À Calais, La nuit, les CRS se vengent à coup de gaz lacrymogènes sur la « jungle »

Un feu d’artifice de gaz lacrymogènes. Depuis lundi 4 janvier 2016, la « jungle » de Calais a été arrosée de grenades par les CRS plusieurs nuits de suite. Un film de sept minutes mis en ligne par le groupe No Border « Calais Migrant Solidarity » montre les gazs lacrymogènes, les tentatives de défense, les cabanes du bidonville, plongées dans un nuage de gaz, dans la lumière blafarde des lampadaires de la rocade.

Un feu d’artifice de gaz lacrymogènes. Depuis lundi, la « jungle » de Calais a été arrosée de grenades par les CRS plusieurs nuits de suite.
Un film de sept minutes mis en ligne par le groupe No Border « Calais Migrant Solidarity » témoigne de l’horreur que fait subir les forces de l’ordre aux migrant-e-s

Certains migrants, parfois très jeunes, retournent les grenades à l’envoyeur ou jettent des pierres. On aperçoit des averses d’étincelles quand les grenades touchent les toits des cabanes. Certaines grenades sont envoyées à tir tendu (voir à 6’55’’). Dans ces cabanes, il y a aussi des gens qui dorment, des femmes et des enfants, surtout dans la zone la plus proche de la rocade, où se trouvent de nombreuses familles kurdes d’Irak.

« En ce moment, c’est toutes les nuits », raconte Mehdi, un Iranien. « Tout le monde mange du gaz. Les calmes et les énervés. Les familles qui n’ont rien demandé à personne, comme les autres ». Il estime à une centaine le nombre de grenades jetées chaque nuit. En novembre dernier, dans le carré des Kurdes, des familles racontaient comment des tentes avaient pris feu à cause des grenades. Une femme expliquait que son fils de 4 ans respirait avec difficulté à cause des gaz. Pour un activiste No Border, cette stratégie qui consiste à arroser tout le monde relève de la « punition collective ». « La nuit, la jungle est en état de siège. La police bloque les gens. En retour, ces jeunes qui viennent de pays en guerre le vivent comme un jeu. C’est tragique. » Les No Border annoncent deux blessés au visage.

Selon le groupe No Border « Calais Migrant Solidarity », qui s’exprime en anglais sur son site, dans la nuit du 4 au 5 janvier, les migrants avaient répondu à une provocation d’un groupe d’extrême droite contre les exilés aux abords de la jungle. La nuit suivante, le scénario est plus classique : des exilés tentent de ralentir le trafic sur la rocade portuaire pour créer un embouteillage et tenter d’entrer dans les camions, comme le font de ceux qui n’ont pas les moyens de payer les milliers d’euros que coûte désormais le passage. Ils jettent des rondins de bois et des poteaux métalliques sur le trajet des camions. Réaction policière : repousser les exilés jusqu’à l’entrée de la « jungle » et bombarder de grenades lacrymogènes la jungle elle-même.
Résultat, le bidonville est plongé dans un épais brouillard qui brûle les yeux et la gorge de tous.

La préfecture du Pas-de-Calais, à qui on a demandé de commenter la vidéo, a répondu par écrit : « Cette vidéo présente une vision tronquée des événements. Les réactions des forces de l’ordre que l’on peut voir sur la vidéo étaient des réponses à des tentatives de blocage de la rocade portuaire. » Etonnante réponse : à l’image, ce sont les cabanes et les tentes du bidonville qui sont bombardées de grenades lacrymogènes, pas la rocade portuaire. Comme si ceux qui y vivent, n’existaient pas.

Entre 4 000 et 7 000 personnes vivent dans la jungle de Calais, selon les sources. La préfète a annoncé lundi qu’elle souhaitait faire descendre ce chiffre à 2 000. Elle souhaite faire démanteler les cabanes du bidonville, à mesure que se remplit une aire de bungalows chauffés, prévue pour 1 500 personnes, un « camp humanitaire », qui doit ouvrir lundi. On construit un « camp humanitaire » le jour, et on arrose la jungle de lacrymogènes la nuit.

Source : Publié le 7 janvier 2016 dans la presse mainstream française :
http://www.liberation.fr/france/2016/01/07/la-nuit-a-calais-les-crs-arrosent-la-jungle-de-lacrymogenes_1424987

Pour + d’infos, créer des liens de solidarité : https://calaismigrantsolidarity.wordpress.com/
et sur Squat.net, retrouvez des infos sur la situation à Calais.

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Lettre ouverte des artistes à Marine Le Pen

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Madame,

Que vous preniez la plume pour vous adresser aux artistes quelques jours à peine après les actes terroristes qui ont frappé nos valeurs et nos modes de vie ne nous donne aucune illusion sur vos intentions à notre égard.

Tout est incompatible entre nous et seuls les intrigants, les traîtres et les crédules pourront croire un instant que la liberté de création a un sens pour le parti qui est le vôtre.

N’imaginez pas non plus une seconde que nous ne soyons pas conscients que notre société souffre de misère morale et que les victimes du 13 novembre demandent justice. A cette différence près que vous pensez « assainir » notre pays et lui redonner le goût du courage et de l’audace en fermant portes et fenêtres alors que nous pensons, à l’opposé, qu’il faut les ouvrir pour aérer nos esprits troublés au point que certains voient en vous un recours.

Nous travaillons et créons en France mais ici comme ailleurs, la liberté de création c’est d’abord l’ouverture à l’autre, celui qui n’est pas moi mais qui est égal à moi, quelles que soient sa couleur de peau, sa nationalité ou sa religion.

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En Syrie, une expérience de démocratie directe, égalitaire et multiconfessionnelle tient tête à l’Etat islamique

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Les médias occidentaux relaient abondamment les décapitations, les appels au meurtre et les exactions perpétrés par Daech, le pseudo « Etat islamique ». Pourtant, face à cette barbarie, les populations kurdes, arabes ou yézidis de la région de Rojava, au nord de la Syrie, mettent en œuvre un autre modèle de société, émancipateur, égalitaire, multiconfessionnel, et très démocratique. Une expérience qui pourrait même servir d’inspiration pour ramener la paix dans la région. En attendant, les Kurdes et leurs voisins combattent pour défendre cette utopie concrète, sans véritable soutien international. Entretien avec des chercheurs et activistes qui en reviennent.

Les raisons d’espérer sont rares en provenance de Syrie. Mais en janvier 2015, le monde découvre, ébahi, les images de femmes kurdes en treillis qui participent à la résistance puis à la libération de la ville syrienne de Kobané. Un mouvement démocratique et anti-patriarcal vient de défaire les forces ultra-réactionnaires de l’État islamique, victorieuses ailleurs. Deux modèles de société radicalement différents se font face. Car le Kurdistan syrien fait l’expérience depuis 2011 d’une révolution démocratique inédite.

Assez vite débarrassé des forces du régime de Bachar el-Assad, le mouvement de libération kurde y a développé une organisation politique basée sur la démocratie directe, l’organisation en communes et la libération des femmes. Malgré la guerre, les attaques de l’État islamique (EI), l’embargo turc, sur fond d’indifférence de la communauté internationale, la région poursuit la mise en pratique de ce confédéralisme démocratique, un modèle de société multiconfessionnelle et multi-ethnique, sans État, pour l’émancipation de tous. Entretien avec Ercan Ayboğa et Michael Knapp, co-auteurs de Revolution in Rojava, ouvrage d’enquête militante sur cette révolution en cours au milieu du chaos syrien.

Basta ! : Ce qui se passe depuis 2011 dans la région syrienne de Rojava (au nord de la Syrie, à la frontière avec la Turquie), représente-t-il le contre-modèle absolu de la violence de l’État islamique ?

Ercan Ayboğa [1] : L’État islamique représente la ligne la plus réactionnaire qui existe aujourd’hui et en Syrie et au Moyen Orient, plus réactionnaire encore qu’Al-Qaïda, et le pôle le plus opposé au mouvement de Rojava. Il y a d’un côté le modèle de société de Rojava, une démarche démocratique et émancipatrice, et de l’autre, l’EI, extrêmement réactionnaire, hiérarchique, misogyne, absolument anti-démocratique, violent, et qui exploite les populations.

Michael Knapp : Rojava ressemble évidemment à une antithèse de l’EI. Mais c’est beaucoup plus profond. L’EI est aussi l’expression du jeu des forces présentes au Moyen Orient. Rétrospectivement, vu de l’Occident, on peut avoir l’impression que le mouvement de Rojava est né en opposition à l’EI. Mais en fait, c’est plutôt l’EI qui a été renforcé par des puissances comme la Turquie, entre autres pour détruire ce projet de Rojava.

Comment le projet démocratique du mouvement kurde s’est-il mis en place en Syrie, malgré la guerre civile ? Un compromis a-t-il dû être passé avec le régime de Bachar el-Assad ?

Michael Knapp : Quand la guerre civile a commencé en Syrie, le mouvement kurde n’a pas voulu s’allier à l’opposition. Il soutenait bien évidemment l’opposition démocratique, celle qui misait sur une sortie de crise politique et pas sur une escalade de la violence. Mais il voyait aussi que les forces d’opposition étaient soutenues par la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et les pays occidentaux. C’est pour ça que le mouvement kurde a décidé de prendre une troisième voie.

Du point de vue militaire, les forces combattantes d’autodéfense kurdes sont allées encercler les casernes du régime et leur ont dit : soit vous partez, soit on vous combat. Souvent, les soldats du régime se sont retirés relativement pacifiquement, pensant que les forces kurdes n’allaient pas combattre aux côtés de l’Armée syrienne libre. Le régime a donc préféré poster ses soldats ailleurs. Même s’il y a eu des combats autour des puits de pétrole. C’est dans ce vacuum que le modèle de Rojava a pu prendre naissance.

Les membres de la coalition nationale syrienne et de l’armée syrienne libre reprochent parfois aux structures d’auto-organisation de la région de collaborer avec le régime. Mais il faut comprendre que le mouvement kurde suit un principe d’autodéfense légitime et de primat de la politique civile. Cela veut dire qu’aussi longtemps qu’on n’est pas attaqué, il faut tout résoudre politiquement. C’est aussi la politique suivie par la guérilla du Nord-Kurdistan (Kurdistan turc).

Comment s’organise maintenant la vie politique dans la région ?

Michael Knapp : C’est complexe et dynamique à la fois. L’organisation s’adapte aux besoins. Les assemblées des conseils sont le moteur de tout. Il y a plusieurs niveaux de conseils : de rue, de quartier, de la ville… Chaque niveau envoie ensuite des représentants dans les structures du niveau supérieur : des conseils de rue aux conseils de quartiers, des conseils de quartiers aux conseils des villes, puis vers les conseils des cantons et jusqu’au conseil populaire de Rojava. Les communautés s’organisent aussi en commissions à ces différentes niveaux, pour la sécurité, l’économie, la justice…

Les commissions forment comme des ministères au niveau de la région. Les conseils sont toujours doubles, avec un conseil mixte et un conseil des femmes. Le conseil des femmes a droit de veto. Et dans tous les conseils mixtes, il y a une règle de parité, un quota de 40 % au moins pour chaque genre, et le principe d’une double direction, élue, avec une femme et un homme. Si dans une ville, il y a une communauté yézidie ou des communautés arabes, par exemple, ils ont aussi droit à une co-présidence dans les conseils. On a donc souvent une présidence de conseil triple voire quadruple.

Parallèlement aux conseils, il existe un parlement, parce qu’il y a encore des gens qui sont membres de partis et qui doivent aussi pouvoir s’organiser et être représentés. Dans ce parlement, il y a les partis, mais une partie des sièges sont réservés à des organisations de la société civile, associations de défense des droits de l’homme, de la communauté yézidie… Malheureusement, il n’a pas encore été possible de tenir des élections au niveau de toute la région pour désigner par le vote les membres de ce Parlement, à cause de la guerre.

D’où vient ce modèle de l’auto-organisation et de confédération démocratique ?

Ercan Ayboğa : Des structures d’auto-organisation communalistes sont nées au Nord-Kurdistan, en Turquie, en 2007-2008. Ces expériences se sont ensuite transmises à Rojava à partir de 2011. Le projet de confédération lui-même vient du KCK (Union des communautés du Kurdistan), une branche du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) créée en 2005. L’idée était de démocratiser le mouvement de libération kurde, de s’éloigner d’une structure de parti pour aller vers un mouvement porté par la société toute entière. Le mouvement a profité des héritages historiques comme la Commune de Paris (1871), mais surtout du mouvement zapatiste au Mexique. Avant, le PKK avait une démarche marxiste-léniniste. Le parti a lancé des discussions sur le « confédéralisme » démocratique au début des années 2000.

L’écologie joue-t-elle un rôle dans ce mouvement ?

Michael Knapp : L’écologie en est un point central. Pour développer le projet du confédéralisme démocratique, Öcalan (le leader du PKK, emprisonné en Turquie depuis 1999) s’est saisi du principe de l’écologie sociale du militant américain Murray Bookchin. Avec l’idée que le capitalisme est un système qui conduit à la destruction de la planète, et qu’il faut donc construire une économie basée sur une production régionale, écologique et décentralisée.

Quelles sont les structures d’émancipation des femmes à Rojava, à côté des conseils de femmes et des brigades féminines des forces d’auto-défense ?

Ercan Ayboğa : Dans chaque ville, il y a une maison des femmes. C’est un centre politique, mais aussi un centre de conseil, avec des séminaires, des cours, du soutien. Il y a aussi de nombreuses coopératives de femmes, des boulangeries, des coopératives textiles, de produits laitiers…

Michael Knapp : Le mouvement de libération des femmes profite aussi aux autres communautés, par exemple aux communautés suryoyes (chrétiens) et arabes. Sur la zone près de la frontière irakienne, il y avait des groupes arabes très conservateurs mais qui sont entrés en conflit avec l’EI et ont demandé aux unités kurdes des les aider à s’en libérer. Du coup, beaucoup se sont joints au mouvement. J’ai vu des unités de formations de ces hommes. Il ne s’agissait pas seulement de savoir-faire militaire, mais aussi de discussions sur les droits des femmes et sur la démocratie directe.

Nous avons aussi rencontré des jeunes femmes des communautés arabes qui ont rallié les forces combattantes d’autodéfense [2]. Elles nous ont dit qu’il y a deux ans, elles ne sortaient pas de leur maison, et maintenant, elles protègent la frontière les armes à la main. Ce modèle de confédéralisme démocratique n’est pas identitaire. C’est pour ça qu’on peut espérer qu’à plus grande échelle, il puisse aussi représenter un modèle de résolution des conflits ailleurs au Moyen Orient.

Comment s’organise l’économie ?

Michael Knapp : C’est très difficile notamment à cause de l’embargo imposé par la Turquie. Dans le canton de Jazirah par exemple [La région de Rojava a été découpée en trois cantons : Kobané, Jazirah et Afrin, ndlr] il y a, comme ressources, du pétrole et des céréales. Mais il n’y a pas de raffinerie et presque pas de moulins. Nous avons vu des silos assez pleins pour nourrir toute la Syrie pendant dix ans. Mais les céréales ne peuvent pas être transformés sur place. Une économie collectivisée se développe pourtant, avec des coopératives, qui raffinent, comme elles peuvent, le pétrole, des coopératives agricoles…

Ercan Ayboğa : Les coopératives jouent un rôle toujours plus important à Rojava. Elles sont soutenues par les conseils. Mais l’économie privée est aussi possible, ce n’est pas interdit.

Le mouvement reçoit-il des soutiens de l’étranger, du Kurdistan turc, irakien, ou de la communauté internationale ?

Ercan Ayboğa : Il y a quelques médicaments et des outils qui arrivent du Nord-Kurdistan, en Turquie. Mais la Turquie ne laisse passer que peu de choses. Le soutien du Nord-Kurdistan reste néanmoins très important. Les administrations auto-organisées du Nord-Kurdistan soutiennent vraiment Rojava. La ville de Diyarbakir a par exemple envoyé à Kobané des machines de construction, des ingénieurs, un soutien technique. Mais pas officiellement. Sinon, de l’aide arrive d’ailleurs, d’ONG, mais c’est très peu. La communauté internationale dit qu’elle a besoin de l’autorisation du gouvernement syrien pour envoyer de l’aide vers Rojava. Mais les gens à Rojava attendent évidemment plus de soutien international parce qu’ils considèrent qu’ils combattent pour l’ensemble du monde démocratique.

Michael Knapp : Rojava n’a presque pas de moyens financiers, et ne reçoit pas d’aide humanitaire. La communauté internationale dit que le problème, c’est que ce n’est pas un État. Manifestement, aux yeux de la communauté internationale, le système d’auto-organisation de Rojava n’a pas à être soutenu.

Pourtant, les forces combattantes kurdes d’autodéfense ont à leur actifs plusieurs succès militaires contre le pseudo État islamique…

Michael Knapp : Dans ces forces d’autodéfense, les gens combattent pour survivre, pour des convictions, et pour un projet de société. Certains ont longtemps combattu au Nord-Kurdistan auparavant. Ils ont déjà beaucoup d’expérience militaire. Mais leur armement est vraiment modeste, en comparaison à celui de l’EI par exemple.

Recueilli par Rachel Knaebel

 

Notes

[1] Ercan Ayboğa, activiste, et Michael Knapp, historien, sont les co-auteurs, avec Anja Flach, ethnologue, de Revolution in Rojava, paru en allemand chez VSA Verlag en février 2015.

[2] Pour les hommes comme pour les femmes, l’âge minimum pour rallier les forces d’autodéfense est de 18 ans.

Source : basta

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Un monde immonde engendre des actes immondes : Ne pas renoncer à penser face à l’horreur

 

Source : Blog de Bouamama Saïd

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15 novembre 2015

A l’heure où nous écrivons le bilan des tueries parisiennes est de 128 morts et de 300 blessés. L’horreur de cette violence injustifiable est absolue. La condamnation doit l’être tout autant, sans aucune restriction et/ou nuance. Les acteurs et/ou commanditaires de ces meurtres aveugles ne peuvent invoquer aucune raison légitime pour justifier ces actes immondes. La tragédie que nous vivons débouchera sur une prise de conscience collective des dangers qui nous menacent ou au contraire sur un processus de reproduction dramatique, en fonction de notre capacité collective à tirer les leçons de la situation qui engendre un tel résultat. L’émotion est légitime et nécessaire mais ne peut pas être la seule réponse. La réponse uniquement sécuritaire est également impuissante. C’est justement dans ces moments marqués par l’émotion collective que nous ne devons pas renoncer à la compréhension, à la recherche des causes et à la lucidité face aux instrumentalisations de l’horreur.

Les postures face à notre tragédie

En quelques heures toute la panoplie des postures possibles face à la tragédie s’est exprimée. Il n’est pas inutile de s’arrêter sur chacune d’entre elles. La première se contente de dénoncer Daesh et à exiger cette dénonciation de manière pressante de nos concitoyens musulmans réels ou supposés. Le projet politique de Daesh et les actes qui en découlent ont déjà été dénoncés par la très grande partie des habitants de notre pays, populations issues de l’immigration incluses.

Il faut vraiment être coupés de nos concitoyens musulmans réels ou supposés pour en douter. Ces concitoyens français ou étrangers vivant en France sont les premiers à souffrir de cette instrumentalisation de leur foi à des fins politiques, réactionnaires et meurtrières. « Qu’est-ce qu’on va encore prendre » est la réaction la plus fréquente qui suit l’émotion face à ces meurtres, conscients qu’ils sont des instrumentalisations de l’émotion à des fins islamophobes qui ne manquerons pas. Il ne s’agit pas d’une paranoïa mais de l’expérience tirée du passé et en particulier des attentats du début de l’année. Dans ce contexte les injonctions à la dénonciation sont ressenties comme une suspicion de complicité ou d’approbation. Une nouvelle fois ce qui est ressenti c’est une accusation d’illégitimité de présence chez soi. Voici ce qu’en disait Rokhaya Diallo dans une émission radio à la suite des attentats de janvier :

« Quand j’entends dire que l’on somme les musulmans de se désolidariser d’un acte qui n’a rien d’humain, oui, effectivement, je me sens visée. J’ai le sentiment que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés. Est-ce que vous osez me dire, ici, que je suis solidaire ? Vous avez vraiment besoin que je verbalise ? Donc, moi, je suis la seule autour de la table à devoir dire que je n’ai rien à voir avec ça (1). »

La seconde posture est l’essentialisme et le culturalisme. Les actes barbares que nous vivons auraient une explication simple : ils sont en germe dans la religion musulmane elle-même qui à la différence des autres, porterait une violence congénitale, une barbarie consubstantielle et une irrationalité dans son essence. Cette religion à la différence des autres religions monothéiste serait allergique à la raison et inapte à la vie dans une société démocratique. De cette représentation de la religion découle la représentation de ses adeptes. Les musulmans seraient, contrairement aux autres croyants, une entité homogène partageant tous le même rapport au monde, à la société et aux autres. Une telle posture conduit inévitablement à l’idée d’une éradication, l’islam apparaissant comme incompatible avec la république, la laïcité, le droit des femmes, etc. Résultat de plusieurs décennies de diffusion politique et médiatique de la théorie du « choc des civilisations », cette posture s’exprime dans des formes plus ou moins nuancées mais est malheureusement bien ancrée dans notre société (2).

La troisième posture est celle de la relativisation de la gravité des tueries. Celles-ci ne seraient que le résultat d’une folie individuelle contre laquelle on ne pourrait rien si ce n’est de repérer le plus tôt possible les signes annonciateurs dans les comportements individuels. Nous ne serions qu’en présence d’accidents dans les trajectoires individuelles sans aucune base sociale, matérielle, politique. Une telle posture de « psychologisation » occulte que les individus ne vivent pas hors-sol et que leur mal-être prend telle ou telle forme en rencontrant un contexte social précis. C’est à ce niveau que se rencontre l’individu et sa société, la trajectoire individuelle et son contexte social, la fragilisation et les offres sociales et politiques qui la captent pour l’orienter. Il est évident que les candidats « djihadistes » sont issus de trajectoires fragilisées mais cela ne suffit pas à expliquer le basculement vers cette forme précise qu’est la violence nihiliste (3).

La quatrième posture s’exprime sous la forme de la théorie du complot. Les tueries seraient le fait d’un vaste complot ayant des objectifs précis : complot juif mondial, « illuminati », actes des services secrets, etc. Elle conduit à un aveuglement face au réel et à l’abandon de l’effort de compréhension du monde et des drames qui le secouent. Elle suscite une dépolitisation se masquant derrière une apparente sur-politisation : dépolitisation car il serait vain de rechercher dans l’économique, le social, le politique, etc., les causes de ce que nous vivons et sur-politisation car tout serait issu d’une cause politique occulte portée par un petit groupe secret. Elle est entretenue par la négation dominante de la conflictualité sociale, des oppositions d’intérêts et des stratégies des classes dominantes pour orienter l’opinion dans le sens de ses intérêts matériels. A ce niveau l’accusation de « confusionnisme » de toute dénonciation des stratégies des classes dominantes conduit consciemment ou non à entretenir la théorie du complot. Certains « anti-confusionnistes » de bonne foi ou non entretiennent en effet boomerang le « complotisme ». Ce faisant, certains « anti-confusionnistes » entretiennent la confusion (4).

La cinquième posture est l’explication en terme du « virus externe ». Notre société serait victime d’une contamination venant uniquement de l’extérieur contre laquelle il faudrait désormais se prémunir. Elle débouche sur une logique de guerre à l’externe et sur une logique sécuritaire à l’interne. Elle est créatrice d’une spirale où la peur et le discours sur la menace externe suscite une demande d’interventions militaires à l’extérieur et de limitation des libertés à l’interne. Susciter une demande pour ensuite y répondre est un mécanisme classique des périodes historiques réactionnaires. L’absence de mouvement anti-guerre dans notre société est le signe que cette posture est largement répandue. Or comme la précédente, elle conduit d’une part à l’abandon de la recherche des causes et d’autre part au sentiment d’impuissance (5).

Il reste la posture matérialiste ne renonçant pas à comprendre le monde et encore plus quand il prend des orientations régressives et meurtrières. Minoritaire dans le contexte actuel, cette posture est pourtant la seule susceptible d’une reprise de l’initiative progressiste. Elle suppose de recontextualiser les événements (et encore plus lorsqu’ils prennent des formes dramatiques) dans les enjeux économiques, politiques et sociaux. Elle nécessite la prise en compte des intérêts matériels qui s’affrontent pour orienter notre demande et qui produisent des conséquences précises. Elle inscrit les comportements individuels comme étant des résultats sociaux et non des essences en action. Elle prend l’histoire longue et immédiate comme un des facteurs du présent. Elle peut certes se tromper en occultant par méconnaissance une causalité ou en la sous-estimant, mais elle est la seule à permettre une réelle action sur ce monde.

Dans un monde marqué par la violence croissante sous toutes ses formes, le renoncement à la pensée nous condamne pour le mieux à une posture de l’impuissance et pour le pire à la recherche de boucs-émissaires à sacrifier sur l’autel d’une réassurance aléatoire.
Une offre de « djihadisme » qui rencontre une demande

Il existe une offre de « djihadisme » à l’échelle mondiale et nationale. Elle n’est ni nouvelle, ni inexplicable. Elle a ses espaces de théorisations et ses Etats financeurs. L’Arabie Saoudite et le Qatar entre autres, pourtant alliés des Etats-Unis et de la France, en sont les principaux (6).

Ces pétromonarchies appuient et financent depuis de nombreuses années des déstabilisations régionales dont elles ont besoin pour maintenir et/ou conquérir leur mainmise sur les richesses du sol et du sous-sol du Moyen-Orient. Cette base matérielle est complétée par un besoin idéologique. Elles ont besoin de diffuser une certaine vision de l’Islam pour éviter l’émergence et le développement d’autres visions de l’Islam progressistes et/ou révolutionnaire qui menaceraient l’hégémonie idéologique qu’elles veulent conquérir. Plus largement les pétromonarchies sont menacées par toutes les théorisations politiques qui remettent en cause leur rapport aux grandes puissances qui dominent notre planète : nationalisme, anti-impérialisme, progressisme dans ses différentes variantes, communisme, théologie de la libération, etc.

C’est à ce double niveaux matériel et idéologique que s’opère la jonction avec la « réal-politique » des puissances impérialistes. Elles aussi ont un intérêt matériel à la déstabilisation de régions entières pour s’accaparer les richesses du sol et du sous-sol, pour justifier de nouvelles guerres coloniales en Afrique et au Moyen-Orient, pour supplanter leurs concurrents, pour contrôler les espaces géostratégiques et pour balkaniser des Etats afin de mieux les maîtriser. Elles aussi ont un besoin idéologique de masquer les causes réelles du chaos du monde c’est-à-dire la mondialisation ultralibérale actuelle. Il n’y a aucune amitié particulière entre les classes dominantes occidentales et les pétromonarchies et/ou les « djihadistes », mais une convergence relative d’intérêts matériels et idéologiques. Comme le soulignait De Gaulle pour décrire la réal-politique : « Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». C’est cette réal-politique qui a conduit dans le passé à présenter les « djihadistes » en Afghanistan comme des combattants de la liberté et qui conduit un Fabius à dire aujourd’hui : « El Nosra fait du bon boulot ».

Mais se limiter à l’offre ne permet pas de comprendre l’efficacité actuelle du phénomène. Encore faut-il expliquer le fait que cette offre rencontre une « demande ». Nous disions plus haut que cette offre n’est pas nouvelle. Nous l’avons-nous même rencontrée dans les quartiers populaires, il y a plus de trois décennies. Simplement à l’époque, elle ne rencontrait aucune « demande ». Nous pensions à vivre, à nous amuser, à militer et à aimer et regardions ces prédicateurs comme des allumés. C’est la raison pour laquelle il faut se pencher sur les processus d’émergence et de développement de cette demande « made in France ». A ce niveau force est de faire le lien avec les processus de paupérisation et de précarisation massive qui touchent les classes populaires. L’existence avérée de candidats « djihadistes » non issus de familles musulmanes souligne que c’est bien l’ensemble des classes populaires qui sont concernés par ces processus conduisant les plus fragilisés de leurs membres à sombrer dans des comportements nihilistes. Force également est de faire le lien avec les discriminations racistes systémiques et institutionnelle qui abîment des vies pour nos concitoyens noirs, arabes et musulmans. Force enfin est de prendre en compte dans l’analyse les effets des discours et pratiques islamophobes qui se sont répandus dans la société française et qu’il de bon ton de relativiser, d’euphémiser, voir de nier. Ce sont l’ensemble de ces processus qui conduisent à l’émergence du nihilisme contemporain.

Enfin la vision méprisante des habitants des quartiers populaires comme « sous-prolétariat » incapable de penser politiquement conduit à sous-estimer le besoin du politique dans les classes populaires en général et dans leurs composantes issues de l’immigration post-coloniale en particulier. Ces citoyennes et citoyens observent le monde et tentent de le comprendre avec les grilles disponibles dans une séquence historique donnée. Ils et Elles ne peuvent que constater que des guerres se multiplient et que l’on trouve des financements pour le faire alors qu’on leur serine que les caisses sont vides. Elles et ils ne peuvent qu’interroger la soi-disant nécessité urgente d’intervenir en Irak, en Afghanistan, en Syrie, en Lybie, en Côte d’Ivoire, au Mali, etc. et à l’inverse la soi-disant nécessité urgente à soutenir l’Etat d’Israël en dépit de ses manquements à toutes les résolutions des Nations-Unies. Tous ces facteurs conduisent pour la majorité à une révolte qui cherche un canal d’expression et pour une extrême minorité à l’orientation nihiliste.

A ne pas vouloir comprendre qu’un monde immonde conduit à des actes immondes, on constitue le terreau de la rencontre entre l’offre et la demande de nihilisme.

Source : Blog de Bouamama Saïd

Notes :

1) http://www.atlasinfo.fr/Charlie-Heb…

2) Voir sur ce sujet : Jocelyne Cesari, l’Islam à l’épreuve de l’Occident, La Découverte, Paris, 2004.

