La nouvelle formation des enseignants et des chercheurs à l’Université : positions en présence et propositions alternatives 1

Jacques Stambouli, MCF Sciences de Gestion, Université d’Artois, Arras

Brigitte Natanson, MCF Langues et Civilisations Ibéro-américaines, Université Nancy 2

La formation des enseignants fait l’objet d’une réforme en cours, la réforme dite de la «mastérisation » de la formation des enseignants, à l’initiative du gouvernement de M. Fillon et du ministre de l’Education nationale, M. Xavier Darcos.

La demande du retrait de cette réforme est à l’origine, avec d’autres revendications contestant les réformes du gouvernement Fillon à propos de la recherche et de l’Université, du mouvement social le plus long qu’aient connu l’Université et la recherche en France depuis au moins un siècle.

Nous avons, comme chercheurs et comme enseignants, engagés dans l’action avec nos collègues, voulu faire le point sur les positions en présence du côté des syndicats et des coordinations ; nous avons voulu analyser le projet actuel de réforme du ministère de l’Education nationale ; du fait de nos conclusions critiques sur ce projet, nous avons essayé de dégager des éléments pour une autre réforme de la formation des enseignants et des chercheurs dans la société française actuelle.

Ce texte, écrit avec de fortes contraintes de délai, a pour but d’ouvrir le débat et d’aider au mouvement en cours, dans un esprit d’intérêt général, pour la défense d’un service public d’éducation et de recherche qui doit se réformer et s’adapter aux évolutions de la société, en visant une élévation du niveau de formation et de culture des étudiants et des enseignants, et, par ce moyen, de la société tout entière.

La méthode utilisée ici est assez simple : à partir de notre connaissance du milieu de l’éducation, comme universitaires ayant aussi l’expérience de l’enseignement secondaire, comme parents ayant l’expérience de l’enseignement du premier degré, comme spécialistes de nos disciplines, nous avons recensé des textes de références et nous les avons comparés entre eux pour la première partie ; nous avons comparé la situation actuelle par rapport à la situation éventuelle avec la réforme dite de la « mastérisation » dans la deuxième partie ; nous avons établi des principes pour une autre réforme et nous avons cherché les voies d’un réforme cohérente, qui associe le plus grand nombre, et, si possible, la majorité des acteurs concernés de la communauté éducative de la maternelle à l’université.

1. Des positions syndicales différentes parmi les enseignants, une Coordination des Universités en lutte ne faisant pas de propositions.

Pour celui qui lit attentivement les textes, force est de constater que les syndicats enseignants de la principale fédération syndicale des enseignants, la FSU (Fédération syndicale unitaire) ne sont pas arrivés à unifier complètement leurs positions face au gouvernement, concernant la formation des enseignants.

Tous les syndicats de la FSU réclament « l’abandon de l’actuel projet de réforme », « une amélioration de la formation professionnelle et disciplinaire des enseignants du premier et second degré » et « la reconnaissance de leur qualification par l’obtention d’un master » (texte voté au Conseil national FSU du 17 mars 2009).

Mais le SNES (le principal syndicat des enseignants du second degré) estime, selon sa co-secrétaire générale, Frédérique Rolet, que « l’obtention d’un master est un préalable au recrutement » des enseignants (l’Université syndicaliste d’avril 2009, 4 pages détachable « La formation des maîtres, p. 1). Le SNES revendique « des masters disciplinaires, ouverts sur la recherche, des prérecrutements assurant un vivier suffisant de candidats, des concours nationaux ouverts à tout candidat justifiant de l’obtention d’un master, une année pleine de formation en « alternance » après la réussite au concours » (idem, p. 2). Le SNES participe aux « groupes de travail de concertation sur la réforme. Le SNES et les syndicats concernés de la FSU interviennent dans ces groupes de travail pour y porter leurs propositions. (…) Les groupes de travail sur les concours sont les plus avancés. (…) Les concours doivent avant tout sélectionner les candidats sur la base de connaissances disciplinaires. Des programmes complémentaires seront publiés au BO (Bulletin Officiel de l’Education nationale) lorsque les champs disciplinaires l’exigent.(…)Un concours placé pendant l’année de M2 risque de déboucher sur des masters au rabais, marqués « enseignement » et ne permettant que difficilement la poursuite d’études. (…) Des mesures de revalorisation salariale pour tous sont nécessaires tout en tirant en même temps les conséquences indiciaires de l’élévation du niveau de recrutement au master » (idem, p. 4). Autrement dit, le SNES veut un recrutement des enseignants après le master universitaire, fait des propositions très précises pour les concours de recrutement et espère que l’élévation du niveau de recrutement des enseignants du second degré permettra d’élever leurs revenus.

