Copinage : Jean-Marie Honoret

Jean-Marie HONORET le Robin des bois qui a occupé les ASSEDIC d’Arras en 1997 est devenu agriculteur bio avec la même fibre militante

En ce mois de décembre 1997, la révolte des chômeurs et des exclus gronde. En se trouvant un leader tel que Jean-Marie Honoret, vite surnommé Robin des bois tant il veut prendre aux riches pour donner aux pauvres, le mouvement prend de l’ampleur. D’autant que le militant vient de réussir un sacré coup : occuper les ASSEDIC d’Arras. Une action d’un mois qui fera tache d’huile dans le reste du pays et débouchera sur le versement de la prime de Noël.

Près de quinze ans après, Jean-Marie Honoret n’est pas rentré dans le rang. S’il se montre beaucoup moins dans les manifs, il est « toujours prêt à donner un coup de main aux camarades ». Il faut dire que sa nouvelle activité lui demande pas mal de temps : depuis 2008, Robin des bois est devenu Robin des champs.
À la dure

Avec son fils Christophe (longtemps perdu de vue et retrouvé par hasard dans une manif), il s’est lancé dans un pari fou : transformer une pâture dans la campagne arrageoise en potager bio. Avec ses bras, des pelles, des pioches, des bêches et un vieux motoculteur, il a retourné un hectare et y a planté des fruitiers et des légumes. « Nous en sommes à la troisième récolte. Chaque samedi, on propose des paniers à 10 euros avec six légumes variés. C’est le principe d’une AMAP. »

Le bonhomme impressionne toujours. La vie dure, il connaît et ça ne lui fait pas peur. À peine a-t-il fini par demander un logement quand la tente qu’il avait plantée s’est envolée lors d’une tempête hivernale. « Mais attention, ceux qui viennent acheter les paniers doivent adhérer à la charte. Et donner un coup de main. »

À cheval sur les principes, Jean-Marie Honoret. Mais seulement si ce sont les siens. Les politiques, les préfets, les ministres, il les tutoie, que ça leur plaise ou non. Il ne répond pas aux invitations, c’est lui qui s’invite. Quitte à briser la baie vitrée de la préfecture.

« On a fermé les portes, alors que d’après les horaires d’ouverture ça devait être ouvert ! » Rien ne lui faisait peur, pas même séquestrer des huissiers pour dénoncer des expulsions. « En trente-deux ans de militantisme, je suis passé une cinquantaine de fois à la barre. Et encore, je me foutais de la gueule des juges. Je n’ai fait qu’un an de prison. C’est que je devais avoir raison », glisse-t-il avec un air malicieux. Et en détention à Béthune, il a fichu un sacré bazar. « J’ai fait comprendre aux gars que la prison c’était pas le bagne et qu’on n’était pas assez payés dans les ateliers ! »

Calmé, Jean-Marie Honoret ? Jamais. Sa reconversion en agriculteur est une autre forme de militantisme, la preuve qu’avec un lopin de terre on peut survivre. Les copains ne sont jamais loin. Son téléphone non plus. « À chaque fois qu’une grosse action se prépare, mon portable ne marche plus. C’est bizarre. »

EMMANUEL CRÉPELLE

Source

http://www.lavoixdunord.fr/

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