Communiqué de « l’Ecole Emancipée » et du « Collectif National pour un Front Syndical de Classe » : La direction de la FSU avec DARCOS, contre les IUFM !!


Après des mois de mobilisation et de luttes intenses des enseignants, des étudiants des universités et des IUFM, contre les « réformes » du statut des enseignants chercheurs et de la formation des enseignants, le gouvernement use de tous les stratagèmes, y compris le chantage aux examens, pour passer en force.

C’est ainsi que, malgré l’opposition unanime de tous les acteurs, les ministres Darcos et Pécresse ont décidé de présenter au Comité technique paritaire ministériel du jeudi 28 mai, des décrets pour imposer la fin des IUFM, de la démocratisation du recrutement des enseignants, du stage rétribué de formation professionnelle, ainsi qu’un développement sans précédent de la précarité enseignante qui menace les concours et les statuts.

Les élus des personnels ont ainsi été consultés sur des décrets qui constituent un passage en force des mesures combattues pendant des mois, et ceci avant même que les contre-feux gouvernementaux des « groupes de travail » n’aient achevé leurs travaux, ni même que soient commencées les consultations de la commission Marois-Filâtre, mise en place par le gouvernement et censée rendre son rapport pour le 15 juillet.

Mais, alors que cette véritable provocation du gouvernement venait d’être condamnée par un très large front regroupant l’ensemble des syndicats des personnels et étudiants, des coordinations de lutte du supérieur et de la formation des enseignants, des parents, la conférence des présidents d’universités, les directeurs d’Ecoles normales supérieures…, alors que l’ensemble des syndicats ont voté contre tous ces décrets, les personnels s’interrogent sur la forfaiture de la FSU, leur principale organisation syndicale . A la stupéfaction générale, piétinant ses propres positions et celles de ses syndicats, la délégation FSU a fait un refus de vote sur les décrets concernant les professeurs d’Education Physique et Sportive. Elle s’est abstenue sur les décrets concernant le recrutement des agrégés, certifiés et conseillers d’éducation, ainsi que la CSEN (Confédération Syndicale de l’Education Nationale), alors que toutes les autres organisations syndicales ont voté contre. Cette dernière décision, purement scandaleuse, a-t-elle été dictée par la direction du SNES, au profit des intérêts strictement catégoriels qu’elle croit défendre, et au détriment de choix fédéraux sur l’avenir de l’Ecole publique ?

Émancipation intersyndicale appelle à condamner ces votes,  indignes de la mobilisation exceptionnelle contre cette casse de la formation des Maîtres, indignes d’une organisation qui se prétend de lutte, indigne de la confiance et de l’attente des personnels exprimés lors des dernières élections professionnelles. Ces votes  rompent le front unitaire syndical qui a permis d’assurer le succès du 29 janvier et du 19 mars dans l’éducation. Unité instrumentée par la FSU et ses syndicats pour ne pas appeler à la grève depuis.

C’est parce qu’elle n’a reçu aucune réponse à ces questions, que tous les militants syndicaux, tous les personnels sont en droit de se poser, qu’Emancipation les pose publiquement à la direction nationale Unité et Action / Ecole Emancipée.

La direction nationale de la FSU doit reconnaître enfin que sa stratégie qui consiste à mordre au pseudo dialogue social de Sarkozy, à cautionner par sa présence des groupes de travail immédiatement bafoués doit être abandonnée au profit de la construction d’un rapport de force à la hauteur, ce qui impose de quitter immédiatement toutes les instances de prétendue concertation et de répondre aux personnels qui demandent une réaction immédiate de grève, permettant d’organiser dans tous les secteurs le refus de la rentrée.

Émancipation intersyndicale propose aux syndiquéEs et aux courants de la FSU qui désavouent la direction actuelle de s’organiser pour mettre un terme à ce gâchis, dans la perspective du prochain congrès national.

2) Collectif National pour un Front Syndical de Classe : Vote de la FSU en CTPM sur la « masterisation » :  quand abstention rime avec capitulation !

Consternés, abasourdis, indignés, écœurés… Les réactions de stupéfaction et de colère ne se sont pas fait attendre, chez les enseignants-chercheurs en lutte depuis plusieurs mois, comme chez beaucoup d’enseignants des premier et second degrés, au lendemain d’un Comité Technique Paritaire Ministériel (CTPM) qui fera date, sans doute, dans l’histoire des trahisons syndicales. Un vote « coup de poignard dans le dos » des personnels et étudiants en lutte.
Au CTPM du 27 mai, devaient être présentés les décrets concernant les modalités de recrutement des enseignants du primaire et du secondaire, décrets ministériels qui avaient été publiés dès le 19 mai, alors que les diverses consultations (même illusoires) n’étaient pas terminées. Les organisations syndicales ont boycotté ce CTPM, considérant à juste titre qu’il s’agissait d’un passage en force du ministre.

