Archive pour février 2009

Proviseurs à l’école de police

Samedi 28 février 2009

Les interventions de la police dans les collèges ont été bien préparées.

Apprenons à mieux nous connaître et nous coopérerons pleinement entre proviseurs et maîtres chien disent les têtes pleines d’eau de l’éducation Nationale. Regardez la vidéo suivante, vous serez édifié.

Pour la deuxième fois, des dizaines de chefs d’établissement de l’académie de Créteil (Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis et Seine-et-Marne) ont eu droit à une formation spéciale à Ecole Nationale Supérieure des Officiers de Police à Cannes-Ecluse (en Seine-et-Marne). Objectifs: préparer en amont les interventions de police au sein des collèges et des lycées en cas de recherche de stupéfiants, de violences ou de happy slapping.

Sondage Ifop : Les Français et l’école

Samedi 28 février 2009

Reléguée dans la hiérarchie des préoccupations des Français derrière l’emploi ou le pouvoir d’achat, l’Ecole n’en demeure pas moins un enjeu à la fois suivi avec intérêt par les citoyens mais constituant un point de crispation majeur dans l’opinion, au regard de la difficulté rencontrée depuis plus de trente ans par le politique à réformer l’institution scolaire. Ainsi, les suppressions de poste dans l’Education nationale comme la récente réforme du lycée ont suscité un important débat, tant au sein de la communauté éducative – première concernée par ces mesures – que parmi le grand public mais, surtout, elles ont exacerbé la crise interne de l’institution.

C’est dans ce contexte troublé qu’Acteurs Publics a demandé à l’Ifop de déterminer l’état de l’opinion sur la question scolaire.

La réalisation de cette enquête sur le rapport des Français à l’école était donc l’occasion de confronter les personnes interrogées aux principaux arguments avancés par les parties en présence et plus largement de faire le point sur les missions assignées à l’Ecole.

Un net rejet des suppressions de postes.

S’agissant des suppressions de postes initiées depuis 2007 par le Ministère, les résultats obtenus s’avèrent particulièrement éclairants. Ils attestent, si besoin était compte-tenu du contexte de fortes tensions sociales dans lequel s’inscrit cette enquête, de l’hostilité dont pâtit aujourd’hui le discours réformateur du président de la République et de son Ministre de l’Education nationale.

Ainsi, à peine plus de trois interviewés sur dix (31% exactement) souscrivent à l’argument présidentiel selon lequel en supprimant des postes dans l’Education nationale on peut dégager des fonds pour améliorer la rémunération et les conditions de travail des enseignants. A contrario, l’opposition s’avère particulièrement vive et d’une intensité rarement mesurée dans les enquêtes d’opinion : 68% des personnes interrogées réfutent le raisonnement maintes fois avancé par l’exécutif, 42% allant jusqu’à se déclarer «pas du tout d’accord». Dès lors, les opposants à la suppression de postes dans l’Education nationale bénéficient en toute logique du soutien massif de l’opinion : 63% des interviewés (dont 41% de «tout à fait d’accord») affirment que cette mesure affaiblit le système éducatif français, 36% exprimant un avis contraire. Dans le détail, l’hostilité à la suppression de postes dans l’Education nationale ou du moins les doutes exprimés quant à l’efficacité revendiquée de cette mesure se répercute dans la plupart des catégories de population interrogées.

Cette tendance de fond ne doit toutefois pas masquer l’existence d’un net clivage générationnel au sein de la population.

L’opposition à l’argument présidentiel selon lequel les suppressions de postes permettent d’améliorer la rémunération et les conditions de travail des enseignants est certes majoritaire auprès de l’ensemble des classes d’âge interrogées mais elle passe de 81% (son score le plus élevé) parmi les jeunes âgés de moins de 25 ans à «seulement» 52% chez les plus de 65 ans. De même, une très forte majorité des premiers (80%) considère que cette mesure affaiblit le système éducatif contre une minorité – non négligeable – des seconds (46%). En revanche et contre toute attente, les différences de perceptions entre salariés du secteur privé et salariés du secteur public s’avèrent minimes voire insignifiantes. A titre d’exemple, 78% des premiers réfutent les bénéfices défendus par Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos contre 72% des seconds.

Au final, seuls les sympathisants de l’UMP adhèrent majoritairement aux suppressions de postes dans l’Education nationale, à hauteur de 56% contre seulement 20% chez les sympathisants de l’extrême gauche et 16% chez ceux des partis de la gauche parlementaire.Pour autant, ce résultat ne doit pas masquer le fait que seuls 47% des électeurs de Nicolas Sarkozy au premier tour de l’élection présidentielle du printemps 2007 partagent cette opinion. Signe d’ailleurs d’un certain trouble au sein du socle partisan du président de la République, 48% des sympathisants de l’UMP (et 49% de l’électorat de Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle) se révèlent sensibles à l’argument de l’affaiblissement du système éducatif français du fait des suppressions de postes.

Des perceptions partagées et défavorables sur le report de la réforme des lycées

Les Français interrogés se montrent en revanche moins catégoriques sur le report de la réforme de la seconde et du lycée décidé mi décembre 2008 par Xavier Darcos après les manifestations lycéennes.

Cette décision partage les personnes interrogées : 47% l’approuvent alors qu’une courte majorité (50%) fait part de sa désapprobation. Dans le détail, on observe un clivage socioprofessionnel très net opposant les catégories moyennes et supérieures (professions intermédiaires, cadres et professions libérales : 54%) soutenant le report de la réforme du lycée aux catégories populaires (ouvriers 54%, employés 58%) qui manifestent leur opposition.

L’analyse des réponses par sous-populations révèle toutefois qu’au delà de cette fracture de l’opinion, le report de la réforme, à savoir la posture médiane adoptée par le Ministère de l’Education – entre retrait du projet et maintien coûte que coûte – ne convainc pas.Ainsi, la décision de Xavier Darcos est désapprouvée et ce pour des raisons sans doute différentes par les personnes âgées de moins de 25 ans comme par les plus de 65 ans (54% dans ces deux segments).

Sans doute s’agit-il pou les premiers de contester le report d’un an en lieu de place de l’abandon attendu.
Quant aux seconds, ils regrettent probablement le fléchissement perçu face aux manifestations lycéennes.

Ce constat est identique du point de vue politique : le report de la réforme est mollement approuvé par le peuple de gauche : à peine un sympathisant des partis de la gauche parlementaire (51% voire 52% chez les sympathisants socialistes) ou de la gauche radicale (51% et 53% chez les proches du Nouveau Parti Anticapitaliste) approuve la décision du Ministère de l’Education, fortement inspirée, il est vrai, par le président de la République.A l’inverse, 55% des sympathisants de droite font part de leur désapprobation et expriment sans doute eux aussi le reproche dans cette affaire de voir l’exécutif reculer face à la contestation de la rue et perdre de vue le cap des réformes.

Des objectifs spécifiques assignés à l’Ecole

Au coeur de ces fractures et clivages qui traversent l’opinion, réside la question de la finalité que chaque individu assigne à l’Ecole. Sur ce point, les Français expriment une hiérarchie claire. En effet, invités à indiquer ce que doit être la principale mission de l’école, les personnes interrogées mentionnent avant tout la transmission des savoirs fondamentaux et de la culture générale (40%).A cet objectif de l’Ecole, directement issu de l’héritage de la Troisième République, répond la mission assignée par plus d’un quart des Français (26%), de permettre à chacun de trouver un emploi à la fin de sa scolarité.Cette finalité devance la nécessité pour l’Ecole de garantir l’égalité des chances entre les élèves (19%), dimension que les débats sur la carte scolaire ou l’aide apportée aux ZEP ont remis au coeur du débat sur l’école.

Viennent ensuite, à des niveaux inférieurs de citations, deux autres missions : l’apprentissage de la citoyenneté et de la vie en société (11%), objectif civique qui dépasse nettement la vision de l’Ecole comme devant favoriser l’épanouissement personnel, citée très marginalement (4%).Ainsi, la vocation originelle et longtemps quasi unique de l’Ecole, à savoir la transmission des savoirs fondamentaux, demeure essentielle pour une partie importante de l’opinion.Néanmoins, signe d’une évolution de l’opinion, l’objectif professionnel de l’école sous-tendu par le respect de l’égalité des chances est désormais érigé comme une des missions prioritaires de l’institution scolaire.

L’analyse des réponses associées à ces représentations des «deux Ecoles» révèle par ailleurs quelques clivages et paradoxes selon les catégories socio-démographiques et les familles politiques.

Ainsi, la génération des 25-34 ans pourtant la plus en prise avec l’enjeu de l’insertion dans la vie professionnelle, met le plus en exergue la vocation originelle de l’Ecole comme lieu d’acquisition des savoirs et de la culture générale (46% contre 24% pour trouver un emploi).S’agissant des catégories socioprofessionnelles, les ouvriers assignent davantage à l’Ecole cet objectif professionnel orienté vers l’emploi tandis que les cadres, les professions libérales et les professions intermédiaires restent davantage attachés à la mission historique de l’Ecole de transmission des savoirs.Enfin, cet objectif principal associé au système scolaire fait l’objet de nuances selon la sympathie partisane.

