Maintenant, il faut tenir les promesses

Vincent Peillon, député européen, responsable éducation et jeunesse dans l’équipe de campagne de François Hollande, annonce le plan d’action du P.S. dans l’éducation nationale lors d’un débat sur Le Monde.fr

Florence : Les Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) ont quasiment disparu au cours des dernières années ; prévoyez vous de recréer des postes d’enseignants spécialisés pour remettre en place ces réseaux ?

Vincent Peillon : Il y a une contradiction insupportable dans le discours de la droite qui consiste à vouloir individualiser les enseignements et qui, d’un autre côté, supprime les personnels dédiés à cette individualisation, en particulier les personnels spécialisés des réseaux d’aide. On notera que ce sont d’ailleurs toujours les enfants les plus en difficulté qui ont été victimes des choix budgétaires et idéologiques de ce gouvernement.

Dès la rentrée 2012, alors que le gouvernement a programmé encore 1 500 suppressions de postes de RASED, nous essaierons, en concertation avec le personnel et leurs représentants, de remédier aux situations les plus urgentes, dans la mesure des moyens disponibles et dans la durée, nous reviendrons sur les suppressions effectuées ces dernières années.

Joedalessandro : Quelles mesures concrètes pour les écoles dans les quartiers sensibles ?

Vincent Peillon : Les écoles des quartiers sensibles doivent se voir doter de moyens particuliers. C’est là que doit s’exercer, dans l’intérêt de toute la nation, un effort particulier et soutenu. Nous devons refonder la politique d’éducation prioritaire. Par exemple : les équipes pédagogiques qui travaillent dans ces établissements doivent disposer de décharge horaire, leur permettant de mieux exercer leurs tâches.

Emily : Que prévoyez-vous pour la formation des enseignants ?

Vincent Peillon : La formation initiale et continue des enseignants a été détruite ces dernières années, alors même que toutes les études montrent que des enseignants bien formés permettent une meilleure réussite des élèves. Nous allons recréer cette formation avec une ambition aussi grande que celle qui avait présidé au début de la IIIe République à l’établissement des écoles normales qui ont permis la mise en œuvre de l’école obligatoire, gratuite, laïque.

Nous créerons donc des écoles supérieures, du professorat et de l’éducation, dans laquelle se retrouveront les étudiants qui se destinent à enseigner quel que soit le niveau primaire, secondaire, supérieur, auquel ils se destinent.

Nous rétablirons une véritable année de stage et, pour permettre la mixité sociale, nous ouvrirons des pré-recrutements en utilisant les contrats d’avenir dont M. Hollande a annoncé la création.

Tennocirf : Allez-vous refaire du français, des mathématiques et de l’histoire-géographie les matières essentielles de l’école élémentaire ?

Vincent Peillon : Nous allons d’abord supprimer les évaluations qui, aujourd’hui, paralysent pour une part le travail des enseignants et suspendre, pour le reformuler, le livret personnel de compétence.

Nous allons donner à l’école primaire, qui souffre du plus bas taux d’encadrement des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les moyens de sa réussite. Nous allons y former les professeurs, ce qui n’est plus le cas et ce qui est essentiel.

Nous allons revoir les programmes de 2008 et nous allons remettre en place un Conseil national des programmes (on peut l’appeler autrement) qui permettra que ce travail se fasse dans la transparence et en associant les personnes compétentes.

Dans cette perspective, les apprentissages fondamentaux sont essentiels, mais l’école de la République, depuis Jules Ferry, dont je reprends l’expression, a toujours voulu dispenser « une éducation libérale », c’est-à-dire permettre à tous les élèves d’avoir accès aux œuvres de la culture.

Aziz El Ghayyouei : François Hollande souhaite 60 000 postes en plus dans l’éducation. Quels seront ces postes ?

Arnaud : Comment comptez vous financer l’embauche de 60 000 fonctionnaires dans l’éducation ?

Vincent Peillon : 80 000 postes ont été supprimés ces cinq dernières années dans l’éducation nationale. Nous en recréerons 60 000 programmés sur cinq ans, en même temps que nous arrêterons le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Ce seront majoritairement des postes d’enseignant pour permettre l’accueil des enfants de moins de trois ans qui est passé, en dix ans de gouvernement de droite, de 35 % à 11 %, pour remettre en place une formation des enseignants qui a été détruite, pour assurer dans de bonnes conditions les remplacements et pour permettre des progrès pédagogiques. Pensons, par exemple, au principe, plus de maîtres que de classes.

Mais il y aura aussi d’autres postes : personnels d’encadrement, auxiliaires de vie scolaire, infirmières et médecins. Nous ferons en sorte que ces postes soient ciblés sur les priorités que M. Hollande a fixées : la maternelle, l’école primaire et les établissements en difficulté. Par ailleurs, 5 000 seront aussi affectés aux premiers cycles universitaires où un effort particulier doit être conduit.

Enfin, la droite a considérablement accru la précarité et il nous faudra mettre en œuvre un plan de résorption de la précarité. Au total, il s’agit de recruter chaque année l’équivalent des départs à la retraite (28 000 à 30 000) et de rajouter 12 000 postes. Le financement de cette priorité nationale, posé comme tel par M. Hollande, est estimé en fin de dispositif, soit au bout de cinq ans, à 1,9 milliard d’euros annuels. C’est moins que la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) faite par la droite cette année.

Mélanie : Qu’en sera-t-il du salaire des professeurs ?

Vincent Peillon : Les enseignants français, à tous les niveaux, primaire, secondaire, supérieur, ont des rémunérations trop basses et ces dernières années, les écarts avec leurs collègues étrangers se sont amplifiés.

D’autres fonctionnaires, de vocation, de mission, de dévouement, connaissent aussi des difficultés. On voit les problèmes rencontrés par les jeunes professeurs pour se loger et nous mesurons la gravité de la crise du recrutement qui est liée à la misérable réforme de la masterisation, mais globalement aussi, aux conditions de carrière et de rémunération.

Nous avons fait le choix de fixer comme priorité la refondation du système avec les enseignants, mais si les conditions budgétaires le permettent, nous envisagerons, dans un second temps, d’améliorer les conditions de carrière et de rémunération. Cette question ne saurait être tabou, même si nous sommes tous conscients de l’état désastreux des finances publiques laissé par la droite.

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