Bruxelles le 08 Aout 2010

Il est de ces villes qui déroulent leurs rues comme on ouvre les bras, dont chaque balcon ouvragé, chaque bow window et jusqu’à la moindre petite fleur de céramique, vous invite à entrer, à s’installer, à vivre là. On arpente les trottoirs comme les veines d’un corps aimé. On explore, on s’y perd , on se sent bien. On ne se pose pas la question de savoir d’où l’on est puisqu’on y est. Bien sur, on est de passage. On regarde tout d’un air curieux , étonné et connaisseur à la fois. On joue à croire mieux connaitre la ville que ses habitants eux mêmes. On se satisfait de ses émotions esthétiques et on se joue de croire à la douceur de vivre là.

Bien entendu on ne cherchera ni logement, ni travail, ni autorisation de séjour; On n’en n’a pas besoin. On se rit de la pluie; on sait bien nous, que c’est l’été et que cette petite ondée n’est que pour rafraichir. On n’a pas froid, pas faim.

On marche , on marche et on on se permet d’être triste; de se souvenir qu’on avait découvert cette ville à deux, que nos amis ne sont plus que les miens. On lève la tête vers les folles volutes des balcons, on admire les vitraux, les arabesques et on se souvient qu’il disait tout étonné, «Tu m’as appris à marcher la tête en l’air, en regardant là haut. ». On grimpe et on se perd dans les perspectives arts nouveaux. On admire le ciel toujours si présent à Bruxelles et toujours si capricieux. On déplore les constructions modernes silaides et si inhumaines ; on n’est pas original.

Jusqu’à cette exposition sur l’immigration qui commençait si bien avec des «bienvenue Mohamed, Luigi, Liu et Rosa!» mais qui oublie les sans papiers , les centres fermés, et la violence des expulsions, qui ne parle d’exploitation que des mineurs et qu’au passé. Et les détails s’accumulent; les caméras par milliers, qui envahissent l’espace urbain posées par des apprentis Big brothers, les portillons claquants de la STIB1 qui commencent à remplacer les bornes à composter si sympathiques; celles qui disaient: «Entrez, on vous fait confiance. », les contrôles policiers auxquels on n’ échappe plus. On aurait bien failli oublier ou bien aimé oublier que l’horreur européenne s’exprime ici aussi , que la surveillance croissante des populations , les expulsions des uns et l’exploitation forcenée des autres n’avaient jamais cessé et qu’on ne saurait croire à la douceur de la civilisation qu’un tout petit moment, un très court instant; on appelle ça le tourisme je crois.

Marie-Cécile Plà sans Nordine

1) La RATP Bruxelloise

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