Lettre : Monsieur le Président, devenez camusien par Michel Onfray

 Albert Camus par Mitmensch0812

Albert Camus par Mitmensch0812

Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d’accueillir les cendres d’Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu’une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l’éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.

De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l’histoire sans jamais commettre d’erreurs : il n’a jamais, bien sûr, commis celle d’une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s’engager pour combattre l’occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s’est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l’Ouest pour l’estimer totale à l’Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme.

Camus fut l’opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d’autres se révélèrent si petits.

Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l’instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d’origine en devenant, par la culture, les livres, l’école, le savoir, celui que l’Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé. » Dès lors, c’est à La Princesse de Clèves que Camus doit d’être devenu Camus, et non à la Bible.

De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l’américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d’une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d’autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir à George Bush combien vous aimiez son Amérique.

Savez-vous qu’Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c’est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu’il n’ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l’argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l’impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dans Actuelles, demande « une vraie démocratie populaire et ouvrière », la « destruction impitoyable des trusts », le « bonheur des plus humbles d’entre nous » (Œuvres complètes d’Albert Camus, Gallimard, « La Pléiade », tome II, p. 517) ?

Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, « désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit », et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n’a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L’Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive – une perversion sartrienne bien ancrée dans l’inconscient collectif français… -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le « syndicalisme révolutionnaire » présenté comme une « pensée solaire » (t. III, p. 317).

Est-ce cet Albert Camus qui appelle à « une nouvelle révolte » libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la « forme de la propriété » dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n’est pas une exception, c’est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : « Le pouvoir rend fou celui qui le détient » (t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l’anarchiste, le libertaire, l’ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ?

De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d’Etat qui s’illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l’emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d’ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l’occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.

Camus parlait en effet dans L’Homme révolté de la nécessité de promouvoir un « individualisme altruiste » soucieux de liberté autant que de justice. J’écris bien : « autant que ». Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c’est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c’est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c’est l’Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d’âme ; la justice sans la liberté, c’était l’URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l’incarnation souveraine, n’est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.

Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd’hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n’est guère question de liberté ou de justice… Ces filles et fils, frères et sœurs, descendants aujourd’hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d’Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu’aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ?

Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu’elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé « La condition ouvrière » qu’il fallait faire « participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national » (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate…

Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l’intelligence contre les partisans du sang de l’armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c’était par défaut : Albert Camus n’a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru – pourvu qu’elle soit morale.

Comment comprendre, sinon, qu’il écrive dans L’Express, le 4 juin 1955, que l’idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l’opportunisme des totalitarismes du moment et qu’elle « réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté » (t. III, p. 1020) – ce qui dans L’Homme révolté prend la forme d’une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien… Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n’est pas la critique de tout le socialisme, loin s’en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l’hégémonie d’un seul.

Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza – la seule tombe qu’il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin… Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l’efficacité de son exemplarité (n’est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous.

Donnez-nous en effet l’exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu’au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n’entendez pas mener une politique d’ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l’action politique à l’amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire…

A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d’un Camus au Panthéon, qu’à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n’aura pas été opportuniste, autrement dit, qu’elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu’en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l’origine d’une authentique révolution qui nous dispenserait d’en souhaiter une autre.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires.

Lettre parue dans Le Monde :  http://www.lemonde.fr/

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5 réponses à Lettre : Monsieur le Président, devenez camusien par Michel Onfray

  1. admin dit :

    Défense De L’Occident – Et Lancement D’Un Appel D’Offres Pour « La Production D’Un Individu Post-Islamique »
    par Sébastien Fontenelle

    1. Émouvante cérémonie, l’autre jour, à Merlieux (Aisne), où des anarchistes ont remis le « Grand Prix « Ni Dieu Ni Maître » » 2009 à un certain Hamid Zanaz, « citoyen du monde né arabe en Algérie » et auteur d’un livre dont le propos, formidablement novateur, est de dénoncer, comme dit son titre : « L’Impasse islamique » [1].

    (Pour ce qui me concerne, je ne te le cache pas : je suis d’avis que la publication et la distinction d’un tel ouvrage, dans une époque où le chef de l’État français – Nicolas Sarkozy – ne craint pas, de son côté, d’affirmer qu’il y a « trop (…) de musulmans (…) en Europe », témoignent – aussi – d’un exceptionnel courage et d’un admirable bon sens politique, qui me font (plus que jamais) penser que l’anarchie vaincra – mais pas tout de suite [2].)

    Son éditeur, qui a dû passer la dernière décennie complètement coupé du monde (sans quoi il saurait – le moyen de l’ignorer – que la critique de l’islam est devenue en France, depuis des années, « un sport national »), soutient, sans rire, qu’« en France (…), dès que l’on touche à l’islam (…), les accusations pleuvent (…), drues ».

    Accusations d’« islamophobie », ou de « racisme », tu l’auras deviné.

    Or, de son point de vue : « Critiquer l’islam, aujourd’hui, en France, relève du devoir pour tous les esprits libres et tous les révolutionnaires » [3].

    (Puis, n’est-ce pas : c’est quand même reposant, pour un libertaire conséquent, de se trouver de loin en loin des combats communs avec les intellectuels (quasi-)organiques de l’UMP.)

