Dans l’ombre des profs, une « maîtresse G » à l’écoute des enfants en grande difficulté

LA LUTTE PAIE

Après avoir envisagé de supprimer son poste, l’inspection académique laissera finalement Michèle Castelain poursuivre son travail dans le cadre du Réseau d’aides spécialisées aux enfants en difficultés (RASED) de Lille 1 Est. À cheval entre la pédagogie et la psychologie, ceux qu’on appelle les « maitres G » prennent en charge les élèves les plus en difficulté, pour les réconcilier avec l’école. Un travail de l’ombre qui porte ses fruits.

Michèle Castelain ouvre la porte de sa salle, au dernier étage de l’école Thierry-Launay, à Moulins, comme on ouvre une malle précieuse. Saturée d’objets enfantins en tout genre, la pièce est néanmoins bien organisée. Coin lecture d’un côté, grosses balles et petit trampoline de l’autre. Et partout, des jeux. « Ça n’est pas une salle de classe », tient-elle à rappeler, d’une voix douce et rassurante.

Michèle Castelain se voit comme un trait d’union entre le milieu scolaire et la famille.

« Maîtresse G » depuis dix ans, cette grande dame aux boucles blondes reçoit ici les enfants de la maternelle voisine, Pauline-Kergomard. « Nous, les maîtres G, sommes des enseignants qui agissons à la source lorsque les petits ont des problèmes comportementaux, quand leur manière d’être les empêche de rentrer dans l’apprentissage scolaire. » Ce travail, de l’ombre et de longue haleine, est mal connu. Pourtant, il est indispensable pour ces petits qui « vomissent parfois l’école, au sens propre comme au figuré ». Les enfants tout-puissants constituent la majorité des trente élèves de 4 à 5 ans dont s’occupe Michèle Castelain. « Ils sont dominants et n’acceptent pas le savoir du maître en classe. Ce sont des enfants qui ne sont pas curieux, qui vivent dans leur dure réalité. Ils ont eu l’habitude qu’on fasse les choses à leur place », explique-t-elle.

Souvent, ils se braquent. Ne disent pas un mot. Et n’ont parfois aucun ami.

Ces comportements en classe sont la résurgence des problèmes qu’ils connaissent à la maison. La situation familiale est systématiquement compliquée. Voire dramatique. Michèle Castelain les amène doucement à sortir de leur mutisme, à changer les règles et les codes, essentiellement par le jeu et le dessin. Avec l’objectif qu’ils deviennent autonomes le plus rapidement possible.

Le dispositif RASED avait été mis en place en 1990 pour sortir les élèves de cette détresse scolaire, qui ne peut pas être prise en charge par l’enseignant seul. Ce réseau est composé des maîtres G, comme elle, des maîtres E, qui donnent aux enfants de la méthode, et des psychologues scolaires. Pour Michèle Castelain, chaque maillon de la chaîne est important. Et aucun progrès ne se fera sans la famille, dont le rôle est déterminant dans la progression de l’enfant. Mais cette aide « périscolaire » prodiguée néanmoins en concertation constante avec les enseignants disparaît lentement sur l’autel des économies publiques. Michèle Castelain a ainsi failli perdre son emploi.

Lorsque l’inspectrice lui en a signifié la suppression, début janvier, la maîtresse G a organisé sa riposte.

Parents d’élèves et enseignants ont, eux aussi, fait bloc autour d’elle. Une pétition a tourné. Finalement, samedi soir, on l’a avertie qu’elle conservait son poste. « Cela se fera probablement au détriment d’un maître E », se désole-t-elle, convaincue qu’en matière d’éducation, on avance à reculons.

Article de Sarah Binet

Source

La voix du Nord

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