Quatre idées reçues sur le mouvement lycéen

1. Ils ne savent pas pourquoi ils se mobilisent.

Ce reproche revient à  dire qu’avant de savoir, on ignore, et qu’avant d’avoir expérimenté, on n’est pas chevronné.

En réalité, un test passé  auprès des élèves de premières en 2009 sur le mouvement lycéen de 2008 contre la mise en application de la réforme du second degré a montré que TOUS avaient parfaitement compris quel était le contenu et l’enjeu de la réforme. Mieux : certains pouvaient encore citer le mouvement contre le CPE, qui avait eu lieu en 2006, lorsqu’ils avaient… 13 ans !

Dans le mouvement contre la LRU (réforme des universités) dès le début du mouvement des tracts ont circulé dans les manifs lycéennes dont nous devons louer le caractère pédagogique, clair et complet… au point que ce sont bien souvent eux qui expliquaient le contenu de la réforme aux enseignants du second degré !

Évidemment, si on leur avait passé le test AU DÉBUT du mouvement, les résultats auraient montré un taux de connaissance faible. Cela prouve que les mouvements lycéens aussi sont des écoles où l’on apprend.

2. Ils font ça pour sécher les cours.

Ceci devrait pour le moins nous interroger sur les rythmes scolaires, qui ne sont pas des rythmes d’apprentissage mais des rythmes calqués sur le monde du travail. Or nous savons que nous n’apprenons pas avec la même efficacité à n’importe quel moment, et que l’intensité de l’attention varie selon la place d’un enseignement dans la journée, la semaine, l’année… Quel adulte supporterait de rester assis et concentré une trentaine d’heures par semaine ? N’est-ce pas au contraire leur capacité à le faire (dans une certaine mesure) qui devrait nous étonner ? Mais cette remarque n’épuise pas le sujet : un lycéen peut très bien saisir l’intérêt ludique et l’occasion de se reposer dans un premier temps, pour se politiser ensuite !

3. C’est pour se faire remarquer.

Il y a une dimension « rite de passage » dans ces mouvements sociaux de jeunesse, que chaque génération éprouve. Cela n’est pas récent, puisqu’on se souvient non seulement des « monômes » étudiants d’antan, mais des charivaris organisés dans les villages d’autrefois. Qu’une génération veuille accéder à un degré de visibilité et revendique sa part de responsabilité dans les affaires publiques ne doit que nous réjouir, surtout à une époque où on ne cesse de leur dire que ce sera plus dur pour eux et qu’ils auront moins de droits.

4. De toute façon ça ne sert à rien.

Depuis 1994 avec la victoire contre le CIP (Contrat d’Insertion Professionnelle) gagnée par les étudiants et les lycéens, quelle a été la victoire majeure, menée à l’échelle nationale par les syndicats de travailleurs adultes et responsables ? Ce sont eux qui ont gagné en 2006 contre le CPE, en 2008 contre la réforme du second degré (imposée l’année suivante faute de mouvement social). Alors que leurs aînés se donnent comme échéance le vote d’une loi, et renoncent à la lutte après celui-ci, les lycéens poursuivent la lutte et gagnent.

Ceci dit, il serait grave de se décharger de nos responsabilités sur les jeunes. Il est vrai que ceux-ci bénéficient de nombreux atouts: ne pas être arrêté par la perte d’un salaire, une grande visibilité, une imprévisibilité et un « tout ou rien » qui ne laisse rien entre le retrait ou le maintien (ce qui est une bonne chose en l’occurrence).

C’est pourquoi ils font peur immédiatement (par leur capacité de mobilisation) et de manière différée (par leurs votes à venir) au pouvoir.

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