3) Sur la rencontre entre le contexte social et effets fragilisant sur les trajectoires individuelles voir Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Le Seuil, 1952.

4) Luc Boltanski, Enigmes et complots. Une enquête à propos d’enquêtes, Gallimard, Paris, 2012.

5) Voir notre article avec Yvon Fotia « Discrimination systémique » , Dictionnaire des dominations de sexe, de race, de classe, Syllepse, Paris, 2012.

6) David Benichou, Farhad Khosrokhavar, Philippe Migaux, Le jihadisme, comprendre pour mieux combattre, Plon, Paris, 2015. Et Richard Labévière, Les dollars de la terreur, Les Etats-Unis et l’islamisme, Grasset, Paris, 1999.

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Campagne de soutien aux révolutionnaires kurdes

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Les groupes coordonnés de l’Action Antifasciste lancent une campagne internationale de soutien aux organisations révolutionnaires kurdes, dernier rempart face aux barbares de Daech et pourtant réprimées par l’État français et l’Union Européenne.

Une pétition est a signer sur change.org. Une journée de mobilisation aura lieu jeudi prochain dans toute la France :

Voici le texte présentant la campagne :

Le 13 novembre, au moment même ou les assassins sanguinaires de Daech assassinaient froidement au moins 129 innocents en plein Paris, les armées révolutionnaires kurdes leurs faisaient subir une terrible défaite militaire en reprenant la ville de Shingal après 15 mois de combats.

Pourtant l’État français et l’Union Européenne ne cessent de réprimer les organisations de la résistance kurde. L’Europe interdit le soutien militaire, financier et politique à nos organisations sœurs et emprisonne ses soutiens. 36 militants proches du PKK ont encore été arrêtés récemment en Belgique tandis que Salah Abdeslam pouvait préparer en toute tranquillité les attentats de Paris.

De même, la France collabore activement avec le gouvernement turc de l’assassin islamiste Erdogan sans que cela ne semble poser problème. Erdogan ne cache même pas le soutien sans faille qu’il assure à Daech : il finance l’État Islamique, lui apporte un soutien logistique et militaire (allant jusqu’à bombarder les positions kurdes), ouvre ses frontières aux djihadistes du monde entier pour qu’ils puissent rejoindre les rangs de l’EI et massacre toutes les organisations turques s’opposant à sa politique intérieure despotique tel que le HDP sans que la France et l’UE n’émettent de protestations.

Les YPG, les YPJ et le PKK mènent de front une guerre totale contre les fascistes de l’État Islamique en mettant en place une société socialiste autogestionnaire, féministe et écologiste dans les territoires qu’ils libèrent comme à Kobané. Le modèle de société des territoires kurdes est en opposition totale à celui – génocidaire, obscurantiste et ultra-réactionnaire – promu par Daech.

Les combattantes et combattants révolutionnaires kurdes sont l’unique rempart progressiste et démocratique face à Daech en Syrie et en Irak. Les communistes et libertaires européens soutiennent activement le Kurdistan libre depuis le début du de la guerre contre Daech. Les peuples d’Europe se doivent de soutenir activement les kurdes dans la destruction de notre ennemi commun. Pour empêcher que l’horreur ne devienne la norme à Paris, au Moyen-Orient et ailleurs, nous réclamons la prise de mesures immédiates en faveur des armées du peuple kurde :

retrait du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de la liste des organisations terroristes dressée par l’Union Européenne
suppression de toutes les sanctions visant cette organisation
accroissement massif du soutien financier, logistique et militaire aux YPG, YPJ et au PKK
arrêt immédiat des poursuites engagés par des pays de l’UE (Belgique, Allemagne) contre les militants et soutiens du PKK
rupture immédiate des relations diplomatiques et prise de sanctions économiques à l’encontre la Turquie et des autres pays tel que l’Arabie Saoudite soutenant Daech
reconnaissance par la communauté internationale des zones autonomes kurdes et du droit du peuple kurde à disposer de sa terre

Seule la résistance démocratique kurde est en mesure d’annihiler Daech sur le terrain. Soutenons les par tous les moyens nécessaires.

Signer la pétition ici

Premiers signataires : Actions Antifascistes NP2C, Paris-Banlieue, Marseille, Tolosa, La Roche / Bast’Yon De Résistance, Pau, Genève ; Ipeh Antifaxista, Sare Antifaxista, Collectif Nosostros, Mouvement Inter Lutte Indépendant (MILI), Réseau Antispéciste Gard et Environs.

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Christian Le Guillou renvoyé de l’académie de Guyane pour avoir tenu des propos racistes sur internet

Ce monsieur avait pourtant développé de grandes compétences dans le domaine de l’auto-évaluation et de la communication avec un langage adapté comme le prouve cette préparation de classe qu’il a réalisée visible ici. Vous pourrez y apprécier les merveilleux tableaux et le langage techno-pédagogique aux petits oignons

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Décès de Didier Cailluyere

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Nous apprenons aujourd’hui le décès de Didier Cailluyere, dont nous avions publié un communiqué sur la question de « faire société » alors qu’il était encore président de l amicale laique d’Hénin-Beaumont et délégué départemental UFOLEP au sein de la ligue de l enseignement.

Militant de terrain avec de nombreux projets citoyens pour défendre les valeurs de fraternité, d égalité et de tolérance qui lui étaient chères.

Nous présentons nos sincères condoléances à Rose sa maman, à sa famille et au monde associatif qui perd un homme précieux.

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Pédagogie sociale développement communautaire : La Révolution que nous sommes…

Vie sociale index

Si la révolution concerne l’avenir, alors elle n’est rien. Je me consumerai en attente, je perdrai mon temps à annoncer qu’elle arrive. Je me servirai inutilement de son nom pour justifier l’absurdité de mon quotidien ou bien le fait que je supporte ici et maintenant bien trop d’injustices. Y croire m’éloignera de mes contemporains et ne me rapprochera de personne. Focaliser ma vie sur cet idéal risque de m’amener à négliger mon environnement et mes proches.

Si la révolution concerne les autres, nécessite une quantité de conditions à réunir, si elle attend que tout soit prêt ou propice, alors elle n’arrivera jamais.

