L’identité nationale : un vieux mythe et une vieille question jamais réglée à gauche

identité nationale : cest quoi...

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(Ce texte reproduit une intervention orale dans le cadre d’une discussion organisée par le Collectif anarchiste des Alpes maritimes CAAAM le 11 décembre 2009, à Nice)

On ne peut nier que cette question intéresse ou en tout cas concerne directement un certain nombre de travailleurs, à commencer par les 3,5 millions d’« étrangers » qui vivent en France et se demandent à quelle sauce l’Etat français va prochainement les manger ! Ce débat concerne tous ceux qui vivent dans d’autres pays et qui ont de la famille en France, et qui projettent de venir étudier, travailler ou vivre ici pendant un moment. Ce débat concerne aussi les enfants, les ados, les jeunes qui ont de la famille dans au moins deux pays différents et qu’on somme aujourd’hui de choisir entre leur prétendue « identité nationale française » et une autre prétendue « identité nationale ». C’est le fameux et sinistre : « Tu aimes la France, ou tu la quittes. »

Mon exposé va être plutôt historique. En effet je crois que si l’on ignore et le contexte historique français sur la longue duré et le contexte européen actuel de la discussion sur l’identité nationale, on est condamné à répéter pendant des années le même argumentaire que depuis 1944 : Vichy revient, De Gaulle c’est le fascisme, Giscard c’est le pétainisme, Sarkozy c’est Vichy 2 et autres absurdités.

Je vais plutôt tenter de montrer comment on peut se saisir de ce débat truqué, à condition d’en refuser les termes et d’envisager la question dans une perspective tout à fait différente.

Pour cela je vais vous proposer 6 hypothèses de façon très résumée.

1. Les questions de l’identité nationale et de l’immigration sont étroitement liées en France pour des raisons qui tiennent à l’histoire particulière du capitalisme et de l’Etat français.

La France est restée un pays de paysans, et de petits propriétaires, beaucoup plus longtemps que ses voisins européens les plus développés. En effet, il faudra attendre 1931 pour que les deux populations (urbaine et rurale) s’équilibrent et l’année 1954 pour que la France devienne un pays majoritairement urbain. Cette situation s’explique à la fois par un calcul politique des classes dominantes et par une farouche résistance de la paysannerie française face à l’industrialisation. Les gouvernements du Second Empire puis de la Troisième République ont voulu s’appuyer sur une masse de petits propriétaires paysans. Ils ont en effet voulu éviter à tout prix les conséquences sociales et politiques d’un exode rural massif, comme celui qui s’est produit en Angleterre par exemple. Pour cela ils ont d’abord massivement « importé » de la main-d’œuvre étrangère qualifiée (des artisans suisses, belges, allemands, anglais au XIXe siècle). Puis ils ont fait venir des travailleurs non qualifiés ou peu qualifiés : en Europe, les Italiens, Polonais, Espagnols et enfin les Portugais après la Seconde Guerre mondiale ; en Afrique, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Maliens, les Sénégalais, etc ; en Asie, principalement les Chinois et les Vietnamiens. Au Moyen Orient : les Turcs. La présence d’une main-d’œuvre étrangère importante sur le territoire français a donc fait débat dès la fin du XIXe siècle.

Dans ces débats, on a délibérément négligé plusieurs phénomènes importants

– comme je l’ai déjà dit, l’ « importation » de main-d’œuvre étrangère a empêché un exode rural massif, et a permis à la paysannerie française de survivre presque un siècle de plus,

– l’immigration a permis à une bonne partie des fils de paysans, plutôt que de devenir des ouvriers non qualifiés dans l’industrie, de devenir employés, petits fonctionnaires ou instituteurs ;

– dans les usines elles-mêmes, l’immigration a permis à une partie des ouvriers français de tenir les postes les plus qualifiés et de grimper un peu dans la hiérarchie de l’usine, d’accéder à des postes de contremaître ou de chef d’équipe ; l’immigration a permis à leurs enfants d’avoir davantage de chances de devenir employés, fonctionnaires, professeurs, etc.

Pour simplifier, c’est autant la présence d’une main-d’œuvre étrangère non qualifiée que le développement de l’industrie (et, ce qui va avec, le développement de l’instruction publique), qui ont permis à beaucoup de Franco-Français de vivre mieux que leurs parents ou que leurs grands-parents, ouvriers ou paysans.

