clairement à droite, mais si FO vise aussi ce public, elle est animé par des militants trotskistes lambertistes. On a donc un pôle radical proche de l’extrême gauche à 24 % (FO, SUD, CGT)

 

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Article de Mattea Battaglia

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