Pédagogie sociale développement communautaire : La Révolution que nous sommes…

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Si la révolution concerne l’avenir, alors elle n’est rien. Je me consumerai en attente, je perdrai mon temps à annoncer qu’elle arrive. Je me servirai inutilement de son nom pour justifier l’absurdité de mon quotidien ou bien le fait que je supporte ici et maintenant bien trop d’injustices. Y croire m’éloignera de mes contemporains et ne me rapprochera de personne. Focaliser ma vie sur cet idéal risque de m’amener à négliger mon environnement et mes proches.

Si la révolution concerne les autres, nécessite une quantité de conditions à réunir, si elle attend que tout soit prêt ou propice, alors elle n’arrivera jamais.

Dans les deux cas, à l’évoquer et l’invoquer, je ne fais que renforcer la résignation et le découragement. Plus je la parle, plus j’en fais une idée et en éloigne le sens; j’en invoque les principes mais cela n’aboutit au final qu’à la faire apparaître un peu plus illusoire, et à en condamner la perspective.

Il ne peut y avoir de révolution que celle qui commence ici; par le détournement de mon environnement, par mon investissement, mon appropriation, ma préoccupation de celui-ci. Par mon renoncement à rêver d’utopies et de cadres plus propices, …

Il ne peut y avoir de révolution que celle qui commence maintenant ; que j’engage donc par moi même et sans attendre, même à contre courant , même dans une période apparemment défavorable.

Il ne peut y avoir de révolution qui ne commence par créer un sens à la faire. Il est perdu le temps des idéologies sur-mesure, des paradis standardisés, des mots vagues , mais admis par tous: communisme, autogestion, justice, égalité. Aujourd’hui , c’est ici et maintenant que nous avons d’abord à bâtir des raisons d’agir.

On ne défendra ni ne revendiquera le partage, la solidarité, la liberté si on ne les a pas connus, même en petit; si dans notre parcours nous en avons été empêchés, à tous les étages, même dans les institutions qui en faisaient l’éloge. On ne défendra ni ne revendiquera la liberté d’expression si tout en nous n’a inspiré que des « Tais toi ! « . On ne défendra, ni revendiquera la liberté d’apprendre et de produire des savoirs si on nous a toujours déclaré mauvais et incompétents.

Notre première tâche est de donner du sens, du corps, de la réalité à ce qu’on prétend souhaiter.

Loin de cette chape de plomb que nous inspire l’impasse de notre système politique, de la confiscation des pouvoirs toujours par les mêmes, de l’épuisement de la délégation, de la représentation, nous devrions nous apercevoir de ce qui change déjà , juste par nous mêmes.

La révolution, c’est ce que nous sommes : elle n’est ni avenir, ni idéal, ni lointaine espérance, encore moins une croyance; elle est ce que nous faisons, ce que nous disons, écrivons, partageons.

Elle est déjà là parce que nous sommes là, que les ateliers fleurissent, que nos idées se répandent, et que nous nous rendons compte, jour après jour, qu’elles « gagnent » la pensée commune, qu’elles sont de plus acceptées, reconnues.

A bien y penser, la révolution n’est ni une activité, ni un projet : elle est le sens qu’on donne au monde. El le monde en ce moment en a grand besoin.

Nous sommes la révolution à chaque fois que nous mettons en œuvre des actions ouvertes à tous, dans un monde qui se ferme; nous sommes la révolution à chaque fois que nous basons notre jugement sur notre expérience et non sur ce qu’on nous dit; nous sommes la révolution quand nous créons des actions éducatives et sociales inconditionnelles; nous sommes la révolution à chaque fois que nous refusons l’usage du contrat, la dictature des projets, et toute évaluation dont nous n’avons pas créé les critères.

Nous sommes la révolution quand nous osons le gratuit, quand nous refusons la punition, l’exclusion. Nous sommes la révolution quand nous n’attendons pas pour agir, la réciproque, le paiement le retour ou l’autorisation.

Nous sommes la révolution qui est déjà là…

Source : Intermedes

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Pédagogie sociale : Enrayer la chute ?

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Le co-pilote dépressif enfermé, enclenchant la descente qui va condamner 150 êtres humains à la mort, le pilote à la hache sur une porte rendue indestructible par les excès des mesures sécuritaires qui se retournent contre elles-mêmes… qui ne voit qu’il s’agit là d’un accéléré dramatique de ce qui se joue dans l’immédiat de notre « civilisation » ? D’une effroyable métaphore de nos sociétés qui persistent à déchirer les bulletins de santé qui leur prescrivent, sous peine de mort, de s’arrêter ? Qui sont les vrais suicidaires enfermés dans leur bulle de jouissance dépressive et leur emballement sans limite ?

Qui sont les pilotes qui hantent les salles de marchés, les clubs internationaux à 100 smics de cotisation, qui font construire le yacht qui sortira trois jours en mer dans l’année mais qui aura 10 mètres de plus que celui du rival, qui spéculent sur la faim de centaines de millions d’êtres humains en jouant sur les marchés des céréales à la bourse de Chicago, qui laissent les pauvres de la planète s’entretuer au nom de religions diverses et souvent à l’intérieur de la même religion, qui créent un septième et un huitième continents de détritus, déchets et ordures au milieu des océans, qui laissent – voire ordonnent de – torturer en divers camps et prisons, « secrètes » ou pas, qui chassent l’homme et l’enfant en bateaux de réfugiés en perdition ou camps de rétention aux marches des « démocraties », qui raclent les fonds des mers et fracturent les tréfonds des terres, qui s’acharnent à détruire ce qu’il reste des ressources de la planète à la recherche éperdue de la moindre miette de profit à arracher au concurrent ?

Huit minutes, la descente. Et le seul lucide à se rendre compte de ce qu’il se passe à s’acharner, dérisoirement, tel le colibri désespéré de la fable… Est-ce que, dans cet avion, il n’y avait pas Épicure et Spinoza, Confucius et Michel Ange, Mozart et Senghor ? Peut-être l’un de leurs successeurs parmi ces quinze lycéens ? Tout cela, le Taj-Mahal et l’Art de la Fugue, le viaduc de Millau et le monastère de Batalha, la Divine Comédie et les chansons de Brassens, la Vénus et le David, écrasés ? pulvérisés au flanc de la montagne ?

Certes, la « descente » a commencé : l’espèce humaine est mortelle. J’ai bientôt 70 ans, et six petits-enfants entre 10 et 3 ans : quel sera l’état de la planète quand ils auront mon âge ? Est-ce que la descente est irréversible ? Est-ce qu’il n’est pas déjà trop tard, pour enfoncer la porte blindée derrière laquelle se sont enfermés ceux qui prétendent « piloter » ? Les passagers, nous dit-on, ne se sont probablement rendus compte de rien, sauf aux dernières secondes… C’est bien là l’enjeu majeur qu’on n’enseigne pas dans les couveuses à « élites » de nos systèmes éducatifs : est-il encore temps de prendre conscience, de s’instruire et d’agir ? Lequel de nos candidats aux élections actuelles et futures nous parle de cette « descente » et des moyens de redresser l’inclinaison fatale ?

Bernard Defrance

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Le repas végétarien, le plus laïc de tous

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Le débat sur la laïcité et le « vivre ensemble » a donc fait irruption dans nos assiettes. A en croire certains, il y aurait une façon « française et républicaine » de manger. Au nom de cette laïcité culinaire, Gilles Platret, le maire UMP de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), a annoncé, le 16 mars, qu’il mettra fin au menu de substitution dans les cantines scolaires de sa ville dès la prochaine rentrée.

Depuis plus de trente ans pourtant, dans cette ville comme dans d’autres, des menus alternatifs étaient proposés aux plats contenant du porc. Sans poser de problème. Mais, à Chalon-sur-Saône, les enfants seront priés de manger « comme tout le monde » ou d’aller manger ailleurs. « Si vous voulez que vos enfants aient des habitudes alimentaires confessionnelles, vous allez dans l’enseignement privé confessionnel », a aussitôt soutenu Nicolas Sarkozy.

Cette prise de position du président de l’UMP a étonné et choqué jusque parmi ses proches. Comment dénoncer la communautarisation de certains Français musulmans, et inviter ces mêmes musulmans à quitter les écoles publiques pour des établissements confessionnels ? L’instrumentalisation du dossier des cantines en vue de séduire les électeurs du Front national est trop grossière pour être convaincante.

Le principe laïc n’implique nullement d’imposer un menu unique aux enfants, au mépris des différences et des préférences individuelles. Il faut dépasser ce faux débat : plutôt que d’utiliser le porc ou la laïcité pour attiser la haine confessionnelle et diviser les Français, nous proposons l’instauration dans les cantines scolaires d’une alternative végétarienne à tous les repas.
Satisfaire les végétaliens

Loin d’être dogmatique, notre proposition est avant tout pragmatique : le repas végétarien convient au plus grand nombre – musulmans, juifs, chrétiens, athées ou autres. Pour être juste, il conviendrait que cette alternative sans viande et sans poisson exclut le lait et les œufs, afin de satisfaire les végétaliens.

Le plat végétarien, et à plus forte raison végétalien, est une solution laïque et œcuménique aux préférences alimentaires de chacun, qui a le mérite de représenter l’alternative la plus simple pour les collectivités locales qui ne peuvent satisfaire des contraintes et des préférences alimentaires multiples. Le repas végétarien réunit tout le monde.

Loin des considérations religieuses, il répond aux convictions de tous ceux qui refusent de manger des animaux pour des raisons éthiques, par souci du bien-être animal et respect de la vie sensible. Pourquoi forcer leurs enfants à manger de la viande ou du poisson à l’école

Laisser le choix aux enfants est tout ce que nous demandons : ne pas les empêcher de manger de la viande s’ils le souhaitent, mais leur permettre de ne pas le faire. L’alternative n’enlève rien aux non-végétariens, tandis que le menu unique ôte à ceux qui ne mangent pas de viande, ou qui refusent le porc, le droit d’avoir un repas équilibré, qu’ils ont payé comme les autres. C’est discriminatoire et injuste.

En France, ni la loi du 27 juillet 2010 dite loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, ni le décret ou l’arrêté du 30 septembre 2011 dits relatifs à la qualité nutritionnelle des repas servis dans le cadre de la restauration scolaire ne mentionnent l’alternative végétarienne. Pis, l’État entend faire croire que toutes les sources de protéines ne seraient qu’animales. Or la France semble la seule en Europe. Dans aucun autre Etat membre il n’y a de loi ou de décret ayant une portée contraignante où le régime carné est tant sacralisé.
Multiples bienfaits

L’alternative végétarienne a de multiples bienfaits. Premièrement, elle est un facteur de cohésion sociale, réunissant autour de la même table tous les enfants, qui ne sont plus stigmatisés. Indifférenciés, on ne distingue plus le musulman ou le juif qui évite le porc du végétarien qui évite la viande.

Deuxièmement, elle est bonne pour la santé. Contrairement aux préjugés encore en cours, un régime végétarien ou même végétalien n’entraîne aucune carence, à partir du moment où il est équilibré. Les protéines sont bien présentes dans les végétaux, comme le montre l’exemple du soja. Des préparations comme le tofu, le tempeh ou le seitan sont des alternatives aux produits carnés. Ils sont aussi un plaisir pour le palais ! C’est la consommation excessive de viande qui est source de maladies, notamment sur le plan cardio-vasculaire, surtout quand elle est issue de l’industrie.

Troisièmement, l’alternative végétarienne est écologique. Alors que la France accueille du 30 novembre au 11 décembre la Conférence internationale sur le climat (COP21), et que convaincre les États de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre est l’une des priorités de sa politique étrangère, il est impératif de commencer à agir sur l’une des causes majeures du changement climatique : la consommation de viande.

Selon le dernier rapport de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’élevage, responsable de 60 % des émissions de méthane – un gaz qui réchauffe vingt-cinq fois plus que le CO2 –, totalise 14,5 % de la production de gaz à effet de serre. Greenpeace ajoute que 80 % des déforestations en Amazonie sont causées par l’élevage de bétail. Les élevages sont à l’origine d’une part importante de la pollution des sols et des rivières.

C’est pourquoi nous appelons à ce que la loi française impose dans chaque cantine scolaire, mais aussi dans les restaurants universitaires et les administrations, une alternative végétarienne, voire végétalienne. Il s’agirait d’une avancée citoyenne majeure et d’un geste fort en faveur de l’environnement et de ce « vivre ensemble » que tant invoquent sans rien faire pour le promouvoir.

Sandrine Bélier (ancienne députée européenne EELV), Allain Bougrain-Dubourg (journaliste et réalisateur), Florence Burgat (philosophe), Aymeric Caron (journaliste et écrivain), Franz-Olivier Giesbert (journaliste et écrivain), Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (philosophe) et Matthieu Ricard (fondateur de l’organisation humanitaire Karuna-Shechen).

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Poésie : Une certaine idée du monde

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Le monde est chaque jour encore un peu moins grand
Il a bien rétréci, et l’on peut désormais
Être en Amazonie ou en Afghanistan
Danser la tarentelle ou chanter irlandais

L’illusion est totale, la distance est minime
Plus rien n’est un écueil pour un rassemblement
Quand au nom d’une idée toute une foule s’anime
Et se disperse enfin, chacun s’en repartant

Pourtant l’être est bien seul, l’âme est en perdition
Les havres proposés nous accueillent en troupeaux
Parfois en religion ou même en bataillons
Et notre solitude est avant tout fardeau

Il faut donc un coupable pour calmer la douleur
Souffrir est suffisant pour justifier alors
Que c’est l’autre qui doit compenser tous nos pleurs
En payant notre dû même au prix de son corps

Les hommes ont-ils compris que la guerre est bien vaine
Et qu’avoir ennemi c’est sacrifier un frère
Que vengeance et mépris sont creuset de la haine
Quand au nom des idées ils divisent la Terre ?

L’ami, auteur laisse à chacun la liberté d’apprécier ou non, de diffuser ou pas.

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Vidéo de « Là-bas s’y suis » : Filoche démolit Macron

Source : « Là-bas s’y j’y suis »
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Pédagogie sociale : La stratégie d’Alzheimer

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Michel Billé , dans « la Société malade d’Alzheimer », nous explique que toute époque vit sous l’influence de sa plus grande maladie. Le XIXème siècle sous le signe de la Tuberculose transpirait la mélancolie, le retrait du monde et l’individualisme tandis que la la fin du XXème siècle, à l’image du SIDA, a été marquée par la perte des moyens de protection et de défense des individus et des groupes.

Il lui semble que ce début du XXIème siècle est à coup sûr à l’image d’Alzheimer : perte de mémoire individuelle et collective, politique et sociale, désorientation des individus dans tous les domaines de leur vie. Les analogies sont multiples et les signes sont variés.

Mais la perte de l’histoire, l’absence de prise en compte des processus qui ont conduit à l’état présent des choses nous semble encore bien plus caractériser les situations et les problèmes sociaux.

Tout se passe comme si aujourd’hui nous découvrions les problèmes sociaux sans la perspective du temps, sans la notion de dynamique, sans aucun élément sur ce qui a conduit aux désastres actuels.

Ainsi, il est devenu courant que le jeune discriminé depuis sa naissance, issu lui même de parents écartés de la vie sociale, stigmatisé depuis trois générations soit miraculeusement lui même présenté comme un raciste comme s’il venait d’inventer lui même et là tout de suite, cette situation.

Il est de plus en plus courant et de la manière la plus banale, qu’on présente le jeune en échec scolaire comme créateur de sa propre mise à l’écart comme si c’était lui qui en était l’auteur.

Et de même pour le chômeur que l’on rend progressivement responsable du chômage et de tous les pauvres que l’on tiendra bientôt comptables de l’appauvrissement de notre environnement.

Plus près de nous nous voyons des acteurs institutionnels et représentants de collectivité reprocher aux acteurs volontaires que nous sommes de ne pas avoir été présents dans les lieux de décision dont ils nous avaient patiemment exclus.

Pour celui qui est atteint d’Alzheimer tout tour de passe passe, tout stratagème même grossier semble fonctionner. C’est un public facile. Il suffit de refuser toute explication réelle, toute mise à plat des chemins parcourus et de sans cesse décliner des objectifs et des mots creux. Alors on s’en prendra à ceux qui n’y croient plus, qui n’ont plus ni espoir, ni illusion et on les accusera d’un coup de toute l’immobilité qu’on aura produite.

Cette interdiction de se souvenir, de tenir compte des échecs, ne peut évidemment conduire l’action sociale, politique locale, ou nationale qu’à la répétition et au bégaiement des mêmes désastres.

La réflexion, la pensée elle même, l’analyse du passé sont unanimement décriés par tous les détenteurs actuels de petits pouvoirs. Ils y sont allergiques (une autre maladie du siècle). Ils haussent le ton, ils exigent d’être honorés, adoubés et légitimés sur la seule foi des mots qu’ils répètent à vide comme une écholalie monotone. On y entend « citoyenneté, » « laïcité », « solidarité », « social » comme autant de termes dont on aurait perdu le sens et qu’on se répéterait pour leur seule musique.

Leur stratégie d’Alzheimer, qu’ils dressent contre nous consiste à nous opposer sans arrêt l’insignifiant face au signifiant.

