RASED : de 2002 à 2009, une véritable épuration

 Il portone della scuola: consigli... par ludi_ste

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La lutte contre le démantèlement des RASED fait partie des axes de mobilisation des personnels du premier degré depuis l’an dernier. Le gouvernement continue à vouloir imposer ses réformes destructrices : la nouvelle circulaire, concernant les fonctions des personnels spécialisés des RASED dans le traitement de la difficulté scolaire à l’école, est arrivée… Cette circulaire N°2009-087 du 17-7-2009 est parue au BO N°31 le 27 août 2009. Elle abroge et remplace les paragraphes I et II de la précédente, 2002-113 du 30 avril 2002. Y sont incluses les premières mesures d’aides aux élèves en difficulté, que sont le PPRE, l’aide personnalisée et le stage de remise à niveau .

Une circulaire inquiétante :

Il y est précisé que les aides spécialisées peuvent s’y succéder ou leur être concomitantes. Les trois spécialités (aide à dominante pédagogique, aide à dominante rééducative, aide psychologique) y sont encore reconnues mais… leurs missions, notamment celles des rééducateurs, y sont réduites à bien peu de choses. Le temps de synthèse n’y apparaît plus en tant que tel. Il est maintenant inclus dans un vaste temps, de concertation, de conseils divers (conseils des maîtres, conseils de cycles, conseils d’école) de relations avec les familles, d’équipes éducatives, d’information syndicale et autres animations pédagogiques… le tout devant tenir dans les 108 heures correspondant à la suppression d’une demi journée de classe depuis l’an dernier. Inutile de préciser que « ça va dépasser » !

La circulaire précise encore que la formation des enseignants spécialisés est maintenue, pérennisant ainsi le dispositif RASED mais… le trop petit nombre de départs en stage (environ 20% de stagiaires par rapport aux années précédentes) occasionne déjà la fermeture de certains centres de formation A.S.H. Faute de combattants… La situation des surnuméraires est encore plus inquiétante car, étant rattachés à un nombre restreint d’écoles, nous craignons qu’ils doivent en venir à des actions, dans le cadre de l’équipe pédagogique, qui n’auraient plus rien à voir avec des aides spécialisées, qu’il s’agisse de prévention ou de remédiation. De plus, nous ne savons absolument rien de la pérennisation de ces postes.

Les manœuvres de la hiérarchie :

Aux dernières nouvelles, émanant de nombreux départements, les Inspecteurs de l’Éducation Nationale (IEN de Circonscription), guidés par la bonne parole des recteurs, guidés eux-mêmes par… donnent des précisions très préoccupantes quant à l’avenir du dispositif RASED, venant ainsi renforcer les inquiétudes évoquées ci-dessus. Les recteurs ont réuni les IEN et ils souhaitent fixer des « contrats d’objectifs par circonscription » (en fonction « d’indicateurs », il y aura des « projets par secteur de collèges ») : ceci ressemble à ce qui se pratique déjà dans de nombreux départements, à savoir des réseaux de circonscription. Reste bien sûr à savoir qui renseignera les indicateurs, et sur quelles bases (quantitative, autre ?). Les recteurs veulent fixer un objectif de « 5% d’enfants en difficulté à la fin du cycle primaire dans un délai de 5 ans maximum ». Il s’agit malheureusement du discours ministériel que Darcos et les élus de la majorité ont claironné pendant toute l’année scolaire 2008-2009. Rien de nouveau, ce qui ne veut pas dire, bien sûr, rien d’inquiétant. Car nous savons tous qu’aux chiffres, on peut faire dire beaucoup de choses, et notamment ce qu’on veut ! Il n’est qu’à prendre pour seul exemple la complexité des dernières évaluations nationales CE1 pour s’en convaincre.

Une circulaire qui veut en finir avec les RASED :

Concernant la circulaire : « C’est au cours des conseils de cycles ou des maîtres que les personnels des RASED recueilleraient les renseignements valant demandes d’aide et que l’aide spécialisée serait envisagée pour les élèves en difficulté ». C’est la mort non annoncée du RASED tel qu’il est défini, presque sa raison d’être depuis sa création (1990), confortée en 2002. Les inspecteurs les plus zélés parlent déjà d’un objectif à 3/4 de demandes orales pour seulement 1/4 de demandes écrites. Quand on sait l’importance de cette demande écrite dans la construction même du processus d’aide (aide à l’enfant, à sa famille, mais aussi à son enseignant), on se dit qu’on bascule !