2. C’est parce qu’une main-d’œuvre étrangère importante vit et travaille en France depuis longtemps que le débat sur l’identité nationale est récurrent depuis au moins les débuts de la Troisième République, soit 1870
.

Ce débat a évidemment pris une tournure particulière parce que la France disposait d’un empire colonial. À la xénophobie anti-allemande ou anti-italienne, est venu s’ajouter le racisme anti-arabe ou anti-africain, ou anti-asiatique. Bien sûr, le discours colonial républicain a toujours prétendu assimiler complètement les personnes dites « étrangères », à partir de considérations très universalistes. Son objectif était d’élever, dans tous les sens du terme, les « indigènes » dans le respect des valeurs républicaines.

Aujourd’hui l’UMP et Sarkozy oscillent entre une politique d’intégration traditionnelle (la politique assimilationniste prônée par la droite et la gauche républicaines) et une politique plus proche du multiculturalisme anglosaxon.

Quant aux bagarres politiques et juridiques pour définir qui est français et qui ne l’est pas, qui a le droit de travailler ou de vivre en France, au bout de combien d’années un étranger naturalisé peut devenir fonctionnaire, ces discussions ne datent pas de la présidentielle de 2007. Elles sont récurrentes depuis le XIXe siècle et elles n’ont jamais vu les syndicats et partis de gauche défendre une position clairement antinationaliste et encore moins anationaliste. Il suffit de mentionner la question de la préférence nationale dans la fonction publique ou du droit de vote des étrangers, pour l’illustrer.

Ceux qui ont le plus réfléchi aux critères permettant de définir la prétendue « identité nationale », ceux qui ont écrit et pensé toutes les lois et circulaires entre 1870 et 1940, durant toute la Troisième République, ce ne sont pas des politiciens de droite ou d’extrême droite, les antisémites et les nationalistes de l’Action française, par exemple. Ce sont des universitaires, des juristes, des économistes ou des démographes, tous bons républicains de gauche ou radicaux (au sens du Parti radical, on dirait des centristes aujourd’hui, sans la connotation chrétienne). Ce sont ces gens-là qui ont établi les critères de la nationalité et de la naturalisation de 1870 à 1940. Bien avant Pétain donc. Et sans que la gauche et les syndicats mènent un combat frontal contre leur définition de la nationalité ou leurs critères de naturalisation.

3. Le fichage et le flicage des “étrangers” sont toujours allés de pair avec des débats parlementaires sur l’identité nationale pendant le XIXe siècle et le XXe siècle. Ils sont allés de pair aussi avec de multiples lois et circulaires répressives – bien avant le CESEDA, ce code du séjour des “étrangers” qui a été voté en 2006.

Dès les années 20 l’Etat français était un modèle de répression des “étrangers” pour tous les États du monde capitaliste occidental. À l’époque, des responsables des services américains de l’immigration sont venus étudier à Paris le système de fichage de la population étrangère mis au point par la préfecture de police, fichage exemplaire à une période où n’existaient pas encore les ordinateurs et les empreintes génétiques.

Et le préfet de police de Paris tenait tellement à ces fiches qu’en 1940 il chargea ces centaines de milliers de fiches dans des péniches qui heureusement coulèrent, ce qui fait que les Allemands renoncèrent à les exploiter, vu leur mauvais état.

Le fichage des citoyens et des “étrangers” est donc une tradition « nationale », bien française, de tous les régimes politiques républicains depuis 1870, et bien antérieure à Sarkozy. La discussion sur ce que sont les fameuses et les fumeuses « valeurs républicaines » qui fonderaient la prétendue « identité nationale française » a plus d’un siècle. Et dans cette discussion il y a toujours eu beaucoup plus de convergences entre la droite et la gauche, que de divergences.

4. Derrière la discussion sur l’identité nationale pointe une peur récurrente d’une « invasion » étrangère, clandestine ou pas, et cette peur a été créée par un facteur très concret : la baisse de la natalité. Cette peur agite les politiciens depuis que les démographes ont découvert, à la fin du XIXe siècle, que les paysans français puis les ouvriers pratiquaient la contraception et la limitation volontaire des naissances bien avant l’apparition de la pilule ou des distributeurs de préservatifs.

