Mobilisé-e-s au sein des collectifs

Qu’en est-il de cette pratique militante qui lors des temps forts réussit à mobiliser de nombreuses énergies ?

Lors de toutes les luttes, on trouve de nombreux militants, syndicalistes, politiques, associatifs et sans étiquette : ces derniers sont nombreux à ne pas se reconnaître au sein du florilège d’organisations que l’on peut recenser. Ils défendent un secteur, une catégorie, un statut ou encore l’unité. Ils se rencontrent, s’organisent et disparaissent ! Groupes éphémères, militants d’une lutte, ils sont là et constituent un vivier irremplaçable. Ils sont le ferment des collectifs et comités qui vivent dans nos villes. Ils sont souvent très visibles, parfois reconnus, plutôt méprisés.

Des militants comme les autres

Constitués pour répondre à un manque de couverture ou pour pallier l’absence de certaines organisations, il semble que ces collectifs répondent à une vraie demande de la population. Ces militants, souvent en devenir, ont donc besoin de créer un groupe pour pouvoir débattre, orienter, mobiliser, décider… L’organisation est déjà en soi une revendication d’indépendance face aux structures existantes. Ce sont avant tout des citoyens, des citoyennes qui se sentent concernés, qu’ils soient victimes ou qu’ils fassent preuve de solidarité.

Il y a tant d’occasions de créer un collectif/comité

Premier niveau d’organisation, les collectifs adoptent un nom qui détermine leur objectif principal. Ils s’appelleront collectifs des précaires, des AED, des EVS, des sans-papiers, des inculpés de Tarnac ou comité de coordination des luttes, de convergence, de sauvegarde des services publics… Leurs missions sont le plus souvent très ciblées : un collectif d’assistants d’éducation demandera, par exemple, le retour à un statut plus avantageux (MI-SE) et n’élargira pas forcément ses objectifs à la défense du service public d’éducation. Ces collectifs définissent eux-mêmes leur champ d’action, le maître mot restant la souplesse : ils ne font pas l’objet de règles statutaires contraignantes et peuvent donc s’élargir ou fonctionner en comité restreint selon les besoins.

S’organiser soi-même plutôt que se contenter de s’encarter

Il existe de nombreuses organisations qui couvrent de nombreux champs. S’engager en leur sein oblige à se plier à leur fonctionnement.

L’absence de contraintes est une motivation non négligeable dans la création de ces collectifs/comités : elle rend plus facile leur évolution et permet à chacun de se l’approprier. Le fonctionnement des organisations conventionnelles – en particulier des confédérations – entraîne chez les militants un attentisme et une passivité synonymes d’immobilisme. Les collectifs/comités se créent, eux, autour d’un objectif. S’y impliquer ne fait pas suite à la demande d’une quelconque hiérarchie, mais résulte, le plus souvent, d’un débat nourri par tous : pour une lutte spécifique, une mission est donnée, un collectif se crée. Une fois le but atteint, le collectif peut perdurer, disparaître ou évoluer. Ce système rend possible de se fixer des objectifs immédiats qui, à défaut de donner des perspectives à long terme, permettent à chacun de se retrouver immédiatement dans le combat mené.

C’est la crise, organisons-nous !

Actuellement, de nombreux collectifs/comités de convergence/coordination voient le jour. Ils sont, pour la plupart, issus des assemblées générales d’après manifestation, qu’elles soient de ville ou de secteurs entiers. L’absence quasi systématique des organisations syndicales classiques à ces assemblées, (elles ne leur reconnaissent aucune légitimité) ne permet pas de construire la suite immédiate forte qu’est la grève générale. Celle-ci, bien sûr, ne se décrète pas, mais elle nécessite un appel massif par le biais des voies médiatiques ou syndicales.

