Stop aux gendarmes à l’école

Les faits

Cela s’est passé au collège de Marciac (Gers), mais cela se passe un peu partout comme ça en France. Un triste matin, les gendarmes font irruption. En force. En armes. Avec leurs camions et leurs gyrophares. Avec des chiens, policiers, comme eux. Suivant les scénarios, les enfants sont plaqués contre les murs, les mains en l’air (genre « descente » pendant la dernière guerre) ou bien enfermés dans leur salle de classe, mais toujours avec défense absolue de faire le moindre mouvement. Les chiens sont lâchés. Ils reniflent les affaires. Ils bavent sur les élèves. S’il y a un internat, ils vont mettre leur sale museau dans l’intimité des literies.

Pendant ce temps, un gendarme continue à hurler : « Le chien mordra ceux qui bougent ». Il profère des menaces contre les « drogués », ricane. Et malheur à celui qu’un chien désigne. Car, alors, tout est permis : fouille poussée, pressions psychologiques, humiliations verbales.

Zoé, petite fille de 13 ans, Zoé qui a eu le grand courage de témoigner à Marciac, doit sortir de classe devant tout le monde pour se déshabiller dans le couloir. Là, une gendarme fouille dans son soutien gorge, lui passe la main sur sa petite culotte. Dans le couloir, d’autres gendarmes, hommes ceux-là, assistent à la scène. De leurs regards, de ces mains qui la palpent, de cette situation nauséeuse, Zoé en ressort avec le sentiment
d’avoir été violée. Ces camarades sont envahis par le même dégoût. Et c’est comme ça que des enfants sont traités partout en France, avec la complicité active de responsables de l’institution scolaire. Dans un pesant silence.

Un silence que Zoé et sa famille ont rompu ; comme, l’avait fait, quelques jours auparavant un enseignant du Centre de formation des apprentis de

Pavie (toujours dans le Gers) dont le témoignage rigoureux est terrible de précision ; et comme l’a fait, quelques jours, après le chanteur Daniel Guichard, scandalisé lui aussi en découvrant ces agissements gendarmesques alors qu’il amenait son fils au collège (cette fois-ci, dans l’Héraut). Maintenant, plus personne ne pourra dire « Je ne savais pas » ! Le voile de la honte s’est déchiré.


Pourquoi tant de violence à l’encontre de nos enfants ?

Si on ne connaissait pas le niveau de perversité qu’atteint dans ce cas là le discours administratif, on en tomberait à la renverse, car la réponse officielle est : « Pour les protéger » ! Ce déploiement traumatisant de force brute se fait au nom de la prévention de la « drogue », (en réalité, du cannabis). Ce prétexte mérite qu’on l’examine.

Faisons tout d’abord remarquer qu’à Marciac comme dans l’Héraut le résultat de ces descentes a été de rien du tout et, à Pavie, de quelques grammes. Ridicule, parfaitement ridicule. Ensuite, posons-nous la question du coût : une douzaine de gendarmes (salaires, primes, charges sociales, vêtements, …), des chiens (nourriture, chenil,…), leurs véhicules (carburant, usure,…), entre le temps de préparation (concertation avec
le chef d’établissement, plannings,…) et la demi-journée pour faire le mauvais coup, ça met l’opération à au moins 1 500 euros !

Poursuivons enfin sur l’efficacité : en trente ans, la France, qui avait des taux de consommations de cannabis très bas, est montée dans le peloton de tête des pays d’Europe. Depuis au moins 20 ans, des gendarmes (FRAD) et des policiers sillonnent les collèges, d’abord pour montrer les produits (avec une « mallette ») ensuite pour des fouilles. Aucun des pays d’Europe qui, sur la même période, a maintenu des niveaux bas ou même a réussi à diminuer cette consommation, n’a fait comme ça. Leurs politiques sont même franchement à l’opposé de la politique française dans ce domaine. Le « remède » français est donc pire que le « mal », d’autant d’ailleurs que le « remède » en question est en fait un puissant propagateur du « mal » : montrer des produits (que l’on possède, puisqu’on les montre) en insistant sur leur caractère interdit, c’est bien sûr pousser des jeunes à la transgression. Affaiblir l’estime de soi par l’humiliation et par la peur est un facteur reconnu de consommations de psychotropes.