Sans aucune considération pour l’ancienneté, le sens global et historique de nos actions, on nous oppose, on nous met en concurrence avec des projets insignifiants, « one shot » pré commandés , prédigérés et juste sortis de l’œuf et qui n’ont pas d’autre fonction que de faire diversion, d’éparpiller les moyens et de justifier la précarité.

La stratégie d’Alzheimer permet aux décideurs sociaux de mettre en œuvre toutes les injustices, tous les clientélismes au nom même de la justice et d’une soi-disante impartialité. Elle permet de mettre sur le même plan ce qui ne l’est pas au nom de l’égalité, de commettre des injustices au nom de l’équité et surtout de ne jamais tenir aucune promesse et aucune parole, puisque le passé est occulté.

Et le plus surprenant bien entendu est que le public lui même, ces gens qui assistent à toutes ces grosses ficelles, la répétition des mêmes impostures, ne semblent pas avoir plus de mémoire ou de distance. Peut être ont ils perdu eux aussi tout souvenir immédiat et à court terme ? Ou, plus simplement encore, ils n’ont aucune idée ou aucune inspiration sur d’autres manières d’agir, de parler ou d’inventer.

Dans un tel contexte, tous ceux qui ont échappé à ce jour, encore à un tel fléau semblent paradoxalement inadaptés. On ne comprend plus leur méfiance, leur exigence : difficile de leur pardonner leur perspicacité.

Il n’y aura cependant pas de demain pour ceux qui ne savent pas retenir des leçons du passé, la stratégie d’Alzheimer apparemment efficace pour maintenir un statu-quo, pour entretenir les illusions va dans le mur dés lors qu’il s’agit de politique de la Ville, de l’École et du social. Les bilans sont sans appel. Les refus d’agir ont déjà trop coûté.

Contre Alzheimer, nous avons besoin d’une pédagogie. Celle ci doit pouvoir faire preuve des qualités inverses de cette maladie, et permettre de les développer.

Nous avons besoin d’une pédagogie d’histoire, qui donne du sens à l’évènement en l’inscrivant dans un mouvement, une généalogie, une perspective.

Nous avons besoin d’une pédagogie qui crée des traces, qui permette à chacun d’apprendre à devenir témoin, à apporter un point de vue, …et à ne plus se laisser faire.

Texte de Laurent Ott

Source : intermedes

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Vidéo : Les Athéniens unis dans l’espoir d’une Grèce nouvelle

Des milliers de grecs ont afflué ce mercredi 11 février, place Syntagma, à Athènes dans ses négociations avec les créanciers du pays. Si les sensibilités politiques de chacun pouvaient différer, tous manifestaient un engouement, une ferveur renaissante pour la marche nouvelle de la politique grecque, ainsi qu’un sentiment de dignité retrouvée.

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Manifestation contre Marine Le Pen à Oxford

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Charlisme et école : Témoignage de Ahmed 8 ans, de son papa et de l’avocat de la famille

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Janusz Korczak : Ce que l’on ne peut pas empêcher, il faut l’organiser

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Ainsi pensait Korczak, en se rendant compte, par exemple, de l’inefficacité de proscrire toute violence, et de l’inutilité de la dénoncer sans apporter aucune alternative. Démarche concrète, réaliste et matérialiste qui traduit la préoccupation d’un véritable éducateur. Mais au delà, affirmation et compréhension profonde du travail de pédagogue social.

Il y a tellement de chose , en effet, que l’on ne peut déjà pas empêcher alors qu’elles nous concernent et nous impactent directement !

Avant de concentrer toute mon énergie sur des violences éloignées, que l’on étale sous mes yeux, et que l’on présente comme insupportables, ne faudrait il pas que je prenne d’abord conscience de ces autres violences qui me concernent directement , moi où les groupes auxquels je prends part ? Certes. ce ne sont pas des violences si faciles à dénoncer; elles ne sont pas forcément en provenance d’enfants ou d’adolescents stigmatisés, ni si visibles et sonores, ni tellement entourées d’opprobre publique. Ce sont des violences bien plus intimes: celles qui nous entourent, qui nous baignent et que, pour cette raison, nous avons plus de mal à percevoir:

Violences de relégations ethniques, sociales qui sont d’autant plus cruelles et violentes qu’elles s’inscrivent dans le corps, la manière dont nous l’habitons, sa santé, sa représentation, son allure et sa dépréciation.

Violences économiques, que l’on ne peut mesurer que par des notions de privation, par essence, invisibles.

Violence de l’ignorance volontaire de ces conditions, de la réalité de la vie des gens qui n’est plu vue que dans les chiffres et sur dossier; personnes et groupes qui ne sont plus approchés, mais fantasmés de loin en loin.