Le 28 mai s’est tenu le CTPM reconvoqué, et les mêmes décrets ont été soumis au vote des organisations syndicales. Ces textes ne contiennent rien d’autre que la base du projet Darcos concernant le recrutement des enseignants, appelé « masterisation », et massivement rejeté par la communauté universitaire ; à savoir que « peuvent se présenter aux concours externes » les candidats ayant déjà obtenu un master ou inscrits en dernière année de master (article 2). Les modalités de formation de ces enseignants, avant et après le concours, ne sont pas évoquées, si ce n’est à travers ces quelques mots de l’article 6 : « A l’issue du stage, dont les conditions sont fixées par arrêté du ministre chargé de l’éducation, et qui comporte une formation, la titularisation est prononcée par le recteur. »
Dans ces conditions, et face à un tel mépris du ministre, il paraissait logique de voter contre ces décrets. C’est ce qu’ont fait la quasi-totalité des organisations syndicales ; toutes, sauf deux : la très minoritaire CSEN, et… la très majoritaire FSU, qui s’est abstenue sur le décret des certifiés/agrégés, et n’a « pas pris part au vote » sur celui des profs d’EPS ! Cette abstention a permis aux deux décrets de passer comme adoptés par le CTPM, puisque les voix « pour » de l’administration ont été majoritaires.
Pour les milliers d’enseignants et d’étudiants mobilisés depuis 15 semaines contre le projet désastreux de « masterisation », l’interprétation d’un tel vote ne peut être que celle-ci : la direction de la FSU, tournant le dos au combat résolu pour le retrait des projets Darcos et Pécresse, affiche désormais son soutien à la contre-réforme du ministre.
Une stratégie du renoncement et de l’abandon
Pourtant, les « obstinés » de la lutte contre la « masterisation » à la sauce Darcos, dans les universités et les IUFM, ont largement fait la démonstration de la nocivité d’un tel projet : tel qu’il est conçu, dans un contexte de réduction drastique des postes, le recrutement au niveau master accentuera la sélection sociale, transformera en masse de précaires les étudiants ayant échoué au concours, et finira par abolir le système de recrutement des enseignants français par concours, c’est-à-dire leur statut de fonctionnaires. Si l’on ajoute la disparition programmée des IUFM, et de toute formation pédagogique digne de ce nom pour les futurs enseignants, ainsi que la mise en concurrence imposée aux établissements scolaires et universitaires, on voit le sort qui est réservé au service public d’éducation dans les années à venir : celui de sa liquidation, à l’instar de ce qui s’est produit en Grande-Bretagne sous Thatcher et ses successeurs, et en Italie sous Berlusconi.
La question de la « masterisation » traverse tous les niveaux du système éducatif, et menace les fondements mêmes de l’Education nationale. Dès février, et de façon plus pressante face au mépris des ministres Darcos et Pécresse, les enseignants-chercheurs en lutte ont appelé à la convergence de l’action « de la maternelle à l’université ». Ils se sont heurtés à une surdité persistante de la part de la direction nationale de la FSU, aussi bien pour relayer auprès de tous ses syndiqués la légitimité de ce combat, que pour appeler à des actions communes entre Primaire, Secondaire et Supérieur à l’échelle nationale.
Il faut dire que son plus gros syndicat, le SNES, a constitué un obstacle indéniable à la mise en œuvre de cette convergence : arc-boutée sur l’illusion d’une revalorisation salariale conditionnée par l’élévation du niveau de recrutement, la direction du SNES a attendu son congrès de mi-mars (sous la pression de ses sections les plus combatives) pour exiger enfin le retrait (et non plus le simple report) de la contre-réforme Darcos. Sans éclairage ni cadrage nationaux, sans appel à la grève, sans un affichage fort du soutien de toute la FSU, il était difficile, pour des sections locales du SNES, d’organiser la résistance commune entre Secondaire et Supérieur.
Le dernier épisode de l’abstention-appui au CTPM du 28 mai, commandée par la direction du SNES, sous le prétexte fallacieux de « respect des mandats », est dans la suite logique de cette stratégie de renoncement et d’accompagnement, qui privilégie un syndicalisme de « discussions », plutôt que l’engagement déterminé à construire le « Tous ensemble en même temps », seul capable de faire reculer le pouvoir sarkozyste.
La FSU face à ses responsabilités
Avec ce vote, lourd de conséquences, les directions du SNES et de la FSU ont pris le risque de fragiliser davantage un mouvement de lutte exceptionnel par son ampleur, sa durée, sa diversité d’actions et sa qualité idéologique. Un mouvement qui a su analyser, au-delà des textes et discours gouvernementaux et médiatiques, la responsabilité écrasante des directives européennes (Stratégie de Lisbonne et processus de Bologne) dans la casse des services publics d’éducation, d’enseignement supérieur et de Recherche. Or on sait la volonté affichée par la FSU d’adhérer à la Confédération Européenne des Syndicats, structure subventionnée par l’UE, qui prône aux salariés la résignation devant la crise et la renonciation à défendre leurs droits et acquis attaqués de toutes parts. Ceci explique aussi cela…
En prenant un tel risque, la FSU se fragilise elle-même, en révélant son incapacité à élaborer une position commune et cohérente sur une question aussi fondamentale que la formation des enseignants ; elle fragilise ses syndicats nationaux en partie discrédités par leurs atermoiements et leurs incohérences ; enfin, c’est l’ensemble du syndicalisme enseignant qui est affaibli par sa stratégie d’accompagnement de la politique gouvernementale.

