Pour la défense des RASED


Je suis enseignante spécialisée d’un RASED : Réseau d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté, service public et gratuit de l’Éducation Nationale, normalement composé d’un psychologue scolaire, d’un rééducateur et d’un maître E  c’est-à-dire un enseignant  spécialisé  dans l’aide pédagogique.

Avant ?

Avant j’étais enseignante en classe mais je constatais souvent que les diverses aides que j’apportais à mes élèves ne répondaient pas de façon satisfaisante aux besoins de ceux qui étaient en grande difficulté. J’ai donc choisi de reprendre mes études et de suivre une formation pour être maîtresse E .

Maintenant ?

Depuis 2005, je sillonne les routes de campagne d’école en école. Je vais là où les enseignants ont rédigé une demande d’aide pour un élève qui rencontre des difficultés durables et profondes. Il ne s’agit pas de difficultés ordinaires inhérentes aux apprentissages, celles-ci trouvent leurs réponses dans l’aide personnalisée dispensée par les enseignants des classes. Le maître ou la maîtresse spécialisée s’occupe de difficultés multiples qui bloquent l’élève et l’empêche de progresser.

En réunion de synthèse, nous (les membres du RASED) examinons cette demande et proposons l’aide qui nous semble la plus appropriée : aide pédagogique, rééducative ou suivi psychologique. Ce regard croisé et extérieur à la classe est primordial. Il propose à l’élève, à sa famille et à l’enseignant un regard extérieur, un regard distancié. Cette prise de recul par rapport aux difficultés de l’élève est indispensable pour la réussite de l’aide.

Nous rencontrons ensuite les parents et l’enseignant pour élaborer un projet d’aide et créer les liens qui vont permettre à l’enfant de se sentir porter vers un même but : le mieux être en classe (de par sa réussite scolaire ou par l’acceptation de son statut d’élève).

L’aide offre aux élèves en difficulté un autre cadre que celui de la classe, celui de la remédiation et c’est dans ce cadre qu’ils vont pouvoir se confronter à l’acquisition et au réinvestissement :

  • des opérations analytiques et/ou logiques travaillées (travail cognitif)
  • des démarches de planification et de recherches (travail méthodologique)
  • des démarches de remise en confiance, de motivation retrouvée, des démarches qui portent sur l’estime de soi, le fait d’être sujet de ses apprentissages (travail comportemental)

Pour ma part, je prends le temps de comprendre comment l’élève réfléchit, quelles stratégies il met ou ne met pas en place. Lors des séances, la pression du temps s’atténue, l’élève évolue à son rythme, prend conscience qu’il possède des savoirs sur lesquels il peut s’appuyer pour en construire d’autres. Il fait l’expérience de la réussite. Les parents aussi reprennent confiance en eux, en l’école et en leur enfant. L’enseignant sent que « ça bouge » que l’enfant met en œuvre différentes stratégies pour s’approprier des savoirs, qu’il ose prendre des risques, qu’il est en réussite.

Parfois aussi, ça bloque. On a essayé mais la résistance est forte, alors on peut proposer l’aide du psychologue scolaire ou une aide extérieure au réseau. Dans ces cas là, on garde le contact avec les personnes à qui on a passé le relais (orthophoniste, rééducateurs, psychomotriciens…) car il est important que les liens tissés puissent continuer à aider l’élève.

Mais nous ne sommes pas assez nombreux, sur le terrain, pour répondre à toutes les demandes d’aides. Dans notre secteur, nous n’avons déjà plus de rééducateur car son poste a été fermé à la rentrée 2011. Aussi, en ce moment, j’apporte une aide spécialisée à 73 élèves et je travaille sur 8 écoles différentes. Les séances d’aide se déroulent en petit groupe de 1 à 6 élèves. Je prends trois groupes d’élèves le matin et trois autres groupes l’après-midi.

Mais mon réseau d’intervention compte 22 écoles. Il y a donc 14 écoles dans lesquelles il n’y a aucune aide pédagogique spécialisée car je ne peux me rendre partout, et de nombreuses demandes d’aide restent donc en attente.

Après ?

C’est la rentrée 2012. Les RASED subissent de plein fouet les mesures gouvernementales qui suppriment des postes dans l’Éducation Nationale. Le président de la République avait dit qu’il y aurait peu de fermetures de classe donc ce sont, en autres, les RASED qui trinquent. Dans notre secteur, il ne restera que deux jours d’aide, c’est-à-dire qu’un demi-poste E pour 22 écoles du secteur de Loué et une partie du secteur de Mamers (où nous n’allions pas jusqu’à présent!).

« Alors l’année prochaine, tu ne viendras plus m’aider ? » m’a demandé T… «Mais comment je vais faire, ? Je n’y arrive pas encore tout seul ! » T… a compris l’aide. Il n’y arrive pas encore . Mais il sait que bientôt il pourra y arriver. Tout notre travail se reflète dans les propos de T…, il a repris espoir, il croit de nouveau en lui et en ses capacités. «Alors l’année prochaine, nous enseignants de classe, on fera comment sans vous ? ».

Que puis-je répondre à ces questions ? La colère m’envahit ! A-t-on le droit de sacrifier les enfants ? A-t-on le droit de sacrifier l’avenir? «Si vous pensez que l’Éducation coûte trop cher, essayez l’ignorance.» Abraham Lincoln.

Élisabeth Verdon, Souligné-Flacé (Sarthe). Maîtresse spécialisée à dominante pédagogique, RASED de Sablé-sur-Sarthe, Antenne de Loué.

Texte extrait du Monde des lecteurs

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