Lettre écrite par un parent au directeur d’une école élémentaire de Vincennes

« A l’attention de Monsieur le Directeur de l’école élémentaire Est-Libération
106 rue Diderot – 94300 VINCENNES

Copies :

Monsieur C – Instituteur de la classe de CM1 B
Madame F – Institutrice de la classe de CP C
Madame la Directrice de l’école maternelle Clément Viénot
Mairie de Vincennes
Le Collectif Parents Enseignants de Vincennes
Fédération FCPE Vincennes
Association APEV
FCPE 94
AG nationale des collectifs Parents Enseignants
Collectif National de Résistance à Base Elèves

Vincennes, le 11 octobre 2009

Monsieur le Directeur,

Ce courrier fait suite à l’entretien que nous avons eu lundi 28 septembre concernant le logiciel de base de données Base Elèves dans lequel des enregistrements concernant mes enfants et moi-même se trouvent renseignés. Vos propos se sont voulus rassurants quant à la nature et la destination des données saisies. Je comprends votre démarche mais je tiens à vous dire que vos explications sont loin d’être satisfaisantes à mes yeux.

Tout d’abord vous me dîtes que les données saisies ne sont que des informations générales, non sensibles, « que de toute façon l’administration connaît déjà ». Dans ce cas pourquoi vous demande-t-on de collecter, de saisir et de mettre à disposition des données sans intérêt ? N’avez-vous pas mieux à faire ? Vous affubler d’un travail sans aucune valeur ajoutée n’est-il pas en totale contradiction avec les objectifs de performance partout affichés ? Et quant bien même vous ne renseigneriez que le minimum d’informations, qui me dit que votre successeur aura la même attitude ? Qui me garantit de la sécurité des informations saisies ? Et qui m’assure qu’un traitement informatique batch ne viendra pas concaténer des informations complémentaires ? Données fiscales, données sociales, dossier médical… ? Enfin, songez que l’Identifiant National Elève, la clef du fichier qui se crée lors de la première saisie, est conçue pour être valide 35 ans ! Simplement pour stocker nom, prénom, adresse ???

Soyons honnêtes, cette base de données n’a pas été créée pour rien. Elle est née dans un contexte idéologique de fichage et de xénophobie indigne d’une démocratie comme la nôtre. Je ne puis oublier qu’il était question à l’origine de saisir des informations aussi personnelles que la religion ou la langue parlée à la maison… Ne sommes-nous pas dans un pays libre et laïc ? Devra-t-on prochainement s’excuser de ne pas suivre le culte officiel de la nation ou bien porter un signe distinctif à son veston ? Je ne puis oublier qu’il existe aujourd’hui un Ministère de l’Identité Nationale dont le seul énoncé est une injure à la devise de notre pays. L’identité nationale est une valeur, un caractère, c’est l’âme que forme la mosaïque des peuples et des cultures qui composent une nation. Aucun Etat ni aucun gouvernement ne peut en édicter la forme, sauf à prouver alors son caractère fasciste. Enfin, je ne puis fermer les yeux sur les cas d’irruption des forces de l’ordre au sein même de certains établissements scolaires. Des policiers parfois accompagnés de chiens qui entrent dans la classe pour chercher des élèves ! Comment appelle-t-on cela ? Des rafles ?

Je ne puis oublier non plus les déclarations du gouvernement s’agissant de « prévenir la délinquance dès la maternelle » ni les propos du Chef de l’Etat indiquant que certains éléments de « La délinquance » étaient selon lui « de nature génétique ».

Nous savons l’un comme l’autre ce qu’ont pu produire dans le passé des théories eugénistes mises en œuvre par une administration servile. Des plaques de triste mémoire sont accrochées sur le mur d’entrée de notre école afin que nous n’oubliions pas, et vous voudriez me voir fermer les yeux ?

Je note qu’en ce moment-même des directeurs d’école, des enseignants et des maires refusent publiquement de renseigner ce fichier et alertent l’opinion sur la grave dérive que constitue la mise en œuvre de ce logiciel espion. L’ONU elle-même condamne cet outil et rappelle la France à l’ordre,  le Conseil d’Etat demande lui aussi des explications et vous voudriez me voir rassuré ?

Voici pour la partie morale et pour les craintes légitimes qu’inspirent cette application.

Sur le plan strictement juridique maintenant. J’avance que ce fichier est illégal.

En effet, le droit à l’information préalable à la collecte d’informations personnelles n’a pas été respecté, ni d’ailleurs l’autorité parentale puisqu’en matière de saisie de données l’article 57 de la loi informatique et liberté prévoit que les personnes auprès desquelles sont recueillies des données à caractère personnel ou à propos desquelles de telles données sont transmises sont, avant le début du traitement de ces données, individuellement informées de la nature des informations transmises, de la finalité du traitement de données, des personnes physiques ou morales destinataires des données, du droit d’accès et de rectification institué aux articles 39 et 40, du droit d’opposition institué aux premier et troisième alinéas de l’article 56.

Or vous renseignez Base Elèves. Avez-vous prévenu les parents ? NON. Avons-nous accès aux données ? NON. Avons-nous un droit d’opposition ? NON.