Et enfin, violence de l’éloignement de soi, par manque de mots, par manque d’interlocuteurs, par manque de pouvoir de penser sa vie et sa condition personnelle et collective.

C’est parce qu’il se tourne vers la source des violences, parce qu’il prend conscience de la violence qu’il représente parfois lui même, parce qu’il comprend comment les politiques sociales et éducatives, en toute inconscience les renforcent souvent, que le pédagogue sait que non seulement il ne pourra pas empêcher leurs effets ici ou là mais qu’en plus ses priorités sont ailleurs.

Sa priorité , notre priorité est justement de susciter de l’organisation, de reprendre de la conscience et du pouvoir.

Si une minorité sur cette terre peut sans vergogne dominer, exploiter et reléguer une majorité de pauvres et de précaires, ce n’est pas parce que cette minorité possède la richesse, qu’elle monopolise les armes ou la culture; c’est parce qu’elle est organisée.

La véritable pauvreté, la véritable précarité c’est la désorganisation et la tâche de l’éducateur, du pédagogue social revient à cela: apprendre à chaque personne, comme au groupe que l’organisation est autant possible que nécessaire.

Nous devons apprendre à nous organiser en commençant par là où nous le sommes le moins présents: dans les brèches de nos vies, nos relégations, dans les espaces délaissés, décriés, les temps dits vides. Nous devons nous organiser dans ce que l’on a relégué à la vie privée pour que justement on ne l’organise pas: le couple, la famille, l’éducation, les amis, notre temps personnel.

Nous devrions organiser nos échecs, nos révoltes, nos colères pour sortir de l’impuissance. Ce n’est pas juste une question de sagesse et d’économie; il s’agit au contraire de retrouver ici la véritable intuition de Korczak.

C’est dans ce que nous ne contrôlons pas que résident nos meilleurs chances de produire une organisation efficace. Ce que nous contrôlons est souvent stérile et mort, sans surprise et sans avenir. C’est ce que nous ne contrôlons pas qui est la source d’énergie dont toute organisation a besoin pour naître.

Source : Pédagogie sociale développement communautaire

 

 NB : Janusz Korczak (né le 22 juillet 1878, mort le 6 août 1942), de son vrai nom Henryk Goldszmit1, est un médecin-pédiatre et écrivain polonais. Avant la Seconde Guerre mondiale, il est une des figures de la pédagogie de l’enfance les plus réputées. Il laisse son nom à la postérité pour avoir choisi délibérément d’être déporté vers Treblinka avec les enfants juifs du ghetto de Varsovie dont il s’occupait dans un orphelinat (voir le film d’Andrzej Wajda : Korczak, 1989).

« Le fait que Korczak ait volontairement renoncé à sa vie pour ses convictions parle pour la grandeur de l’homme. Mais cela est sans importance comparé à la force de son message », disait Bruno Bettelheim.

La dernière marche

Il disparut en même temps que ses enfants du ghetto en 1942, le 5 ou 6 août, décidant de lui-même et insistant même pour pouvoir accompagner ses enfants sur leur route vers les chambres à gaz de Treblinka. Le départ du ghetto a été maintes fois décrit par des témoignages extérieurs comme celui de Joshua Perle ou de Władysław Szpilman (dans Le pianiste).

Au petit matin du 5 ou 6 août 1942, des soldats SS, ukrainiens et lettons encerclèrent le Petit Ghetto. Selon Abraham Lewin, cela eut lieu le 7 août. Avant que le cortège ne remonte la rue Resursy Kupiecka, près de la rue Śliska, il n’est pas certain quelle fut la route empruntée pour aller au Umschlagplatz, peut-être de Karmelicka et de Zamenhof à Stawki, ou alors de Żelazna et de Smocza.

Korczak menait les enfants, sans chapeau, dans des bottes militaires, tenant deux enfants par la main. Il y avait dans le cortège 192 enfants et près de dix de leurs soignants, dont Stefania Wilczyńska. Les enfants marchaient quatre par quatre dans leurs plus beaux habits, portant le drapeau du Roi Mathias Ier. Ce même jour, l’armée nazie déporta d’Umschlaplatz 4 000 enfants des orphelinats et leurs aides du ghetto de Varsovie.

La pièce de théâtre de Liliane Atlan, Monsieur Fugue ou le mal de terre est inspirée par le dernier trajet de Korczak avec les enfants.

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