Au vu des attaques, des souffrances et du manque de réponses adéquates des bureaucraties syndicales ainsi que de l’autisme du gouvernement, la population se prend en main et milite pour organiser la lutte. C’est ainsi que se créent ces collectifs/comités unitaires, qui tout comme le LKP souhaitent rassembler des organisations diverses autour de plateformes revendicatives communes. Objectif irréaliste ? Peut-être, mais seule solution envisageable pour pouvoir obtenir des victoires. Pour y parvenir tous les moyens sont bons : interventions auprès des travailleurs, prises de contacts avec les militants de base, information massive et alternative sur la place publique, créations d’événements divers (forum, apéro, etc.), pression sur les organisations, etc. les idées ne manquent pas pour tenter de les motiver et les amener à agir dans l’unité. Cela demande, bien sûr, beaucoup de patience, de compréhension et surtout de discussions et de compromis.

Dans le Doubs, le Comité de Coordination des Luttes de Besançon

Créé à la suite de la manifestation du 29 janvier 2009, c’est une bonne illustration de l’auto-organisation des luttes. Sud éducation Franche Comté et plus largement Solidaires 25 se sont associés à cette initiative.

Les discussions au sein du comité ont permis d’élaborer une plateforme de revendications : retrait de toutes les réformes en cours, interdiction des licenciements, levée du secret bancaire, revenu minimum garanti de 700euros/mois, création massive d’emplois en répartissant le temps de travail – 30 heures de travail hebdo sur 4 jours – et embauches correspondantes pour répondre aux besoins immédiats, dans l’enseignement/formation, la santé, les transports publics, le logement social, l’écologie, l’énergie, la culture et bien d’autres secteurs encore…

Elle est actuellement soumise à la discussion des diverses organisations bisontines. Des contacts sont en cours avec AC, ATTAC, POI, NPA, CAC, Solidaires, FERCSUP CGT, FSU, JPC, Association de Retraité, Restotrottoir, CNT… Les médias locaux s’intéressent de près à cette initiative. Des réunions hebdomadaires et des rencontres en direction des secteurs en lutte ont lieu toutes les semaines et un journal bimensuels parait régulièrement depuis 2 mois.

Et Solidaires dans tout ça ?

Il est vrai que la plupart de ces collectifs, très spécifiques, ont une tendance à envisager la lutte à court terme. Au vu de notre travail syndical, ceci est insuffisant. Il ne faut pourtant pas oublier qu’il s’agit de la volonté d’une proportion importante de personnes que nous ne pouvons ni ignorer, ni rejeter.

Localement nous ne pouvons pas cacher que les militants de Solidaires travaillent à l’auto-organisation des luttes. Les initiatives d’AG sont souvent impulsées par nos unions locales, et dans les intersyndicales nous essayons de faire remonter les revendications venant directement de la base, de pousser à l’action et à la reconnaissance des luttes en cours. Dans les assemblées générales, nous appelons à donner des suites immédiates aux mobilisations en cours et à faire converger les secteurs en lutte.

Le résultat d’une première AG de ville, catégorielle ou interprofessionnelle aboutit souvent à la création d’un collectif/comité. De nombreux membres de Solidaires s’investissent au sein de ces initiatives, parfois plus que dans la vie de nos syndicats. Ce qui prouve bien que toutes les initiatives de lutte s’avèrent motivantes et que notre travail au sein d’un mouvement impulsé par la base est appuyé par nos adhérents. En reconnaissant les AG comme légitimes, Solidaires affirme de cette façon qu’il favorise l’émergence de ces groupes, outils de débordement, de contestation et de pression sur la stratégie des confédérations. Les militants de ces collectifs ne restent pas insensibles à notre soutien sans à priori pour leurs combats. Dans ce contexte, nous considérons que c’est l’un des meilleurs moyens pour donner à notre syndicalisme l’image qu’il mérite et nous nous démarquons ainsi des syndicats réformistes. Notre implication démontre clairement que nous pratiquons du syndicalisme de lutte.

Sud éducation Franche Comté

Ce contenu a été publié dans textes, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *