Document FNAREN : propositions pour lutter contre l’échec scolaire

Le traitement de la difficulté scolaire constitue un enjeu majeur pour l’avenir des enfants et plus largement celui de la société. La difficulté scolaire n’est pas une fatalité, il est possible de l’enrayer. C’est en agissant sur les causes et non sur les conséquences qu’une dynamique de réussite peut être enclenchée.

Idées reçues et réalité

Contrairement aux idées reçues, les difficultés scolaires ne se bornent pas à des difficultés d’ordre pédagogique ni à des situations personnelles ou familiales perturbées. Le plus souvent, en cas d’échec massif, c’est la situation scolaire elle-même qui pose problème à l’enfant : difficulté à accepter les contraintes et à répondre aux exigences de l’école, difficulté à s’adapter au fonctionnement collectif, difficulté à utiliser les procédures intellectuelles attendues… Croire que l’on peut réduire de manière significative l’échec scolaire par de la remise à niveau ou du soutien scolaire est une illusion. L’échec à l’école s’enracine dans des mécanismes bien plus complexes qu’il est indispensable de prendre en compte pour pouvoir restaurer une dynamique d’apprentissage et de réussite.

C’est le travail des professionnels œuvrant au sein des RASED. Or leur travail est généralement méconnu, voire déformé, y compris au sein de l’institution. Ainsi, les enseignants chargés de l’aide spécialisée à dominante rééducative, également nommés rééducateurs ou maîtres G, de la lettre attribuée à l’examen professionnel obtenu, ne travaillent pas la motricité fine ou la latéralisation, n’enseignent ni la lecture ni les mathématiques, ne proposent pas de soutien scolaire. Les rééducateurs travaillent avec des enfants qui ne peuvent pas répondre aux attentes de l’école parce que la situation scolaire elle-même leur est difficile, souvent insupportable. Ils travaillent en lien avec les enseignants et les parents pour que l’enfant dépasse les blocages qui figent sa pensée ou la parasitent, et puisse développer une attitude d’élève, tant au niveau du comportement que de l’efficience intellectuelle.

Voir article : http://rased-en-lutte.net/2010/11/document-fnaren-la-difficulte-a-l%E2%80%99ecole-aujourd%E2%80%99hui/

Les rééducateurs utilisent par conséquent des supports et des approches éloignées de la situation scolaire que l’enfant pourra investir ; ils l’amènent petit-à-petit à développer les capacités psychiques nécessaires aux apprentissages pour qu’il puisse enfin répondre de manière adaptée aux contraintes et exigences de l’école. Aussi, ce n’est pas la technique de l’addition qui est travaillée, mais la capacité à accepter les règles collectives, à supporter la frustration et tenir compte des contraintes, à être autonome, à réfléchir, à avoir confiance en soi…

Propositions

Les difficultés rencontrées à l’école par les élèves aujourd’hui sont différentes de celles rencontrées par les générations précédentes. L’école doit être son propre recours, il en va de l’équité face à l’éducation et l’instruction. L’école publique doit pouvoir continuer à former les citoyens de demain. Répondre de manière univoque ou binaire à l’échec scolaire, en proposant du soutien ou du soin, est loin d’être suffisant. Le dispositif RASED constitue une réponse pertinente de l’école à la pluralité des difficultés scolaires.

La FNAREN, Fédération Nationale des Associations de Rééducateurs, propose donc plusieurs axes de travail, correspondant aux besoins réels de l’école aujourd’hui :

• Développer le travail de lien entre les familles, l’école et les partenaires éventuels.

Il est indispensable d’assurer une cohérence entre les différents lieux de vie d’un élève, les aides éventuellement apportées. Le RASED occupe une place institutionnelle particulière qui lui permet de travailler en partenariat avec les différentes structures extérieures à l’école (services sociaux, aide à l’enfance, services de soin…). Il est également essentiel de favoriser les relations entre les familles et l’école pour limiter les malentendus et éviter les phénomènes de rejet ou de cristallisation des conflits entre parents et enseignants. Pour la réussite de l’élève, il est nécessaire de construire une collaboration étroite et de créer un climat de confiance entre l’école, l’enfant et sa famille. Cela se traduit par la pratique d’entretiens, de groupes de parole…

• Élaborer et mettre en œuvre des dispositifs de prévention en direction des enfants et en lien avec les enseignants et les parents.