    C’est donc au nom de la RRRRRévolution, avec un grand « RRRRR » (comme dans RRRRRéactionnaiRRRRRe), que cet éditeur ose, quant à lui, n’en déplaise « aux bonnes âmes « munichoises » qui tentent depuis toujours de passer entre le mur de la collaboration et l’affichette de la résistance de la 25ème heure », publier le bouquin d’Hamid Zanaz – et cette extraordinaire audace est d’autant plus méritoire que, « disons-le tout net : ce livre assassine l’idéologie islamique comme jamais encore » [4].

    2. Dans la réalité, bien sûr, la démonstration d’Hamid Zanaz est (beaucoup) moins totalement inédite que ne le prétend son éditeur : elle s’étire, certes, sur 165 pages, mais se résume, en fait, à l’idée que toute « tentative d’adapter le dogme islamique aux exigences des temps modernes est vouée d’avance à l’échec », et que « ce procédé agité comme une lampe-torche, et tant revendiqué par les élites musulmanes, n’est en réalité qu’un rééchelonnement de l’islamisme ».

    En clair : l’islam, c’est pas bien.

    Et, bon, je ne voudrais pas (non plus) gâcher la fête, mais il me semble que Michel Houellebecq, pour ne citer que lui, a dit exactement la même chose – mais en (beaucoup) moins de mots – quand il a déclaré, en novembre 2001 : « L’intégrisme islamique n’est pas spécialement une dérive par rapport à l’islam du Coran ».

    (De même, Claude Imbert [5] s’est montré beaucoup plus concis quand il a fait cette courageuse confession : « J’ai le droit de penser que l’islam, je dis bien l’islam, je ne parle même pas des l’islamistes, apporte une certaine débilité qui, en effet, me rend islamophobe… »)

    Ce qui est vrai, en revanche, c’est que Zanaz recycle, avec beaucoup d’application, tous les clichetons que nous avons déjà lus mille et mille fois sous les plumes de nos plus raffinés penseurs d’époque (et de médias) – les Finkie, Taguieff, etc.

    Rien ne manque à sa dissertation : ni l’affirmation (orianafallacique) que « les mosquées ne font que réchauffer la foi armée et légitimer les voix appelant à l’application de la charia » ; ni la dénonciation de « l’islamomanie » (et de l’« intégrisentsia ») ; ni bien sûr, et dans le même registre, la stigmatisation, chère aussi à Modeste-Henri Lévy, d’imaginaires« idiots utiles (…) qui rêvent que l’islamisme est révolutionnaire ».

    On y trouve même [6] un amusant hommage à feu « le président Bourguiba », héros laïque de la dure lutte contre l’arriérisme musulman et démocrate fameux : c’est bien le moins, n’est-ce pas, qu’on puisse attendre d’un récipiendaire du « Grand Prix Ni Dieu Ni Maître »…

    (Je trouve, pour tout dire, assez émouvant que des libertaires plébiscitent la promotion du despotisme éclairé.)

    En somme : nous avons-là un livre qui devrait beaucoup plaire au Point, à L’Express, au Figaro, et caetera.

    (Je serais à leur place ?

    Je tiendrais un auteur qui a sur l’islam les mêmes vues qu’Imbert et Sarkozy, mais qui a l’imprimatur des anars ?

    Je le couverais.)

    3. Il y a cependant quelque chose, dans ce bouquin, de vraiment neuf : c’est sa préface, aussi poignante qu’une saillie du chef de l’État français – Nicolas Sarkozy – décrivant « de façon apocalyptique le « choc de civilisation » qui oppose les musulmans à l’occident ».

    Son auteur soutient d’abord que : « Le politiquement correct de notre temps transforme en islamophobe quiconque a l’audace de tenir pour juste la pensée des philosophes des Lumières sur les sujets de la religion, de la laïcité, de la démocratie, de la raison et de la philosophie ».

    Aussitôt après, il ajoute : « Ce mot, « islamophobe », a été forgé de toute pièce par les mollahs pour déconsidérer définitivement quiconque n’est pas musulman comme l’orthodoxie l’y invite ».

    (Ces mollahs sont vraiment très forts.)

    Résultat : « L’emploi de ce terme installe celui qui le choisit du côté des religieux intégristes ».

    (Puissance du raisonnement, limpidité de la démonstration : le gars ne s’est pas déplacé pour rien.)

    En résumé : si tu observes dans l’époque des manifestations d’islamophobie [7], t’es un suppôt de Ben Laden.

    L’iconoclaste préfacier (IP, en abrégé) précise d’ailleurs, pour bien montrer qu’il t’a percé(e) à jour, que ce benladisme ne l’étonne pas (du tout), pour la (simple et) bonne raison qu’il a (de son point de vue) de lourds précédents.

    En effet : à son avis, les gens – comme toi – qui parlent aujourd’hui d’islamophobie sont les mêmes qui ont naguère été « fascistes, nazis, communistes, staliniens, maoïstes, trotskystes dans le XXè siècle riche en potences et en charniers ».

