Archive pour juillet 2009

Déclaration d’Alain Refalo

Vendredi 24 juillet 2009

« Ne nous résignons pas. Osons dessiner, dès aujourd’hui, un à-venir pour l’école aux couleurs de la générosité et de l’espérance. »

En prenant l’initiative de désobéir aux dispositifs pédagogiques imposés par Xavier Darcos et en décidant de le faire savoir dans ma lettre « En conscience, je refuse d’obéir » adressée à mon inspecteur le 6 novembre 2008, je savais que je m’exposais au risque de la sanction. Afficher ma désobéissance était la seule attitude cohérente : elle me permettait d’affirmer une résistance qui se voulait constructive et ouverte au dialogue tout en demeurant loyal et honnête vis-à-vis de ma hiérarchie. J’ai voulu prendre à témoin l’institution que nous n’avions pas d’autres choix pour éprouver la fermeté de nos convictions que de risquer de désobéir ouvertement afin d’être entendus. Car peu importe à vrai dire pour l’institution que nous appliquions ou pas les « réformes », comme certains inspecteurs ont osé nous le dire, l’important pour elle est de montrer à l’opinion publique que ces « réformes » s’appliquent sans vague. Le défi que nous avons lancé est à la hauteur de celui qui a été imposé par le pouvoir, c’est-à-dire la mise en place d’un processus de démantèlement du service public d’éducation.

Cette action de désobéissance pédagogique qui s’est essentiellement cristallisée sur le dispositif de l’aide personnalisée a permis à des milliers d’enseignants du primaire d’en montrer toute la perversité et l’inefficacité tout en ayant une attitude responsable vis-à-vis des élèves en difficulté. Nous avons mis en lumière que ce dispositif en trompe-l’œil n’était pas destiné en réalité à aider les élèves qui en avaient le plus besoin, mais qu’il permettait au ministère de justifier la disparition de milliers de postes d’enseignants spécialisés du RASED, de supprimer deux heures de classe pour la majorité des élèves, de favoriser la semaine dite de 4 jours que tous les spécialistes considèrent comme néfaste pour le bien-être de l’enfant et de renoncer à déployer une formation pédagogique à la mesure des difficultés que tous les enseignants rencontrent aujourd’hui. Sur ce temps-là, nous avons mis en place des projets pédagogiques pour tous les élèves, sans discrimination, leur permettant ainsi de s’investir activement dans la classe et de remédier à leurs difficultés récurrentes. Refusant la stigmatisation des « mauvais élèves », nous avons choisi de les aider autrement et certainement de façon plus efficace.

Durant ces deux heures facultatives, avec l’accord explicite des parents qui m’ont soutenu depuis le départ dans ma démarche, j’ai organisé un atelier théâtre auquel ont participé tous les élèves. Parallèlement à cet atelier théâtre qui a permis aux élèves en difficulté de retrouver de la confiance en eux-mêmes, de reprendre goût à l’école, de s’investir davantage dans les apprentissages et d’acquérir des compétences liées notamment à la concentration, l’écoute, l’expression orale et la coopération, j’ai organisé sur le temps scolaire obligatoire des ateliers d’aide et de soutien spécifiquement pour les élèves en difficulté en utilisant toutes les potentialités et les ressources du groupe classe. Cela n’a pas été pris en compte ; l’institution s’est focalisée jusqu’à l’absurde sur la vérification de la mise en œuvre d’un dispositif particulier, sans prendre en compte la globalité de mon travail d’enseignant dans la classe.

Précisément parce que je n’ai pas appliqué les modalités du dispositif alors que j’en respectais largement la finalité, j’ai été sanctionné, depuis le mois de janvier, d’un retrait de salaire deux jours par semaine au motif fallacieux de « service non fait ». De surcroît, la promotion au grand choix à laquelle j’avais droit m’a été refusée au mois de février sous le prétexte étonnant que celle-ci aurait été considérée comme un encouragement à la désobéissance. Aujourd’hui, l’inspecteur d’académie de la Haute-Garonne en accord avec le ministre a décidé d’appliquer le principe, original, de la triple peine en me sanctionnant à nouveau sur le plan professionnel et financier. L’abaissement d’un échelon, cumulé au refus de promotion, conduit à une amputation de salaire de 7 000 euros sur quatre ans. Qui peut croire que la désobéissance limitée au dispositif de l’aide personnalisée justifie à elle seule cette sanction qui confine à l’acharnement ? Les motifs invoqués de manquement au devoir de réserve et d’incitation à la désobéissance collective, une première dans l’Education Nationale et dont on cherche en vain sur quels textes réglementaires ils s’appuient, témoignent d’une volonté de bâillonner les enseignants. Cette dérive dangereuse ne doit pas manquer d’interroger tous les démocrates sincèrement attachés aux libertés publiques.

La commission disciplinaire du 9 juillet a été organisée en dehors de toute règle élémentaire de droit. En ce sens, elle constitue une parodie de justice. Non seulement les membres de cette commission étaient juges et partie, mais les votes étaient acquis d’avance dès lors que les représentants de l’administration sont obligés à un vote de fonction et non un vote de conscience. Les défenseurs, les témoins, l’accusé ont été poliment et longuement écoutés, mais nullement entendus. Les représentants de l’administration sont restés muets. Seul l’inspecteur d’académie s’est exprimé, empêchant ainsi un débat contradictoire, approfondi, diversifié et soucieux de la recherche de la vérité. Cette commission fut à l’image du grand mépris que le ministère a affiché durant toute cette année à notre encontre, mépris doublé d’une volonté de minimiser ce mouvement tout en le caricaturant. La contradiction entre ses propos clamés dans les médias et le procès politique en sorcellerie décidé à l’encontre de l’un des porte-parole de ce mouvement n’a échappé à personne. En vérité, ce mouvement dérange, inquiète car il vise à neutraliser les prétendues « réformes » dont se targuent nos gouvernants auprès de l’opinion publique.

La vraie question est la suivante : Qui porte tort au service public d’éducation ? Les enseignants du primaire en résistance qui osent prendre la parole et dénoncer les graves dérives d’une politique qui n’a comme seul horizon que les restrictions budgétaires, le désengagement de l’Etat et à terme la privation de l’Education Nationale ? Ou bien nos gouvernants qui ne tolèrent plus l’idée même d’une contestation provenant des petits fonctionnaires que nous sommes. Ce qui est en définitive insupportable, au-delà du respect du devoir de réserve auquel nous ne sommes pas directement astreints, mais qui est opportunément brandi à la face des professeurs des écoles aujourd’hui, c’est que des instits de base, eux qui n’ont pas le « prestige » des enseignants du secondaire ou des universitaires, aient eu l’outrecuidance de se révolter, de le faire savoir et de lancer un défi à l’autorité qui se croyait à l’abri d’une insoumission contagieuse.

Cette décision politique à l’encontre de l’initiateur du mouvement de résistance pédagogique vise assurément l’ensemble des enseignants du primaire en résistance. Le nouveau ministre espère ainsi écraser toute velléité de contestation à la rentrée. Il se trompe gravement. Il avait l’opportunité, lui qui s’est présenté comme un homme de dialogue et d’ouverture, de dénouer les fils de ce conflit qu’il a découvert en arrivant rue de Grenelle. Il vient de les resserrer. Et nous avions prévenu : « Plus ils nous sanctionneront, plus nous désobéirons ». Aujourd’hui, comme hier, le pouvoir ne nous laisse d’autre alternative que d’amplifier la résistance aux « réformes » qui déconstruisent le service public d’éducation et particulièrement aux dispositifs pédagogiques qui trahissent les valeurs profondes de l’école publique. En refusant le dialogue que nous n’avons cessé d’appeler de nos vœux, le pouvoir s’enferme dans une attitude répressive qui ne peut que susciter des tensions regrettables pour l’avenir.

Jusqu’à ce jour, les sanctions, aussi disproportionnées soit-elles, ne nous ont pas fait reculer. Elles ont au contraire suscité un élan de sympathie dans l’opinion publique que le pouvoir aurait tort de mésestimer. De nombreux enseignants du primaire qui n’ont jamais accepté ces réformes destructrices sans pour autant les contester trop ouvertement se sont montrés solidaires, y compris financièrement, et nous ont encouragés à ne pas céder. Nous avons également le soutien massif des parents de nos élèves et cela est décisif. C’est pourquoi, à titre personnel, je ne regrette rien et surtout je ne me sens « coupable » de rien. Mettre ses actes en cohérence avec ses pensées est certainement ce qu’il est donné de vivre de meilleur, surtout dans notre noble métier. C’est une action juste, motivée en conscience, au service de l’intérêt général et non pas de notre « confort » corporatiste. Collectivement, nous pouvons être fiers d’avoir impulsé un mouvement qui porte l’exigence d’une révolte éthique et professionnelle conjuguée à un esprit de responsabilité et d’honnêteté que personne, aucun pouvoir, ne pourra briser.

Et pendant tout ce temps consacré à pourchasser les enseignants en résistance, à vouloir faire appliquer des « réformes » injustes, néfastes et parfois inapplicables, on élude les vrais questions et les vrais problèmes qui se posent aux enseignants du primaire dans leur travail quotidien : la démotivation des élèves à l’égard de la chose scolaire, l’agitation et/ou l’apathie de beaucoup d’entre eux, leur difficulté à se concentrer et à écouter sur des périodes longues, le recul flagrant de la culture de l’écrit, l’hétérogénéité de nos classes avec des écarts de plus en plus importants entre les élèves, l’addiction des enfants aux jeux électroniques et à la télévision, la montée des marques d’irrespect à l’égard des enseignants, l’absence de régulation des conflits entre les élèves qui crée des climats de tension dans nos écoles. Nous avons besoin d’une révolution éducative qui prenne à bras le corps l’ensemble de ces problèmes et bien d’autres. C’est pourquoi, plus que jamais, des Etats Généraux de l’Education sont inévitables dans les prochains mois pour préparer une nouvelle ère qui définira l’éducation comme une grande priorité nationale.

Alors, à l’heure où la répression s’abat sur les enseignants en résistance qui refuse d’assister passivement à la déconstruction de l’école publique,

J’appelle, avec tous les enseignants du primaire en résistance, à une insurrection des consciences de la société civile pour sauver l’école de la République aujourd’hui menacée.

J’appelle les enseignants à se ressaisir en refusant cette attitude de soumission permanente et aveugle qu’une hiérarchie abusant de son autorité veut nous imposer au mépris de toute confiance et de tout respect envers les professeurs des écoles confrontés à des difficultés inégalées au quotidien.

J’appelle les syndicats d’enseignants à jouer pleinement leur rôle en organisant dès la rentrée un mouvement de résistance puissant à ces réformes scélérates qui aggravent une situation d’enseignement délicate et tout particulièrement à ces dispositifs pédagogiques qui trahissent l’esprit de notre mission qui est la réussite de tous les élèves.

J’appelle les parents d’élèves, les citoyens et les élus à se mobiliser pour défendre le service public d’éducation que le pouvoir veut démanteler alors que nous avons plus que jamais besoin d’un système éducatif cohérent, outillé pour affronter les défis de l’échec scolaire et de la violence juvénile.

A tous mes collègues déjà entrés en résistance et à tous ceux qui le seront inévitablement bientôt, je leur dis : ne nous résignons pas, car se résigner c’est déjà abdiquer de sa liberté, de sa raison et de sa dignité. Ayons confiance en nous-mêmes. Vous le savez, le verbe résister est un verbe qui se conjugue au présent… Alors osons dessiner, dès aujourd’hui, un a-venir pour l’école aux couleurs de la générosité et de l’espérance.

COMMUNIQUE du Comité de soutien à Alain Refalo et du Mouvement des Enseignants du primaire en Résistance Pédagogique

Vendredi 24 juillet 2009

Alain Refalo, professeur des écoles à l’école Jules Ferry de Colomiers, qui a comparu en commission disciplinaire le jeudi 9 juillet à l’inspection académique à Toulouse vient de se voir signifier une sanction disciplinaire de catégorie 2 : abaissement d’un échelon, soit la sanction qui a le plus de conséquences financières sur son traitement. S’ajoutant à la promotion qui lui a été refusée au mois de février, et indépendamment des 19 jours de salaire qui lui ont déjà été soustraits, cette sanction représente pour les quatre ans qui viennent une perte d’au moins 7 000 euros, alors qu’ Alain Refalo a effectué l’intégralité de son service devant les élèves et que les rapports pédagogiques de ses inspecteurs sont élogieux. Les faits reprochés à Alain Refalo sont les suivants : refus d’obéissance, manquement au devoir de réserve, incitation à la désobéissance collective, attaque publique contre un fonctionnaire de l’Education Nationale. Il s’agit donc bien d’une sanction politique pour briser professionnellement l’initiateur du mouvement de résistance pédagogique et bâillonner la liberté d’expression des enseignants.

