Le nouvel Obs : « Immigration, la face cachée de la politique du chiffre »

Pour atteindre les quotas d’expulsion, des familles entières sont interpellées avec leurs enfants et retenues sans jugement et sous haute surveillance. En 2010, derrière les grilles des centres de rétention, les associations ont dénombré 356 enfants.  Agathe Logeart a pu entrer clandestinement dans un de ces lieux d’enfermement et reconstituer l’histoire de ces familles arrêtées au petit matin dans leurs refuges de fortune.


Une famille tchétchène interpellée sous haute… par Nouvelobs

Ces enfants que la France enferme Par Agathe Logeart

Posé sur un drap d’hôpital, le bébé, vêtu d’une grenouillère et d’un bonnet blancs, a l’air de dormir. Ses cuisses sont repliées, ses poings serrés. On dirait un lutin, si menu. C’est la première et la dernière photo de cette petite fille, morte quelques heures après sa naissance, à 2h 50 exactement, le 21 septembre dernier à Clermont-Ferrand, acte de décès N°657. Veton Bejzaku, 29 ans, tient à montrer l’image, qu’il conserve dans son téléphone portable. Elle s’appelait El Medina. Elle était sa fille. Et pour lui, cette mort n’est pas un accident.

Un mois avant cette photo, le père, la mère enceinte et les trois enfants Bejzaku avaient été conduits, sur ordre du préfet du Puy-de-Dôme, de Clermont-Ferrand où ils résidaient depuis quelques mois au centre de rétention administrative de Lille-Lesquin. L’avocat de la famille Bejzaku, Me Norbert Clément, du barreau de Lille, vient de déposer devant le tribunal administratif une demande d’expertise pour déterminer si l’accouchement prématuré de la femme de Veton, Basrije, 30 ans, à cinq mois de grossesse, peut être relié à une faute de l’administration et au placement du couple et de ses trois enfants de 10, 7 et 4 ans dans ce centre […]

La face cachée de la politique du chiffre

Des enfants, des femmes enceintes, des familles entières déplacées d’un bout à l’autre du territoire pour être enfermés dans ces lieux de détention administrative : c’est la face cachée de la politique du chiffre en matière d’expulsions, décidée par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Politique que ses successeurs ont poursuivie depuis, en l’amplifiant. Claude Guéant a ainsi fixé son objectif à 30.000 « éloignements » cette année.

Mais derrière les chiffres, il y a des visages, des noms, des histoires, que les pouvoirs publics n’ont guère envie de montrer puisque la presse ne pénètre pas dans les « CRA », ces antichambres cadenassées de la reconduite à la frontière. Il faut alors ruser, pour découvrir ces lieux où l’on enferme des enfants, à l’abri des regards et sans autre forme de procès […]

En métropole et outremer, dix CRA sur les 27 existants « accueillent » (selon le terme officiel) des mineurs avec leurs parents. Le seul endroit en France (si l’on ne tient pas compte de la soixantaine de bébés qui naissent chaque année en prison) où des mineurs de moins  de 13 ans sont enfermés. Une exception, dont le ministère de l’Intérieur, d’ordinaire si prompt à dégainer ses statistiques, ne doit pas être bien fier puisqu’il se refuse à rendre publics les chiffres de ces retenues un peu particulières […]

La suite sur sur le site du Nouvel Obs

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