La colère d’un directeur d’école maternelle

Le 23 janvier 2009

Je veux dire ma colère contre cette école-là !

Comment peut-on se laisser « taper » dessus en niant notre attachement à l’Ecole Maternelle, qui professionnellement ne doit sa qualité qu’à notre engagement, notre motivation, nos réflexions et notre envie de voir grandir, au travers d’elle, de jeunes enfants en  jeunes élèves !?
L’Ecole Maternelle française a toujours été citée comme idéale aux yeux du monde. Elle est issue de nos choix républicains. Elle se veut égalitaire et ouverte à tous, quelles que soient nos origines ! Plus juste, laïque, gratuite et obligatoire, elle a contribué depuis son histoire à l’émancipation du plus grand nombre d’enfants. C’est pour nous l’objectif fondamental de l’école publique pour nos futurs citoyens. Aujourd’hui, ce simple principe est mis à mal sur divers fronts concernant l’Education Nationale par les choix d’un président agité et agitateur d’opinion populiste, sous couvert de son ministre en charge des réformes que nous connaissons. L’idée est donc de mener des économies sur nos fonds publics et ainsi permettre des suppressions massives de postes ! La brèche est ouverte et la programmation de la fermeture lente mais sûre de notre Ecole Maternelle en commençant par la section de petits, fera place aux jardins d’éveil payants à l’intérieur de nos établissements publics ! Pour l’heure, l’intoxication par le « gagner plus pour travailler plus » rend égoïstes  les plus « responsables » d’entre-nous et empêche de penser aux générations futures : elle recevront du Service Public d’Education des prestations de moindre qualité ! Cette dite prestation aura un coût supérieur pour chaque famille à celle qu’offre actuellement l’Ecole Maternelle.

Je veux donc dire ma colère !

Au quotidien, cette Ecole Maternelle a toujours été là ! D’abord pour y être entré moi-même à 2 ans. Je remercie ces institutrices parfois sévères mais souvent  justes et généreuses. Puis d’avoir personnellement concrétisé le choix de ce métier par de longs échanges avec une tante, inspectrice retraitée de l’Ecole Maternelle et qui ce jour me soutient encore sur la lutte à mener. Toutes les lectures qu’elle m’a proposées m’ont été utiles et m’ont nourri ! Puis il y eût plus tard des collègues, hommes et femmes, qui m’ont donné leurs trucs et ficelles sur le  « boulot ».Le chemin a été long pour arriver à ce vrai choix d’être directeur d’une école à quatre classes dans le quartier populaire de Wazemmes, après 7 ans de travail sur le quartier de Fives, et ainsi donner et voir grandir des élèves. Parallèlement, j’ai été très humblement le garant d’une vie sociale dans chaque quartier.

Je veux dire ma colère !

Les critiques les plus vertes sont dites par des manipulations de technocrates « avertis », qui ne pensent qu’à une seule chose, c’est de graver leur nom dans le marbre de leur carrière et clamer que ce démantèlement du Service Public d’Education : «eh ben, c’est moi qui l’ai fait ! ». Que sont devenus tous nos chercheurs et théoriciens du C.N.R.S ou de  l’I.N.R.P (Institut National de Recherche Pédagogique) qui ont réfléchi sur le jeune enfant ? Au feu donc, tous les Piaget et autres Dolto (…à qui on fait un procès d’intention juste sur les  clichés de ces travaux), tous les pédopsychiatres et autres défenseurs du bio-rythme (25 ans d’études balayées d’un seul coup d’un seul). D’un point de vue psychique, nous pouvons admettre qu’il est plus facile pour un enfant qui dit «  moi, je », qu’il est plus apte à suivre des apprentissages de base ! Mais reconnaissons aussi que l’Ecole Maternelle a toujours permis à tous les enfants d’avoir accès aux différentes formes de développement personnel, à la culture, à la nécessaire ouverture sur le monde : ce sont là les bases essentielles de nos vies humaines…

Je veux dire ma colère !

Car de ce faisceau, de ce précieux réseau de réflexions, nous, simples fonctionnaires, avons bâti notre propre pédagogie et donc valorisé à notre tour notre responsabilité face aux enfants qui nous sont confiés.
Alors je veux clairement apporter mon soutien à Monsieur Réfalo, maître désobéissant pédagogique en Haute-Garonne et à tous les collègues « refuseux » qui ont le courage de prendre position. Nous ne devons pas les laisser sur le bord du chemin : ce sont des êtres animés par leur travail et non de simples exécutants payés pour une tâche ! Ils garantissent un idéal pour une école généreuse et soucieuse des apprentissages où l’enfant est au centre.

Je veux dire enfin ma colère !

Car nul ne peut oublier le contexte socio-économique avec son cortège de difficultés diverses, responsable aussi de l’échec scolaire !

Nous sommes une société où les compétences selon les secteurs, et notamment à  l’Ecole Publique, ont plus à être complémentaires des uns avec les autres, et partagées par tous !

L’école n’est pas une entreprise, l’école n’est pas une marchandise.

Vive l’Ecole Maternelle !  Vive la Sociale !

François Bodart,
Directeur d’école maternelle à Lille

P.S : ce texte se veut une contribution, un appel. L’ Ecole Maternelle Publique se  doit d’être plus égalitaire encore !

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One Response to La colère d’un directeur d’école maternelle

  1. najet m...kchaoui dit :

    bonjour . moi et fouzia on vous trouve……………………………………………….?

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