Les actions de prévention de la difficulté scolaire facilitent considérablement l’adaptation à l’école. Ainsi l’accompagnement des familles dans les différentes étapes de la scolarisation de leur enfant facilite l’accès aux codes culturels que requiert l’école et permet de soutenir la parentalité; la mise en place de dispositifs de prévention avec les enseignants leur permet de s’adapter aux besoins des élèves et facilite les transitions. En ce qui concerne les élèves, les actions de prévention favorisent la mise en place des pré-requis indispensables aux apprentissages : développement du langage, construction d’une pensée claire et autonome, estime de soi suffisante, acquisition de compétences relationnelles et sociales. À titre d’exemple, une organisation et un accueil particuliers des enfants et de leurs parents peuvent être pensés pour faciliter l’entrée à l’école maternelle, à l’école élémentaire, voire au collège, ainsi que le lien école-famille; des groupes de prévention en moyenne section aident à grandir, à s’ouvrir aux autres et aux apprentissages; des ateliers de réflexion sur la condition humaine apprennent à penser ensemble, contribuent au respect de l’autre, améliorent la communication et apaisent les tensions.

• Maintenir et développer les aides rééducatives avec les élèves, lorsque les difficultés sont avérées, selon des modalités qui tiennent compte des besoins de l’enfant.

Certains élèves rencontrent des obstacles importants qui grèvent leur avenir scolaire. Il est alors essentiel de leur proposer une aide adaptée qui leur permette de dépasser les blocages en utilisant le jeu ou tout autre support créatif. L’enfant s’y découvre capable d’imaginer, de créer, de comprendre, d’accepter les règles, de se mettre à la place de l’autre, de s’affirmer sans tyranniser, de se projeter, d’analyser… pour (re)trouver une dynamique d’apprentissage. Le rééducateur apporte cette aide dans le cadre d’une remédiation individuelle ou en groupe. Les aides spécialisées ne peuvent s’organiser selon une logique de gestion purement administrative mais doivent être pensées à partir des besoins réels de l’enfant, sous peine d’être totalement inefficaces ou pire de renforcer les résistances mises en place.

• Contribuer au développement de la réflexivité des enseignants et des pratiques collaboratives.

Le RASED, grâce à sa posture particulière, occupe une place de tiers dans l’institution. Dès lors qu’il ne prend pas une place d’expert, c’est-à-dire qu’il ne se positionne pas comme celui qui sait et qui dit, mais qu’il se met à réfléchir avec les enseignants sur des situations données, alors il contribue fortement au développement de la réflexivité, à savoir la capacité des enseignants à se questionner, à questionner leurs pratiques, à chercher des ajustements pour aider au mieux leurs élèves à progresser. Les enseignants prennent alors l’habitude de partager leur réflexion, de mutualiser leurs actions et de collaborer. Par ailleurs, il étaye les enseignants qui accueillent dans leur classe des enfants relevant du handicap. La mise en place de dispositifs de prévention sur une école est aussi un moyen de fédérer les enseignants autour d’un projet, à condition qu’ils soient pleinement associés à la réflexion.

• Intervenir à tout moment de la scolarité, lorsque les difficultés apparaissent.

Les ruptures et transitions sont vécues différemment par les enfants selon leur histoire et leur personnalité. Ainsi certains élèves ne manifestent pas de difficultés majeures à l’école maternelle mais vont se bloquer à l’entrée au CP. D’autres apprendront à lire et à compter mais resteront en dehors de toute activité analytique (résolution de problèmes, étude de la langue…). D’autres encore s’effondreront à l’entrée au collège. Pour ces raisons, parce que la difficulté scolaire n’est ni une fatalité, ni une prédiction, les aides spécialisées devraient pouvoir être apportées dès que l’élève en a besoin, quels que soient son âge et sa classe, y compris dans le second degré. Il est possible d’enrayer significativement l’échec scolaire et ses conséquences telles que la violence ou la marginalisation.

Le savoir-faire et les personnels formés existent encore.
Pour la réussite de tous les élèves, il serait insensé de s’en priver.

Paris , le 9 octobre 2010.

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