Des explications lamentables mais éclairantes

Mis brutalement en pleine lumière, ceux qui agissaient jusqu’à présent dans une ombre propice ont dû se justifier. Le spectacle a été minable. A tout seigneur, tout honneur. La parole est à un certain Christian Pethieu, principal du collège, qui a demandé la descente : « L’intervention s’est déroulée dans un climat que j’ai jugé serein et sans excès » [1]. Sans excès, vraiment ? Qu’est-ce qu’il faudrait, pour que ce soit un « excès », monsieur le principal ? Que la police aille jusqu’au doigt dans le c… ?

Donnons-là tout de suite après à la Procureuse de la République, Chantal Firmigier-Michel : « Ça crée de la bonne insécurité »1. A dire vrai, nous nous en doutions un peu. Mais c’est bien la première fois qu’une haute représentante de l’Etat l’avoue aussi clairement : quand ça l’arrange, c’est la justice, avec l’aide de la police et de la gendarmerie, qui organise elle-même l’insécurité. Rappelons que les êtres humains visés par cette sorte de terrorisme de basse intensité sont, dans le cas présent, des enfants, et qui n’ont strictement rien fait de répréhensible.

Laissons la conclusion au premier syndicat enseignant de France, le SNES. Son représentant du coin, le camarade Franck Gombaud, sait que pour ne pas résoudre un vrai problème, rien ne vaut une mauvaise revendication. Et là, en homme manifestement bien rodé à cet exercice, il a trouvé ce qu’il faut : une bonne muselière. Sans rire, il réclame « que l’on en revienne à des opérations de prévention mieux préparées, et que, si les gendarmes font venir des chiens, ils soient muselés. »1 Que les collégiens facétieux n’en concluent pas, comme la phrase peut le laisser entendre, que le SNES réclame une muselière pour les gendarmes. L’impertinence syndicale ne va vraiment pas jusques là. Quand à la pertinence (syndicale), ça fait longtemps qu’elle a sombré dans l’indigence de la pensée.

Mettre fin aux exactions

Côtés parents, élèves et même côté « tout le monde », la réaction n’a pas été aussi « compréhensive » et la vague montante d’indignation a forcé les ministères concernés à demander à leurs troupes de faire preuve d’un peu plus de tact.

Pour transformer ce recul tactique en recul tout court, et puisque tout ceci se fait au nom de la « prévention », prenons les devants. Qui que nous soyons – élèves, parents, professeurs qui ne se retrouvent pas dans la revendication de la muselière… – faisons fermement savoir par avance à tout chef d’établissement que nous sommes contre ces exactions, que nous ne nous laisserons pas faire et qu’ils seront tenus pour responsables de tout problème.

Si un chef d’établissement ose trouver ces pratiques « sereines et sans excès », exigeons qu’il se mette en slip dans le couloir, devant une délégation d’élèves et enseignants, et qu’il s’y fasse peloter les fesses : après tout, c’est sa fonction que de donner l’exemple.

Exigeons que le budget alloué à ce type d’opération soit versé à celui de l’établissement pour des activités pédagogiques2. Exigeons que, si prévention il y a, elle soit faite par de véritables professionnels de la chose, pas par des professionnels de la répression. Etre à la fois dans la prévention et dans la répression, c’est comme être à la fois juge et partie, une monstruosité éthique.

Flics, patrons, curés, hors des collèges, des facs et des lycées !

Jules F .

[1] Les trois citations de cet article sont tirées de : « Stupéfiante
descente au collège » http://www.liberation.fr /societe/0101302685

[2] Que ce ne soit pas le même budget importe peu : c’est les mêmes
impôts, les nôtres. Aux technocrates de se débrouiller pour faire les
transferts.

