IUFM toulouse (suite) : Les apprentis enseignants de l’IUFM saqués pour avoir critiqué la réforme Darcos

Leur dossier de validation favorablement noté, ils n’avaient plus qu’à partir en vacances en attendant leur titularisation par le rectorat. C’est raté.

Trente des quelques mille stagiaires de l’IUFM de Toulouse ont été précipitamment convoqués le vendredi 3 juillet et le lundi 6 pour une explication devant un jury académique de qualification professionnelle. Un entretien «musclé» pour les uns, «sauvage» pour les autres. Au bout duquel le processus de titularisation a été «ajourné».

Ces trente-là avaient eu le tort de rédiger chacun dans le cadre de leur travail une analyse critique de la réforme Darcos sur la formation des maîtres.

L’ensemble de ces travaux critiques fait dans la modération. Exemple de commentaires: un stagiaire relève, à propos de la réforme en cours, que «sans juger de leur contenu, elles n’ont pas fait l’objet d’une concertation avec les principaux acteurs de l’éducation».

De l’avis de personnels qualifiés de l’Éducation nationale, les comptes rendus incriminés sont des «analyses argumentées», «un vrai travail de réflexion pédagogique», une «évaluation mesurée» des avantages et inconvénients de la réforme en question.

C’est donc que ces comptes-rendus ont été «jugés politiquement incorrects», s’offusque aujourd’hui le Snes.

Ce syndicat des enseignants du secondaire s’est allié au SNUIPP du primaire pour estimer dans un communiqué qu’ils «ne pourraient accepter ne soient pas titularisés dès cette années».

En attendant, les 30 stagiaires ont le sentiment d’avoir été «piégés».

La rédaction de ces notes a été réalisée en avril dans le cadre d’une «semaine commune» de réflexion sur de grandes questions transversales comme la laïcité ou l’autonomie des élèves.

Cette semaine commune est une habitude prise à l’IUFM de Toulouse depuis une quinzaine d’années. Ce dernier printemps de grande contestation dans l’Education nationale, les formateurs avaient proposé aux enseignants stagiaires de réfléchir à la réforme Darcos.

Aucun texte n’indique nulle part que le compte rendu de cette semaine commune doive être pris en compte dans l’évaluation finale des stagiaires. Certains formateurs ont malgré tout cru bon de le glisser dans leur dossier.

C’est lorsque ces textes sont tombés sous l’oeil d’une inspectrice générale, membre des cabinets de Xaver Darcos puis de Luc Châtel, que l’affaire a tournée vinaigre.

«En aucun cas, il ne s’agissait de nuire à l’institution», proteste un de ces enseignants choqué par «l’obligation de réserve» qui est opposée à ces mal pensants. «Il ne s’agissait que d’un travail de réflexion interne». Travail qui n’est d’ailleurs accessible qu’avec un mot de passe sur le site de l’IUFM. Il n’est «surtout pas destiné à une quelconque publicité», ajoute-t-il. Ça aussi, c’est raté.

En choisissant de punir les affreux qui ne sont pas d’accord avec leur ministre, le rectorat ne s’expose pas à des revers trop sévères. L’été n’a jamais été favorable à la mobilisation enseignante.

http://www.libetoulouse.fr

GLv.

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