Proposition pour la formation des enseignants du premier degré 2

Jacques Stambouli, MCF Sciences de Gestion, Université d’Artois, Arras

Brigitte Natanson, MCF, Littératures et Civilisations Ibéro-américaines, Université Nancy 2, Nancy

1. Le point en débat : quelle formation à la recherche pour les enseignants du premier degré ?

Suite à notre premier texte sur la formation des enseignants en opposition au projet du ministre Darcos de mastérisation1, des collègues de la Coordination Nationale de la Formation des Enseignants nous ont fait des remarques critiques pertinentes. Dans ce texte, nous voudrions y répondre et faire une proposition supplémentaire, qui peut se substituer à notre première proposition. La discussion à ce sujet n’est pas purement académique, mais a pour but de trouver des convergences fortes pour la communauté universitaire, en lutte aujourd’hui contre les décrets préparés par le ministère, sur la formation des enseignants de la maternelle à l’université.

Nous reconnaissons que nous n’avons pas une connaissance de l’intérieur du travail des enseignants du premier degré et de leur formation, n’ayant jamais enseigné dans le premier degré. Mais nous ne pensons pas que le cursus de formation des enseignants du premier degré serait « moins exigeant » que celui des enseignants du second degré. Au contraire, nous avons écrit que « dans le premier degré, il s’agit de l’éducation à la culture d’un pays et de la socialisation des enfants (…) ». C’est une tâche particulièrement exigeante et décisive pour toute société. Nous n’avons pas présenté nos propositions comme figées, mais destinées à ouvrir le débat, puisque nous avons écrit : «  ce texte, écrit avec de fortes contraintes de délai, a pour but d’ouvrir le débat et d’aider au mouvement en cours, dans un esprit d’intérêt général ».

Mais nous avons effectivement ajouté :  « tout en reconnaissant l’égale importance de tous les enseignants pour la transmission des savoirs, il faut differencier la formation multidisciplinaire et généraliste des enseignants du premier degré et la formation par discipline des enseignants du second degré ».

Notre collègue, Sylvie Plane, pense que le terme multidisciplinaire est exact mais que le terme « généraliste » est inexact. Car  la formation des enseignants du premier degré, écrit-elle,  « est spécialisée et a des contenus qui lui sont propres ». Elle cite, dans les sciences de langage, « la préparation des enseignants du primaire à enseigner la lecture, (…) l’acquisition du langage, le dépistage des pathologies du langage, le système morphographique du français ».  Dans ces « secteurs », des thématiques de recherche sont d’ailleurs développées, ajoute-t-elle.

Effectivement, de ce point de vue, l’enseignement du premier degré est fondé à appliquer des recherches correspondant à de très nombreuses sections disciplinaires du Conseil National des Universités. Notamment :  Sciences du Langage (07), Langue et littérature française (09), Psychologie (16), Sociologie (19), Anthropologie (20), Histoire (21, 22), Géographie (23), Sciences de l’Education (70), Sciences de l’information (71), Epistémologie (72), Mathématiques appliquées (26), Astronomie (34), Biologie (67). Et il serait utile et nécessaire que les enseignants du premier degré continuent à développer des recherches dans ces domaines, comme ils l’ont fait lors de leur formation initiale (Licence).

2. Une proposition supplémentaire pour la formation des enseignants du premier degré.

1°) Principes généraux

Il faut combiner, pour les enseignants du premier degré, un enseignement professionnalisant (apprendre le métier) et une initiation à la recherche, le tout étant confirmé par l’obtention d’un master, qui permet à la fois d’enseigner et éventuellement de continuer des recherches dans le cadre d’un doctorat. Par ailleurs, comme nous le constatons à l’Université, et comme le dit justement l’association « Sauvons l’université », on ne peut préparer un concours de l’Education nationale (assez normalisé dans son contenu en connaissances) et faire de la recherche, qui suppose de créer de nouvelles connaissances, qui, par définition, ne sont pas normalisées. Ces nouvelles connaissances supposent, pour simplifier, un questionnement original et une méthodologie scientifique qui, appliquées à une « réalité », produisent des connaissances nouvelles et non-prévisibles. Tout le contraire d’un concours de l’Education nationale, même celui, prestigieux, de l’agrégation. Comme l’écrivait Michel Foucault, « quand on voit ce qu’est le travail d’un candidat à l’agrégation de philosophie, c’est à pleurer. C’est du faux travail, absolument étranger à ce que sera, à ce devrait être la recherche ».

2°)  Proposition supplémentaire pour les enseignants du premier degré sur le même schéma que celui du  second degré

Pour les enseignants du second  degré, qui vont enseigner une discipline particulière, nous avons proposé que l’initiation à la recherche se fasse dans le master 1 de leur discipline. Ce master 1 pourrait se prolonger en master 2 recherche de la discipline ;  ou en master 2 pré-professionnel enseignement du second degré dans la discipline et préparation au concours dans la discipline, l’obtention du concours conditionnant et permettant l’obtention du master 2. Le concours passé en master 2 correspondrait à une partie théorique, la partie pratique ne pouvant être passée que comme fonctionnaire stagiaire, l’année d’après, avec un service allégé.