Le SNUipp, principal syndicat des enseignants du premier degré, est, selon son communiqué du 3 mai 2009, « favorable à une reconnaissance au niveau master du métier d’enseignant » ; il demande, pour les professeurs des écoles (PE), «qu’après le maintien des concours et des conditions de préparation (pour l’année 2009-2010), soient également maintenues les conditions d’organisation de l’année post-concours (année de PE2 ) » qui se passent dans les IUFM (Instituts de Formation des Maîtres). Autrement dit, le Snuipp veut le maintien des IUFM et de la formation des enseignants du premier degré dans les IUFM, l’IUFM donnant une formation de niveau master universitaire.

Le Snesup, principal syndicat des enseignants du supérieur, au sujet de la « mastérisation de la formation des enseignants » « réaffirme sa condamnation du projet et exige le retrait du projet de réforme de la formation des enseignants » (Dix grands principes pour la formation des enseignants, texte adopté par le congrès du Snesup d’avril 2009). Le Snesup demande « un bilan contradictoire de la formation actuelle incluant tous les acteurs, l’ouverture d’un calendrier pour la réflexion sur le champ des possibles qui ne se situera pas dans le cadre de réflexion imposé. (…) Il faut une reconnaissance par un master du niveau de formation ». Dans son communiqué du 11 mai 2009, le Snesup considère, concernant la mastérisation, que les groupes de travail ont « peu de marge de manœuvre. (…) Notre expérience passée de ce genre de situations nous incite à une très grande prudence. Les représentants du ministère s’y expriment peu sauf pour essayer de fixer des points de convergence qui ont leur accord ou pour indiquer le rejet de telle ou telle orientation. Le contexte n’est pas propice à une participation : nous sommes au milieu d’une épreuve de force avec les deux ministères (Education nationale et Enseignement supérieur et recherche) dont la réforme dite « mastérisation » est un des enjeux majeurs ». Autrement dit le Snesup n’attend pas grand chose de la « concertation » dans les « groupes de travail », participe au mouvement d’ensemble des universités, et sa formulation sur les masters se rapproche plus de celle du Snuipp que de celle du Snes.

La Coordination nationale des Universités regroupe des délégués de enseignants, des étudiants et des personnels des universités en lutte. Lors de la 10 e Coordination, le 13 mai 2009, avec 57 établissements représentés sur 83 Universités en France, et avec 250 délégués,  elle a voté différentes motions actualisant la lutte en cours de la communauté universitaire contre les réformes contestées des ministres Valérie Pécresse (enseignement supérieur et recherche) et Xavier Darcos (éducation nationale). La Coordination demande que « soit retiré le projet de réforme de la formation et du recrutement des enseignants du premier et du second degré , soit reconduit dans son intégralité le dispositif actuel pour l’année 2009-2010, y compris la titularisation sans exigence de Master, soit abrogé le décret sur l’accord France-Vatican du 16 avril 2009 »2 (motion 3). Elle demande «  solennellement aux directions des syndicats de l’Education nationale et des syndicats étudiants de cesser de participer aux groupes de travail de la commission Marois-Filâtre3 tant que ces trois conditions ne seront pas remplies ».

Elle prépare des « Universités d’été », « tournées vers le grand public ». Elle ne peut pas, dans ses conditions de fonctionnement (une réunion de délégués pouvant changer tous les 15 jours environ, une absence de structuration durable) et probablement ne veut pas –craignant de se diviser – élaborer des propositions alternatives pour la formation des enseignants. Autrement dit, la Coordination dit non à un certain nombre de réformes du gouvernement , mais ne peut pas dire oui à des propositions alternatives. Elle délègue de fait la négociation aux syndicats et l’élaboration de propositions aux syndicats, aux associations (comme « Sauvons la Recherche » ou « Sauvons l’Université » ou comme les « sociétés savantes » regroupant les collègues par discipline), voire aux partis politiques d’opposition, pourtant assez muets sur le sujet actuellement.


2. La réforme Darcos dite de la « mastérisation » : une réforme dans un but d’économies budgétaires et de précarisation du milieu enseignant, dans un contexte normalisateur et autoritaire.

La réforme dite de la mastérisation du ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, doit être décryptée. Car le pouvoir exécutif actuel, que ce soit le Président de la République, le premier ministre ou les ministres, a tendance en permanence à jouer l’opinion publique, par le biais des grands médias qu’il contrôle, contre les secteurs qu’il veut réformer. Pour cela il alterne, essentiellement à la télévision et dans les médias qui le servent, les demi-vérités qui sont de vrais mensonges et les attaques assez grossières, sur la forme et le fond, contre ceux qui contestent ses projets. Comme l’écrit notre collègue Pierre Musso, spécialiste de l’analyse de la communication4, qui pense qu’il y a une grande proximité entre les présidents Sarkozy (France) et Berlusconi (Italie) « en gouvernant par le rêve sur le mode de la fiction néo-télévisuelle, en recyclant le talk-show et le reality-show, en gérant sa présence comme dans les feuilletons et autres soap operas, le leader sarkoberlusconien s’inscrit dans un imaginaire populaire de référence et dans une hégémonie culturelle co-construite par la télévision » (l’Humanité des débats, 16 mai 2009, p. 9). Cette gestion médiatique du pouvoir exécutif n’empêche pas un partage des rôles, à des fins de dramatisation et de production de scénarios fictifs : tel leader « hyperactif » (Sarkozy) sera opposé à un autre « prudent et mesuré »(Fillon) ; tel ministre «  sensible » (par exemple Valérie Pécresse) sera opposé à un autre « efficace et froid » (par exemple Xavier Darcos). Mais le but est toujours de faire passer une politique commune assez précise.

Au lieu de relever les déclarations télévisuelles des ministres concernés, il est donc plus utile de s’en tenir aux textes légaux en préparation, quand ils existent.

Concernant les conditions de recrutement des professeurs des écoles, un projet de décret est prêt au ministère de l’éducation nationale (Décret PE Projet DGRH 15/04/2009), accessible sur le site de la coordination des IUFM en lutte avec des commentaires et analyses des collègues sur le site www.metier-prof.org.

Ce projet modifie le décret n° 90-680 du 1er août 1990. Le projet précise (article 2) que, peuvent se présenter aux concours externes de professeurs des écoles, « les candidats justifiant(…) qu’ils sont inscrits en dernière année d’études en vue de l’obtention d’un master (…), justifiant d’un master ou d’un titre ou diplôme jugé équivalent. (…) Peuvent être nommés dans le corps des professeurs des écoles en tant que fonctionnaires stagiaires les personnes ayant réussi le concours externe et détentrices d’un master. »

Le projet de décret modifie donc les conditions des recrutements des professeurs des écoles qui sont ouvertes à des candidats justifiant la possession d’une licence. Il modifie les études pour devenir professeur des écoles.

Actuellement les études durent 5 ans pour être professeur des écoles. Après 3 ans d’études pour obtenir une licence, il faut une année pour préparer le concours dans les IUFM (article 7 du décret du 1er août 1990) ou en candidat libre. Et il y a une année supplémentaire de formation professionnelle en alternance, rémunérée à plein temps, pour les reçus aux concours, qui confère le statut d’élève professeur et constitue la première année de la carrière d’enseignant.

Avec le projet de décret, les études dureront aussi 5 ans, mais la 5e année ne sera pas rémunérée et ne conférera pas le statut d’élève professeur. D’où des économies budgétaires importantes pour le ministère de l’Education nationale (environ 20 000 postes économisés par an à partir du passage de la réforme, et une année de moins de retraite à prendre en compte).

Cette réforme fait supporter essentiellement aux étudiants préparant le concours de professeurs des écoles le coût de l’année  supplémentaire de formation des futurs enseignants pour atteindre le master nécessaire. Dans la situation actuelle, l’Etat prend en charge le fonctionnaire stagiaire professeur des écoles, avec service allégé pendant un an, dès l’obtention du concours, au niveau Bac + 4.  Avec la réforme, le candidat au concours de professeur des écoles devra financer une année de plus pour obtenir un master (Bac + 5), tout en préparant le concours.

En plus, avec le projet de décret, l’obligation d’être à la fois lauréat d’un concours et titulaire d’un master pour devenir professeur stagiaire permet que se constitue une masse d’étudiants qui ne satisferont pas aux deux conditions. Ceux-ci seront disponibles pour effectuer des vacations dans les établissements scolaires. Ce qui réduira le besoin de recruter et donc le nombre de postes aux concours, en instituant la précarisation progressive du milieu enseignant. Enfin, la formation des professeurs des écoles se faisant dans le cadre de masters universitaires à concevoir, les IUFM seront supprimés (article 2 du projet de décret). Là aussi, le regroupement des institutions a pour but d’économiser des postes d’enseignants, en redéployant les collègues des IUFM dans les universités.

Concernant le recrutement des enseignants du second degré, le projet de décret n’est pas disponible à notre connaissance. En revanche, des instructions ministérielles sont parvenues dans les universités pour préparer les maquettes des nouveaux concours pour recruter les enseignants du second degré, dans le cadre de la création de nouveaux masters « enseignement » par discipline. Les collègues universitaires des disciplines concernées ont constaté que le cadre des maquettes proposées appauvrissait fortement la place de la discipline à enseigner dans ces concours (par exemple pas d’épreuve orale en langues) au profit d’une nouvelle matière de « connaissance du système éducatif », sans valeur scientifique, visant à former l’enseignant dans l’acceptation du système éducatif actuel.

Actuellement,  les étudiants qui veulent devenir enseignants du second degré, peuvent passer le concours en ayant une licence. Mais ils s’incrivent souvent en première année de master recherche pour compléter leur formation disciplinaire. Car il est difficile d’obtenir le niveau requis avec seulement une licence (environ 10 % de reçus parmi les candidats). Ils préparent ensuite le concours du Capes/Capet par une formation spéciale de la discipline, sur la base de programmes nationaux par discipline.

En prévoyant la constitution de masters d’enseignement pour les enseignants du second degré, dont l’obtention sera nécessaire pour devenir enseignant-fonctionnaire, la réforme en cours du ministre Darcos a un effet sur les formations universitaires à la recherche. Elle peut formater les masters des universités sur le modèle des préparations aux concours d’enseignants du second degré. Elle appauvrirait ainsi les contenus de recherche des masters des disciplines concernées, en établissant leur subordination aux concours d’enseignement. Elle peut conduire à supprimer de nombreux masters recherche, en particulier dans les « petites universités ».

Comme pour les professeurs des écoles, cette réforme, en liant le passage du concours pour devenir enseignant-fonctionnaire à l’obtention d’un master « enseignement », crée un vivier de reçus aux masters, mais collés aux concours qui alimentera les recrutements précaires dans le système éducatif.

Cette réforme a aussi un objectif d’économies budgétaires. Elle cherche, pour les enseignants du second degré, comme pour les professeurs des écoles, à augmenter le temps de travail du fonctionnaire stagiaire dès sa première année d’enseignement, au détriment de sa formation professionnelle. Cette moindre formation pratique des enseignants du premier et du second degré devrait inquiéter les parents et les lycéens. Ces derniers auraient, comme enseignants en responsabilité d’une classe ou d’une discipline, des personnes ayant reçu très peu de formation pratique.

En résumé, la réforme Darcos de la mastérisation qui prévoit, pour devenir enseignant fonctionnaire l’obtention d’un master universitaire a pour but essentiel de trouver des économies budgétaires en postes et en heures de formation professionnalisante des enseignants, de précariser la condition enseignante dans le premier et le second degré, de faire payer l’année d’obtention d’un master par les étudiants. Elle risque de formater les masters recherche sur des programmes normalisés des concours de recrutement, en diminuant, comme c’est le cas avec le décret Pécresse sur le statut des enseignants chercheurs, la recherche dans de nombreuses universités, surtout dans les lettres, les langues, les sciences humaines et sociales. Sous prétexte d’élever le niveau de formation des enseignants, qui, de fait, mais sans que cela soit acté dans les diplômes Licence-Master-Doctorat, sont formés jusqu’à Bac plus 5 (c’est-à-dire niveau master), cette réforme conduit à une régression dans l’éducation nationale, à la fois pour la recherche et pour la formation professionnelle des enseignants.

Faut-il s’en étonner : comment mieux former chaque année des dizaines de milliers de futurs enseignants, en diminuant le nombre de ceux qui doivent les former ? Car le but de l’exécutif est de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, comme cela nous est répété à la fois par le Président de la République et le premier ministre ? Comment des journalistes un peu sérieux peuvent–ils reprendre à leur compte, sans enquêter, les déclarations d’un ministre qui répond le 11 mars 2009  à des députés qui l’interrogent sur les suppressions de postes dans l’Education et sur son projet de supprimer les IUFM dans le cadre de la mastérisation : « Est-ce que vous êtes contre le fait d’augmenter le niveau de qualification des enseignants en France, oui ou non ? ». Réduire le débat  à une question aussi simple est bon pour un passage éclair à la télévision dans une chaîne acquise d’avance au pouvoir. Cette argumentation ne résiste pas à une simple analyse comparative entre la situation présente et celle résultant de la réforme proposée. La réponse faussement simpliste du ministre devrait éveiller l’attention de tout observateur attentif.

Pour toutes ces raisons, cette réforme dite « mastérisation » suscite une opposition ferme et résolue des enseignants-chercheurs, des étudiants et d’une partie des enseignants du premier et du second degré. Les enseignants chercheurs ont été à la pointe de l’opposition à cette réforme, en refusant de faire remonter les « maquettes » (programmes) de formation des nouveaux masters enseignements liés à la réforme. Les étudiants, dont une partie se destine aux concours d’enseignement du premier ou second degré, ont fait grève avec des formes assez dures (blocage des universités). Le mouvement a gagné les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres), qui forment  des enseignants du premier degré, avant et après leurs concours, et des enseignants du second degré, ayant passé leurs concours (assemblées générales, coordination des formateurs des écoles).

Il y a donc là un mouvement de contestation générale des enseignants sur la question de leur formation, qui concerne aussi la recherche à l’université et tous les étudiants se destinant à un métier d’enseignant ou préoccupés par la formation des enseignants, comme futur parent par exemple.

Car enseigner est un métier, qui demande à la fois une formation professionnalisante, un niveau général de connaissance de sa ou ses  disciplines qui doit être acquis par une initiation à la recherche et non par le bachotage, et une formation permanente, tout au long de la vie, pour tous les enseignants de la maternelle à l’enseignement supérieur. Enseigner est aussi une responsabilité : celle de transmettre un savoir vivant, bien commun d’une société, qui contribue au vivre ensemble par une culture commune, manière de penser et d’agir, nécessaire à toute vie sociale authentiquement humaine. Et la formation des enseignants doit effectivement être réformée, à la fois pour reconnaître qu’elle se fait déjà en bonne partie au niveau du master (Bac + 5) ; et pour l’améliorer, car il est nécessaire, dans un mouvement général de longue durée d’amélioration du niveau de qualification et de connaissances de la société française, d’améliorer le niveau de qualification et de connaissances de ceux qui transmettent et créent les savoir : les enseignants.

En fonction de toutes ces critiques et de la situation du mouvement actuel dans le système éducatif, il nous faut maintenant étudier les possibilités d’une autre réforme pour la formation des enseignants.

3. Propositions pour une autre réforme de la formation des enseignants de la maternelle à l’Université.

1°) Principes généraux de la formation des enseignants du premier et du second degré

La formation des enseignants du premier et du second degré doit se faire dans l’enseignement supérieur, à l’Université. Le niveau qu’elle a effectivement atteint – le niveau du master (Bac +5) pour les professeurs des écoles comme pour les enseignants du second degré –  doit être enfin reconnu.

Les rôles des enseignants sont différenciés par l’âge du public scolaire. Dans le premier degré, il s’agit de l’éducation à la culture d’un pays et de la socialisation des enfants. Dans le second degré, il s’agit de la formation des jeunes citoyens qui deviendront majeurs à la fin du second degré et qui vont progressivement choisir un domaine de compétences selon des disciplines scientifiques et techniques. C’est pourquoi, tout en reconnaissant l’égale importance de tous les enseignants pour la transmission des savoirs, il faut differencier la formation multidisciplinaire et généraliste des enseignants du premier degré et la formation par discipline des enseignants du second degré.

Si l’on veut maintenir le système de sélection des candidats à l’enseignement par des concours nationaux, avec un programme national par discipline pour le second degré ou un programme multidisciplinaire lié à l’enseignement pour le premier degré,  on ne peut demander, dans la même année, à des candidats de s’initier à la recherche, qui relève d’une dynamique fort différente. En particulier, un candidat ne peut pas se former valablement à la recherche tout en préparant un concours et en faisant des stages pédagogiques longs la même année. On ne peut donc imposer à tous les masters de disciplines de se calquer sur les concours de l’Education nationale. De plus, chaque master de discipline a d’autres débouchés professionnels que les seuls concours de l’Education nationale. Et la société de la connaissance qui se met en place nécessite de nombreuses recherches, en particulier dans les sciences de l’éducation et la culture.

Ces différents éléments doivent contribuer à changer à la fois les concours de recrutement de l’Education nationale, les formations à ces concours, les formations à l’enseignement en général, en les intégrant de façon particulière à la recherche scientifique universitaire. Il faut élever à la fois le niveau de connaissance et de culture des enseignants et le niveau de la recherche dans le domaine de l’enseignement et de la culture. En particulier, le concours doit sanctionner un niveau de connaissances et non la connaissance du programme à enseigner. Car c’est en enseignant que la personne capable d’enseigner pourra s’approprier au fond le programme à enseigner et le réinterpréter de façon vivante.

2°) Eléments pour la formation des enseignants du second degré

Le domaine est complexe et doit être adapté à chaque discipline. Mais le cadre général peut être commun.

Nous avons pris le cas d’un master de langues vivantes et d’un concours pour enseigner les langues vivantes dans le second degré. Car cet enseignement ne donne pas des résultats satisfaisants en France par rapport à d’autres pays comparables.

Un master de langues vivantes ne débouche qu’en partie sur l’enseignement dans le second degré, on peut donc envisager le schéma suivant dans le cadre de l’Université  :

– master 1 général de langues, avec initiation à la recherche et rédaction d’un mémoire personnel ;

– master 2 recherche de langues : en continuité du master 1 général  et approfondissement de la recherche (complément du premier mémoire) ;

– master 2 professionnalisant de langues, en parallèle (mais pas mélangé) , avec préparation au concours national d’enseignement pour le second degré (partie théorique).

Les candidats ayant obtenu la partie théorique du concours national ont un diplôme de master et entrent en insertion professionnelle d’un an, comme fonctionnaires stagiaires, avec un service allégé permettant des stages dans un pays de la langue de discipline et des stages en situation professionnelle dans des niveaux différents, si possible en collège et lycée, avec l’assistance d’un tuteur.

À l’issue de cette année de fonctionnaire stagiaire, se place la deuxième partie du concours (épreuves pratiques et orales) et la  présentation d’un projet personnel lié à l’expérience dans un pays étranger.

De fait, par rapport aux formations actuelles de master, qui souvent séparent un peu trop arbitrairement masters recherche et masters professionnels (car les deux permettent de continuer en théorie en doctorat), le master formant un enseignant de langues du second degré proposé comprend un master 1 plutôt recherche et un master 2 plutôt professionnalisant, intégrant la préparation au concours de l’Education nationale.

L’étudiant reçu au concours d’enseignant (partie théorique) obtiendra, par le jeu des coefficients, et à condition qu’il suive correctement la formation de master, le master 2. Ce qui évite le cas de reçus aux concours, non-reçus au master. En revanche, l’étudiant non reçu au concours d’enseignant pourrait garder le bénéfice de certains enseignements du master 2 et soit redoubler pour présenter le concours, soit  se réorienter.


3°) Eléments pour la formation des enseignants du premier degré

Ici, les IUFM ont une certaine expérience, qui peut être améliorée, mais qui doit être conservée. D’autre part, l’enseignement est d’emblée multidisciplinaire : au moins français, mathématiques, sciences naturelles, histoire, géographie avec des compétences éventuelles en langues et en éducation artistique.

Un master d’enseignement du premier degré n’a pas beaucoup d’autres débouchés à notre connaissance que l’enseignement. C’est pourquoi nous proposons qu’il soit professionnalisant dès le master 1, mais qu’il inclut aussi une initiation à la recherche dans son domaine de compétences : les sciences de l’éducation vues de façon large.

Pour l’enseignement du premier degré, on peut envisager le schéma suivant, qui doit être discuté et affiné avec les enseignants des IUFM :

– master 1 professsionnalisant d’enseignement multidisciplinaire (français, mathématiques, sciences naturelles, histoire, géographie plus langues et arts), avec initiation à la recherche en sciences de l’éducation, dans le cadre des IUFM et préparation au concours ;

– passage du concours de professeur des écoles, à la fin de l’année de master 1, pour la partie théorique ;

– master 2 professionalisant pour les candidats reçus aux concours de professeurs des écoles dans le cadre des IUFM ; les candidats reçus au concours sont fonctionnaires stagiaires et payés à plein temps, avec un service allégé pour se former dans des classes de niveaux différents et préparer l’épreuve pratique du concours. Ils continuent leur initiation à la recherche dans les sciences de l’éducation. Les reçus au concours (épreuves théoriques et pratiques) ont un master professionnel de professeur des écoles.

3°) Eléments pour la poursuite de la formation des enseignants

Les contenus et les niveaux des formations, du fait de la partie recherche dans la formation, doivent permettre aux enseignants du premier et du second degré, s’ils le désirent, de prolonger leurs études pour passer un doctorat (par exemple avec validation d’acquis d’expérience et une année de décharge horaire) et devenir enseignant-chercheur à l’Université.

La formation ainsi organisée permet de constituer un groupe unifié des enseignants en France, avec des métiers différents, mais complémentaires, et permettant le passage et la progression d’un métier à un autre. Ce groupe a pour tâche commune fondamentale de transmettre des savoirs vivants et une culture commune, basée sur des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de démocratie et de garantie d’un certain nombre de droits sociaux, dont le droit à l’éducation pour tous.

Pour les enseignants chercheurs du supérieur, dont l’importance est fondamentale pour la création et la transmission des savoirs en France et dans le monde, après leur doctorat, leur qualification par le Conseil National des Universités et leur recrutement par une Université, leur première année de stage d’enseignant chercheur doit aussi comporter une décharge horaire leur permettant de se former au métier d’enseignant.

La formation des enseignants du premier degré est assurée par les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) qui sont une composante de toute Université ou de tout Pôle Universitaire de Formation et de Recherche, regroupant plusieurs Universités ou écoles d’enseignement supérieur. Les IUFM assurent aussi des formations pédagogiques pour les enseignants stagiaires du second degré et pour tous les enseignants, en formation continue, de la maternelle à l’enseignement supérieur.

Il est souhaitable que les chercheurs des instituts de recherche fassent connaître leurs travaux aux étudiants des Universités et à leurs collègues enseignants chercheurs. Ils peuvent donc recevoir une formation pédagogique adaptée de haut niveau dans les IUFM. Ils peuvent aussi participer à des Unités Mixtes d’Enseignement et de Recherche, en lien avec les laboratoires de recherche des Universités.

Dans chaque niveau d’enseignement, l’excellence doit être recherchée. Elle est stimulée par des concours complémentaires : agrégation dans l’enseignement du second degré, passage de maître de conférences à professeur par une habilitation à diriger des recherches dans l’enseignement supérieur. Un concours d’excellence est donc à créer pour les professeurs des écoles. L’excellence de la recherche dans une discipline donnée ne peut être évaluée que par des pairs de la discipline en question.

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