Chili : 1973, l’autre 11 Septembre ! Le Chili poignardé par le faucon USA

Comme pour bien d’autres pays du globe, le Chili se situe dans la zone d’influence nord-américaine. Pour ses intérêts économiques, à l’instar d’autres exemples, ladite plus grande démocratie du monde à initié, organisé et financé des opérations de déstabilisation du système démocratique chilien. Ainsi, elle a préparé le terrain à l’instauration d’un régime fascisant à Santiago du Chili le 11 septembre 1973.

Le coup d’état chilien du 11 septembre 1973, n’a pu voir le jour que grâce au concours des Etats-Unis. Déjà en 1963, pressentant une possible victoire de Salvador Allende, le président John Fitzgerald Kennedy (du parti démocrate !) encouragea des multinationales implantées dans le pays à soutenir son favoris chilien, le chrétien-démocrate Edouardo Frei. Les modalités furent placées entre les mains de Robert Kennedy (le frère du président), alors ministre de la justice. Il n’hésita pas à hypothéquer l’avenir de milliers de simples citoyens chiliens.

A coup de millions de dollars.
Frei, par le biais de ces multinationales nord-américaines, reçut plusieurs millions de dollars, qui équivaudra à environ la moitié des frais de sa campagne électorale, campagne qu’il remporta sans mal. En échange, les Etats-Unis allait contrôler plus de quatre-vingt pour cents des grosses industries chiliennes. Parce que les intérêts américains demeurant toujours au premier plan ; l’histoire se répète. En 1970, à nouveau effrayé par une possible victoire aux élections présidentielles de Salvador Allende, le général manager de Pepsi, Donald Kendall, fomente une rencontre entre le responsable de l’embouteillage de la boisson au Chili avec un des conseillers en matière de sécurité du président Nixon (du parti républicain). Cette fois-ci, au cours de ce nouveau rendez-vous électoral, Allende remporte les élections. Nixon convoque le chef de la CIA dans son bureau et ordonne que l’inauguration du président Allende soit empêchée.

Edward Korry, l’ambassadeur des USA au Chili sous les administrations Kennedy, Johnson et Nixon, fait savoir à Washington qu’il est en faveur d’un « coup de pouce » appuyé à Edouardo Frei, mais qu’il s’oppose fermement à une intervention militaire dans la veine du fiasco cubain de la Baie des cochons. Mais la machine de guerre est déjà en marche. Nixon est en effet soumit à des pressions de plus en plus intenses de la part de ses mécènes politiques qui paniquent au vu du projet de nationalisation de leur acquis au Chili. Une des plus puissantes d’entre elles, l’ITT Corporation (International Telephone and Telegraph) possède en 1970, 70% de la Chitelco, la compagnie de téléphone chilienne, qui se traduit par la récolte de 153 millions de dollars à l’époque. L’ITT déverse des fonds dans les caisses noires du parti républicain ; impossible pour Nixon de les ignorer. Un membre du conseil d’administration de l’ITT et ex-directeur de la CIA, promet un million de dollars supplémentaire à Nixon en échange d’une « mise hors d’état de nuire » du nouveau président socialiste. D’autres multinationales, tel que Anaconda Copper (cuivre) en firent de même. Le pouvoir politique (et économique) des Etats-Unis a grandement participé à la préparation du terrain pour la venue du dictateur Pinochet et l’instauration de son régime militaire sanguinaire.

En ce matin du 11 septembre 1973, Salvator Allende, 65 ans, porté au pouvoir trois ans plus tôt, n’est plus entouré que d’une poignée de fidèles. Le palais présidentiel de la Moneda, à Santiago, bombardé par l’aviation et cerné par l’armée, est en flammes. Le chef d’Etat chilien demande à ses proches de se rendre. Le coup d’Etat, déclenché quatre heures plus tôt, est terminé. En pleine attaque de la Moneda, le président avait lancé un dernier message radiodiffusé à ses concitoyens : « Je ne vais pas démissionner (…). Je ne renoncerai pas, je paierai de ma vie la loyauté du peuple. J’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas vain. Je suis sûr qu’il sera, au moins, une leçon morale qui punira la félonie, la lâcheté et la trahison. D’autres hommes surmonteront cette période sombre et amère ». Auparavant, les putschistes lui avaient proposé de quitter le pays en avion après une « reddition inconditionnelle ». Mais c’est un piège, comme le montrent des enregistrements de communication entre Pinochet et un autre officier : « On le fait prisonnier sans conditions en ne lui offrant que la vie sauve ? », demande le second. « Nous maintenons l’offre de lui faire quitter le pays… mais l’avion tombera en vol », répond le premier avec un grand éclat de rire.

Dans le même temps, l’armée pourchasse les militants politiques de gauche, enlevés à leur domicile ou sur leur lieu de travail, sans que leurs familles soient informées de leur sort. Dans le stade national de Santiago, près de 12.000 personnes sont ainsi incarcérées, torturées, exécutées. Dans les années qui suivent, la répression est menée par la DINA, la Direction du renseignement national, dénoncée comme ayant été une véritable Gestapo chilienne. Elle est commandée par Manuel Contreras, qui prend « presque tous les jours son petit déjeuner avec Pinochet », rapportent des spécialistes. Selon les archives du parti socialiste chilien, la DINA ira jusqu’à exécuter des femmes avec leurs enfants. Une autre de ses « spécialités » : jeter ses victimes dans le Pacifique, dans des fleuves ou des lacs pour ne laisser aucune trace…

« Je me souviens de ce matin de poudre et de sang, ce maudit mardi 11 septembre 1973 où commence pour nous la mort, l’exil, la solitude… »

Yazmin Fernandez – Acuna veuve d’Humberto Menanteau [1]

Source / auteur : Ligue des Droits de l’Homme

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