Le comité de soutien à Alain Refalo et le Mouvement des Enseignants du primaire en Résistance Pédagogique considèrent cette sanction, décidée par le ministre Luc Chatel, comme une attaque directe à l’encontre de tous les enseignants en résistance et plus largement de tous les citoyens et les élus qui se sont mobilisés massivement le 9 juillet pour soutenir Alain Refalo et défendre l’école publique. L’inspecteur d’académie de la Haute-Garonne qui avait indiqué à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de sanction disciplinaire à l’encontre d’Alain Refalo, et qui, le vendredi 10 juillet, lors de son point de presse, avait souhaité s’inscrire dans une démarche d’apaisement, a doublement menti.

Luc Chatel qui ne cesse d’afficher une posture d’ouverture et de dialogue en direction des enseignants vient de montrer toute la duplicité de ses propos. La porte du dialogue que nous avions toujours laissée entrouverte est pour l’heure fermée de part la volonté du ministre qui devra en assumer toutes les conséquences dès la rentrée. Cette grave et injuste décision n’entamera pas la détermination d’Alain Refalo et celle de milliers d’enseignants du primaire en résistance dont les coordinateurs de toute la France se réuniront à la fin du mois d’août à Montpellier pour décider des initiatives communes de résistance aux “réformes” scélérates qui déconstruisent l’école publique.

Quand Luc Chatel s’explique sur les RASED…

Mercredi 22 juillet 2009

Quand Luc Chatel s'explique sur les RASED…
envoyé par politistution. - L’actualité du moment en vidéo.

Article de LibéLille : «Un élève qui ne comprend pas ce qu’il fait là»

Dimanche 19 juillet 2009

On les appelle les «décrocheurs», ceux qui quittent le système scolaire sans qualification. Ils seraient 10.000 dans l’académie de Lille. La Région a signé une convention avec Martin Hirsch pour tenter de faire baisser leur nombre. Qui sont les décrocheurs? Comment sortir de l’échec? Avec Maryse Esterle-Hédibel, sociologue et maître de conférence à l’IUFM de Lille, interview.

Qu’est-ce que le décrochage?

Un processus progressif. L’élève sort du système, quelquefois sans être repéré dans la masse des élèves. Ca peut avoir lieu sur des années : il est de moins en moins considéré comme élève, par les enseignants, ses camarades, lui-même. Il ne comprend pas ce qu’il fait là.

Est-ce que ça s’aggrave?

Non. Ils étaient 30% d’élèves en France dans les années 70 à sortir du système sans aucune qualification, 18% au début des années 80, et 6% aujourd’hui.

Mais maintenant, on ne peut plus trouver du travail sans être qualifié.

Oui. Les enseignants les plus âgés me disent : «Il y a 30 ans, mes élèves étaient enfants d’ouvriers du textile, maintenant, ils sont enfants de Rmistes». Il y a aussi l’idée qu’un élève sans école est un enfant dangereux. Or le décrochage ne conduit pas systématiquement à la délinquance, loin de là. Ce qui est fréquent, c’est la dépression à bas bruit. On s’isole, on reste devant la télé. Dans le Nord, aussi, un gros risque de grossesses adolescentes. Plusieurs fois j’ai croisé une mère de 30 ans, avec sa fille de 15 ans, laquelle ne trouvait pas extravagant d’avoir un enfant. Pour l’insertion professionnelle, les indicateurs sont au rouge.

Comment ça arrive, le décrochage?

C’est bien sûr multifactoriel, et différent selon les enfants. Des problèmes d’apprentissage, qui traînent de classe en classe. En sixième, cinquième, c’est l’effondrement. Dès le départ, c’est une prise en charge pas adaptée. Tous les enseignants ne savent pas traiter tous les problèmes, c’est normal, question de formation. Là, les Rased on un rôle à jouer, en tant que spécialistes. Ils ont une autre approche face à des enfants qui ne comprennent pas, par exemple, à quoi ça sert d’apprendre à lire, le sens de l’école.