Affaire Marciac : Zoé témoigne de la violence des gendarmes et des maîtres-chiens

Le 19 novembre dernier, dans le cadre d’une opération anti-drogue au collège de Marciac (Gers), des gendarmes et des maîtres-chiens ont fouillé des élèves. Suffisamment brutalement pour que la ministre de l’Intérieur demande une enquête interne et pour que Zoé, 14 ans, témoigne. Voici son récit.

Le père de Zoé, Frédéric DAVID : Le week-end dernier, j’accueille ma fille Zoé – elle a 14 ans – de retour du collège de Marciac (Gers)… Elle me raconte son mercredi au collège… colère à l’intérieur de moi… révolte… que faire ? J’ai demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle me disait là. Elle a accepté.
Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle.

« Il nous l’avait dit, le CPE, que des gendarmes allaient venir nous faire une prévention pour les 4ème et les 3ème.
Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les profs.
A peine 10 minutes plus tard, nous étions assis, deux gendarmes faisaient déjà le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous étions, les regardait en nous disant « Ils font leur ronde !?? ». Elle n’était à priori au courant de rien bien sûr. Soudain, la porte s’est ouverte, laissant entrer deux gendarmes… Enfin non, pas exactement ! Il y avait un monsieur chauve habillé en militaire (le dresseur de chien en fait !) et un gendarme très gros.
Le chauve nous a dit : « Nous allons faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas ! Quand il mord, ça pique ! » Enfin il a dit ça, à peu près… Je me rappelle surtout du « Quand il mord, ça pique ! » Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà à l’oeuvre. Le chien s’appelait Bigo. Bigo s’est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et arrachant tout ce qui dépassait.

Quant à la prof, elle restait derrière son bureau bouche bée.

Le chien s’est attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant : « Sortez mademoiselle, avec toutes vos affaires ! » Elle a rangé son sac, s’est levée et s’est apprêtée à sortir mais le dresseur l’a repris vite : « Et ton manteau ! » Elle a rougi et emporté aussi son blouson. Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de s’empresser de me faire sortir. Dehors m’attendait une petite troupe de gendarmes… Enfin, non, pas dehors : nous étions entre deux salles de classe. Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille. Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini, ils s’emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je n’étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une gendarme.
Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le Gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes doublures. La fille qui était là fouillée elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l’entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage. Ils la firent rentrer en classe.

C’était à mon tour ! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regards des deux autres gendarmes… Je décris : Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme : « On dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais… » Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle ! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n’exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon cas !
Je dis à l’intention de tous : « C’est bon arrêtez, je n’ai rien ! » La fouilleuse s’est arrêtée, j’ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m’a dit : « tu peux ranger ! ». J’ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donné le nom du village où j’habite. De retour en classe, la prof m’a demandé ce qu’ils ont fait. Je lui ai répondu qu’ils nous avaient fouillé. Je me suis assise et j’ai eu du mal à me consacrer aux maths !

Tout ça c’est ce que j’ai vécu, mais mon amie dans la classe à côté m’a aussi raconté. Le chien s’est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l’ont carrément emmenée à l’internat où nous dormons. Le chien s’est acharné sur toutes ses affaires m’a-t-elle dit. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vue qu’ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le WE dernier elle a assisté à un concert ! Le CPE l’a ramené ensuite au collège et elle m’a raconté.
Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde.

Une prévention ? Avec des chiens ? Armés comme aujourd’hui ?
Une élève de 4ème nous a dit que le chien s’est jeté sur son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très peur.
Les profs ne nous en ont pas reparlé… Ils avaient l’air aussi surpris que nous ! Tous les élèves de 3ème & 4ème ont du se poser la même question : Que se passe-t-il ? Et tous les 6ème et 5ème aussi même si ils n’ont pas été directement concernés ! »

Zoé

Qu’en pensez vous ? Que dois je faire ? Qui parle de violence ? Il me semble important d’écrire ici que, ni le principal, ni quiconque du collège a jugé important de communiquer sur ces faits ( !?) Nous sommes lundi 24/11/2008, il est 15h30 et si Zoé ne m’en avait pas parlé, je n’en saurais rien. Combien de parents sont au courant ?
Les enfants « victimes » – et je pèse ce mot – de ces actes sont en 4ème et 3ème. Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens pas….

Frédéric DAVID

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