«Casse-toi, despote»

Manif MANIF – Dehors, du soleil, et de la musique. Par terre, des papiers de pétards, et de carambars. En tête de cortège, un cégétiste déguisé en Sarkozy, avec masque souriant, costume noir, et pancarte : «Moi je suis beau». Et du monde, du monde. On n’en voit pas le bout.

Photo Pascal Rossignol/Reuters

Ils sont 25 à 26 000, selon la police, 35.000 selon la CGT. Quand la manif lilloise arrive place de la République, plus de deux heures après son départ, la queue du peloton démarre à peine.

Braderie. Une sono chante «Dancing cheek to cheek». C’est pas joue contre joue, mais presque. Des bataillons de syndiqués, des mômes, même des bébés dans les kangourous. Un enfant, 10 ans à peine, gueule «Vive l’école publiiiiiique!». Son père… enseignant tient une pancarte : «Casse toi, despote». «Il n’y a pas que la crise. Notre président se comporte en monarque. Du style Napoléon-le-petit. C’est très grave».

Oscar, Steven, Erwan, Anouk, Félix, Théo, Wim, des enfants de l’école Dondaines-Dupleix avec leurs pancartes : «Le Rased (1) sauve des enfants, ne l’assassinons pas». Ou «contre la braderie de l’éducation nationale». Ou «Moins de prof, plus d’échec» Marie, la mère de Léon, 8ans : «les enfants de CE1 sont restés une semaine entière sans remplaçante. On a beau harceler l’inspection d’académie au téléphone, ça ne bouge pas». Mathis, 8 ans, s’époumonne : «Sarko, gros barjot».

«No week-end». Plus, loin, la manif n’avance pas, elle saute en rythme. C’est la Brigade des Tubes, en orange et noir, avec batterie portative, trombones, tubas, qui met la patate sur «A night boat to Cairo», en accéléré. Dans la vraie vie, ils sont infirmières, instituteurs, chercheurs, intermittents, salariés du secteur privé, vacataires, éducateurs, travailleurs sociaux. Et là, tous grévistes.

Fanny, étudiante en langues étrangères appliquées a collé une pancarte au dos de son blouson : «Obama said : « Yes we can » ; Sarkozy said : « No week-end »». Un militant Lutte ouvrière, drapeau à la main : «Patrons, banquiers, on paiera pas votre crise». Les cultureux sont là aussi, Culture Commune, la Drac, les salariés de l’Opéra brandissent une banderole très classe : juste NICOLAS en lettres noires, et le O porte deux diaboliques cornes rouges. Une dernière pancarte : « Casse pas mon service public, pov’ con. »

Tomates. Place de la République, la rue d’accès à la préfecture est barrée par des bus de police, équipés de boucliers de plexiglas. Les CRS sont prêts. 17h30, fin de manif, ça cartonne entre les anars et la maréchaussée déguisée en robocop. D’un côté, tomates pourries, de l’autre, lacrymos, matraques.

Haydée Sabéran

(1) Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté

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