Compte-rendu : Forum RASED octobre 20010

Forum des RASED, 23 octobre 2010

Présentation de la journée par les présidents de la FNAREN, de la FNAME et de l’AFPEN

Rappel du contexte :

– Remise en cause de l’existence des RASED depuis 2008 dans un contexte de suppression massive de postes dans la Fonction Publique.

– Manque de départs en formation.

– Possible disparition complète du dispositif RASED avec la parution du schéma d’emplois 2011/2013.

– Logique comptable qui compare ce qui n’est pas comparable et qui met à mal la qualité du travail et le respect des personnes (enfants, familles, enseignants) ;

L’Education et le sort des enfants en difficulté doivent-ils être rentables ?

Jean BIARNES : Professeur émérite de Sciences de l’Education à l’université Paris XIII

Il expose un petit historique de l’enseignement spécialisé et des menaces auquel cet enseignement a déjà eu à faire face, fait état de la diminution du temps de formation au fil des années. Pour lui, il y a surdité et aveuglement de l’Education Nationale qui place actuellement le chiffre, le coût, la productivité, la rentabilité au centre du système.

Or, le chiffre ne connaît pas l’humain ! Il y a déshumanisation de la société !

A l’école, les élèves sont soumis à une rafale d’évaluations. A la maternelle, les jeux sont souvent délaissés au profit des apprentissages (primarisation de la maternelle). Face à cette injonction de productivité scolaire, où est l’individu, le sujet ?

On réifie l’enfant qui n’existe plus en tant que sujet !

Progressivement, au niveau de l’institution scolaire, s’installe une médicalisation sournoise de tout ce qui peut apparaître en dehors de la norme, une médicalisation à outrance de la difficulté scolaire.

Dans une société qui amène de plus en plus de violence, pour les jeunes, ce n’est plus « no future » mais « no present »

Or les personnels de RASED questionnent ce système productiviste et donc gênent ! Ils sont comme les « magistrats » du sujet, ceux qui viennent à le défendre. Face aux difficultés sociales d’aujourd’hui, les RASED seraient à démultiplier et non pas à supprimer ! Si l’action des RASED devait cesser, il faudrait trouver ensemble comment sauver la place de l’enfant comme sujet dans la cité !

L’histoire montre que les personnels spécialisés ont su résister ! Sachons encore une fois y parvenir !

Jean-Marie BESSE : Professeur en Psychologie Cognitive à l’université Lumière-Lyon II

Responsable de la formation des psychologues scolaires sur Lyon, il fait partie d’un groupe de travail avec l’AFPEN, entre autres. Ce groupe travaille autour des manques dans le texte de la circulaire sur la mastérisation, manques qui pourraient signifier la disparition de la psychologie à l’école. L’objectif principal de ce travail est de réfléchir à la place de la psychologie à l’école, d’en définir les contours. Ils revendiquent la présence d’une psychologie dans l’école de la maternelle à l’université. La tendance actuelle est de « délocaliser » la psychologie scolaire au profit de l’extérieur.

La position de base du groupe de travail n’est pas articulée autour d’un seul « port » théorique. C’est une position clinicienne ( en opposition aux psychologues « passeurs de tests » ). Le psychologue travaille avec un enfant « vivant » : il n’est pas possible de n’imaginer qu’une partie de la psychologie, mais il faut travailler sur l’ensemble des champs autour de l’enfant. C’est un travail sur la complexité, sinon, il y a instrumentalisation de la pratique, or les interventions ne peuvent se réduire à « bilanter » ou « wisker » un enfant.

Le psychologue met en mots la difficulté, évite le face à face de l’enfant avec sa difficulté, inscrit les apprentissages, les échecs et avancées dans une autre temporalité que celle de l’école ou de la famille. C’est la temporalité de la construction d’une personnalité. Il fait un travail de proximité, en lien avec le réseau. C’est une présence stable, de référence et qui propose une psychologie gratuite.

Nelly Paulet (SE-UNSA)
– Elle revient sur le schéma d’emploi et énonce la difficulté de travailler avec le ministère qui est aux abonnés absents.

-Collègue dans la salle
– Il intervient sur l’importance du travail commun des 3 fonctions RASED aujourd’hui : ça ouvre un champ de réflexion: comment travailler tous ensemble, y associer les médecins scolaires ? il pense qu’il faut aussi travailler avec les associations de parents : l’école n’est pas son propre recours.

Débat avec la salle autour de la nécessaire défense des 3 fonctions au sein des RASED (sinon, il n’y a plus de RASED)

Richard Redondo (AFPEN)
– l’AFPEN a martelé la nécessaire complémentarité des différentes interventions des réseaux d’aides, qu’il n’est pas question d’un abandon du travail en RASED. Il rappelle aussi que les contraintes de formation des psychologues ne sont pas les mêmes (formation universitaire) et que le second degré (CO-PSY) est en grande difficulté.