Ainsi, les proches du Modem (48%), des Verts (45%) de l’UMP (44%) et à un degré moindre les sympathisants socialistes (37%) citent d’abord la mission d’acquisition et de transmission des savoirs fondamentaux. En revanche, les proches de Lutte Ouvrière et ceux du Parti Communiste attendent de l’institution scolaire qu’elle constitue une porte d’entrée dans la vie professionnelle ou qu’elle assure l’égalité des chances. C’est d’ailleurs cette dernière mission que les sympathisants du Nouveau Parti Anticapitaliste mettent le plus en exergue.

Source: IFOP
Frédéric DABI – Directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop ; Yves-Marie CANN – Directeur d’études au département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop .

Bastien Cazals saisit la justice

Jeudi 26 février 2009

Le directeur d’école de “Saint-Jean-de-Védas” conteste la décision de l’Inspection académique qui lui a retiré douze jours de salaires pour désobéissance.

Bastien Cazals annonce mardi 24 février qu’il a déposé un recours au tribunal administratif de Montpellier. Il conteste la décision de l’Inspection académique de l’Hérault “de procéder à des retraits de salaire injustes et disproportionnés”.

Fin 2008, il avait été sanctionné pour n’avoir pas organisé les deux heures hebdomadaires d’aide personnalisée prévues par la réforme Darcos pour palier à la suppression des Rased (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) et avait écopé de 12 jours de retrait de salaires.

Source : La gazette de Montpellier

Stop aux gendarmes à l’école

Jeudi 26 février 2009

Les faits

Cela s’est passé au collège de Marciac (Gers), mais cela se passe un peu partout comme ça en France. Un triste matin, les gendarmes font irruption. En force. En armes. Avec leurs camions et leurs gyrophares. Avec des chiens, policiers, comme eux. Suivant les scénarios, les enfants sont plaqués contre les murs, les mains en l’air (genre “descente” pendant la dernière guerre) ou bien enfermés dans leur salle de classe, mais toujours avec défense absolue de faire le moindre mouvement. Les chiens sont lâchés. Ils reniflent les affaires. Ils bavent sur les élèves. S’il y a un internat, ils vont mettre leur sale museau dans l’intimité des literies.

Pendant ce temps, un gendarme continue à hurler : “Le chien mordra ceux qui bougent”. Il profère des menaces contre les “drogués”, ricane. Et malheur à celui qu’un chien désigne. Car, alors, tout est permis : fouille poussée, pressions psychologiques, humiliations verbales.

Zoé, petite fille de 13 ans, Zoé qui a eu le grand courage de témoigner à Marciac, doit sortir de classe devant tout le monde pour se déshabiller dans le couloir. Là, une gendarme fouille dans son soutien gorge, lui passe la main sur sa petite culotte. Dans le couloir, d’autres gendarmes, hommes ceux-là, assistent à la scène. De leurs regards, de ces mains qui la palpent, de cette situation nauséeuse, Zoé en ressort avec le sentiment
d’avoir été violée. Ces camarades sont envahis par le même dégoût. Et c’est comme ça que des enfants sont traités partout en France, avec la complicité active de responsables de l’institution scolaire. Dans un pesant silence.

Un silence que Zoé et sa famille ont rompu ; comme, l’avait fait, quelques jours auparavant un enseignant du Centre de formation des apprentis de

Pavie (toujours dans le Gers) dont le témoignage rigoureux est terrible de précision ; et comme l’a fait, quelques jours, après le chanteur Daniel Guichard, scandalisé lui aussi en découvrant ces agissements gendarmesques alors qu’il amenait son fils au collège (cette fois-ci, dans l’Héraut). Maintenant, plus personne ne pourra dire “Je ne savais pas” ! Le voile de la honte s’est déchiré.


Pourquoi tant de violence à l’encontre de nos enfants ?

Si on ne connaissait pas le niveau de perversité qu’atteint dans ce cas là le discours administratif, on en tomberait à la renverse, car la réponse officielle est : “Pour les protéger” ! Ce déploiement traumatisant de force brute se fait au nom de la prévention de la “drogue”, (en réalité, du cannabis). Ce prétexte mérite qu’on l’examine.

Faisons tout d’abord remarquer qu’à Marciac comme dans l’Héraut le résultat de ces descentes a été de rien du tout et, à Pavie, de quelques grammes. Ridicule, parfaitement ridicule. Ensuite, posons-nous la question du coût : une douzaine de gendarmes (salaires, primes, charges sociales, vêtements, …), des chiens (nourriture, chenil,…), leurs véhicules (carburant, usure,…), entre le temps de préparation (concertation avec
le chef d’établissement, plannings,…) et la demi-journée pour faire le mauvais coup, ça met l’opération à au moins 1 500 euros !

