Lettre des enseignant-e-s d’une école d’Orly à leur inspectrice…

La logique comptable systématisée appliquée à l’école génère au mieux de  la colère et des luttes mais elle génère au quotidien l’abandon, la souffrance et une infinie violence pour les enfants les plus vulnérables. Cette logique épuise les équipes d’enseignants en les condamnant à l’abattement et à l’impuissance, parfois même au silence !

Ce courrier témoigne de l’inacceptable, l’inadmissible constat d’une  politique qui méprise l’école et tous les professionnels de l’Éducation.

Lettre des enseignant-e-s d’une école d’Orly à leur inspectrice…

Nous avons appris par notre directrice que vous étiez en désaccord sur de nombreux points avec les arguments que nous avons développés dans notre dernier courrier au sujet d’une élève de notre école.

Nous tenons à vous affirmer de nouveau notre permanent attachement à l’accomplissement de nos missions d’enseignant-e-s et cela à l’égard de tous les élèves, quelques soient leurs difficultés. Cependant, depuis plusieurs années, nous avons régulièrement tenté de vous alerter sur les limites que nous rencontrions dans l’accueil, la gestion et la prise en charge de certains élèves en très grande souffrance. Des élèves, qui presque quotidiennement, de par leur comportement, leurs troubles, perturbent le fonctionnement de nos classes, de l’école, en raison de leurs difficultés, de leur souffrance et de l’absence de soins appropriés ou de prises en charge spécialisées.

Nous sommes des enseignant-e-s et nous nous heurtons à la limite de nos compétences face à certains élèves très perturbés et cela malgré un véritable travail d’équipe, une réflexion permanente, la mise en place de toutes sortes de dispositifs individualisés, différenciés, personnalisés dont nous vous avons rendu compte régulièrement. Nous ne pouvons que constater notre impuissance et, conscient-e-s de la gravité et de la dégradation de la situation de certains de ces élèves, nous nous sommes tournés vers notre hiérarchie pour l’alerter, mais surtout pour obtenir de l’aide pour ces enfants.

C’est pleinement conscient-e-s de nos missions et de nos responsabilités et donc de nos échecs et de leurs éventuelles répercussions pour ces élèves et tous les autres que nous vous avons fait parvenir notre précédent courrier. Alors que les dernières mesures de carte scolaire prévoient la fermeture du dernier poste d’enseignant spécialisé de notre groupe scolaire – et cela alors que nous ne disposions déjà plus de rééducateur – nous ne sommes plus en mesure d’accomplir quotidiennement et dans des conditions décentes l’essentiel de nos missions. Vous pouvez contester et remettre en cause l’ensemble de nos arguments, mais il nous semble alors que ce sont nos compétences, notre engagement  et la réalité même de notre professionnalisme que vous mettez en cause.

Nous taire ou ne pas vous alerter sur les très grandes difficultés de certains enfants et les dysfonctionnements majeurs que cela génère dans notre école nous semblait inacceptable professionnellement et humainement, tout simplement.

Nous ne pouvons, Madame l’inspectrice,  que maintenir nos demandes d’aides, de moyens, de soutien, afin de parvenir à assumer nos missions dans des conditions correctes pour tous les élèves.

Recevez, Madame l’Inspectrice, l’assurance de notre entier attachement au Service Public de l’Éducation.

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