Le rectorat de Lille punit ses professeurs pétitionnaires.

Les profs qui ont signé une pétition contre la réforme de l’IUFM et ont refusé d’être tuteur d’un stagiaire sont privés de vacations. Le SNES compte saisir l’autorité de lutte contre la discrimination.

« Tout collègue qui refuse soit d’accueillir un stagiaire, soit d’assurer des missions supplémentaires pour l’institution et qui souhaite donc se consacrer essentiellement à ses missions principales, ce que l’institution respecte, n’a pas nécessairement plus de temps pour des missions extérieures autres. »

C’est ainsi que justifie, dans un communiqué, le recteur de l’académie de Lille, Marie-Jeanne Philippe, l’interdiction à certains professeurs du secondaire d’assurer des vacations (cours en fac, en écoles ou clubs pour les profs de musique et de sport…). Motif : ils ont affirmé leur désaccord avec la réforme de la formation des enseignants en signant une pétition de « refus d’être tuteur d’un stagiaire ».

C’est le cas de Marie et Marc*. Ils ont déposé comme chaque année une demande « d’autorisation de cumul » en septembre au rectorat. Juste une « formalité », normalement : « D’habitude, c’est autorisé sans problème, même si on reçoit le courrier tardivement. »

Tuteur, une mission volontaire

Mais Marc et Marie font partie des professeurs qui ont refusé d’être tuteurs. Comme 73 collègues (sur 1 500 ayant fait une demande, selon le rectorat), ils ont reçu le courrier leur interdisant d’effectuer toute intervention à l’extérieur de leur établissement d’affectation.

Stupéfaction. Puis « écœurement ». « C’est infernal ! » « Ils n’ont que ça à faire au rectorat d’éplucher les noms sur une pétition ? » Aujourd’hui, on est « en colère ». D’autant plus que « cette mission de tutorat n’est en aucun cas obligatoire », souligne le syndicat SNES : « Elle est basée sur le volontariat. » Seul moyen pour les professeurs concernés de se voir octroyer leur autorisation de cumul : faire un recours « gracieux » auprès du recteur.

Pour le syndicat, il s’agit « d’une mesure de rétorsion ». Conséquences : des heures de cours préparées et assurées depuis septembre qui ne vont pas être rémunérées (jusqu’à 40 E par heure) et « des facs et leurs étudiants qui vont être privés du jour au lendemain de leurs profs vacataires ». « Or ces derniers représentent une large part dans le supérieur », explique Karine Boulonne, secrétaire académique du SNES, qui ne compte pas se laisser « intimider ».

Pour entrave au syndicalisme et à la liberté d’opinion, le syndicat a décidé de saisir la Halde, la CNIL et la LDH. Voire, « si la raison ne l’emporte pas, de recourir à la justice ». En attendant, « et c’est là le seul point positif », cette réaction prouve pour le syndicat que « l’administration a été gênée par notre pétition et pour trouver des tuteurs. Contrairement à ce qu’elle veut bien faire croire. » *Les professeurs craignant d’être sanctionnés par le rectorat, leurs prénoms ont été modifiés.


JUSTINE FAIDERBE

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Une réponse à Le rectorat de Lille punit ses professeurs pétitionnaires.

  1. Frédéric dit :

    Pétitionne toujours tu m’intéresses 😉

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