Les « BANCS » plutôt que le « BAN » : Le Rased, vital pour les écoliers en difficulté, est en danger

Réunion de membres du collectif Rased 62

psychologues scolaires, rééducateurs, maîtres E

Il est un système remarquable, au sein de l’Éducation nationale, du nom de Rased. Il permet aux enfants en difficulté de rester sur les bancs de la classe plutôt que d’être jeté au ban de l’école.

Tout formidable qu’il est, il a bien failli être rasé. Le Rased rayé d’un coup de plume d’écolier. Le tout nouveau ministre de l’Éducation nationale a assuré sur France Inter* qu’à la rentrée prochaine, un millier de postes seront affectés aux écoles, notamment aux cas les plus urgents et aux Rased en particulier. Les membres du collectif Rased 62 restent pourtant vigilants.

Qui n’a pas connu à l’école un élève hors circuit ? Face au môme qui sort des rails, les parents sont souvent désemparés et les enseignants, démunis. Il faut parfois poser un regard spécialisé sur la situation et le Rased (réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficultés) a cette connaissance particulière. C’est un dispositif qui existe au sein même de l’Éducation nationale, au sein même de l’école. Constitué d’instituteurs spécialisés et d’un psychologue scolaire, il travaille en partenariat étroit avec l’enfant, la famille, l’école et les partenaires extérieurs. Les résultats sont troublants.

Il suffit de voir le documentaire de Pierre de Nicola (Production FNAREN), « Un parmi les autres » pour s’en convaincre. Le film, suivi d’un débat, a été projeté aux excellents cinémas Les Étoiles de Bruay-la-Buissière et Cinémovida d’Arras. Il raconte comment, par le jeu, un à un, des enfants sortent de l’échec en quelques semaines, en quelques mois. L’investissement semble lourd au départ mais quel bénéfice à terme ! Quelle économie quand, en fin de compte, le jeune réussit sa scolarité et n’est pas désabusé par le système ! « Neurologiquement, 99 % des enfants sont bâtis pour faire polytechnique, explique Alain Bouregba, maître de conférence/psychologie Paris V et psychanalyste. Il n’y a pas de déficience innée… ». La difficulté scolaire vient parfois du système éducatif lui-même qui oblige l’élève à la performance. Il est évalué sans cesse. L’école a oublié que l’enfant devait jouer. « À travers le jeu, l’enfant à a dépasser ses propres difficultés, analyse Jean-Pierre Klein, psychiatre honoraire des hôpitaux, docteur en psychologie. Le jeu est aussi un apprentissage. Il permet parfois d’acquérir des choses qu’on ne peut pas acquérir en direct… » Rien à voir donc avec le soutien scolaire, ni les heures passées… à travailler plus. Avec le Rased, on apprend souvent en jouant, mine de rien.

Un enjeu démocratique fort

L’origine philosophique du Rased remonte à l’après-guerre, quand le Conseil national de la Résistance a demandé de tracer des pistes éducatives pour la population française. Il avait proposé que des psychologues s’intéressent aux difficultés des enfants. Il souhaitait qu’au cœur de l’école-même, il y ait un recours. Il est vrai qu’aider les jeunes en déshérence est un enjeu démocratique très fort ; on sait que les ignorants sont facilement manipulables… Pour reprendre les mots de Nelson Mandela, « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ».

Les membres du collectif Rased 62 affirment que leur dispositif est parfois la seule solution aux difficultés d’un enfant. Quand un instituteur demande de l’aide, le réseau tente à chaque fois de poser trois regards sur la même réalité, entre soin et éducation :

  • Le psychologue scolaire vérifie s’il y a ou pas une pathologie ou une altération familiale
  • Le maître G à dominance rééducative, part des difficultés de l’enfant et tente de libérer les blocages
  • Le maître E à dominance pédagogique apprend à apprendre

Pour chaque problème : réflexion, cogitation, questions :

  • Qui est le mieux placé pour intervenir ?
  • Mais surtout – et hélas – y a-t-il des cas plus urgents ?

Car le démantèlement des Rased oblige à des choix cruels. Il faut trier les demandes souhaitables, nécessaires, ou impérieuses – quand l’enfant est ou en dépression ou en début de violence par exemple. Peut-être eut-il fallu l’aider avant.

Seulement voilà, 1/3 des effectifs Rased ont disparu** ! Des milliers de postes ont été supprimés, des cursus de formation de rééducateur et ds centres de formation de psychologues scolaires ont disparu, les réseaux bien établis ont été déconstruits, les professionnels qui collaboraient ont été désunis… Le Rased devient peu à peu invisible.

Conséquences :

  • Les enseignants ne pensent même plus à faire appel au dispositif, les rééducateurs et psychologues sont alarmés
  • Les jeunes futurs professionnels sont découragés
  • Les enfants… de plus en plus en danger

En échec, ils pourront s’enfoncer dans la violence ou dans l’exclusion, d’autant plus profondément que les effectifs par classe ont augmenté, que la formation des maîtres s’est dégradée, que les postes de remplacements ont diminué et que la scolarisation des 2 ans a été abandonnée. Accroître le fossé entre les élèves qui réussissent et ceux qui décrochent, c’est aller vers une société divisée et agressive ; donc menaçante. Personne ne le souhaite.

Marie-Pierre Griffon

 

Source

Écho 62

** Selon le Rased 62, dans le Pas-de-Calais, il y avait encore 120 postes G en 2008, il en restera moins de 40 à la rentrée 2012, et aucun départ d’enseignant en formation E et G cette année, aucun en G depuis 3 ans (cette formation n’est plus attractive car l’avenir est incertain).
Pour la rentrée 2012, on annonce 2500 suppressions de postes d’enseignants spécialisés, de quoi désorganiser définitivement les RASED et conduire à très court terme à leur extinction.
Carte scolaire rentrée 2012 au 24/02/2012 : estimation sur 65 départements : suppressions de postes G : 486 ; suppressions de postes E : suppression de postes psy : 16 ; suppression de postes d’autres enseignants spécialisés RASED : 152. D’où estimation : 2507 sur l’ensemble du territoire.

Ce contenu a été publié dans presse, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Les « BANCS » plutôt que le « BAN » : Le Rased, vital pour les écoliers en difficulté, est en danger

  1. Ping : Compte-rendu de l’Assemblée Générale du collectif RASED 62 - RASED en lutte

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *