Le rééducateur en 6 questions

Pourquoi l’enfant joue-t-il au gros ballon, aux marionnettes ou aux jeux de société, en rééducation, alors qu’il a des  difficultés pour apprendre à lire ou à compter ?

Les difficultés rencontrées par les élèves ne sont pas toutes de même nature. Certaines sont surmontées grâce à des explications supplémentaires, un travail d’entraînement, ou une révision de notions de base. D’autres difficultés sont la conséquence d’un rapport au monde qui s’accommode mal des exigences de l’école. Ainsi, la mésestime de soi, la difficulté à accepter les règles et contraintes, la forte dépendance à l’adulte, l’angoisse de décevoir, etc.,  peuvent parasiter voire empêcher l’apprentissage de la lecture et des mathématiques. Dans ce cas, le gros ballon, les marionnettes, les jeux de société permettent à l’enfant de travailler sur les causes des difficultés qu’il rencontre. Ce sont des activités de détour, qui ne recréent pas la situation scolaire, source de difficulté. Le jeu étant basé sur le plaisir et  ne générant pas de pression scolaire, c’est un moteur puissant : l’enfant va se découvrir capable de créer, d’imaginer, il va se retrouver en position d’acteur, de sujet. Les différents supports de jeu servent à travailler ce qui est à la base de l’impossibilité à répondre aux attentes scolaires.

Ainsi, par exemple, un enfant qui ne supporte pas les situations qui lui échappent se retrouvera en difficulté face à toute notion nouvelle. En jouant avec le gros ballon, l’enfant va apprivoiser puis apprécier la sensation de déséquilibre provoquée à son contact ; il va peu à peu prendre plaisir à lâcher prise, à se retrouver face à des imprévus qui vont le faire éclater de rire. Cette expérience vécue grâce au jeu lui permettra ensuite d’affronter en classe le lot quotidien de situations nouvelles et notions inconnues. Il aura appris à ne plus les redouter, sachant qu’elles peuvent même être source de plaisir.
La variété des supports de jeu que l’on trouve dans une salle de rééducation permet à chaque enfant de choisir ceux qui vont le sécuriser et lui permettre de progresser. Ils peuvent évoluer au fil de l’aide, en lien avec l’évolution de l’enfant, le jeu faisant partie intégrante du développement corporel, affectif, social et intellectuel.

Leur variété permet ainsi de travailler ce qui peut faire obstacle aux apprentissages, que ce soit un envahissement émotionnel, une pensée peu active ou embrouillée, un rapport à la loi difficile ou une inhibition paralysante. Grâce à l’intervention professionnelle du rééducateur qui garantit le cadre et propose son écoute inconditionnelle et son étayage particulier, le jeu devient rééducatif.

Pourquoi le rééducateur ne travaille-t-il pas davantage avec des groupes, afin d’aider plus d’élèves ?

L’aide rééducative proposée à l’élève peut être individuelle ou en groupe. Le choix de l’une ou l’autre repose sur  l’analyse du type de difficultés que celui-ci rencontre, la réponse apportée devant s’ajuster aux besoins de l’enfant. Le but de l’aide rééducative est bien d’aider les enfants à investir leur place d’élève et non pas de rechercher à atteindre des objectifs quantitatifs au détriment de l’efficacité.

Ainsi, une aide individuelle sera appropriée lorsque l’enfant est en difficulté face à l’altérité, dans son rapport aux autres. C’est le cas de ceux qui peinent à construire  leur identité ou pour lesquels les problèmes relationnels sont importants.

L’aide individuelle permet à l’enfant de se sentir en sécurité pour peu à peu restaurer  l’estime de soi et se construire. En étant protégé de l’autre qu’il ne maîtrise pas et qui l’effraie, il développera un meilleur contrôle de soi, et un meilleur investissement dans les apprentissages. Bien au contraire, ce même enfant placé dans un groupe se retrouverait dans la même situation que celle de la classe, trop angoissante pour qu’il puisse s’y investir. Cela risquerait au demeurant d’amplifier les difficultés déjà présentes.

Une aide en groupe sera indiquée pour des enfants qui ne se sentent pas menacés par l’autre, déjà capables de se contrôler, qui acceptent assez bien les règles collectives, mais dont l’imaginaire est à développer. Le travail à plusieurs leur permettra, grâce à la diversité des échanges et à la richesse des interactions, de construire une pensée plus complexe et élaborée.

Il serait donc illusoire de penser que le rééducateur pourrait aider plus d’enfants en travaillant davantage avec des groupes, l’important étant de trouver la modalité qui va permettre l’évolution de l’enfant. Proposer du travail en groupe à tous les élèves, sans tenir compte de leurs besoins serait contre-productif.

En quoi le travail du rééducateur se différencie-t-il de celui de l’enseignant de la classe?  d’un psychologue ?