Après la défaite de 1870 et face à la rivalité avec l’Allemagne, c’est cette baisse de la natalité qui a poussé les hommes politiques français à faciliter les conditions de séjour, puis de naturalisation des “étrangers”. Entre les deux guerres, cette peur de l’”étranger” a persisté, avec des tendances contradictoires : d’un côté, le patronat voulait continuer à « importer » de la main-d’œuvre surtout après la saignée considérable provoquée par la Première Guerre mondiale ; mais, de l’autre côté, l’Etat français voulait contrôler ce qu’il appelait les « flux migratoires » afin de pouvoir se servir encore une fois des “étrangers” comme boucs émissaires face à la crise et de les précariser au maximum.

Après la Seconde Guerre mondiale on a de nouveau ouvert les frontières, pour les refermer à partir de 1974. En période de crise économique, le débat sur l’identité nationale, avec sa composante démographique cachée, revient sur le devant de la scène politique, en période de prospérité il recule. Mais derrière ce débat, il y a toujours la peur d’une baisse démographique qui « noierait » la fameuse et fumeuse identité française sous un tsunami d’étrangers « barbares ».

5. La discussion sur l’identité nationale plonge ses racines dans l’histoire politique et sociale de la France, comme j’ai essayé de le montrer très rapidement dans les points précédents.

Quand Sarkozy a annoncé la création d’un ministère de l’Identité nationale, on ne peut pas dire que la gauche et l’extrême gauche se soient tellement mobilisées. Pour ce qui concerne la gauche, c’est un peu normal car un chevènementiste comme Max Gallo, un gaulliste comme Henri Guaino ou un socialiste comme Eric Besson ont beaucoup de choses en commun. Et tous les trois sont des proches de l’actuel Président. En gros, Sarkozy a fait appel à certains éléments de la gauche nationaliste, souverainiste, pour mettre en place son idéologie. Aujourd’hui ce discours chauvin, type Troisième république, ne provient pas des rangs de la droite mais bien de ceux de la gauche, et il révèle les liens troublants que la gauche entretient et a toujours entrenus avec le nationalisme. C’est d’ailleurs pourquoi la gauche refuse de discuter de l’identité nationale car elle est incapable de la dénoncer comme une fumisterie et s’accroche encore au fantasme d’une bonne « nation ».

De plus, si l’on tient à repérer les origines plus récentes de ce débat, l’initiative ne vient pas du tout de l’UMP française mais des chrétiens-démocrates allemands.

Ce n’est sans doute pas un hasard si ce débat a commencé en Allemagne : cela semble logique lorsque deux Etats (la RFA et la RDA) qui s’étaient combattus idéologiquement pendant 50 ans se réunifient brusquement. Le nationalisme allemand a pris une nouvelle vigueur, après avoir adopté un profil bas pendant presque un demi-siècle, à cause du nazisme. Mais surtout la chute de l’empire soviétique, la fin des blocs, a provoqué une remise en question du rôle de l’Europe à l’échelle mondiale, et aussi des rapports de force entre chaque État européen, donc un regain des nationalismes.

Comme je le disais, ce sont les chrétiens-démocrates allemands qui ont lancé la discussion sur l’identité nationale dans leur pays il y a une quinzaine d’années, puis qui l’ont exportée aux Pays-Bas avec un grand succès. En Hollande ce débat a renforcé le courant national-populiste et poussé le Parlement néerlandais à revenir sur la politique dite du multiculturalisme qu’il prônait et pratiquait depuis des années.

Cette discussion internationale sur l’identité de chaque pays européen est donc liée aux transformations que connaît l’Europe ; à la fin de la guerre froide, et aux effets de plus en plus évidents de la mondialisation sur ce continent.

Si l’on veut comprendre la discussion sur l’identité nationale en France, il faut donc la resituer dans le cadre de débats qui traversent tous les pays européens. En ce moment, en Espagne, il y a par exemple une discussion sur le fait de savoir si la Cour constitutionnelle de l’Etat espagnol a le droit de se prononcer sur les résultats positifs d’un référendum où les Catalans ont décidé, entre autres, qu’il existait une nation catalane distincte des nations ou nationalités basque, castillane, etc.