Poursuivons enfin sur l’efficacité : en trente ans, la France, qui avait des taux de consommations de cannabis très bas, est montée dans le peloton de tête des pays d’Europe. Depuis au moins 20 ans, des gendarmes (FRAD) et des policiers sillonnent les collèges, d’abord pour montrer les produits (avec une “mallette”) ensuite pour des fouilles. Aucun des pays d’Europe qui, sur la même période, a maintenu des niveaux bas ou même a réussi à diminuer cette consommation, n’a fait comme ça. Leurs politiques sont même franchement à l’opposé de la politique française dans ce domaine. Le “remède” français est donc pire que le “mal”, d’autant d’ailleurs que le “remède” en question est en fait un puissant propagateur du “mal” : montrer des produits (que l’on possède, puisqu’on les montre) en insistant sur leur caractère interdit, c’est bien sûr pousser des jeunes à la transgression. Affaiblir l’estime de soi par l’humiliation et par la peur est un facteur reconnu de consommations de psychotropes.

Des explications lamentables mais éclairantes

Mis brutalement en pleine lumière, ceux qui agissaient jusqu’à présent dans une ombre propice ont dû se justifier. Le spectacle a été minable. A tout seigneur, tout honneur. La parole est à un certain Christian Pethieu, principal du collège, qui a demandé la descente : “L’intervention s’est déroulée dans un climat que j’ai jugé serein et sans excès” [1]. Sans excès, vraiment ? Qu’est-ce qu’il faudrait, pour que ce soit un “excès”, monsieur le principal ? Que la police aille jusqu’au doigt dans le c… ?

Donnons-là tout de suite après à la Procureuse de la République, Chantal Firmigier-Michel : “Ça crée de la bonne insécurité”1. A dire vrai, nous nous en doutions un peu. Mais c’est bien la première fois qu’une haute représentante de l’Etat l’avoue aussi clairement : quand ça l’arrange, c’est la justice, avec l’aide de la police et de la gendarmerie, qui organise elle-même l’insécurité. Rappelons que les êtres humains visés par cette sorte de terrorisme de basse intensité sont, dans le cas présent, des enfants, et qui n’ont strictement rien fait de répréhensible.

Laissons la conclusion au premier syndicat enseignant de France, le SNES. Son représentant du coin, le camarade Franck Gombaud, sait que pour ne pas résoudre un vrai problème, rien ne vaut une mauvaise revendication. Et là, en homme manifestement bien rodé à cet exercice, il a trouvé ce qu’il faut : une bonne muselière. Sans rire, il réclame “que l’on en revienne à des opérations de prévention mieux préparées, et que, si les gendarmes font venir des chiens, ils soient muselés.”1 Que les collégiens facétieux n’en concluent pas, comme la phrase peut le laisser entendre, que le SNES réclame une muselière pour les gendarmes. L’impertinence syndicale ne va vraiment pas jusques là. Quand à la pertinence (syndicale), ça fait longtemps qu’elle a sombré dans l’indigence de la pensée.

Mettre fin aux exactions

Côtés parents, élèves et même côté “tout le monde”, la réaction n’a pas été aussi “compréhensive” et la vague montante d’indignation a forcé les ministères concernés à demander à leurs troupes de faire preuve d’un peu plus de tact.

Pour transformer ce recul tactique en recul tout court, et puisque tout ceci se fait au nom de la “prévention”, prenons les devants. Qui que nous soyons - élèves, parents, professeurs qui ne se retrouvent pas dans la revendication de la muselière… - faisons fermement savoir par avance à tout chef d’établissement que nous sommes contre ces exactions, que nous ne nous laisserons pas faire et qu’ils seront tenus pour responsables de tout problème.

Si un chef d’établissement ose trouver ces pratiques “sereines et sans excès”, exigeons qu’il se mette en slip dans le couloir, devant une délégation d’élèves et enseignants, et qu’il s’y fasse peloter les fesses : après tout, c’est sa fonction que de donner l’exemple.

Exigeons que le budget alloué à ce type d’opération soit versé à celui de l’établissement pour des activités pédagogiques2. Exigeons que, si prévention il y a, elle soit faite par de véritables professionnels de la chose, pas par des professionnels de la répression. Etre à la fois dans la prévention et dans la répression, c’est comme être à la fois juge et partie, une monstruosité éthique.

Flics, patrons, curés, hors des collèges, des facs et des lycées !

Jules F .

[1] Les trois citations de cet article sont tirées de : “Stupéfiante
descente au collège” http://www.liberation.fr /societe/0101302685

[2] Que ce ne soit pas le même budget importe peu : c’est les mêmes
impôts, les nôtres. Aux technocrates de se débrouiller pour faire les
transferts.