Le rééducateur est un enseignant spécialisé. Parce qu’il a enseigné, il connaît les normes et les exigences de l’école. Parce qu’il est enseignant, son objectif est la réussite scolaire des élèves. Parce qu’il est spécialisé, il travaille uniquement avec des élèves en difficulté, contrairement à l’enseignant ordinaire qui s’adresse principalement au groupe.
L’enseignant de la classe travaille dans une programmation des savoirs, il établit des progressions pour le groupe, il prévoit des temps d’aide pour les élèves qui rencontrent des difficultés à acquérir certaines notions.

Mais certains enfants ne trouvent pas leur place dans la classe et ne se sentent pas concernés par les apprentissages. Ces élèves ne peuvent pas suivre la dynamique du groupe, le décalage avec les autres se creuse et ils finissent par se couper des activités de la classe.
C’est alors qu’intervient le rééducateur. Il considère la difficulté de l’enfant dans les apprentissages comme un symptôme de difficulté plus globale, il cherche à comprendre ce qui lui rend le métier d’élève impossible. Son travail ne sera pas d’enseigner mais de créer les conditions nécessaires à l’investissement scolaire et à la disponibilité intellectuelle. Ainsi, les activités de détour qu’il propose à l’enfant, telles que le jeu, le dessin, l’expression créative vont permettre un travail d’élaboration et  d’appropriation des éléments nécessaires aux apprentissages (désir d’apprendre, bonne estime de soi, acceptation des règles, autonomie, mise en œuvre de la pensée….). Le rééducateur va créer un espace particulier, éloigné de la situation de la classe où s’enkyste la difficulté, dans lequel l’enfant va pouvoir recomposer et faire coïncider des parties de ses univers culturel et familial, cognitif et scolaire, personnel et singulier. Il ne devra donc pas préparer des programmations, des progressions, mais devra au contraire prendre les informations dans le fonctionnement de l’enfant, au fur et à mesure de son évolution, afin de le conduire peu à peu vers son métier d’élève.

Le rééducateur n’est pas non plus un psychologue. Il ne travaille pas avec des enfants qui ont des difficultés à se construire en tant qu’enfant, mais avec ceux qui ont des difficultés à se construire en tant qu’élève.

Le travail du psychologue consiste à mettre en œuvre des processus qui vont faire émerger à la conscience des choses inconscientes, ceci afin de dénouer des difficultés personnelles, d’ordre psychologiques. Il peut proposer à l’enfant des médiations ludiques, ou le dessin, la parole, comme en rééducation, pour parler de ses difficultés, puis par un travail d’interprétation, amener l’enfant à reconstruire et comprendre son histoire, sa réalité, dans le but de renforcer son identité.

La rééducation utilise les mêmes médiations mais suit une démarche différente de la psychothérapie. En séance, l’enfant dit ce qu’il va faire, il agit et il parle de ce qu’il a fait. A aucun moment, le rééducateur n’interprète à l’enfant ce qu’il fait ou dit. Il travaille avec l’enfant sur la scène symbolique, ce qui permet ainsi de maintenir  inconscient ce qui doit le rester. Il aide ainsi l’enfant à déplacer son intérêt vers des activités de plus en plus proches de celles de la classe.

Pourquoi le rééducateur ne travaille-t-il pas dans la classe, pour aider les élèves au moment où ils rencontrent des difficultés ?

L’aide rééducative n’est pas destinée à tous les enfants en difficulté à l’école. Elle est réservée à ceux dont les difficultés dépassent un simple problème pédagogique.

Certains sont dans un réel empêchement à faire fonctionner leur pensée au sein de la classe et elle s’échappe sans cesse vers ce qui les préoccupe. D’autres sont envahis, submergés par ce qui pulse en eux et déborde dans l’espace de la classe. Ce qui agite ou inhibe l’enfant, ce qui l’empêche d’apprendre, ne peut pas être déballé et travaillé au milieu des autres élèves, sous les yeux de son enseignant. C’est parce que le rééducateur, adulte compétent et formé pour ce travail spécifique, propose un temps bien délimité, un espace sécurisé, un accompagnement ajusté à chaque situation singulière, que l’enfant va oser laisser émerger « ce qui l’embête dans sa tête », et chercher en tâtonnant des solutions pour se construire autrement.

La démarche rééducative cherche à mettre en confiance, à responsabiliser les parents et l’enfant tout en essayant de sortir l’enseignant d’un sentiment d’impuissance ou de culpabilité. Elle vise à établir les conditions d’un vrai dialogue entre les adultes et l’enfant, d’une alliance bienveillante de manière à ce que le croisement des points de vue puisse opérer un changement de regard tant chez l’enseignant de la classe que dans la famille et chez l’enfant lui-même. Ce changement de regard peut contribuer à dédramatiser la situation et induire une dynamique d’évolution positive. C’est pourquoi la présence du rééducateur en classe est contre-indiquée car elle risquerait de nuire à la mise en place de ce travail de médiation. En effet, il serait témoin des difficultés de l’enfant et de sa souffrance, ce qui ferait coïncider son regard avec celui de l’enseignant. Il n’y aurait alors plus de points de vue différents à croiser, et plus de changement de regard possible. L’aide rééducative deviendrait alors impossible, le rééducateur ne pouvant ni occuper sa place de médiateur entre l’enfant et les savoirs, ni travailler sur la scène symbolique, la réalité dont il a été témoin venant s’interposer

Le travail du rééducateur avec un enfant est-il « secret » ?

Le rééducateur, comme tout fonctionnaire, agit selon une éthique professionnelle qui respecte l’obligation de discrétion et de confidentialité vis-à-vis de l’élève et de sa famille.
Ce qui se passe en séance avec l’enfant, ce qui se dit lors des entretiens avec les parents est donc secret dans le sens où le rééducateur ne peut en délivrer le contenu à toute personne extérieure (enseignants, parents, autres enfants,…)

Le principe de confidentialité est expliqué à l’enfant dès les premières séances car il est absolument essentiel qu’il se sente protégé dans ses actes et dans ses paroles. C’est à cette condition pourra « lâcher prise », se confier, ou jouer ce qui encombre, perturbe ou envahit sa pensée.

Ainsi, Le rééducateur défend le principe de confidentialité du travail de l’enfant tout en restant dans une démarche de communication et d’échanges. Il explique aux enseignants la « forme » de son travail : cadre et règles de fonctionnement, rythme des séances, projet rééducatif, les lacunes et points forts observés, l’évolution et les progrès constatés. Bien que l’enfant ait tout loisir de raconter sa séance  s’il le souhaite, ce qui s’y dit et s’y joue fait partie de son espace privé et intime. Le rééducateur en est  garant.

Les rééducateurs sont-ils vraiment à leur place dans l’école ?

Lorsqu’un enfant est en difficulté à l’école, c’est en premier lieu à l’institution scolaire d’offrir une réponse à cet enfant, à son enseignant et à sa famille. L’aide rééducative est l’un des moyens que l’institution scolaire s’est donnée pour que chaque enfant trouve sa place à l’école et apprenne.

Le rééducateur, de par sa formation théorique et pratique, propose une approche différente des situations de difficulté scolaire, bien qu’il partage un même objectif avec l’enseignant de la classe : lutter contre l’échec scolaire. Le rééducateur n’est en aucun cas un enseignant particulièrement doué, voire un « magicien », qui réussirait là où les autres échouent. Il apporte un éclairage sur les causes de la difficulté, en lien avec le développement psychologique, affectif, relationnel et intellectuel de l’enfant. Son travail est complémentaire de celui de l’enseignant. Il œuvre en collaboration avec la famille et le maître de la classe, mais aussi avec l’équipe pédagogique, et les éventuels partenaires extérieurs (médecins de la protection maternelle et infantile, éducateurs de centres médico-social,…). Le rééducateur ne travaille donc pas en solitaire, hors de l’école.

Ayant été lui-même enseignant en classe ordinaire avant sa formation spécifique, il connaît bien le fonctionnement de l’école, la difficulté à enseigner à des élèves qui ne répondent pas aux attentes, la complexité de la gestion d’une classe, l’exaspération et le découragement qui surviennent face à l’échec répété… Il parle le même langage que les enseignants.

Sa place dans l’école, avec ses collègues de RASED, lui permet d’être identifié par les enseignants, les élèves et les parents. Il est fréquemment sollicité par les uns ou les autres pour aider à débloquer une situation conflictuelle, à favoriser les relations, à comprendre et désamorcer une situation qui risque de devenir explosive. La présence des membres du RASED dans l’école constitue un véritable dispositif ressource pour tous.

Ainsi dans cet espace entre-deux, dans l’institution et en lien avec le dehors de l’institution, il  ouvre les portes et permet le passage entre les différents univers de l’enfant : l’univers culturel et familial apporté par les parents, l’univers cognitif de l’école apporté par l’enseignant, l’univers propre de l’enfant en gestation.

Déléguer la difficulté scolaire à l’extérieur de l’école, par la médicalisation de l’échec scolaire par exemple, revient à rendre l’enfant responsable de sa propre difficulté avec toutes les conséquences dramatiques que cela implique : Culpabilité, effondrement de l’estime de soi, renforcement du sentiment d’incapacité, fatalisme partagé par les uns et les autres sur l’impossibilité de la réussite de l’élève.

L’école est le plus grand vecteur de socialisation de la société Elle doit garantir les conditions pour que chaque enfant trouve sa place à l’école.

Source : http://www.fnaren.com/

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