Ce sont parfois des élèves perturbateurs.

Il peut y avoir des problèmes de souffrance à l’école, parfois des problèmes avec l’autorité, avec les règles. L’enfant qui va essayer de se faire reconnaître autrement que par les performances scolaires va s’opposer, et c’est difficile à gérer dans une classe. Les enseignants ont peu d’outils face à ça. Ils considèrent que le rôle de l’élève, c’est de savoir se tenir en classe, se comporter. L’enseignant dit : «si tu te comportes bien, les conditions sont réunies pour que tu apprennes». Or ce qui se passe en classe, c’est du javanais pour cet élève. Il y a là un malentendu. On arrive en sixième avec des élèves couverts de sanctions sans effet, et sans que leur niveau scolaire soit pris en charge. On leur parle javanais, et on leur demande de se tenir tranquille six à sept heures par jour. Face à ça, les Rased sont indispensables. Ils ne peuvent pas être remplacés par l’aide personnalisée, deux heures par semaine, par des enseignants pas formés. Les Rased c’est une bonne prévention, et si le problème est pris à temps, l’aide apportée peut être de courte durée.

Les Rased sont menacés, et l’Education nationale supprime des postes.

C’est contradictoire. On agit d’un côté, et de l’autre, on détricote. Les moyens ne sont pas tout, mais ça compte. Si les Rased ont moins d’effectifs, on aura beau faire toutes les réunions, on tournera en rond. Quand les postes d’enseignants et de personnel para-scolaire disparaissent, c’est moins de temps, moins d’écoute, et du coup la tentation d’exclure, ou de laisser partir ceux qui dérangent. Ceci dit, on ne peut que saluer cette idée nouvelle : on nous dit que la lutte contre le décrochage est l’affaire de tous.

En plus des problèmes scolaires et disciplinaires, les problèmes familiaux?

Il y a des ados qui décrochent parce qu’ils sont mobilisés ailleurs. Certains sont soutiens de famille. Ils s’absentent pour protéger leur mère frappée par leur père par exemple, ou pour jouer un rôle de co-éducation des petits. Les services sociaux s’occupent du plus urgent. On va s’occuper de protéger un enfant maltraité. Mais une mère dépressive, alcoolique, pas en mesure de suivre une scolarité, avec un enfant qui commence à s’absenter, c’est peu repéré. Il n’y a pas forcément d’assistante sociale dans tous les collèges, et si elle est là, l’élève ne demandera pas forcément de l’aide. On va s’occuper des ingérables, ou de ceux qui savent se faire aimer. Je me souviens d’un élève qui avait repéré que c’était au collège qu’il pourrait trouver une issue. Il faut dire aussi qu’il y avait dans l’établissement un enseignant connu des élèves comme “celui à qui on peut parler”. Il a tout de suite orienté vers une assistante sociale efficace.

Qu’est-ce qui marche?

Il n’y a pas de solution miracle. Ne pas se jeter sur la sanction. Il faut du monde, il faut des heures, il faut des gens formés. Des gens qui croient les gamins, qui n’ont pas un regard stigmatisant. Pour ces élèves, la relation avec leurs profs est déterminante. La logique empathique et le tutorat, ça marche mieux que les conseils de discipline à répétition. Le travail en réseau. Sinon, le meilleur système restera lettre morte.

Recueilli par Haydée Sabéran

LE CONTEXTE

Le Nord-Pas-de-Calais et Centre vont expérimenter des projets pour s’attaquer au décrochage scolaire et à favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, avec le Haut commissariat à la Jeunesse. Ces thèmes figurent parmi les thèmes dominants du Livre vert sur la jeunesse, rendu public par le Haut commissaire Martin Hirsch.

Quelque 120.000 jeunes, selon le gouvernement, sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Dans le Nord-Pas-de-Calais, 10.000 interrompent leurs études en cours de scolarité. Concernant cette région, une convention d’objectifs pour la continuité du parcours des jeunes a été signée le 8 juillet par l’Etat et la région. Le montant du financement n’a pas été précisé.On sait que des territoires, le Versant Nord-est de la métropole lilloise, le bassin de la Sambre, l’ancien bassin minier, le littoral, devraient être prioritaires.