André OUZOULIAS : Professeur à l’IUFM de Versailles-Université de Cergy-Pontoise, Il a participé à une recherche avec la FNAME. Les résultats en seront présentés au colloque de la Rochelle (fin novembre). Il articule son intervention autour des 2 questions posées :

1) Le gouvernement a-t-il les moyens politiques de supprimer les RASED ?

En 2008, le gouvernement a cru qu’il était possible de supprimer 2000 ou 3000 postes chaque année jusqu’à l’agonie. Luc Ferry avait déclaré sur une radio que l’institution de l’aide personnalisée visait à supprimer les postes RASED. Xavier Darcos transformait systématiquement le S de « Spécialisées » par « Soutien » lors de toutes ses interventions. Le livret du ministère à l’adresse des parents les oriente vers des aides extérieures si leur enfant est en difficulté à l’école.

La difficulté scolaire se trouve ainsi réduite à 2 cas de figure : soit elle relève du soutien, soit elle relève de l’aide psychologique. Pour le ministère, on accumule des savoirs comme on accumule de l’argent. Dans cette conception de l’apprentissage, l’élève devient responsable de son échec. (propos de Brice Hortefeux qui considère que l’élève en échec est un cancre, un paresseux : l’élève est responsable de son mauvais niveau scolaire)

Pour M Ouzoulias, les parents se mobiliseraient à nouveau si une suppression massive des RASED se profilait. Le vrai danger pour les RASED serait d’aller vers des suppressions localisées, une agonie avec une asphyxie de la formation.

2) La suppression des RASED serait-elle sans conséquences sur la réussite scolaire des élèves ?

Il faut expliquer , quand on en a l’occasion, ce qu’est le travail d’enseignant spécialisé. Le maître de RASED s’est spécialisé dans l’accompagnement et la compréhension des difficultés scolaires résistantes, sur la base d’une expertise qu’il s’est construite.

Le maître E choisit des situations de travail qui n’isolent pas les enfants de la classe (travail dans ou hors la classe mais qui doit permettre de s’y insérer). Il pense d’emblée au desétayage, encourage les essais, valorise les réussites, pointe les erreurs en dédramatisant… Aucune de ces compétences prise isolément n’est l’apanage des maîtres E, mais l’ensemble fait la spécificité des maîtres E. L’enseignant spécialisé a une culture psychologique, une connaissance de la psychanalyse (pour éclairer les difficultés, les blocages chez un enfant). Il connaît le développement de l’enfant, est au fait des recherches… Il a des connaissances théoriques et opératoires.

Se passer de maître E, ce serait perdre en intelligibilité par rapport aux apprentissages scolaires, se passer d’un système de compétences où s’articulent des savoirs, des savoirs-être, des savoirs-faire, se passer d’un réseau.

Abandonner les RASED ce serait désarmer les équipes dans leur fonctionnement quotidien. La question à se poser devrait plutôt être : « Peut-on améliorer les RASED ?» (fonctionnement, formation)

Christine Passerieux
(GFEN)

– Elle craint fort que le scénario catastrophe ne soit possible. On est dans une logique de société à 2 vitesses. Il faut militer ensemble sur ce qui nous porte : la possibilité de réussir pour tous les élèves.

Jean-Jacques HAZAN
: Président de la FCPE

– Les RASED ne doivent pas être seulement « un garage pour réparer quelque chose de cassé » mais bien une activité interdisciplinaire avec plusieurs intervenants. Pour lui, c’est à défendre mais surtout à expliquer L’objectif sous-jacent de la réforme du primaire est de ne plus s’occuper de tous les élèves. Il demande la création de RASED sur la totalité de l’enseignement obligatoire, primaire et secondaire puisque c’est dans les collèges que les relations sont les plus dures. Il parle de l’apparition de nouveaux « Rased privés » en Aquitaine (IRLES), « réseaux » privés et payants. Il rappelle que pour la FCPE, tout enfant est éducable, qu’il y a besoin des RASED pour un « co-travail », une « co-éducation » autour de la réussite des élèves.

Bernard DELATTRE
: secrétaire général de l’AGSAS ( Association des Groupes de Soutien Au Soutien )

– Il parle de la supercherie du double discours : le ministère dit qu’il n’a pas l’intention de supprimer les RASED alors que, dans le même temps, il publie le schéma d’emplois. Il y a une manipulation médiatique du gouvernement : tout est présenté de telle façon qu’on ne peut pas être contre ses propositions (qui peut être contre une formation à BAC + 5 par exemple ?) Pour lui, il faut une résistance ferme, faire de l’information (expliquer) et avoir des propositions concrètes. Lui aussi demande des RASED dans le secondaire.