La direction de la FSU est à un moment crucial de son histoire : elle doit désormais entendre la voix de tous les personnels de l’éducation nationale qui se battent avec détermination pour défendre leurs emplois, leurs services publics et leurs droits ; elle doit refuser tous les pièges tendus par le pouvoir, menant à la compromission ; elle doit retrouver le chemin du syndicalisme de lutte et travailler à la construction du rapport de forces nécessaire pour arracher de vraies victoires. Faute de quoi, elle porterait l’entière responsabilité des difficultés internes qui en découleraient.
Les militants du Collectif National pour un Front Syndical de Classe (CNFSC), quant à eux, refusent de céder à la résignation qui ferait le jeu du pouvoir ; partout où ils le peuvent, ils se joindront aux travailleurs et étudiants en lutte dans les universités ; ils invitent les militants de la FSU à faire connaître leur réprobation à leurs directions syndicales et à contribuer à la construction du front de luttes le plus large contre le gouvernement, le patronat et l’Union européenne.

Le CNFSC relaie, une pétition lancée à ce sujet par des militants de la FSU.

Après le vote en CTPM du 27 mai, pétition à l’adresse de la direction FSU

Nous, syndiqués FSU, interpellons avec force nos dirigeants de la FSU pour leur capitulation lors du CTPM du 27 mai et leurs votes en abstention ou leurs refus de vote sur les décrets ministériels concernant le recrutement et la formation des enseignants, alors que toutes les organisations syndicales ont voté contre (hormis la très minoritaire CSEN) !

Pourtant, les « obstinés » de la lutte contre la « masterisation » à la sauce Darcos, dans les universités et les IUFM, ont largement fait la démonstration de la nocivité d’un tel projet qui accentuera la sélection sociale, transformera en masse de précaires les étudiants ayant échoué au concours, et finira par abolir le système de recrutement des enseignants français par concours, c’est-à-dire leur statut de fonctionnaires.

L’attitude de la FSU constitue très clairement, quelles que soient les arguties avancées, un soutien aux projets du gouvernement alors que les personnels du Supérieur sont en lutte depuis de nombreux mois et que leur propre syndicat de la FSU est opposé à ces décrets. Cet épisode confirme ce que l’on pouvait pressentir puis des semaines : les directions de la FSU et du SNES, en échange d’une vague promesse de revalorisation dont on sait le peu de crédit qu’on peut y accorder, ont tout fait pour empêcher la convergence des luttes « de la Maternelle à l’Université » et pour se poser comme « responsables » alors que le gouvernement casse l’Education nationale dans son ensemble et qu’il s’apprête à supprimer encore des dizaines de milliers de postes l’an prochain.

Renoncer à voter contre des décrets de régression sociale, c’est encourager le gouvernement à continuer dans cette voie et c’est décourager les personnels de l’Education nationale qui se battent avec détermination pour défendre leurs emplois, leurs services publics et leurs droits. C’est en outre bafouer les espoirs nés lors de la fondation de la FSU pour un syndicalisme de lutte construisant l’unité pour l’action.

Les signataires de cette pétition appellent la direction de la FSU à prendre la mesure de la situation et des risques qu’elle fait prendre à la Fédération ainsi qu’aux personnels et à l’Education Nationale. Ils s’engagent à s’opposer à toute dérive de la FSU vers le syndicalisme d’accompagnement.

Initiateurs : René Barthes (SNES, UA), Maurice Cukierman (SNES, UA), Vincent Flament (SNES, UA), Benoit Foucambert (SNES, UA), Georges Gastaud (SNES, UA), Sylvie Guduk (SNUIPP, UA), Emmanuelle Kraemer (SNES, UA), Annie Lacroix-Riz (SNESUP, UA)

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A renvoyer à : benoit.foucambert@wanadoo.fr – Benoit Foucambert, Quai Charles Cazenave, Résidence de Brettes, 81200 Mazamet

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