Mineurs arrêtés : avant-goût de la « police des écoles » de Darcos

Ridicule, mais pas seulement : l’interpellation de deux enfants de six et dix ans mardi à Floirac montre aussi les dérives d’une politique sécuritaire dont les policiers sont les zélés artisans. Il a fallu pas moins de six courageux fonctionnaires de police venus dans deux véhicules pour arrêter à la sortie de l’école deux garçons soupçonnés d’avoir dérobé une bicyclette. Les enfants ont été relâchés après un interrogatoire de deux heures au commissariat.

L’affaire a grimpé d’un cran dans le pathétique avec l’intervention du directeur départemental de la sécurité publique de Bordeaux, soutenant le haut fait d’armes de ses hommes, en conformité, affirme-t-il le plus sérieusement du monde, avec « les lois de la République ».

Une République qui, au passage, s’accommode bien de la dépénalisation du droit des affaires projetée par le gouvernement mais juge prioritaire de monter, toutes affaires cessantes, une opération policière à la sortie de l’école.

Alors que le taux d’élucidation des affaires les plus graves est notoirement bas, c’est d’abord la politique du chiffre imposée par Sarkozy qui pousse les forces de l’ordre à se rabattre sur le tout venant de la vie quotidienne, à multiplier les motifs d’intervention (voir l’inénarrable délit d’outrage) quitte à sombrer dans le grotesque comme ce fut le cas mardi à Floirac.

Un des deux enfants est en maternelle !

En dehors de faire progresser ce fameux taux d’élucidation des affaires, l’interpellation de deux enfants aussi jeunes, dont l’un est élève en maternelle, rentre dans une réthorique beaucoup plus large visant à stigmatiser les enfants.

Le prochain projet de loi sur la justice des mineurs, même si Dati a dû reculer sur la prison à 12 ans, punira encore davantage. La justice des enfants devrait d’ailleurs disparaître, remplacée par une justice des mineurs. Un changement d’appellation qui n’est pas anodin : pour la justice comme pour la police, il n’y a plus d’enfants, seulement des mineurs face auxquels la compréhension, encore moins la compassion n’ont plus leur place.

Hasard du calendrier ? La dernière prise de position de Darcos, ce jeudi 21 mai, en faveur d’une « police des écoles » s’inscrit dans ce climat délétère, obstinément entretenu, parce qu’on en attend des gains électoraux, qui vise à faire peur avec les enfants.

On trouve de l’argent pour ces nouveaux agents

De drastiques suppressions de postes vont toucher l’Education nationale pour la troisième rentrée consécutive, et, surtout, la formation des enseignants risque tout simplement de disparaître. Pourtant, les crédits ne manquent pas pour la création d’un nouveau corps « de personnes formées et assermentées, placées auprès des recteurs, susceptibles de se rendre dans les établissements rapidement, pouvant constater des délits, confisquer des armes, opérer des fouilles si nécessaire ».

L’arrestation de deux enfants de 6 et 10 ans à la sortie de l’école n’est pas qu’une simple pantalonnade. Elle s’inscrit dans une politique délibérément conduite où la lutte affichée contre la délinquance est le prétexte d’une surveillance policière de plus en plus étroite sur la société. Pour revenir à nos deux enfants, le plus grand ne veut plus aller à l’école, le plus petit n’arrivait plus à desserrer les mâchoires. Merveilleuse leçon d’éducation civique, n’est-ce pas ?

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