    Donc (j’espère que tu as bien suivi), si tu estimes qu’on devrait foutre un peu la paix aux musulmans, tu n’es pas seulement un fervent supporteur de Mahmoud Ahmadinejad : tu es aussi un peu nazi, et un peu trotskiste.

    (Tu auras compris : dans l’esprit de l’IP, comme dans celui de l’illustrissime Alexandre Adler – et dans ceux, jadis, de quelques sommités moscovites -, aucune figure n’est au fond plus terrifiante que celle de l’hitléro-trotskiste.)

    Mais surtout, d’après l’IP : « Toute intelligence bien faite » – comme la sienne, donc – « devrait affirmer haut et clair : l’islam est intrinsèquement incompatible avec les valeurs de l’Occident (…) ».

    Et ça, personnellement : j’aime, quand c’est dit aussi nettement.

    Je trouve que ça nous rajeunit.

    Je veux dire que ça nous replonge dans le début des années 1980 – quand le Front national déclarait (bien avant que cela ne devienne un lieu commun dans la pensée dominante) : « L’islam menace notre civilisation occidentale ».

    Cependant je te rassure : le préfacier du livre d’Hamid Zanaz n’est pas Bruno Mégret.

    Il ne s’agit pas non plus de Modeste-Henri Lévy, même s’il l’imite à la perfection lorsqu’il dénonce, comme lui, les « idiots utiles » qui vont « partout clamant que l’islam est une religion de paix, d’amour et de tolérance » comme ils « défendaient coûte que coûte l’indéfendable marxisme-léninisme pendant la guerre froide ».

    Mais alors ?

    Demanderas-tu.

    Qui est ce courageux penseur, qui en appelle aussi (et pour faire bonne mesure) à « la production d’un individu post-islamique, car, en terre non occidentale [8], l’individu n’existe pas, seule comptent la tribu, la communauté, le groupe » – l’Asiate et l’Oriental ne vivent qu’en meute, c’est bien connu ?

    Ce valeureux gardien de la terre occidentale (qui ose dire tout haut qu’il est temps que nous produisions des Arabes (mais pas que) enfin libéré(e)s du joug mahométan) s’appelle Michel Onfray : je suggère que nous le proposions pour un prochain « Grand Prix « Ni Dieu, Ni Maître, Ni Honte » ».

    Notes

    [1] Sous-titre : « La religion contre la vie ». Tout juste paru aux Éditions Libertaires.

    [2] J’espère que t’es pas pressé(e) ?

    [3] De sorte qu’il est maintenant permis d’énoncer que le chef de l’État français – Nicolas Sarkozy – n’est pas seulement un homme libre (quand il déclare en 2007 qu’il ne veut « plus de moutons égorgés dans les baignoires » par de hideux mahométans), mais qu’il est de surcroît un révolutionnaire à jour dans ses devoirs (quand il déplore qu’il y ait tous ces musulmans autour de nous).

    [4] Ça, coco, c’est de la promo, ou je ne m’y connais pas : rien ne vaut, pour attirer le chaland, la promesse qu’on va lui montrer un crime de sang – un vrai. Un assassinat, nom de Dieu : ça pourrait même faire le 20 heures !

    [5] Du Point.

    [6] Et cela évoque irrésistiblement Pierre-André Taguieff entonnant, dans un récent bouquin, le sidérant éloge de l’aimable président Ben Ali, qui a si bien su « faire preuve de responsabilité en considérant que l’islamo-terrorisme est une menace sérieuse et en prenant des mesures efficaces pour la conjurer »…

    [7] Laquelle consiste, d’après le Petit Robert, qui est comme on sait entièrement rédigé par des mollahs, en une : « Forme particulière de racisme dirigé contre l’islam et les musulmans, qui se manifeste en France par des actes de malveillance et une discrimination ethnique contre les immigrés maghrébins ».

    [8] C’est moi qui souligne.

    http://cccforum.propagande.org/viewtopic.php?f=12&t=7651

  2. bridelance vincent dit :

    si l’intelligence pouvait gouverner mais la belle intelligence celle dont michel onfray est le digne représentant …..je rappelle qu’il est à l’initiative des universités populaires de caen avec des débats philosophiques de haute volée mais accesibles à tous intelligent discret et humble ils sont peu nombreux…

  3. vilain petit canard dit :

    « Le pouvoir rend fou celui qui le détient » …et c’est pour ça que les politiciens y perdent toute intelligence et valeurs d’équité ou de justice sociale.

    (ça m’inspire une parodie de M.Fugain 🙂

    Tous les Camusiens et toutes les Camusiennes
    Sont entrés en actions et en réaction au :
    Sont Américains et sont Américaines,
    la faute à qui donc ?
    La faute à Napoléonnnnnnnnnnnnn !

  4. auris dit :

    Merci Michel, je ne l’aurais pas mieux écrit .En fait non, beaucoup moins bien.

  5. Kimmel dit :

    est-ce que sarkozy ! sait au moins qui était Camus ? En tous cas la lettre de Monsieur Onfray est magnifique, juste et à propos, bravo ! le Panthéon n’est pas un moulin où n’importe qui y déposerait son grain.

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