Dans les deux cas, à l’évoquer et l’invoquer, je ne fais que renforcer la résignation et le découragement. Plus je la parle, plus j’en fais une idée et en éloigne le sens; j’en invoque les principes mais cela n’aboutit au final qu’à la faire apparaître un peu plus illusoire, et à en condamner la perspective.

Il ne peut y avoir de révolution que celle qui commence ici; par le détournement de mon environnement, par mon investissement, mon appropriation, ma préoccupation de celui-ci. Par mon renoncement à rêver d’utopies et de cadres plus propices, …

Il ne peut y avoir de révolution que celle qui commence maintenant ; que j’engage donc par moi même et sans attendre, même à contre courant , même dans une période apparemment défavorable.

Il ne peut y avoir de révolution qui ne commence par créer un sens à la faire. Il est perdu le temps des idéologies sur-mesure, des paradis standardisés, des mots vagues , mais admis par tous: communisme, autogestion, justice, égalité. Aujourd’hui , c’est ici et maintenant que nous avons d’abord à bâtir des raisons d’agir.

On ne défendra ni ne revendiquera le partage, la solidarité, la liberté si on ne les a pas connus, même en petit; si dans notre parcours nous en avons été empêchés, à tous les étages, même dans les institutions qui en faisaient l’éloge. On ne défendra ni ne revendiquera la liberté d’expression si tout en nous n’a inspiré que des « Tais toi ! « . On ne défendra, ni revendiquera la liberté d’apprendre et de produire des savoirs si on nous a toujours déclaré mauvais et incompétents.

Notre première tâche est de donner du sens, du corps, de la réalité à ce qu’on prétend souhaiter.

Loin de cette chape de plomb que nous inspire l’impasse de notre système politique, de la confiscation des pouvoirs toujours par les mêmes, de l’épuisement de la délégation, de la représentation, nous devrions nous apercevoir de ce qui change déjà , juste par nous mêmes.

La révolution, c’est ce que nous sommes : elle n’est ni avenir, ni idéal, ni lointaine espérance, encore moins une croyance; elle est ce que nous faisons, ce que nous disons, écrivons, partageons.

Elle est déjà là parce que nous sommes là, que les ateliers fleurissent, que nos idées se répandent, et que nous nous rendons compte, jour après jour, qu’elles « gagnent » la pensée commune, qu’elles sont de plus acceptées, reconnues.

A bien y penser, la révolution n’est ni une activité, ni un projet : elle est le sens qu’on donne au monde. El le monde en ce moment en a grand besoin.

Nous sommes la révolution à chaque fois que nous mettons en œuvre des actions ouvertes à tous, dans un monde qui se ferme; nous sommes la révolution à chaque fois que nous basons notre jugement sur notre expérience et non sur ce qu’on nous dit; nous sommes la révolution quand nous créons des actions éducatives et sociales inconditionnelles; nous sommes la révolution à chaque fois que nous refusons l’usage du contrat, la dictature des projets, et toute évaluation dont nous n’avons pas créé les critères.

Nous sommes la révolution quand nous osons le gratuit, quand nous refusons la punition, l’exclusion. Nous sommes la révolution quand nous n’attendons pas pour agir, la réciproque, le paiement le retour ou l’autorisation.

Nous sommes la révolution qui est déjà là…

Source : Intermedes

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Pédagogie sociale : Enrayer la chute ?

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Le co-pilote dépressif enfermé, enclenchant la descente qui va condamner 150 êtres humains à la mort, le pilote à la hache sur une porte rendue indestructible par les excès des mesures sécuritaires qui se retournent contre elles-mêmes… qui ne voit qu’il s’agit là d’un accéléré dramatique de ce qui se joue dans l’immédiat de notre « civilisation » ? D’une effroyable métaphore de nos sociétés qui persistent à déchirer les bulletins de santé qui leur prescrivent, sous peine de mort, de s’arrêter ? Qui sont les vrais suicidaires enfermés dans leur bulle de jouissance dépressive et leur emballement sans limite ?

Qui sont les pilotes qui hantent les salles de marchés, les clubs internationaux à 100 smics de cotisation, qui font construire le yacht qui sortira trois jours en mer dans l’année mais qui aura 10 mètres de plus que celui du rival, qui spéculent sur la faim de centaines de millions d’êtres humains en jouant sur les marchés des céréales à la bourse de Chicago, qui laissent les pauvres de la planète s’entretuer au nom de religions diverses et souvent à l’intérieur de la même religion, qui créent un septième et un huitième continents de détritus, déchets et ordures au milieu des océans, qui laissent – voire ordonnent de – torturer en divers camps et prisons, « secrètes » ou pas, qui chassent l’homme et l’enfant en bateaux de réfugiés en perdition ou camps de rétention aux marches des « démocraties », qui raclent les fonds des mers et fracturent les tréfonds des terres, qui s’acharnent à détruire ce qu’il reste des ressources de la planète à la recherche éperdue de la moindre miette de profit à arracher au concurrent ?

Huit minutes, la descente. Et le seul lucide à se rendre compte de ce qu’il se passe à s’acharner, dérisoirement, tel le colibri désespéré de la fable… Est-ce que, dans cet avion, il n’y avait pas Épicure et Spinoza, Confucius et Michel Ange, Mozart et Senghor ? Peut-être l’un de leurs successeurs parmi ces quinze lycéens ? Tout cela, le Taj-Mahal et l’Art de la Fugue, le viaduc de Millau et le monastère de Batalha, la Divine Comédie et les chansons de Brassens, la Vénus et le David, écrasés ? pulvérisés au flanc de la montagne ?

Certes, la « descente » a commencé : l’espèce humaine est mortelle. J’ai bientôt 70 ans, et six petits-enfants entre 10 et 3 ans : quel sera l’état de la planète quand ils auront mon âge ? Est-ce que la descente est irréversible ? Est-ce qu’il n’est pas déjà trop tard, pour enfoncer la porte blindée derrière laquelle se sont enfermés ceux qui prétendent « piloter » ? Les passagers, nous dit-on, ne se sont probablement rendus compte de rien, sauf aux dernières secondes… C’est bien là l’enjeu majeur qu’on n’enseigne pas dans les couveuses à « élites » de nos systèmes éducatifs : est-il encore temps de prendre conscience, de s’instruire et d’agir ? Lequel de nos candidats aux élections actuelles et futures nous parle de cette « descente » et des moyens de redresser l’inclinaison fatale ?