Affaire Marciac : Zoé témoigne de la violence des gendarmes et des maîtres-chiens

Le 19 novembre dernier, dans le cadre d’une opération anti-drogue au collège de Marciac (Gers), des gendarmes et des maîtres-chiens ont fouillé des élèves. Suffisamment brutalement pour que la ministre de l’Intérieur demande une enquête interne et pour que Zoé, 14 ans, témoigne. Voici son récit.

Le père de Zoé, Frédéric DAVID : Le week-end dernier, j’accueille ma fille Zoé – elle a 14 ans – de retour du collège de Marciac (Gers)… Elle me raconte son mercredi au collège… colère à l’intérieur de moi… révolte… que faire ? J’ai demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle me disait là. Elle a accepté.
Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle.

« Il nous l’avait dit, le CPE, que des gendarmes allaient venir nous faire une prévention pour les 4ème et les 3ème.
Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les profs.
A peine 10 minutes plus tard, nous étions assis, deux gendarmes faisaient déjà le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous étions, les regardait en nous disant « Ils font leur ronde !?? ». Elle n’était à priori au courant de rien bien sûr. Soudain, la porte s’est ouverte, laissant entrer deux gendarmes… Enfin non, pas exactement ! Il y avait un monsieur chauve habillé en militaire (le dresseur de chien en fait !) et un gendarme très gros.
Le chauve nous a dit : « Nous allons faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas ! Quand il mord, ça pique ! » Enfin il a dit ça, à peu près… Je me rappelle surtout du « Quand il mord, ça pique ! » Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà à l’oeuvre. Le chien s’appelait Bigo. Bigo s’est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et arrachant tout ce qui dépassait.

Quant à la prof, elle restait derrière son bureau bouche bée.

Le chien s’est attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant : « Sortez mademoiselle, avec toutes vos affaires ! » Elle a rangé son sac, s’est levée et s’est apprêtée à sortir mais le dresseur l’a repris vite : « Et ton manteau ! » Elle a rougi et emporté aussi son blouson. Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de s’empresser de me faire sortir. Dehors m’attendait une petite troupe de gendarmes… Enfin, non, pas dehors : nous étions entre deux salles de classe. Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille. Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini, ils s’emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je n’étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une gendarme.
Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le Gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes doublures. La fille qui était là fouillée elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l’entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage. Ils la firent rentrer en classe.

C’était à mon tour ! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regards des deux autres gendarmes… Je décris : Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme : « On dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais… » Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle ! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n’exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon cas !
Je dis à l’intention de tous : « C’est bon arrêtez, je n’ai rien ! » La fouilleuse s’est arrêtée, j’ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m’a dit : « tu peux ranger ! ». J’ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donné le nom du village où j’habite. De retour en classe, la prof m’a demandé ce qu’ils ont fait. Je lui ai répondu qu’ils nous avaient fouillé. Je me suis assise et j’ai eu du mal à me consacrer aux maths !

Tout ça c’est ce que j’ai vécu, mais mon amie dans la classe à côté m’a aussi raconté. Le chien s’est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l’ont carrément emmenée à l’internat où nous dormons. Le chien s’est acharné sur toutes ses affaires m’a-t-elle dit. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vue qu’ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le WE dernier elle a assisté à un concert ! Le CPE l’a ramené ensuite au collège et elle m’a raconté.
Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde.

Une prévention ? Avec des chiens ? Armés comme aujourd’hui ?
Une élève de 4ème nous a dit que le chien s’est jeté sur son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très peur.
Les profs ne nous en ont pas reparlé… Ils avaient l’air aussi surpris que nous ! Tous les élèves de 3ème & 4ème ont du se poser la même question : Que se passe-t-il ? Et tous les 6ème et 5ème aussi même si ils n’ont pas été directement concernés ! »

Zoé

Qu’en pensez vous ? Que dois je faire ? Qui parle de violence ? Il me semble important d’écrire ici que, ni le principal, ni quiconque du collège a jugé important de communiquer sur ces faits ( !?) Nous sommes lundi 24/11/2008, il est 15h30 et si Zoé ne m’en avait pas parlé, je n’en saurais rien. Combien de parents sont au courant ?
Les enfants « victimes » – et je pèse ce mot – de ces actes sont en 4ème et 3ème. Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens pas….

Frédéric DAVID

Convergence des luttes : Un projet inédit de défense des sans papiers à Calais

Jeudi 26 février 2009

Il a été décidé d’organiser la mise en place d’un camp “No Border à Calais” fin juin.

Si ce lieu a été choisi, c’est parce qu’il constitue à la fois un point de passage pour les marchandises et les voyageurs riches, mais également un lieu où s’échouent un très grand nombre d’exilés sans papiers en direction de l’Angleterre.
Nous savons pour la plupart combien cette situation fait de Calais une zone spécifique de non droit flagrant sur le continent européen.