Corinne MERINI : Maître de conférences à l’IUFM de Versailles

Les pratiques collaboratives des maîtres E

Elle n’a pas été maître E ni formatrice ASH mais elle mène une recherche sur le travail collectif et intervient dans la formation ASH sur le partenariat entre maître ordinaire et maître E. Pour elle, les pratiques collaboratives des maîtres E ne sont pas « visibles » car ce n’est pas le cœur du travail et elles se déploient dans des intervalles, alors qu’elles existent et sont essentielles au fonctionnement en RASED. Elle a travaillé à partir d’écrits professionnels collaboratifs de maîtres E ( pour qui sont-ils écrits ? A quoi servent-ils ?…)

D’après ses résultats, il y a des confusions et des malentendus car le métier est peu visible :

– Le métier déborde la fonction : le Maître E n’a pas de classe, il n’est pas visible dans la représentation collective, c’est un maître « a-classé » qui travaille avec des enfants « dé-classés ».
– Il travaille dans une série d’intervalles construits au seuil de la classe : il n’est pas hors l’école mais dans l’école ; il travaille dans des locaux spécifiques, Il est au seuil, mais pas en dehors du système !
– Le travail se déroule sur des temps scolaires et péri-scolaires (réunions…)
– Il utilise des médiations particulières.

Certes, le maître E est « au seuil de la classe » mais pas en dehors du système : ce qu’il vise, c’est la réussite de l’élève dans la classe. Il arrive que la notion de partenariat soit vécue comme une « sous-traitance » par le Maître de classe : il suffit de confier l’enfant et le problème sera résolu.

Elle note 3 tensions majeures du métier :

– Entre l’implicite (informel) et l’explicite (formel) : stratégies de détour du maître E.

– Dans le positionnement avec les collègues du milieu ordinaire : aider l’élève, c’est souvent aider l’enseignant, aider à décaler le regard.

– La temporalité décalée : celle de la famille (dès le lendemain, immédiateté face aux difficultés) n’est pas celle de l’enseignant (rythme de la classe, des apprentissages) qui n’est pas celle du maître E (rythme du développement de l’enfant) ni celle des CMPP par exemple (rythme du soin).

Il faut sauvegarder cette position « au seuil de la classe » pour pouvoir poursuivre les aides à destination des élèves en difficulté et de leurs familles. La situation partenariale est forcément une situation triangulaire : la médiation est une situation triangulaire qui rend les échanges possibles entre l’enfant, ses parents et l’enseignant. Pour aider l’enfant, il faut aider l’enseignant, parfois les parents, à changer le regard qu’ils portent sur lui : l’empathie est un de nos gestes professionnels naturels qu’on sait aussi transposer aux adultes qui entourent l’enfant.

Faut-il aller vers un autre métier ?

– Oui pour les compétences collaboratives et la systémie accentuée du travail.
– Non pour les objectifs qui ne changent pas, pour l’action vis-à-vis de l’élève.

Raymond BENEVENT : Professeur agrégé de philosophie à l’IUFM d’Alsace, Université de Strasbourg, membre de l’AGSAS.

De quoi la destruction des RASED est-elle le signe ?

Le soin, le travail social et l’éducation sont actuellement dévastés. La seule logique comptable ne suffit pas à expliquer la suppression des RASED, il faut une conjonction de 2 facteurs : la pression à l’économie et les choix idéologiques. Le gouvernement utilise la figure du « fonctionnaire improductif », présent dans la conscience collective, pour imposer des économies budgétaires (faire des économies rencontre un consensus social), mais pour autant l’opinion publique ne reconnaît pas ce fonctionnaire dans le postier, l’enseignant, l’infirmier de proximité… On nous promet de « vivre bien avec moins d’impôts » sans réellement faire le lien avec la notion de Service Public !

Qu’est-ce qui a rendu possible la destruction des IUFM ?

– La perspectives d’économies budgétaires ( 15000 postes / an )
– Les revanches politiques ( IUFM institués par la gauche )
– Revanche ou vengeance ? Il rappelle que les RASED n’ont pas obtenu tout le soutien attendu des enseignants et des directeurs d’école ( les différentes temporalités pouvant être vécues comme des agressions des uns envers les autres )
– L’idéologie de la formation : simplisme du processus de transmission, déni de la relation à l’œuvre dans l’enseignement. Il fait le parallèle avec le secteur du soin, réputé « gouffre économique »
– La parole, l’écoute, l’attention singulière ne rentrent pas dans la catégorie des « soins rentables ».
– On fait de plus en plus de place aux soins « sécuritaires » qui doivent devenir des indicateurs de détection des risques de délinquance. On est dans un fonctionnement d’action/réaction (on constate/on agit, on ne se pose plus la question de savoir de quoi les symptômes sont le signe. Dans ce postulat « de platitude », il n’y a aucune place pour l’histoire personnelle de chacun ni la prise en compte de ce qui est à l’origine des difficultés qu’il traverse. L’idéologie officielle est simpliste. Elle est comptable (on constate, on médicalise ou on judiciarise les difficultés comportementales) et cognitiviste (aide personnalisée pour répondre aux difficultés scolaires).

Il y a urgence à rappeler que la construction cognitive est dépendante de la construction identitaire et que la psychanalyse est utile pour comprendre la construction de l’enfant ( référence au « Moi-Maison » de Jacques Lévine ). Il est important d’accompagner, de restaurer les primo-constructions mal faites. Il rappelle que tout enfant, toute personne a une dimension intacte (plus ou moins). Il anime des groupes Balint avec des rééducateurs et ce qui ressort des situations qu’il a écoutées à propos des difficultés des élèves concerne pour 1/3 le cognitif, pour 1/3 le comportemental et pour 1/3 des difficultés « mixtes » et liées à des blessures narcissiques graves, des mensonges sur la filiation, des flottements identitaires, un environnement familial chaotique.

Il y a aussi le concept des enfants « hyperactifs » qui, pour lui, fait référence à des enfants en activité permanente pour « remplir » et ne pas s’effondrer ou tomber dans la mélancolie. A cela parfois, viennent s’ajouter des blessures d’école … Ces enfants, « accidentés par la vie », qui se trouvent dans cette dimension réactionnelle, réclament une écoute de leur souffrance et une reconnaissance de leur histoire singulière.

Or le RASED est le seul lieu où les difficultés d’ apprentissage peuvent être entendues en lien avec le soubassement. Le travail des enseignants spécialisés est d’aller rechercher la « dimension intacte » de l’enfant pour lui redonner un futur possible. Dans cette perspective, le dispositif RASED est un rempart face au déterminisme.

Est-ce que tous les enfants sont éducables ? Peut-être pas … mais il faut garder l’idée qu’ils le sont tous pour faire convenablement notre métier


Daniel CALIN
: Professeur agrégé de Philosophie, formateur d’enseignants spécialisés

Dans ce climat d’attaque générale contre le lien social, d’atomisation du corps social, plus on est dans le tissage de liens, plus on est menacé. Etre dans le lien social, c’est être dans le mouvement social. S’il y a atomisation du corps social, chacun reste chez soi, mélancolique mais pas contestataire !

L’aide personnalisée tue la médiation dont la fonction centrale est la mise à distance pour éviter le « collage » (il n’y a plus de médiation puisque l’enseignant désigne seul les enfants qui y vont). Quand on parle de la difficulté, il ne faut pas oublier que l’enseignant et la famille sont aussi en difficulté, pas seulement l’élève. Derrière l’enseignant en difficulté, il y a l’institution scolaire en difficulté face à certains élèves et qui développe une politique de contention ( création de postes de policiers dans les collèges, caméras de surveillance dans certaines écoles …) Derrière la famille en difficulté, il y a la société (refoulement de la question sociale).

Et derrière l’enfant ?

Il ne faut pas oublier qu’il n’est pas naturel pour l’enfant d’aller à l’école. Les soucis en direction d’un enfant peuvent se transformer en haine vis-à-vis de lui pour les préoccupations qu’il suscite et dont on peut être tenté de le tenir responsable. Certains enfants s’acharnent avec talent à ne pas comprendre : ils mettent une intelligence extraordinaire à résister aux apprentissages, alors qu’ils n’ont aucun problème d’incompétence ! Les « DYS » sont un abri soulageant derrière lequel chacun se réfugie. Le travail de médiation du RASED consiste à faire du lien, à faire circuler la parole, à éviter que chacun s’enferme dans sa souffrance.

En guise de conclusion ?

Francis Jauset

La FNAREN développe une stratégie en étoile pour communiquer sur nos métiers. Il est important d’être reconnus. Il faut rester unis et faire du lien, relayer sur le terrain. Un forum est en projet dans le Pas de Calais.

Richard Redondo

– L’AFPEN mène la même politique et travaille vers les MDPH pour faire du lien. Leur politique est de montrer ce qui se fait sur le terrain.

Gérard Toupiol (FNAME)

Il faut être visible, se faire connaître, être force de proposition. Une manifestation est prévue lors du colloque national à la fin du mois à la Rochelle. Pour les stratégies personnelles, il faut faire preuve de résilience, garder le lien, rester créatifs. Donc : communiquer sur nos métiers, rester unis et faire du lien, relayer sur le terrain.

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