La discussion sur l’identité nationale essaie de manipuler trois sortes de peurs provoquées par trois phénomènes qui concernent tous les pays d’Europe, même si ce n’est pas dans les mêmes proportions.

a) la présence sur le territoire européen d’une dizaine de millions de travailleurs dits « extracommunautaires », ou « allochtones », en clair Africains, des Asiatiques, Turcs et Latino-Américains. Ces travailleurs ont l’intention de s’installer en Europe et plusieurs millions d’entre eux ont acquis ou vont acquérir la nationalité européenne. Il faut ajouter à ces 10 millions d’ « extra communautaires » une douzaine de millions d’Européens qui ne vivent et ne travaillent pas dans leur pays d’origine. 22 millions sur 450 millions d’habitants cela ne représente pas un grand pourcentage de la population européenne totale, mais suffisamment pour être l’objet de toutes sortes de manipulations politiques et de peurs irrationnelles. À moins de prétendre qu’il y ait des millions de travailleurs clandestins, ce que ne se privent pas de dire la droite et l’extrême droite.

b) l’Union européenne est en train de s’engager dans un projet d’Europe fédérale dont on ignore s’il se réalisera un jour et quelle forme il prendra, mais dont on sait déjà qu’il remet en cause le pouvoir et les attributions de chaque Etat. La construction de l’Union européenne ravive toutes sortes de peurs nationales voire régionales (cf. La Ligue du Nord, mais aussi les partis nationalistes catalan, basque, écossais, flamand, etc.), qui sont exploitées par les partis conservateurs et d’extrême droite ;

c) Depuis le premier choc pétrolier d’octobre 1973, une série de crises économiques rapprochées a abouti à des restructurations, à la création de nouvelles entreprises internationales ou transnationales, à des licenciements de masse, à une montée du chômage, à la disparition de secteurs économiques entiers (mines, textile, sidérurgie, chantiers navals, etc.), à la vente ou au démantèlement d’entreprises publiques à des transnationales, etc. Cette crise, ces crises donnent l’occasion à tous les partis conservateurs de se servir des « étrangers » comme boucs émissaires. Et cette crise gêne considérablement les partis et syndicats de gauche.

6. Dernière hypothèse. Les réactionnaires, quand ils sont habiles, ne se déclarent plus ouvertement racistes, ils n’avancent plus ouvertement le discours sur la supériorité des races. Ils vantent la défense des cultures nationales ou ethniques, des nations, voire même des « peuples premiers », c’est-à-dire les Indiens d’Amazonie ou les aborigènes d’Australie. Si l’on ne combat pas les réactionnaires sur ces terrains-là aussi, alors leurs idées pollueront de plus en plus toutes les discussions politiques. Et elles le font déjà.

Les courants les plus « subtils » de l’extrême droite et de la droite sont parfaitement capables de louer l’originalité de la culture malienne, turque, ou chinoise, ou même arabo-musulmane, tant que les porteurs de ces fameuses « cultures » nationalistes restent dans leurs pays d’origine.

Les réactionnaires sont présents et actifs dans les mouvements altermondialistes et écologistes, ils récupèrent leurs thèmes et parfois leurs thèses ; ils empruntent une partie de son vocabulaire à la gauche ou à l’extrême gauche ; ils se présentent comme multiculturalistes ou comme hostiles à l’impérialisme américain, ou comme anti-libéraux.

Quant à la droite sarkozyste elle nous donne le tournis : un jour elle nous parle de « multiculturalisme », le lendemain des « racines chrétiennes de la France » et le surlendemain elle dénonce « l’islamophobie » puis « l’islamisme ». Face à une telle confusion, il n’est pas évident de se repérer, d’avoir des positions claires.

En tout cas, il faut commencer au moins par se mettre d’accord sur quelques définitions :

Je vais prendre trois notions et leurs définitions d’après le Robert, et essayer de souligner leurs limites, pour ne pas dire leur caractère politiquement dangereux.