Pour réagir à cette situation, les collectifs No Border anglais ont pris l’initiative de rencontrer les groupes et militants français à Calais, Lille et Paris, dans l’optique de mettre en place une véritable coopération trans-frontalière pour lutter en faveur de la liberté de circulation et d’installation pour tous et toutes, mais aussi contre l’enfermement des étrangèr-e-s.
Le projet d’un campement No border à Calais vise donc à établir un village autogéré ou tout au moins une Zone d’Autonomie Temporaire dans un espace où les problématiques liées aux frontières sont très fortes.

Ce projet aurait pour objet de créer un lieu de convergence, de débats,   mais aussi et surtout de mobilisation et d’actions directes sur la question des frontières. (appel pour la réunion de janvier à Lille).
Une première réunion a eu lieu à calais en décembre suivie d’une autre à Paris. En janvier une réunion s’est tenue à Lille et la prochaine sera à Bristol fin février.
Le week-end end des 7 et 8 mars, des réunions d’organisation auront lieux à la MPT de calais.Les anglais viendront expliquer plus largement le projet aux militants du calaisis.

Si vous êtes intéressé par ce projet contactez Marie-Pierre HUYGHES de Calais : marie.huyghes@orange.fr

Extrait de l’appel de “No Norder- Londres”

Alors que l’Europe est en train de renforcer les contrôles à ses frontières externes, en particulier en Afrique du Nord, une autre de ses frontières, interne celle-ci, passe souvent inaperçue.   Les migrants qui viennent en Europe ont pour beaucoup pour objectif d’atteindre le Royaume-Uni.   Depuis la fermeture du centre de Sangatte, la plupart se retrouvent forcés à dormir dehors, dans les bois, autour du port . ils sont victimes des violences policières et sont souvent repoussés vers Paris où des centaines d’entre eux vivent dans les rues.   De plus la frontière britannique sert de mécanisme de filtrage et de contrôle interne au sein de l’Europe.

Il nous semble nécessaire d’engager un discours public sur le régime frontalier  britannique et l’urgence humanitaire de celles et ceux qui essayent de gagner l’Angleterre de la France. Nous sommes persuadés que ce régime frontalier ne peut être pleinement compris que dans son contexte politique et économique, celui de l’exploitation de la main-d’œuvre à bas prix que représentent les migrants.

Par conséquent, la lutte pour l’égalité des droits des travailleurs qu’ils soient migrants ou non, ainsi que celle contre l’Europe de la détention et son système d’asile sont  indissociables.

Il est urgent d’intensifier la coopération transnationale à travers la multiplication d’initiatives de part et d’autre de la frontière pour dénoncer cette situation intolérable.

London No Borders http://london.noborders.org.uk noborderslondon dE2 riseup.net

Lettre ouverte des Psychologues de l’Education Nationale du Pas-de-Calais : Membres des RASED

Jeudi 26 février 2009

Arras, le 13 février 2009

A Monsieur l’Inspecteur d’Académie du Pas de Calais

Monsieur l’Inspecteur d’Académie,

L’ensemble des psychologues du département souhaite exprimer ses inquiétudes et sa colère face aux projets de suppressions massives opérées au sein des dispositifs RASED à savoir :

-    La fermeture définitive de 57 postes vacants d’enseignants spécialisés (E ou G) actuellement
non occupés

-    La sédentarisation d’environ 30 enseignants spécialisés mis en surnombre, ou encore appelés « surnuméraires », sans mission spécifique bien définie au détriment du                                   fonctionnement classique et efficace du RASED.

La mise en réseau des informations et des pratiques apparaît dans de nombreuses institutions (santé, famille…) et entreprises comme une pratique innovante permettant d’apporter aux usagers une aide de meilleure qualité. L’Education Nationale, depuis la mise en place des RASED, s’était dotée d’un outil précurseur, qui a montré sa pertinence tant dans l’accompagnement du travail des enseignants face à la gestion de la difficulté scolaire que dans la mise en œuvre de la loi de 2005.

Porter l’information et l’accompagnement dans les endroits géographiques les plus reculés, croiser des regards professionnels différents, établir des liens entre partenaires qui se méconnaissent souvent, qui se craignent parfois, sont les compétences qui émergent d’un travail d’équipe que le fonctionnement des RASED a ébauché puis consolidé au fil des années.

Les mesures annoncées ne feront qu’accroître des disparités déjà existantes : comment faire en sorte que tout enfant puisse bénéficier, si besoin, d’une aide spécialisée du RASED et garantir ainsi la prise en charge effective, sur le temps scolaire, des élèves en difficulté par des personnels spécialisés ?