« Le conseil de cycle a aussi pour objet d’échanger et de traiter la difficulté scolaire ». Nous ne le nions pas, précisant toutefois que, quand l’école, la classe, le cycle arrivent à bout d' »arguments », ils font appel au RASED. Ce ne serait peut-être plus vraiment le cas, puisque les personnels spécialisés seraient aux premières loges, en conseil de cycle, noyés eux-mêmes dans les difficultés et n’ayant plus le recul nécessaire à une autre analyse de la situation ?!

« Harmonisation aussi pour les horaires » :

–  » Privilégier l’aide directe aux élèves, pour les maîtres E et G, 24h devant élèves en aide directe  » ! Il faudrait des précisions mais nous pouvons penser qu’avant, les maîtres E et G n’effectuaient pas d’aides directes, du moins pas tout le temps.

– « Faire au maximum des groupes d’élèves ». Là encore, il s’agit d’un déni des fondements des RASED, qui devaient adapter leurs interventions au plus près de chaque situation. Nous faisions des groupes quand nous le jugions pertinent pour la problématique des enfants concernés. C’est justement ne plus tenir compte de l’enfant que d’affirmer haut et fort, envers et contre tout : « faites des groupes ! ». Ça ressemble trop à une idée de chiffre, de rentabilité pour ne pas y penser. Ce qui rejoint de nombreuses analyses déjà opérées, qui tendent à voir le nouveau système éducatif comme une grande entreprise à gérer, dans laquelle « l’enfant au cœur du système éducatif » ne serait plus qu’une vague réminiscence, j’ai envie de dire « une erreur de l’histoire éducative française que nous devons vite dépasser ».

– « Hors ces 24h, les 108h annuelles seront réparties comme suit : 18h en animation et formation ; 36h en rencontres avec les partenaires (parents, enseignants, conseils des maîtres, conseils d’écoles, E.E., E.S.S.) ; 54h en concertation interne au RASED (ex. synthèse) ». Alors là, le chien se mord la queue, le serpent aussi ! Ce dispositif horaire est tout simplement intenable. Si nous voulions nous y tenir, cela voudrait dire que nous saborderions délibérément notre travail. C’est un peu comme si nos supérieurs hiérarchiques nous demandaient, sans nous le demander ouvertement, de saccager le dispositif RASED pour qu’enfin la bonne décision puisse être prise, dans « cinq ans maximum » : « Les RASED sont décidément vraiment inefficaces, supprimons-les et finissons-en une fois pour toute avec cette erreur (économique) de l’histoire de l’Éducation Nationale ! »

Pour l’abrogation de la circulaire :

Une lutte globale s’impose. On pourra sans doute se féliciter qu’un texte officiel propose d’articuler davantage le travail en classe et le travail des enseignantEs spécialiséEs des RASED. Pour autant les inquiétudes sont renforcées par le flou délibéré des formulations, qui permet aux IEN une liberté d’application dangereuse et qui enterre le rôle de prévention, désormais dévolu aux enseignantEs non spécialiséEs. Tous ces sujets d’inquiétude internes aux RASED ne doivent bien sûr pas nous faire oublier la situation globale alarmante de l’éducation nationale, et du service public en général. C’est pourquoi nous considérons qu’il serait inutile, voire dangereux de se limiter à des moyens de lutte corporatistes. À travers les atteintes aux personnels des RASED, c’est bel et bien tout le service public d’éducation qui est mis à mal, et seul un mouvement d’ensemble, intersyndical et interprofessionnel, peut nous permettre d’espérer une victoire digne de ce nom, c’est-à-dire susceptible de renverser la marche en avant d’une politique ultra-libérale ô combien destructrice pour tous les travailleurs et les citoyens de ce pays.

Jean Calvo  L’Émancipation syndicale et pédagogique – 3/11/2009

http://www.emancipation.fr/

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2 réponses à RASED : de 2002 à 2009, une véritable épuration

  1. bridelance vincent dit :

    je cite seul un mouvement general syndical et interprofessionnelle peut nous permettre d’ésperer quoi je ne sais pas…… effectivementje ne croisplus au grève d’un jour je suis prêt à un mouvement long et de grande ampleur mais général mais plus les trois pelés habituels( je vous amie quand même…..) à méditer…

  2. vilain petit canard dit :

    Cher ami,

    je vous écris ces quelques mots pour vous dire qu’il ne fait pas beau,

    et que j’ai mal, seul, depuis que… l’Ecole s’est perdue !!!

    (inspiré d’un extrait d’une chanson de Marc Lavoine)

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