À la fermeture des postes, il y a aussi des alternatives !!!!!

There is alternativeS !!

Décidément, le langage employé dans l’espace public par les journalistes et les politiques est au cœur des réflexions en ce moment.

La langue est un champ de bataille idéologique, on le sait. On peut parler d’offensive et de contre-offensive lexicale. Celle menée ces dernières décennies avec beaucoup d’application et d’entêtement par les tenants du néo-libéralisme a obtenu ses victoires.

Comme le soulignent Gérard Mordillat et Bertrand Rothé, dans un nouveau livre au Seuil, le « salaire » est devenu le « coût du travail », les « cotisations sociales » s’appellent des « charges sociales », et le « profit » de la « création de richesse ». Les licenciements collectifs ( ça s’est quand même la grande réussite, chapeau bas) sont devenus des « plans sociaux ».

C’est affaire de vocabulaire et de volonté, aussi, que de faire passer une école de pensée économique parmi d’autres pour la seule « réaliste» et « lucide », ces mots qui reviennent sans cesse pour clouer le bec à toute indignation devant le monde tel qu’il tourne.

« Que voulez-vous, il faut être réaliste. Il n’y a pas d’alternative ! » Combien de fois l’avons-nous entendu ? Et combien de fois l’ont entendu, version espagnole, ceux qui ont campé autour de la Puerta del Sol depuis le 15 mai ?
Gérard Mordillat et Bertrand Rothé en ont sorti une liste assez jubilatoire qui ouvre leur ouvrage. On ne résiste pas à un florilège :

  • « Il n’y a pas d’alternative au plan de rigueur », François Mitterrand, 1983
  • « Il n’y a pas d’alternative aux privatisations », Jacques Chirac
  • « Il n’y a pas d’alternative à la guerre du Golfe George », George Bush
  • « Il n’y a pas d’alternative à l’allongement de l’âge de la retraite », Nicolas Sarkozy
  • etc… Et c’est une très longue liste, à la fois drôle et accablante.

Les deux auteurs ont analysé trente ans de discours économique en partant de cette formule terriblement efficace entendue pour la première fois dans la bouche de Margaret Tchatcher. Elle a été rebaptisée par son acronyme TINA : « There is no alternative ». Une arme rhétorique redoutable, qui a servi jusqu’en 2008 (« il n’y a pas d’alternative au sauvetage des banques ») et même encore aujourd’hui ( pas d’alternative à la loi des marchés, à la confiance des investisseurs, à la réduction de la dette publique…)

En lisant Mordillat et Rothé, on pense aux Espagnols qui osent s’indigner alors qu’une avalanche de raisons raisonnables de ne pas le faire leur sont servis, comme à nous, depuis des années. Rien d’étonnant, cela dit, pour nos auteurs, car ils pensent que l’insurrection est la seule alternative à « il n’y a pas d’alternative »

Leur ouvrage est une nouvelle façon de poser une question passionnante et déterminante. Il existe dans le champ disciplinaire de l’économie de véritables débats, des controverses, des « orthodoxes » et des « hétérodoxes », par exemple…Alors comment expliquer qu’une école de pensée se soit imposée dans l’espace public comme la seule crédible et « réaliste » ? Pourquoi les antagonismes, les pensées minoritaires, sont-ils acceptés au sein de l’Université, et donc jugées valables au niveau purement académique, mais perdent une part de leur crédit lorsqu’ils en sortent et s’expriment dans le monde politique et médiatique ?

Les médias, justement, portent une lourde responsabilité aux yeux de Thierry Guilbert qui vient de faire paraître aux éditions du Croquant un livre d’analyse sur l’évidence du discours néo-libéral. Il travaille en sciences du langage à l’Université de Picardie et s’est intéressé aux procédés discursifs qui ont permis de naturaliser les grands schémas de pensée du néo-libéralisme.
Naturaliser, c’est-à-dire, tout simplement, laisser entendre que c’est dans la nature des choses. Il suffit de quelques petits mots, parfois. Un « tout le monde est d’accord pour », ou « les gens ne demandent qu’à » assénés sans possibilité de contredire puisque la proposition est présentée comme un préalable, comme la base de la discussion, le postulat.

C’est à un effort de déconstruction de cette naturalisation qu’il faudrait s’appliquer pour ouvrir le débat, l’oxygéner, un effort auquel nous convient ces deux livres ; pour qu’on cesse d’étouffer dans une pensée circulaire.
Il est urgent qu’on nous laisse entendre, au moins une, sinon plusieurs alternatives, au redoutable TINA. C’est bien ce que nous disent les Grecs et les Espagnols. »

There is alternativeS !!

Exemples : les S E L et puis Colibris… et puis les AMAP…  et puis le CEAS … et puis NOUS TOUS !

Source : Chronique de Julie Clarini « les idées claires » .

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