Bernard Defrance

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Le repas végétarien, le plus laïc de tous

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Le débat sur la laïcité et le « vivre ensemble » a donc fait irruption dans nos assiettes. A en croire certains, il y aurait une façon « française et républicaine » de manger. Au nom de cette laïcité culinaire, Gilles Platret, le maire UMP de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), a annoncé, le 16 mars, qu’il mettra fin au menu de substitution dans les cantines scolaires de sa ville dès la prochaine rentrée.

Depuis plus de trente ans pourtant, dans cette ville comme dans d’autres, des menus alternatifs étaient proposés aux plats contenant du porc. Sans poser de problème. Mais, à Chalon-sur-Saône, les enfants seront priés de manger « comme tout le monde » ou d’aller manger ailleurs. « Si vous voulez que vos enfants aient des habitudes alimentaires confessionnelles, vous allez dans l’enseignement privé confessionnel », a aussitôt soutenu Nicolas Sarkozy.

Cette prise de position du président de l’UMP a étonné et choqué jusque parmi ses proches. Comment dénoncer la communautarisation de certains Français musulmans, et inviter ces mêmes musulmans à quitter les écoles publiques pour des établissements confessionnels ? L’instrumentalisation du dossier des cantines en vue de séduire les électeurs du Front national est trop grossière pour être convaincante.

Le principe laïc n’implique nullement d’imposer un menu unique aux enfants, au mépris des différences et des préférences individuelles. Il faut dépasser ce faux débat : plutôt que d’utiliser le porc ou la laïcité pour attiser la haine confessionnelle et diviser les Français, nous proposons l’instauration dans les cantines scolaires d’une alternative végétarienne à tous les repas.
Satisfaire les végétaliens

Loin d’être dogmatique, notre proposition est avant tout pragmatique : le repas végétarien convient au plus grand nombre – musulmans, juifs, chrétiens, athées ou autres. Pour être juste, il conviendrait que cette alternative sans viande et sans poisson exclut le lait et les œufs, afin de satisfaire les végétaliens.

Le plat végétarien, et à plus forte raison végétalien, est une solution laïque et œcuménique aux préférences alimentaires de chacun, qui a le mérite de représenter l’alternative la plus simple pour les collectivités locales qui ne peuvent satisfaire des contraintes et des préférences alimentaires multiples. Le repas végétarien réunit tout le monde.

Loin des considérations religieuses, il répond aux convictions de tous ceux qui refusent de manger des animaux pour des raisons éthiques, par souci du bien-être animal et respect de la vie sensible. Pourquoi forcer leurs enfants à manger de la viande ou du poisson à l’école

Laisser le choix aux enfants est tout ce que nous demandons : ne pas les empêcher de manger de la viande s’ils le souhaitent, mais leur permettre de ne pas le faire. L’alternative n’enlève rien aux non-végétariens, tandis que le menu unique ôte à ceux qui ne mangent pas de viande, ou qui refusent le porc, le droit d’avoir un repas équilibré, qu’ils ont payé comme les autres. C’est discriminatoire et injuste.

En France, ni la loi du 27 juillet 2010 dite loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, ni le décret ou l’arrêté du 30 septembre 2011 dits relatifs à la qualité nutritionnelle des repas servis dans le cadre de la restauration scolaire ne mentionnent l’alternative végétarienne. Pis, l’État entend faire croire que toutes les sources de protéines ne seraient qu’animales. Or la France semble la seule en Europe. Dans aucun autre Etat membre il n’y a de loi ou de décret ayant une portée contraignante où le régime carné est tant sacralisé.
Multiples bienfaits

L’alternative végétarienne a de multiples bienfaits. Premièrement, elle est un facteur de cohésion sociale, réunissant autour de la même table tous les enfants, qui ne sont plus stigmatisés. Indifférenciés, on ne distingue plus le musulman ou le juif qui évite le porc du végétarien qui évite la viande.

Deuxièmement, elle est bonne pour la santé. Contrairement aux préjugés encore en cours, un régime végétarien ou même végétalien n’entraîne aucune carence, à partir du moment où il est équilibré. Les protéines sont bien présentes dans les végétaux, comme le montre l’exemple du soja. Des préparations comme le tofu, le tempeh ou le seitan sont des alternatives aux produits carnés. Ils sont aussi un plaisir pour le palais ! C’est la consommation excessive de viande qui est source de maladies, notamment sur le plan cardio-vasculaire, surtout quand elle est issue de l’industrie.

Troisièmement, l’alternative végétarienne est écologique. Alors que la France accueille du 30 novembre au 11 décembre la Conférence internationale sur le climat (COP21), et que convaincre les États de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre est l’une des priorités de sa politique étrangère, il est impératif de commencer à agir sur l’une des causes majeures du changement climatique : la consommation de viande.

Selon le dernier rapport de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’élevage, responsable de 60 % des émissions de méthane – un gaz qui réchauffe vingt-cinq fois plus que le CO2 –, totalise 14,5 % de la production de gaz à effet de serre. Greenpeace ajoute que 80 % des déforestations en Amazonie sont causées par l’élevage de bétail. Les élevages sont à l’origine d’une part importante de la pollution des sols et des rivières.

C’est pourquoi nous appelons à ce que la loi française impose dans chaque cantine scolaire, mais aussi dans les restaurants universitaires et les administrations, une alternative végétarienne, voire végétalienne. Il s’agirait d’une avancée citoyenne majeure et d’un geste fort en faveur de l’environnement et de ce « vivre ensemble » que tant invoquent sans rien faire pour le promouvoir.

Sandrine Bélier (ancienne députée européenne EELV), Allain Bougrain-Dubourg (journaliste et réalisateur), Florence Burgat (philosophe), Aymeric Caron (journaliste et écrivain), Franz-Olivier Giesbert (journaliste et écrivain), Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (philosophe) et Matthieu Ricard (fondateur de l’organisation humanitaire Karuna-Shechen).

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