Bruay-La-Buissière : « Pour l’Education nationale, nous ne sommes pas rentables… »

Si David Martin est amer, il souhaite néanmoins pouvoir continuer à travailler en classe spécialisée. Si David Martin est amer, il souhaite néanmoins pouvoir continuer à travailler en classe spécialisée.

L’utilité de son travail ? Remettre à niveau soixante enfants en difficulté scolaire, répartis en 17 classes, elles-mêmes éclatées sur 5 groupes scolaires du Bruaysis… David Martin est maître d’adaptation. Plus communément appelée RASED. Une profession qui sera mise en lumière ce soir au cinéma Les Étoiles.

Supprimé, le poste de ce jeune enseignant ne sera pas remplacé à la rentrée. Pour Dominique Plancke,le directeur de l’école Basly : « C’est une catastrophe. »

« J’ai l’honneur de vous annoncer la suppression de votre poste… » La lettre reçue par David Martin de l’inspection de l’Éducation nationale samedi dernier est sans équivoque, mais manque à ses yeux cruellement de tact. « C’est maladroit. Soit ce n’est pas fait exprès, soit c’est un manque de considération pour notre travail, et c’est ce qui me chagrine. » Le problème, ce n’est ni David, qui souhaite continuer d’exercer en classe spécialisée, ni la lettre, mais « le devenir des gamins ».

Sur le secteur de Bruay, on compte actuellement deux postes à plein temps de maître d’adaptation du Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficultés (RASED) et un poste à 80 %. Chaque semaine, pendant deux heures, ces professionnels apportent une aide spécialisée à un petit groupe de cinq à six enfants pendant les heures de cours. À différencier de l’aide personnalisée effectuée par les professeurs des écoles en dehors des heures de classe… Orientés vers cette aide suite à un bilan de compétence, les élèves profitent d’une remise à niveau des fondamentaux : lire, écrire, compter et parler.

Pour les RASED, l’objectif est que l’enfant réintègre sa classe et puisse suivre l’enseignement sans être « largué ». Auquel cas, ils orientent l’enfant vers une classe spécifique, style CLIS (classe d’intégration scolaire).

« C’est déjà un secteur en difficulté et il n’y aura plus d’aide pour ces gamins-là. Ils ont besoin d’une prise en charge spécifique », déplore Dominique Plancke, directeur de l’école Basly, pour ne pas dire qu’il désespère. Pour lui, c’est catégorique : la présence et le travail des RASED, « ce n’est pas du luxe, ni une solution de confort, c’est parce qu’il y a un vrai besoin. Et pour les gamins, c’est très efficace.

En trois mois, on peut rattraper le niveau. » Sans cette aide, aussi sûr que la suppression du poste de David Martin, « le gamin en classe qui n’arrive pas à suivre, s’il ne rattrape pas son retard, il va s’enliser et perdre goût », affirme Dominique Plancke sans ambages avec ses 37 ans d’expérience.

« Il y a encore 10 ans, j’avais cinq personnes de l’extérieure qui intervenaient dans l’école. Là, il n’y aura plus qu’une aide de vie (AVS) qui fait six heures par semaine, et vient six heures en plus bénévolement. » Dominique Plancke se console tant bien que mal : « Heureusement que j’ai des collègues jeunes et motivés. » Dans le cadre du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, pourquoi alors sanctionner ces postes qui semblent si primordiaux ? « Pour l’Éducation nationale, comme nous ne sommes pas devant une classe, nous ne sommes pas rentables. L’école comme lieu de vie est mise de côté au profit des statistiques », regrette M. Martin, qui par ailleurs, « fait ici un boulot extraordinaire », insiste le chef d’établissement.

Alors quid l’année prochaine de ses 60 élèves en difficultés ? Le RASED à plein temps de l’école Pasteur va-t-il le remplacer ? « Peu probable… » « La Voix du Nord est venue faire un article l’année dernière pour la suppression des AVS, là c’est pour les RASED. Ça me démoralise. On a une impression d’impuissance, lâche Dominique Plancke. On voit des gamins, et on ne peut rien faire… Après faut pas s’étonner s’il y en a qui jettent l’éponge. »

Matthieu Bouton

http://www.lavoixdunord.fr

 

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