–  Identité : « le fait pour une personne d’être tel individu et de pouvoir être également reconnue pour tel sans nulle confusion grâce aux éléments (état civil, signalement) qui l’individualisent » ou bien ces éléments : état civil+signalement. »

–  L’identité se réduirait à l’apparence physique (ce que le dictionnaire appelle pudiquement le « signalement », et qui peut ouvrir la porte à un fichage ethnique comme c’est le cas aux Etats-Unis sur les passeports) et à la possession d’une carte d’identité, qui (elle) est une question purement juridique et administrative. On me permettra de douter qu’un individu puisse se réduire à ces éléments matériels-là, même s’ils sont très utiles pour la police et la justice, pour ficher les individus ou pour définir leurs droits (si l’on admet que le titulaire d’une carte d’identité ne doit pas avoir les mêmes droits qu’un non-titulaire).

–  Nation : « groupe humain constituant une communauté politique établie sur un territoire défini et personnifié par une autorité souveraine ».

–  Cette définition n’est pas plus satisfaisante. Car il existe des Etats sans nation unique (la Suisse, le Royaume uni et l’Espagne), des nations sans Etat unique (les Kurdes, par exemple) et même des nations (des « peuples ») qui ne veulent surtout pas d’Etat (les Roms).

–  La définition juridique fournie par le dico n’est pas meilleure car elle indique que la nation serait une « personne juridique constituée par l’ensemble des individus composant l’Etat ». Cette définition implique que si le chef d’un État dit démocratique prend une décision (par exemple si Bush envoie des troupes en Irak, ou Sarkozy décide d’intervenir en Afghanistan) tous les individus citoyens de cet État, membres donc de cet Etat, sont engagés par sa décision, puisqu’ils ne forment qu’un avec le Président qui représente la Nation.

–  On voit que derrière la neutralité apparente des mots, il s’agit d’obliger les individus à respecter l’ « autorité souveraine » d’un Etat, et à taire ou à minimiser ce qui différencie ou caractérise chacun de nous.

–  Culture : « ensemble des aspects intellectuels d’une civilisation ». Cette définition ne nous apprend rien et est même plutôt inquiétante car quand on va voir le mot « civilisation » le dictionnaire nous indique d’abord qu’il s’agirait de l’« ensemble des caractères communs aux vastes sociétés les plus évoluées » …. Vous avez bien entendu, « vastes » et « les plus évoluées ». Un peu plus loin, le dictionnaire précise que la culture désigne les « phénomènes sociaux, religieux, moraux, esthétiques, scientifiques, techniques propres à une grande société ou à un groupe de sociétés ». Mais cette définition exclut ele aussi les petits « peuples » (encore un terme piégé !), disons les petites sociétés humaines, ou celles dont l’histoire n’a pas eu un rayonnement international ou universel.

–  Qu’il s’agisse de l’identité, de la nation, du peuple ou de la culture, tous ces termes sont piégés. On peut bien sûr s’en servir mais avec beaucoup de précautions car, si nous prétendons changer radicalement la société, nous pouvons difficilement nous servir de ces mots sans être prisonniers des sens qu’ils véhiculent.

–  En effet, ils ont surtout pour fonction de mettre tous les individus dans le même sac. Ils servent à nous faire oublier qu’un ouvrier basque n’a pas les mêmes intérêts que son patron basque ; qu’un travailleur sans-papiers chinois n’a pas les mêmes intérêts que son marchand de sommeil chinois ; que le fait d’avoir la même carte d’identité qu’un flic ou un militaire français ne m’oblige pas à le respecter au nom d’une prétendue « citoyenneté » commune, ni à croire que la police est faite pour protéger les braves gens ou que l’armée est faite pour défendre la « démocratie » en Afghanistan.

–  Tout ce qui aboutit à une quelconque union ou paix entre les classes, à une union nationale, au bénéfice d’un Etat freine et dévoie toujours les luttes des travailleurs. En ce moment, en France, comme dans le reste de l’Europe, on remarque un inquiétant durcissement à droite avec ce thème de la prétendue identité nationale. Mais on constate aussi qu’il est relayé par la gauche nationaliste, souverainiste, voire altermondialiste. Il n’y a pas un bon et un mauvais nationalisme. Tous les nationalismes sont mortifères.

–  Cette montée du nationalisme qu’il soit purement français ou qu’il soit européen doit nous alerter, nous mobiliser et nous inciter à développer un solide argumentaire que, j’espère, nous évoquerons au cours de la discussion.

Y.C. (10/12/2009)

Suite de l’article sur le site : http://www.mondialisme.org/

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