Congrès de Brest : le SE-Unsa « pose ses conditions » mais inscrit le principe « d’Etablissement Public du Premier degré » dans son projet synsical

« Le congrès a accepté que nous inscrivions le terme ‘d’établissement public’ du premier degré dans notre projet syndical, ce qui va nous permettre d’aller au ministère afin de lui dire ce que nous voulons et de poser nos conditions », se réjouit la secrétaire nationale du SE-Unsa, Claire Krepper, en marge du congrès de Brest (Finistère) (AEF n°126031), vendredi 19 mars 2010, alors que Frédéric Reiss, député UMP du Bas-Rhin, a été chargé le même jour par le Premier ministre d’une mission de six mois sur le thème des directions d’écoles (AEF n°129091). Le thème des Epep a donné lieu à de vifs débats, jeudi 18 mars au moment du travail en commission et vendredi en plénière, entre les tenants d’un établissement public fortement encadré et ceux qui, par cette référence, redoutent la mise en place d’un « EPLE du premier degré ».

Parmi les craintes exprimées par certains congressistes ressort la mise en place d’une tutelle hiérarchique. « Beaucoup de nos collègues craignent de se voir imposer un supérieur hiérarchique, alors que le directeur d’école aujourd’hui n’en est pas un. L’objectif de ce type de congrès est aussi de dépassionner [le débat] et de se doter d’outils », analyse Joël Péhau, secrétaire national en charge du projet formation.

DES OPPOSITIONS

Dix sections départementales – sur 134 – demandaient ainsi que l’organisation gomme de son projet syndical toute référence explicite à « l’établissement public ». Une proposition rejetée après de longs débats « par 80 % des délégués du congrès », note Claire Krepper.

Un représentant portant un projet d’amendement des sections du Gard, de la Savoie et de la Haute-Savoie s’inquiète : « On en a discuté en section locale. En quoi l’établissement public va améliorer le fonctionnement de l’école ? Nous n’avons pas trouvé de réponse. Les collègues du second degré nous ont présenté les mauvais côtés. Exemple: même si on est élu au CA, on n’a pas beaucoup d’action sur le budget. Inversement les chefs d’établissement peuvent recruter des vacataires, profiler des postes, veut-on la même chose pour le premier degré ? »

« En effet, si on instaure un statut des directeurs d’école, cela implique la création d’un concours, interne et externe, et donc la possibilité de recruter des cadres hors Éducation nationale », analyse de son côté un professeur des écoles de l’Aude.

« POSER DES GARDE-FOUS »

« S’il y a une direction, c’est forcément un enseignant, culturellement, c’est obligatoire », assure Christian Chevalier en guise d’apaisement, rappelant la nécessité de poser des « garde-fous », à commencer par le refus des projets d’Epep menés sous Gilles de Robien et Xavier Darcos.

Le SE-Unsa pose parmi ses exigences « la possibilité de revenir à une structure antérieure » et l’impossibilité pour le directeur d’école d’être un supérieur hiérarchique, soit-il enseignant. « C’est un rempart important pour le SE et pour la profession, qui répond à une crainte épidermique des enseignants du premier degré de perdre leur indépendance », remarque un délégué départemental, reconnaissant pourtant qu’il faut réfléchir à la « direction d’école » : « Elle est en crise. Les enseignants s’investissent de moins en moins pour contribuer au fonctionnement de l’école. Les directeurs ont de plus en plus de travail et de moins en moins de temps. »

« J’ai dans mon département pas mal de collègues qui passent aujourd’hui l’agrément de direction pour être prêts le jour où les Epep se mettront en place et avoir des écoles à quatorze classes totalement déchargées… », témoigne de son côté un collègue d’Indre-et-Loire, méfiant à l’égard du principe d’établissement public.

Pour le SE-Unsa, l’établissement public doit « rester à taille humaine » et tenir compte des spécificités locales : « Il n’y a pas de solution univoque. On ne peut pas proposer la même chose pour une école à deux classes que pour une à 25 ! », souligne Christian Chevalier

PAS ASSEZ DE DÉBAT ?

Certaines sections auraient préféré renvoyer ce débat à une « consultation de la base » : « On ne sait pas comment notre positionnement sera perçu par les adhérents », déclare à la tribune un représentant de la Vendée, évoquant un « danger pour la profession » et « pour la représentativité ». « Il faut qu’une vraie concertation ait lieu. Il faut qu’elle soit le plus large possible », insiste-t-il. « La situation n’est pas mûre, nous n’avons pas assez discuté avec les collèges. Dans ma section, nous avons débattu des Epep trois quarts d’heures, ce sera très dur d’expliciter cette prise de position lundi », déplore un autre élu en marge du congrès.

« Je comprends que les sections aient pu être déçues, que les débats n’aient peut-être pas été organisés au niveau local car c’est difficile, mais lors de la journée des militants c’est un sujet que nous avons identifié dès le début comme important. Nous avons joué le jeu du débat », estime Joël Péhau. « Ce sont des débats compliqués parce qu’ils ont des conséquences à la fois sur le syndicat mais aussi sur la profession. Si dès lundi j’ai un mail de Frédéric Reiss qui demande à nous rencontrer, on fait quoi ? Soit on ne lui dit rien, soit on arrive avec quelque chose en main », répond Christian Chevalier, invitant le congrès à « faire un choix responsable ».

CONSULTATIONS EN MAI ET EN SEPTEMBRE

« Nous avons eu ce débat de manière parcellaire […] mais je souhaite sortir de ce congrès avec quelques éléments tangibles afin de tracer des lignes jaunes à ne pas franchir […] Ce débat ne sera pas clos dans cette salle. Il continuera via une consultation, qu’il faudra déterminer, et dans le conseil national du mois de mai et du mois de septembre […] En mai, il ne sera pas trop tard, Frédéric Reiss doit rendre un rapport d’étape en juin », poursuit le secrétaire général.

« Nous irons discuter avec le ministère sans a priori, puis nous montrerons le projet au conseil national, pour voir ce qui amendable, négociable, ou détestable, selon le texte », conclut Claire Krepper.

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