En revanche, pour les enseignants du premier degré, du fait de la multidisciplinarité, nous avons proposé dans notre premier texte un master 1 pré-professionnel, préparant le concours, et un master 2 professionnel enseignement du premier degré, avec une initiation à la recherche, de la manière suivante , comme proposition n°1 :

Master 1 pré-professionnel : premier semestre de recherche en master 1 ; deuxième semestre, préparation au concours (partie théorique)  L’obtention du concours permettrait et conditionnerait le passage en master.

Master 2 professionnel d’enseignement du premier degré sous le statut de fonctionnaire stagiaire, uniquement pour ceux reçus au concours, avec service allégé et approfondissement, par la recherche, de certaines disciplines nécessaires à l’enseignement.

Le but de cette proposition est de correspondre à la demande des étudiants de passer le concours comme aujourd’hui, dès la première année de l’IUFM en master 1, pour bénéficier du statut de fonctionnaire stagiaire payé à plein temps, dès le master 2. Ce qui est attractif pour des étudiants qui ont du mal à financer une année supplémentaire d’études. Nous avions considéré que, pour les concours d’enseignants du second degré, les candidats au CAPES/CAPET devaient, vu le niveau du concours, obtenir un master 1 de leur discipline avant de s’inscrire à la préparation du concours l’année suivante. Et donc qu’ils avaient déjà financé les deux années d’études nécessaires à l’obtention du CAPES/CAPET.

Il est cependant possible d’imaginer une proposition n° 2, pour la formation des professeurs des écoles, supplémentaire par rapport au texte initial, sur le modèle de la formation des enseignants du second degré.

La proposition n° 2, pour la formation des enseignants du premier degré, est  la suivante :

– Master 1, recherche. La recherche ne peut se faire que dans une discipline particulière. Pour le futur enseignant du premier degré, la recherche pourrait porter sur sa discipline d’origine en licence, ou sur une autre discipline, dans la liste des disciplines des sections du CNU concernées (voir plus haut la liste non-limitative allant des sciences du langage à la biologie), liées à l’enseignement du premier degré.

– Master 2 pré-professionnel , approfondissement de certaines disciplines, liées à l’enseignement du premier degré et préparation au concours, l’obtention du concours conditionnant et permettant l’obtention du master 2 enseignement du premier degré.

Il est possible, pour ceux qui ne choisiraient pas la pré-professionnalisation, de continuer un master 2 recherche de la discipline (comme les futurs enseignants du second degré). Par ailleurs, pour assurer le passage du système actuel au nouveau système, il faudrait des bourses de pré-professionalisation importantes pour les étudiants s’inscrivant en master 2 pré-professionnel enseignement du premier degré.

3°) Comment choisir entre les propositions ?

Dans tous les cas, les masters pré-professionnels (préparation au concours) ou professionnels d’enseignement du premier et du second degré doivent avoir lieu dans les IUFM qui doivent  suivre aussi la formation des enseignants fonctionnaires stagiaires (y compris enseignants à l’université). Les IUFM sont donc maintenus et confirmés dans leurs fonctions. Les enseignants des IUFM sont pleinement intégrés à l’université et dans les pôles de recherche regroupant plusieurs universités, car ils font des recherches dans leur discipline, par le biais de laboratoires de recherche.

Pour la formation de professeurs des écoles, du fait qu’elle a lieu aujourd’hui dans les IUFM, c’est d’abord aux enseignants formateurs des IUFM de choisir, en consultant les étudiants, leurs collègues du premier degré et en essayant de s’intégrer dans la cohérence de propositions générales des autres universitaires concernés.

Pour la formation des enseignants du second degré, une coordination est nécessaire entre les enseignants chercheurs des disciplines concernées, qui préparent aussi aux concours,  les enseignants formateurs des IUFM, qui assurent la formation professionnalisante, une fois le concours obtenu et leurs collègues du second degré.

En conclusion : résistance pour aboutir sur nos revendications

Tous les niveaux de formation, de la maternelle à l’université, doivent se concerter pour des propositions communes. Nous devons tous nous opposer aux réformes du ministre Darcos et du gouvernement Fillon, qui s’apprêtent, aux dernières nouvelles, à imposer par décret, en fin d’année scolaire ou pendant les vacances, une régression du niveau de formation des enseignants du premier et du second degré et une  augmentation de leur précarité.

L’enjeu de la formation des enseignants concerne tous les enseignants, de la maternelle à l’université, et au delà toute la société française, qui tient à un éducation nationale de qualité, basée sur des principes démocratiquement établis de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de droit à l’éducation pour tous.

De tels principes ne sauraient être remis en cause à la va-vite par un gouvernement ou un ministre de circonstance.

Le 24 mai 2009

Nous pourrons notamment en débattre lors de notre réunion entre collègues de l’Université, du premier et du second degré, mercredi 17 juin, à l’IUFM, site d’Arras, amphi Derichebourg, de 14 h à 17 h.

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