Il nous semble que c’est toute une vision de l’école républicaine, ambitieuse quant à la place de tous les enfants dans le système scolaire et quant à l’élaboration d’un vivre ensemble qui est en jeu.

Les nouveaux dispositifs ou réorganisations proposées par l’institution nous paraissent autant de mesures d’aides insuffisantes et inadaptées aux élèves en grandes difficultés d’autant que la notion de concertation et de partenariat y fait cruellement défaut. Nous vous alertons sur le risque de tomber ainsi dans la simplification abusive du traitement de la difficulté scolaire.

Nous demandons donc que les dispositifs RASED dans lesquels nous exerçons soient maintenus et renforcés à la hauteur des enjeux et des besoins, pour une réelle prise en compte de la difficulté scolaire, et que soient intégralement respectées les missions de chaque professionnel définies dans la circulaire de 2002.

Dans l’attente d’une réponse à ces inquiétudes et revendications partagées par les enseignants spécialisés, les enseignants, les partenaires du système éducatif, les parents et les  élus, veuillez croire, Monsieur l’Inspecteur d’Académie en notre respectueux dévouement

Les psychologues de l’Education Nationale du Pas de Calais

Martinique Guadeloupe Guyane Réunion : Manifeste pour les “produits” de haute nécessité”

Lundi 23 février 2009

C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion.

Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle - à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales,tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales…

MANIFESTE

Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj - qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé - est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du ” pouvoir d’achat ” ou du “panier de la ménagère “, se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

La ” hausse des prix ” ou ” la vie chère ” ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires - non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte ” d’épuration éthique (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être ” consommateur ” ou bien être ” producteur “.
“ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le ” prosaïque ” n’ouvre pas aux élévations du ” poétique “, quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont ” le pouvoir d’achat ” ou ” le panier de la ménagère “. Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les ” produits de premières nécessités “, d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une ” haute nécessité “. Par cette idée de ” haute nécessité “, nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.

Alors que mettre dans ces ” produits ” de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le ” déterminant ” ou bien le ” décisif ” s’obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses. L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos ” présidents locaux ” pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, toute victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement… Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi… La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres.

Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du ” Marché ” et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par ” l’esprit colonial ” et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.

Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables ” producteurs ” - chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes - incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement. On peut renvoyer la SARA (Société Anonyme de Raffinerie des Antilles) et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.

On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile…) ne sauraient ni ne pourraient y résister.

Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d’œuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’œuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale.

Quant à l’idée du ” plein emploi “, elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée. Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple ” emploi “, et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.

Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement… Il s’envisagera en ” tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue “.

Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création - créaconsommation. En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture… Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation… Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde… C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire… C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes…

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un ” panier de ménagère “, mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain. Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, se prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres. An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie. Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du ” Marché “, mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète….

Alors voici notre vision :

Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant

Ernest BRELEUR
Patrick CHAMOISEAU
Serge DOMI
Gérard DELVER
Edouard GLISSANT
Guillaume PIGEARD DE GURBERT
Olivier PORTECOP
Olivier PULVAR
Jean-Claude WILLIAM
pour les “produits” de haute nécessité
MANIFESTE

SNUipp : A propos de la note de service RASED Maîtres sédentarisés

Lundi 23 février 2009


Le SNUipp dit :

Le ministère vient de publier la note de service que SNUipp, SE et Sgen avaient exigée lors de la première réunion du groupe de travail « difficulté scolaire » .

Le titre de la note de service indique sans ambiguïté que les enseignants E et G concernés seront affectés à un RASED.

De plus elle apporte plusieurs précisions que nous avions demandées à la suite du courrier du ministre :

- les maîtres spécialisés concernés font bien partie du RASED, ils y sont affectés,

- le temps de coordination et de synthèse est reconnu,

- les modes d’intervention (observation dans la classe, prise en charge individuelle ou en petit groupe) sont conformes à la circulaire de 2002. En revanche le ministère a conservé différentes appréciations concernant notamment le lien avec l’aide personnalisée, la centration des interventions sur la grande difficulté scolaire persistante et la non prise en compte de la prévention.

Ce texte comme la circulaire de 2002 qui reste en vigueur doit permettre de poursuivre les interventions auprès des IA en ce qui concerne les implantations et les missions des personnels dits « sédentarisés en surnombre ». Pour le SNUipp, en dépit de situations départementales très inégales, il importe de garder une dynamique d’ensemble en direction de tou(te)s les enseignant(e)s des RASED.

Dans le cadre de la préparation de la carte scolaire, et dans l’objectif de la journée d’action interprofessionnelle du 19 mars, nous continuons d’exiger le rétablissement des 3000 postes dont la suppression est prévue au budget.

pour lire la note de service :

http://rased-en-lutte.net/2009/02/note-de-service-du-ministere-rased-maitres-sedentarises-e-ou-g/

De la maternelle à l’Université : classes en lutte !