La convention vise notamment à expérimenter des projets pour mieux orienter et repérer des élèves qui risquent de décrocher. Il s’agit par exemple de développer des écoles de la deuxième chance, pour permettre de “réduire le nombre de jeunes sans solution de formation ou d’emploi”.

Pour la région Centre, le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse doit débloquer 961.000 euros sur 3 ans pour des projets expérimentaux concernant le développement des dispositifs d’alternance, le renforcement et la coordination des dispositifs d’orientation et le repérage précoce des élèves en décrochage.

(Avec AFP)

http://www.libelille.fr/

Montreuil sous bois, manifestation contre les violences policières : extraits du témoignage de Adrien Moulin journaliste stagiaire au Monde !

Mardi 14 juillet 2009

Les manifestants protestaient contre les violences policières dont avait victime Joachim Gatti grièvement blessé à l’œil :

“J’ai été interpellé vers 21 h 15. La manifestation était en train de se disperser, j’ai soudain été plaqué au sol et j’ai entendu un policier dire: “Toi aussi, tu viens avec nous”. Ils m’ont attaché les mains dans le dos. J’ai répété à plusieurs reprises que j’étais journaliste, mais ils n’écoutaient pas. Dans le fourgon, il y avait trois policiers qui traitaient les deux manifestants interpellés avec moi de “sales gauchos”.

“Nous avons été placés à cinq dans une salle de garde à vue avec deux caméras au plafond et des graffitis sur les murs peints avec du sang et des excréments. Il était sans doute 23 heures, nous n’avions rien mangé ni bu. Nous avons été transférés vers le dépôt de Bobigny, menottés dans le dos. J’ai redit que j’étais journaliste mais personne ne m’a répondu”.

Au dépôt, les policiers m’ont proposé de voir un avocat : j’ai rencontré Dominique Tricaud, dans une pièce à part, sans caméras, sans policiers. C’était la première fois que quelqu’un m’écoutait. J’ai ensuite été convoqué par un policier qui m’a dit: “Si tu es le petit gentil du lot, ils ne vont pas te laisser partir comme ça.” Pendant l’interrogatoire, le policier disait que j’avais un casque lors de l’interpellation, ce qui était faux. J’ai vu une deuxième fois l’avocat, qui m’a dit qu’il avait fait son possible auprès du procureur et qui m’a un peu remonté le moral. Je suis sorti à 6 heures 30 du matin.”

Le faux nez des quotas en « classe prépa »

Mardi 14 juillet 2009

Pour le gouvernement, c’est Le symbole. Pour beaucoup d’autres, un simple faux nez. L’accès des élèves de quartiers populaires aux classes préparatoires des grandes écoles est devenu l’un des arguments phares de la droite sarkozienne lorsqu’elle évoque sa politique d’égalité des chances. Dans son discours sur la diversité, en décembre dernier, Nicolas Sarkozy en a fait un objectif pour 2010 : que 30 % de ces places soient réservées aux « meilleurs » lycéens boursiers. Las, ces quotas scolaires, initiés à Sciences-Po par Richard Descoings, restent, à l’évidence, une vitrine à la fois limitée et dangereuse. « Même si cela peut aider à casser certaines représentations, cela ne concerne au final que quelques dizaines d’élèves », relève l’Observatoire des zones prioritaires. Surtout, cet affichage élitiste permet de camoufler une politique qui va à l’exact opposé. « Il est paradoxal de promouvoir l’égalité des chances et de supprimer des postes de RASED (réseaux d’aides spécialisés aux élèves en difficulté) en début de course », fait remarquer le sociologue Jean-François Amadieu.

http://www.humanite.fr/

L. M.æ

JOACHIM GATTI : Lettre ouverte de Stéphane Gatti (son père)

Lundi 13 juillet 2009

Voici la lettre de La Parole Errante avec prière de large diffusion, contre la désinformation de l’AFP et de la Presse collabo, et c’est pourquoi je la transfère à la demande de Stéphane Gatti.

Pour info complémentaire sur Joachim Gatti, il est aussi l’acteur qui a tenu le rôle de Joachim Rivière dans le film “La Commune de Paris” de Peter Watkins, il a fait des études de philosophie à Nanterre avec Etienne Balibar, un Grand Projet sur la sémiotique de la stratégie urbaine de la ville de Gênes (histoire et contemporain dont les grandes manifestations altermondialistes).

Il va de soi qu’il faut prendre en compte tous les “cyclopes” des balles de plastique ou autres coups envoyés dans la figure des manifestants, activistes et/ou autres résistants ou non conformes, dont les gars les plus défavorisés des banlieues qui ont été aux premières loges, ou simples contestataires solidaires de l’insoumission et de la liberté du mode de vie, premières victimes de la défiguration générale entreprise par le nouveau Président depuis qu’il fut ministre de l’intérieur, corps vivants et réformes institutionnels compris.

Défigurer pour marquer à vie, c’est un crime autorisé depuis que la police est engagée par le pouvoir dans des voies miliciennes contre l’altérité sociale et nationale (ici je parle aussi de l’émigration). Et notamment contre ceux qui agissent pour sauver les libertés à l’acte. Sans doute est-ce la structuration d’un fascisme sur l’alterophobie générale des lois et des ordres exécutifs, jusqu’à leur application sans contestation par les forces de l’ordre, n’étant en réalité que celles du désordre des divisions les plus graves.

Mais il faut savoir que l’état dans lequel se trouve le visage du dernier des “cyclopes” de la population en voie de mutation sous les actes de défiguration de l’humain par le président actuel, est certainement le plus grave de ceux qui se sont produits jusqu’ici. L’escalade est claire et il faut voir et comprendre en quoi…

A Montreuil, la police vise les manifestants à la tête.

Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d’Italie, avait pris la forme d’un “centro sociale” à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L’évacuation s’est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d’une heure. En traversant le marché le matin, j’avais remarqué leurs airs affairés et diligents.

Ceux qui s’étaient attaché à cette expérience et les résidents ont décidé pour protester contre l’expulsion d’organiser une gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil. Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d’être jetés dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l’espace. Des images du front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d’Espagne se superposaient à cette fête parce que parfois les images font école. J’ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.

A quelques mètres de là, c’était le dernier jour dans les locaux de la Parole errante à la Maison de l’arbre rue François Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire, L’appel des Appels, des lectures, des présentations de livres… Ce jour-là, on fermait l’exposition avec une pièce d’Armand Gatti « L’homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d’un militant chinois s’y confrontent : celle de la femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades…

C’était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux de Mai. D’un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher… ils sont repartis. On m’a appelé. Joachim est à l’hôpital à l’hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n’avait pas perdu conscience. Son visage était couvert de sang qui s’écoulait lentement comme s’il était devenu poreux. Dans un coin, l’interne de service m’a dit qu’il y avait peu de chance qu’il retrouve l’usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce que je l’apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée…

Entre ces deux moments ; celui où je l’ai quitté à la fête aux gnocchi et l’hôtel Dieu que s’était-il passé ? Il raconte : Il y a eu des feux d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball.

A ce moment-là je marchais et j’ai regardé en direction des policiers. J’ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l’impact je suis tombé au sol. Des personnes m’ont aidé à me relever et m’ont soutenu jusqu’à ce que je m’assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l’intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés.

Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images comme en témoigne le communiqué de l’AFP : Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d’un groupe d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d’une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l’œil puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n’avait toutefois pas donné de précision sur l’état de gravité de la blessure.”Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l’œil et le tir de flashball”, a déclaré vendredi la préfecture à l’AFP.

D’abord, la police tire sur l’image d’un jeune de 20 ans qui essaye de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c’est le premier scandale. Quant à Joachim, faut-il rétablir la vérité sur l’identité de Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s’il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ? Joachim n’a pas 20 ans mais 34 ans. Il n’habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique. Il est cameraman. Il fabrique des expositions et réalise des films. Le premier film qu’il a réalisé s’appelle « Magume ». Il l’a réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd’hui, il participe à la réalisation d’ un projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.

On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l’AFP en leur réclamant de le publier. Il serait écrit simplement — mais au moins ceci — : Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière.

Stéphane Gatti


http://bellaciao.org/fr

Emprunt d’Etat : un conseiller très très spécial a convaincu Sarkozy

Samedi 11 juillet 2009


Francois_1er
envoyé par nenki. - Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

le Tribunal Administratif de Montpellier annule les sanctions contre Bastien Cazals !

Vendredi 10 juillet 2009

Bonne nouvelle puisque le TA a annulé les retraits de salaire Cédric Serres et Bastien Cazals !

C’est un référé suspension qui avait été déposé. Le fond sera traité d’ici un à 2 ans mais a priori devrait aboutir au même résultat au vu de l’illégalité de la sanction prononcée.

Les autres moyens soulevés par les avocats ne sont pas forcément rejetés, le TA ne relève qu’un des moyens, le plus efficient.

Parmi les moyens soulevés, il y avait :

- inégalité de traitement puisque d’autres enseignants sont dans le même cas et n’ont pas été sanctionnés

- illégalité du “forfait” appliqué à l’un d’entre eux

- remise en cause du trentième indivisible alors que le service est “mal fait” et non pas “non fait”

- illégalité des 6h30-7h par jour

- disproportion

Communiqué rapide CNT éducation 34 -SUD éducation 34 :
http://www.cnt-f.org/educ34

IUFM toulouse (suite) : Les apprentis enseignants de l’IUFM saqués pour avoir critiqué la réforme Darcos

Vendredi 10 juillet 2009

Leur dossier de validation favorablement noté, ils n’avaient plus qu’à partir en vacances en attendant leur titularisation par le rectorat. C’est raté.

Trente des quelques mille stagiaires de l’IUFM de Toulouse ont été précipitamment convoqués le vendredi 3 juillet et le lundi 6 pour une explication devant un jury académique de qualification professionnelle. Un entretien «musclé» pour les uns, «sauvage» pour les autres. Au bout duquel le processus de titularisation a été «ajourné».

Ces trente-là avaient eu le tort de rédiger chacun dans le cadre de leur travail une analyse critique de la réforme Darcos sur la formation des maîtres.

L’ensemble de ces travaux critiques fait dans la modération. Exemple de commentaires: un stagiaire relève, à propos de la réforme en cours, que «sans juger de leur contenu, elles n’ont pas fait l’objet d’une concertation avec les principaux acteurs de l’éducation».

De l’avis de personnels qualifiés de l’Éducation nationale, les comptes rendus incriminés sont des «analyses argumentées», «un vrai travail de réflexion pédagogique», une «évaluation mesurée» des avantages et inconvénients de la réforme en question.

C’est donc que ces comptes-rendus ont été «jugés politiquement incorrects», s’offusque aujourd’hui le Snes.

Ce syndicat des enseignants du secondaire s’est allié au SNUIPP du primaire pour estimer dans un communiqué qu’ils «ne pourraient accepter ne soient pas titularisés dès cette années».

En attendant, les 30 stagiaires ont le sentiment d’avoir été «piégés».

La rédaction de ces notes a été réalisée en avril dans le cadre d’une «semaine commune» de réflexion sur de grandes questions transversales comme la laïcité ou l’autonomie des élèves.

Cette semaine commune est une habitude prise à l’IUFM de Toulouse depuis une quinzaine d’années. Ce dernier printemps de grande contestation dans l’Education nationale, les formateurs avaient proposé aux enseignants stagiaires de réfléchir à la réforme Darcos.

Aucun texte n’indique nulle part que le compte rendu de cette semaine commune doive être pris en compte dans l’évaluation finale des stagiaires. Certains formateurs ont malgré tout cru bon de le glisser dans leur dossier.

C’est lorsque ces textes sont tombés sous l’oeil d’une inspectrice générale, membre des cabinets de Xaver Darcos puis de Luc Châtel, que l’affaire a tournée vinaigre.

«En aucun cas, il ne s’agissait de nuire à l’institution», proteste un de ces enseignants choqué par «l’obligation de réserve» qui est opposée à ces mal pensants. «Il ne s’agissait que d’un travail de réflexion interne». Travail qui n’est d’ailleurs accessible qu’avec un mot de passe sur le site de l’IUFM. Il n’est «surtout pas destiné à une quelconque publicité», ajoute-t-il. Ça aussi, c’est raté.

En choisissant de punir les affreux qui ne sont pas d’accord avec leur ministre, le rectorat ne s’expose pas à des revers trop sévères. L’été n’a jamais été favorable à la mobilisation enseignante.

http://www.libetoulouse.fr

GLv.