Concernant mes objections sur la légalité du fichier vous me dîtes que tout cela « prête à discussion », que le présent fichier est « légal pour les uns, illégal pour les autres ». Diriez-vous de la loi informatique et liberté qu’elle prête à discussion ? Je ne le crois pas. Dès lors elle doit s’appliquer à tous et partout. Et c’est bien pour la faire respecter que plus de mille parents d’élèves ont porté plainte solidairement à la procédure engagée par le Collectif National de Résistance à Base Elèves et défendue par le Syndicat des Avocats de France. Et je ne doute pas que de nombreux parents de notre ville et du département voudront bientôt s’y associer. Je les y aiderai au mieux dans la mesure de mes capacités.

En outre, afin de protéger mes propres enfants de même que vous affranchir d’une tâche indigne de votre fonction, j’envisage de porter plainte contre la personne physique que je sais renseigner ce fichier illégal, c’est à dire vous-même.
Pour information, en l’état actuel de ma réflexion,

Vous priant d’agréer mes respectueuses salutations. »

Mardi 24 Août 2010
J. H.

Ce contenu a été publié dans communiqué, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

5 réponses à Lettre écrite par un parent au directeur d’une école élémentaire de Vincennes

  1. Jund dit :

    J’espère que ce Monsieur va effectivement porter plainte.
    Sa letttre me touche beaucoup.
    Lorsque j’étais rééducatrice au RASED de BITCHE (57230), je me suis accrochée avec mon IEN sur le sujet du fichage et nous avons finalement été obligés d’envoyer à l’IEN les noms et types de suivis de tous les enfants pour lesquels nous était demandé une aide. Nous avons résisté comme nous avons pu, pour finalement être obligés de céder, ne faisant pas le poids devant l’administration. J’avoue qu’à la veille de mon départ en retraite, j’ai manqué de courage.
    Je souhaite que cette abomination « base élèves » soit interdite par les plus hautes instances.
    Bravo et longue vie à la FNAREN. MJ

  2. Jund dit :

    J’espère que ce Monsieur va effectivement porter plainte.
    Sa letttre me touche beaucoup.
    Lorsque j’étais rééducatrice au RASED de BITCHE (57230), je me suis accrochée avec mon IEN sur le sujet du fichage et nous avons finalement été obligés d’envoyer à l’IEN les noms et types de suivis de tous les enfants pour lesquels nous était demandée une aide. Nous avons résisté comme nous avons pu, pour finalement être obligés de céder, ne faisant pas le poids devant l’administration. J’avoue qu’à la veille de mon départ en retraite, j’ai manqué de courage.
    Je souhaite que cette abomination « base élèves » soit interdite par les plus hautes instances.
    Bravo et longue vie à la FNAREN. MJ

  3. estelle dit :

    … Le fichier des indésirables, meme dés le plus jeune age a toujours existé, et dans le temps en silence et aujourd’hui ce fichier est un peu plus évoqué. Certes il est bon de se demander à quoi sert ce fichier si ce n’est qu’à cataloguer les enfants dans telle ou telle différence qu’elle quelle soit mais à vrai dire ce fichier semble relativement inutile.
    Au lieu de mettre en avant ce fichier, ne serait il pas bon de créer des collèges, des écoles, des lycées pour tous ceux que l’on nomme enfants avec troubles de comportement car là mis à part le rased rien n’est mis en place en france. Si ce n’est que laisser l’instituteur ou l’institutrice gérer des situations parfois et bien souvent ingérables ne permettant pas aux enseignants de faire correctement leur travail au détriment de ceux qui n’ont pas de trouble de comportement..

  4. MonVieuxRobert dit :

    L’immaturité et l’ignorance du « diable » nommé INFORMATIQUE fais vraiment dire et faire n’importe quoi.

    TOUT et je dis bien TOUT ce qui se fait en informatique sur les bases de données ce faisait sur des cahiers il y a bien longtemps, se fait, et se fera.

    Alea Jacta Est.

    C’est sa propre ignorance qu’il faut combattre et non pas la connerie des autres.

  5. Traoré dit :

    Soyons honnêtes, cette base de données n’a pas été créée pour rien. Elle est née dans un contexte idéologique de fichage et de xénophobie indigne d’une démocratie comme la nôtre. Je ne puis oublier qu’il était question à l’origine de saisir des informations aussi personnelles que la religion ou la langue parlée à la maison… Ne sommes-nous pas dans un pays libre et laïc ? Devra-t-on prochainement s’excuser de ne pas suivre le culte officiel de la nation ou bien porter un signe distinctif à son veston ? Je ne puis oublier qu’il existe aujourd’hui un Ministère de l’Identité Nationale dont le seul énoncé est une injure à la devise de notre pays. L’identité nationale est une valeur, un caractère, c’est l’âme que forme la mosaïque des peuples et des cultures qui composent une nation. Aucun Etat ni aucun gouvernement ne peut en édicter la forme, sauf à prouver alors son caractère fasciste. Enfin, je ne puis fermer les yeux sur les cas d’irruption des forces de l’ordre au sein même de certains établissements scolaires. Des policiers parfois accompagnés de chiens qui entrent dans la classe pour chercher des élèves ! Comment appelle-t-on cela ? Des rafles ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *