Congrès du SNUipp 13 : La difficulté scolaire

Depuis plusieurs années, les contre-réformes mises en place dans le premier degré ont toutes pour alibi la sortie sans qualification du système éducatif de nombreux élèves.

Pourtant, d’après le dernier rapport de l’observatoire des inégalités, « L’état des inégalités en France 2009 » (p. 46), citant une note d’information du ministère de l’Éducation nationale, on serait passé de 170 000 jeunes sortant du système éducatif sans qualification en 1975 à 42 000 en 2005.

Ces progrès ne doivent cependant pas masquer le noyau dur de l’échec scolaire, dû pour une bonne part à la massification de la scolarisation des trente dernières années et contre lequel les enseignants, spécialisés ou pas, luttent avec compétence et volontarisme malgré l’insuffisance des moyens. A ce sujet, le gouvernement critique souvent l’efficacité des RASED sans que les effets de ce dispositif, mis en place au début des années 90, n’aient jamais été évalués.

Récemment, l’Education nationale a connu des mutations importantes : suppression de deux heures d’enseignement pour 80% des élèves, nouvelle organisation hebdomadaire, aide personnalisée, stages de remise à niveau, nouveaux programmes, suppression de nombreux postes, réforme du recrutement et de la formation, initiale et continue, des enseignants.

A cela doivent s’ajouter une série de projets inquiétants et déjà aboutis : celui de la création des EPEP, de l’agence du remplacement ou ceux qui concernent la maternelle par exemple.

Les dispositifs mis en place sans concertation se succèdent et ne sont pas réellement évalués, comme les « CP à 10 » qui ont été abandonnés au bout d’un an d’expérimentation.

Pour le SNUipp, ces contre-réformes mettent en péril l’école publique, sans même tenir compte des résultats des études des chercheurs.

Malgré toutes les annonces, le seul fil conducteur de cette politique semble être une logique de restriction budgétaire et de suppression de postes, comme dans toute la fonction publique, au mépris de la mission humaniste et éducative de l’école.

Contre cette logique comptable, le SNUipp maintient le cap : viser la réussite de tous les élèves. Pour y parvenir, il est incontournable de s’interroger sur le traitement de la difficulté scolaire dans toutes ses dimensions.

Quelle définition de la difficulté scolaire ?

Les difficultés scolaires ont une origine, une nature et des manifestations très variées. La difficulté peut être lourde, durable ou passagère. Elle peut être liée à un handicap, à une situation psychologique, sociale, familiale… Les raisons pourraient finalement être aussi nombreuses que les individus, mais il ne faut pas faire porter individuellement la responsabilité des difficultés, ce qui conduit à culpabiliser les élèves et leur famille. Il faut valoriser l’intérêt du cadre collectif de la classe et ses enjeux dans les apprentissages.

La Loi d’orientation de 2005 a transformé en profondeur les missions de l’école, en particulier avec la création, en 2006, du socle commun de connaissances et de compétences. Or, pour le SNUipp 13, les sept piliers qui définissent « ce que nul n’est censé ignorer » ne sont pertinents ni dans leur contenu ni dans la conception d’un minimum exigible.  En se focalisant sur les fondamentaux, on réduit les ambitions et on nuit à l’épanouissement de l’individu. On se prive aussi d’activités qui permettaient aux élèves en difficulté d’être valorisés dans leurs apprentissages.

Le manque d’ambition qui caractérise le socle commun sur lequel s’appuie le gouvernement se retrouve dans les programmes mis en œuvre à la rentrée 2008. Ces derniers ont pour vocation de détourner l’élaboration de contenus à enseigner vers des savoirs à évaluer, dans une logique exclusive de résultats, en résonnance avec celle de la LOLF. Les nouvelles évaluations nationales visent une sélection des élèves, voire un tri, qui risquent de stigmatiser les plus en difficulté. D’ailleurs, si nous n’y prenons garde, ces derniers ne pourront même plus bénéficier de l’aide des RASED, voués à une disparition programmée.

Il est indispensable de redéfinir les missions de l’Ecole sans vision restrictive qui privilégie la  formation au détriment de l’instruction ou de l’éducation. Le « lire, écrire, compter » au  demeurant indispensable ne suffit pas. L’Ecole doit former de futurs citoyens qui devront avoir  acquis une culture, des compétences méthodologiques et une capacité de réflexion pour exercer pleinement leur liberté. Le SNUipp 13 tient à réaffirmer que ces éléments sont la meilleure garantie à l’enrichissement personnel et à la capacité de comprendre et d’agir sur le monde.

Echec scolaire et inégalités sociales et territoriales

Il y a un lien étroit entre échec scolaire et inégalités sociales. Il paraît indispensable de prendre des mesures d’accompagnement et d’aide à la scolarité pour les familles les plus défavorisées.

Les difficultés sociales se concentrent géographiquement, fruit de politiques d’urbanisme qui ne garantissent pas la mixité sociale, premier vecteur de mixité scolaire. Les décisions de libéralisation de la carte scolaire, a contrario des annonces effectuées par le ministère de l’Education Nationale, risquent d’augmenter le phénomène de ghettoïsation scolaire.

Cette problématique interroge les politiques menées dans l’Education prioritaire ces dernières années. ZEP, REP, RAR, zones violence, les différentes appellations ont été mises en places à des périodes différentes, se croisent ou se distinguent avec un ancrage pas toujours en adéquation avec la réalité. Une révision de la carte des ZEP est souhaitable, ainsi qu’une amélioration des conditions de travail.

Le SNUipp a déjà établi une série de revendications pour les écoles de l’éducation prioritaire, portant sur des incitations professionnelles et des éléments d’amélioration des conditions de travail : amélioration des conditions d’accueil des enfants, baisse des effectifs, maternelle obligatoire, amélioration du contenu de la formation initiale dans ce domaine, rééducateurs et psychologues scolaires, redéfinition du statut d’ENAF pour une prise en compte de la non francophonie familiale, augmentation du nombre de CLIN…

Le SNUipp 13 tient à rappeler que les questions des effectifs et de leur réduction sont décisives pour la réussite de tous. Les expériences de fonctionnement avec un maître supplémentaire ont montré leurs effets positifs sur les progrès des élèves. Le SNUipp 13 demande une extension du dispositif.

Le dispositif RASED reste indispensable au traitement de la difficulté scolaire. L’aide spécialisée et son regard pluriel au sein des RASED dans un cadre spécifique, en partenariat avec les équipes pédagogiques a pour but la réintégration de l’élève à la classe par des actions de prévention et de remédiation individuelles ou en petits groupes.

C’est pourquoi le SNUipp 13 exige le rétablissement des 3000 postes d’enseignants spécialisés au sein des RASED et le développement de ce dispositif par la  création de postes supplémentaires et le maintien des heures de synthèse.

En ce qui concerne le handicap, le SNUipp 13 regrette que la loi du 11 février 2005 ait été mise en œuvre à moyens constants.

Nous demandons le développement de la formation et l’obtention d’un statut pour les AVS, la redéfinition des critères d’orientation en CLIS, UPI et SEGPA, la création de maîtres ressources (option D) pour aider les collègues à gérer la difficulté au quotidien, une meilleure formation de tous les enseignants au handicap, la réduction du nombre de dossiers gérés par chaque référent, et un une aide pluridisciplinaire pour les enseignants. Le manque de moyens de remplacement et de personnels spécialisés ne permettent pas pour l’instant d’envisager la mise en place d’une brigade spécialisée de remplacement pourtant nécessaire dans l’intérêt des élèves.

Quelles propositions pour favoriser la réussite de tous ?

Réduire l’échec scolaire passe avant tout par la réduction des inégalités sociales et territoriales. Au-delà du traitement des inégalités et face aux contre-réformes gouvernementales, le SNUipp doit relancer un projet de transformation de l’école.

Il s’est donné plusieurs mandats qui doivent être redébattus, améliorés et relancés  : âge de la scolarité obligatoire, accueil des deux ans en maternelle (contre la mise en place des jardins d’éveil), orientation des jeunes en fin de scolarité, temps de concertation supplémentaire…

La réforme de la formation au sein des IUFM doit prendre en compte la complexité de notre métier.

La nouvelle organisation scolaire impose également une clarification des différents temps de l’école : obligatoire et facultatif, scolaire et extrascolaire…

Si le constat d’un alourdissement des journées de travail, pour les élèves comme pour les enseignants, est partagé, il est indispensable de s’appuyer sur les recherches liées aux rythmes scolaires et de mener une réflexion sur la réalité de l’activité enseignante.

L’aide personnalisée et les stages de remise à niveau qui relèguent la prise en compte des difficultés hors temps scolaire, ne sont pas une réponse.

En la matière, l’exemple des stages de remise à niveau est particulièrement parlant. L’analyse que les collègues en font est dévoyée par la question financière qui prend souvent le pas sur l’intérêt pédagogique.

En conclusion, le SNUipp se doit d’avoir une vision ambitieuse pour l’école et doit réaffirmer ses exigences de moins d’élèves par classe, de plus de maîtres que de classes, de plus de temps pour le travail en équipe et d’une formation plus solide à la difficulté scolaire et au handicap.

http://13.snuipp.fr/spip/

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One Response to Congrès du SNUipp 13 : La difficulté scolaire

  1. annie dit :

    « il y a un lien étroit entre échec scolaire et inégalités sociales ».

    et les ravages prévisibles de la disparition de la carte scolaire ne vont pas arranger les choses…tandis que les secteurs des RASED deviennent immenses en ZEP REP RAR-Zone violence (comme ailleurs… mais le nombre d’enfants qui va rester sur le carreau est proportionnel aux suppressions de postes et exponentiel au vu des difficultés…)

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