Lundi 23 février 2009

De gauche comme de droite, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse, ces 20 dernières années, d’appliquer les directives du patronat européen. Avides de nouveaux marchés et de nouvelles sources de profits, les patron-ne-s jettent leur main (encore combien de temps la laisserons-nous “invisible” ?) sur les services publics, c’est-à-dire ces services essentiels à chacun et bénéfiques à la société dans son ensemble. Ils prétextent, pour ce faire, que les prétendues efficacité et réactivité de l’économie capitaliste seront bénéfiques pour les ex-usager-e-s devenus alors client-e-s de prestataires de services mis en concurrence.

Or jeter en pâture les services publics dans la jungle de l’économie de marché sous-entend bien évidemment le passage de ces mêmes services au statut de marchandises. Réductions d’effectifs, recherche de rentabilité maximale et bénéfices deviennent, par définition d’économie capitaliste, les moteurs de la gestion et de la production de ces services. Qu’ils soient fournis par une entreprise privée ou d’État, il n’est plus question qu’ils assurent l’équité de leur accès, géographique comme social.

Il est clair que ces réformes se feront, comme pour le système de retraite par exemple, une nouvelle fois, au bénéfice des possédant-e-s et des dirigeant-e-s, et au détriment des travailleur-se-s et des dépossédé-e-s d’ici et d’ailleurs.

Pour bétonner une mainmise totale et pérenne de “ceux d’en haut” sur “ceux d’en bas”, le Pouvoir d’Etat, Sarkozy après d’autres, a compris qu’il fallait en finir avec ces lieux de contestation où tente d’exercer un nombre encore trop élevé de producteur-trice-s d’esprits libres et indépendants. Pour ce faire, il doit mettre au pas l’ensemble de l’Education.

1- nous diviser

Les statuts des personnels sont liquidés : depuis 2003 avec la décentralisation des personnels administratifs et d’entretien du secondaire et aujourd’hui avec le statut des enseignant-e-s-chercheur-se-s. Les contrats sont éclatés (combien de sigles pour les désigner ?) et précarisés. La concurrence est exacerbée : classement des établissements, des universités et bientôt des établissements primaires ; concurrence entre personnels universitaires.


2- nous soumettre

Les emplois sont flexibilisés : annualisation du temps de travail non choisie, modulation des enseignements dans l’université, multiplication des taches et des missions partout, recours massif aux heures supplémentaires après suppression de postes et aux emplois ponctuels pour des besoins permanents. Les services sont éclatés : multiplication des postes de remplacement, compléments de services hors spécialités, turn-over des équipes, etc. Les élèves sont soumis-ses à un tri social de plus en plus précoce sous la pression du retour en grâce des pédagogies autoritaires.

3- nous contrôler

Les hiérarchies sont renforcées : entretien d’embauche et de licenciement par les chefs d’établissement et CPE, écoles transformées en établissements primaires (EPEP) avec un vrai “chef”, primes aux résultats, individualisation des salaires et carrières, pouvoir concentré dans les président-e-s d’université et leur CA. Les contestations sont fortement réprimées : surveillance biométrique dans le secondaire, base élève dans le primaire, criminalisation des élèves et des personnels (intrusion de la police dans les établissements, répression syndicale, arrestations, garde à vue systématiques, violences contre les étudiants mobilisés). La culture du résultat est encensée par la contractualisation et l’autonomie des établissements (LOLF), la suppression de la carte scolaire, l’évaluation des personnels et de leurs activités à tous les niveaux.

A cela, il n’y a qu’une réponse. La solidarité et l’unité dans l’action et dans la mobilisation. Le temps d’une grève générale qu’il nous reste à construire, soyons tous sans papiers, tous étudiants, apprenons à nous autogérer, sans hiérarchies et sans patrons, et construisons l’alternative à ce système capitaliste qui nous asservit et nous désolidarise.

Contacts :

-  Sections CNT-SR de Lille : sr-lille@cnt-f.org
-  Syndicat CNT-SSEC 59/62 : education-lille@cnt-f.org

Site web de l’UR-CNT 59/62 : http://www.cnt-f.org/59-62

Agenda :

-  Jeudi 19 mars : grève générale interprofessionnelle public-privé et manifestation régionale à Lille.

Les forces de “désordre” en Guadeloupe : La république des droits de l’homme Blanc

Samedi 21 février 2009

Alex Lollia membre du LKP en Guadeloupe dans un bel état grâce aux force de l’ordre Attention à ne pas tomber dans le jeux de l’état qui répond aux négociations par la violence.

Quelques fois la presse gène !? Lundi 16 Février en Guadeloupe